Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
24 juin 2014 2 24 /06 /juin /2014 16:57

La mauvaise éducation est-elle une resctriction au takfîr dans les cas de blasphème ?

Une même parole utilisée par deux individus différents peut vouloir dire chez l’un la plus grande des vérités, et chez l’autre, le plus grand des mensonges. [Madârij e-sâlikîn d’ibn el Qaïyim (3/521).]

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Les intentions ne sont pas prises en compte pour les blasphèmes clairs et explicites

Si un cas particulier profère un blasphème qui est clair et explicite, de sorte que si on interrogeait l’auteur sur ses implications, il les confirmerait, dans ce cas, rien ne sert de le sonder sur ses intentions, car il ne jouit d’aucun bénéfice du doute. Néanmoins, dans la mesure où ses paroles peuvent se lire de plusieurs façons, dans le sens qu’elles ne sont pas clairement un blasphème, mais qu’elles peuvent tout aussi bien vouloir dire autre chose ; alors là oui, il incombe de connaitre ses intentions avant de le juger. Le discours des savants qui refuse d’accorder la moindre attention aux intentions, porte sur les blasphèmes clairs et limpides, non flous ni hypothétiques.

Ainsi, avant de se prononcer sur son cas, il incombe de regarder un certain nombre de choses :

1- Qu’il dissipe le doute sur ses intentions en assumant pleinement son blasphème, en sachant que l’intention de faire l’acte (qasd el fi’l), non de choisir la mécréance (irâdatu el kufr) est l’une des conditions du takfir à respecter. Cela concerne le cas où le blasphème n’est pas clair.

2- Néanmoins, quand il est clair comme l’eau de roche, il n’y a plus aucun intérêt à le sonder, car il parle de lui-même.

3- Pour les paroles ambigües, il incombe de tenir compte du principe de précaution, et de faire une enquête avant de juger son auteur.

4- Notre enquête fera abstraction des implications de ses paroles, mais s’en tiendra aux faits, car selon la règle : les implications d’une parole ne font pas autorité (lâzim el madhhab laïsa bi madhhab).

5- Si le coupable ne pénètre pas le sens de ses paroles, il sera désinculpé. C’est dans ce cas que l’on parle d’ignorance, non qu’il soit toléré d’ignorer que le blasphème est interdit.

6- La faute née d’une erreur qui est indépendante de la volonté de la personne responsable (lapsus, colère, peur, et joie extrêmes, etc.) n’a aucun effet légal.

7- Contrairement à certaines idées erronées, peu importe que le coupable ait l’intention (irâdatu el kufr) de sortir ou non de la religion. En d’autres termes, nous ne tenons pas compte de ses convictions vis-à-vis de son blasphème. Il peut trouver qu’il soit ou non légitime, cela n’aura aucun effet sur notre jugement.[6]

En annotation au dernier point, Sheïkh el Fawzân explique : « Ce dernier point n’est pas à prendre dans l’absolu comme nous l’avons vu précédemment. L’accusé ayant l’intention de prononcer un blasphème explicite devient mécréant, sauf s’il le prononce machinalement et sans intention. »[7]

Ainsi, l’intention prise en compte dans le chapitre de l’apostasie est l’intention de faire l’acte (qasd el fi’l), non de choisir la mécréance (irâdatu el kufr).[8] Shâtibî établit à ce sujet que les actes dépourvus d’intention sont comme le mouvement des objets inertes ; ils n’entrainent aucun statut.[9]

Certains savants ramènent la mécréance au takdhîb (ibn Jarîr Tabarî), ou à la volonté (Abû el Hasan el Ash’arî). Parfois, ils disent qu’elle est l’implication du kufr i’tiqâdî(Hâfizh el Hakamî).

Or, il incombe de distinguer, comme nous l’avons vu, entre avancer les motivations ayant poussées à la mécréance, et dire que l’acte en lui-même ne relève pas de la mécréance, mais qu’il en est la preuve ou l’indice, comme l’établissent les murjites.[5] Ainsi, comme le souligne Sheïkh el Fawzân, chaque acte est forcément accompagné d’une intention. C’est la raison pour laquelle, le sommeil, l’oubli, la contrainte et l’impuberté, ne sont pas pris en considération dans ce domaine.[6]

Par rapport à cela, la mauvaise éducation n’est pas une restriction au takfîr dans les cas de blasphème (insulter Dieu), sinon, cela reviendrait à donner des excuses aux enfants Juifs et chrétiens, pour reprendre les termes de Sheïkh el Barrâk. Sauf, si on entend par là, qu’on le prononce machinalement et sans intention. Dans ce cas, préconise le Sheïkh, il incombe de lutter contre cette mauvaise habitude, et de blâmer son auteur.[7]

Il rejoint exactement les paroles de Sheïkh el Fawzân précédemment citées et disant concernant le fait de ne pas prendre en considération les intentions de quelqu’un qui blasphème : « Ce dernier point n’est pas à prendre dans l’absolu comme nous l’avons vu précédemment. L’accusé ayant l’intention de prononcer un blasphème explicite devient mécréant, sauf s’il le prononce machinalement et sans intention. »[8]

Mais, restons, avec Sheïkh el Barrâk, l’auteur de la fatwa suivante : « Insulter la religion musulmane en disant, par exemple, qu’elle est entièrement négative ou qu’il n’y a rien de positif relève de la mécréance. Néanmoins, certaines gens maudissent la religion de son vis-à-vis musulman. Il ne vise pas l’Islam dans l’absolu, mais sa tendance, sa vision, sa façon de se comporter. Il ne fait que dénigrer la personne en face de lui. C’est mal, bien sûr, mais nous ne pouvons l’accuser de blasphème, car nous avons à faire à un musulman. Si vous voulez l’irriter, vous n’avez qu’à lui demander s’il est musulman. Nous devons donc distinguer entre les deux cas de figure. »[9]

C’est peut-être à la lumière de ces explications que nous devons comprendre lafatwa suivante de Son Éminence : Sheïkh Dr. Ahmed ibn ‘Alî el Mubârakî Membre de l’Ordre des Grands Savants d’Arabie saoudite et du Comité permanent de la Fatwa :

Question : j’ai ordonné à l’un de mes frères qui a 18 ans de faire la prière et d’obéir aux parents, en m’appuyant sur certaines paroles du Prophète (r). Cependant, il m’a fait front en proférant de très mauvaises paroles que je ne peux évoquer ici. Il m’a dit « va-t-en !» d’une façon familière, en vous prenant également à partie. Il va jusqu’à dire des paroles très mauvaises sur le Messager (r) – qu’Allah nous préserve ! L’événement s’est passé il y a une semaine. Quels conseils pourriez-vous nous donner sur cette affaire, qu’Allah vous garde ?

En réponse : c’est très grave auprès d’Allah (I) d’insulter un musulman qui qu’il soit, mais c’est encore plus grave quand il s’agit de Mohammed ibn ‘Abd Allah. Il n’a pas honte de faire cela ? Qu’est-ce qu’il lui a fait ? Apparemment, il y a un problème au niveau de l’éducation. Il est possible également que ce jeune garçon reçoive la mauvaise influence de vautours qui lui inculquent une mauvaise croyance et qui l’abusent. Quoi qu’il en soit, il incombe d’avoir une discussion avec ce jeune. Il faut lui proposer calmement de revenir sur ces paroles et de s’en repentir. S’il écoute, alors c’est tant mieux – qu’Allah soit loué ! Sinon, il faut soulever son affaire à un juge qui sera comment agir, que ces insultes visent le Prophète ou n’importe qui d’autre. Malheureusement, quand il s’agit de nous-mêmes, nous réagissons tout de suite, mais quand il s’agit du meilleur des hommes, personne ne bronche !

Comme si cela ne suffisait pas que les non-musulmans le prennent à partie ! N’ont-ils pas honte ! Qu’est-ce que Mohammed leur a fait, lui qui est une miséricorde pour l’Humanité entière et un sauveur ? Vous n’avez qu’à lire sa biographie du début à la fin et vous y trouverez des splendeurs et des sagesses suprêmes inégalées. Vous y découvrirez des hautes vertus auxquelles aucun homme ne peut aspirer, car cet homme est immunisé de l’erreur (ma’sûm). Il faut donc se remettre en question, mais je répète, nous avons une part de responsabilité dans ce genre d’agissement, car nous n’avons pas fait notre travail d’éducation et d’orientation comme il convient. J’implore Allah de guider ce genre de personnes de Sa Grâce !

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] I’lâm el mawqi’în (3/105-106).

[2] E-sârim el maslûl d’ibn Taïmiya (3/975).

[3] Qawâ’id fî bayân haqîqa el îmân (492-494) de ‘Âdil ibn Mohammed ibn ‘Alî e-Shaïkhânî qui à l’origine est une thèse ès Magistère.

[4] Qawâ’id fî bayân haqîqa el îmân (p. 494) de ‘Âdil ibn Mohammed ibn ‘Alî e-Shaïkhânî qui à l’origine est une thèse ès Magistère.

[5] Qawâ’id fî bayân haqîqa el îmân (494-510) de ‘Âdil ibn Mohammed ibn ‘Alî e-Shaïkhânî qui à l’origine est une thèse ès Magistère.

[6] Dhawâbit takfîr el mu’ayin(85-95) de Râshid e-Râshid.

[7] Dhawâbit takfîr el mu’ayinen annotation (p. 95) de Râshid e-Râshid.

[8] El îmân ‘inda e-salaf (147-163) de Mohammed ibn Mahmûd Âl Khudhaïr et qui fut revu et préfacé par les sheïkh suivants : ‘Abd Allah ‘Aqîl, ‘Abd e-Rahmân el Mahmûd, ‘Abd el ‘Azîz Âl ‘Abd e-Latîf, ‘Alawî e-Saqqâf.

[9] El muwafaqât (1/149).

Partager cet article

Repost 0
Publié par mizab
commenter cet article

commentaires

mizab 27/07/2014 15:42

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

Cela ne me dérange pas d'échanger sur le blog, mais si cela pose un problème, alors voici mon email :

citizenkan@hotmail.fr

mizab 27/07/2014 17:24

Prend tout ton temps, qu'Allah te facilite !

Et prend bien soin de tes invités et de ta famille !

Qu'Allah vous fasse passer de bons moments !

taqabbala Allah minna wa minkom !

Ali91 27/07/2014 17:04

J'ai un contre temps ce soir. je reçois la visite de ma famille pour l'Aid qui approche. Je t'enverrais ma question dés que possible. BarakAllah oufik

Ali91 27/07/2014 16:54

BarakAllah oufik.

Je vais donc composer ma question par email et te la poser.

Ali91 27/07/2014 14:59

Salam Alikoum,
J'aimerais vous poser une question qui me bloque actuellement concernant une question de takfir.
J'aimerais l'envoyer par email. Pouvez vous me donner une adresse email où je peux vous joindre ?

BarakAllah oufikoum.