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1 avril 2014 2 01 /04 /avril /2014 12:35

La différence entre le statut absolu et le statut particulier

• 1- Il faut distinguer entre le cas général et le cas particulier dans les questions du takfîr. Les anciens, mais aussi aimmat e-da’wa considèrent que l’iqâma el hujja est indispensable avant de se prononcer sur un cas particulier. Néanmoins, il est possible de trouver des divergences entre eux sur certains cas de figure. Certains pensent que le Coran suffit pour établir la preuve céleste contre un tel en particulier. D’autres voient que la sunna fait l’affaire. Selon certains autres, seule la combinaison des deux (Coran et sunna) peut servir de hujja pour ce cas précis. Ils peuvent estimer également qu’un tel n’ait pas reçu la hujja pour plusieurs raisons ; il peut ne pas comprendre la Langue arabe, ne pas avoir eu accès à la sunna, ou il peut être excusable pour ces deux raisons à la fois.

En réalité, ces différences de points de vue ne sont pas considérées comme une divergence, étant donné que tous s’accordent à dire que l’acte en lui-même relève de la mécréance. Les traditionalistes disent qu’en règle générale tel acte est du kufr. Puis, dans la pratique, on peut estimer que les conditions sont réunies pour sortir de la religion un tel, en sachant qu’aucune restriction possible ne vient l’empêcher. Mais, on peut estimer aussi qu’il manque certaines conditions pour pouvoir le juger, ou bien qu’une restriction fait obstacle au jugement, etc.

Sheïkh Hamd ibn ‘Atîq explique à ce sujet : « Quiconque reçoit la prédication mohammadienne à laquelle nous appelons, et qu’il s’y soumet ensuite, il est un musulman promis au Paradis indépendamment de l’époque ou de l’endroit où il se trouve ; soit en vouant le culte exclusif à Allah sans Lui vouer d’associer et en adhérant aux lois de l’Islam. Cependant, certains sont comparables aux païens de l’ère préislamique ; ils n’ont aucune connaissance de l’unicité pour laquelle Mohammed fut envoyé aux hommes ; ni de l’association qu’il a combattue par les armes. Dans ce cas, on ne peut parler de musulmans en raison de leur ignorance. Quiconque commet l’association en apparence est considéré comme un mécréant en apparence. Ainsi, on ne demande pas le pardon en sa faveur et on ne fait pas l’aumône pour lui. Nous remettons son sort à Allah qui connait le fond des poitrines.

Au même moment, nous ne disons pas qu’il est un mécréant, étant donné que nous faisons une distinction entre les cas. Nous ne condamnons pas un cas particulier à la mécréance, car nous ne sommes pas à même de sonder les cœurs. Nous remettons donc son sort à Allah…

Les étudiants en science doivent bien comprendre cette distinction. Nous condamnons à la mécréance celui qui adhère à une autre religion que l’Islam, mais nous ne disons pas qu’un tel ira au feu. Nous maudissons les injustes, mais nous ne maudissons pas un tel en particulier. »[1]

Ainsi, il établit qu’en règle générale la grande association ou la grande mécréance fait sortir de la religion. Puis, il explique que nous remettons à Allah le sort d’un cas particulier, sans lui appliquer le takfîr. Gardons à l’esprit que les points de vue des savants divergent pour un même individu. Au moment où certains pensent qu’il est mécréant, d’autres ne sont pas aussi formels, compte tenu des éléments qu’ils ont en mains les abstenant de se prononcer.

Ainsi, il est faux de dire que, contrairement aux ultras, les savants de aimmat e-da’wa ne tiennent pas compte de l’erreur qui peut être de différentes natures, à condition qu’elle ne soit pas motivée par un sentiment d’obstination. Leur exemple est celui des Compagnons qui n’ont pas kaffar Qudâma ibn Mazh’ûn ayant moralement autorisé à boire du vin, mais qui fut motivé par un effort d’interprétation.[2]

Sheïkh el ‘Uthaïmîn met en lumière ces notions comme nous l’avons vu dans kashf e-shubuhât. Voir également : Les wahhabites taxent-ils de mécréants les ignorants musulmans sans faire de détail ?

Il est vrai que certains discours d’aimmat e-da’wa laissent à penser qu’ils ne tiennent pas compte d’iqâmat el hujja.[3] Pour mieux les comprendre, il convient de les replacer dans leur contexte historique. Leurs adversaires leur contestaient en effet le takfîr dans l’absolu pour certaines pratiques païennes répandues chez leurs contemporains. D’ailleurs, il suffit de lire leurs passages en entier pour s’apercevoir qu’à leurs yeux, ces points sont tellement élémentaires qu’il est inadmissible de ne pas les comprendre. Cela ne veut pas dire qu’ils négligent le principe d’iqâmat el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier.

La fatwa varie donc en fonction des questions, des personnes et des époques. Par exemple, un adversaire du nom d’ibn Mansûr disait que les pratiques païennes en vogue à son époque rapportaient une récompense étant donné que leurs auteurs étaient motivés par un effort d’interprétation. Il refusait qu’on les qualifie de pratiques faisant sortir de la religion. C’est alors que les plumes acerbes de la vérité s’acharnèrent contre lui en vue de prouver que ces actes relevaient de la mécréance et que leur auteur n’était pas considéré musulman une fois que la preuve céleste était établie contre lui.

Ainsi, le discours des savants n’est pas à prendre au pied de la lettre. C’est en réunissant tous les éléments possibles que nous pourrons tirer des conclusions justes. C’est le propre d’une instigation objective et digne de ce nom. La tâche est d’autant plus ardue qu’il donne l’impression de manquer de cohérence d’un passage à un autre. La raison, c’est qu’en fonction des circonstances, un savant peut avoir un discours vague dans un ouvrage. Mais, ailleurs, il fournira beaucoup plus d’indications posant ainsi la lumière sur ses vraies intentions. L’analyse réclame de réunir ces deux passages et de comprendre le premier à la lumière du second. En outre, il est très dangereux de chercher à les appliquer à un autre contexte ayant des caractéristiques différentes.

[1] E-durar e-saniya (11/75-76) ; voir également : majmû’a e-rasâil wa el masâil (1/589).

[2] Voir : kashf el awhâm wa el iltibâs d’ibn Sahmân (p. 70-71).

[3] Voir : hukm takfîr el mu’ayin Ishâq ibn ‘Abd e-Rahmân (p. 9).

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Publié par mizab
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