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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 17:28

Djihad légal vs djihad hérétique

(Partie 2)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

La mort sur le champ de bataille offre-t-elle systématiquement le martyr ?

Nul doute que tomber au champ d’honneur est digne des plus belles morts, et confère, en principe, les plus hauts degrés du Paradis. Allah (I) révèle : [Ne pense pas que ceux qui sont tués sur le sentier d’Allah sont morts, ils sont plutôt vivants auprès de leur Seigneur qui les comble de Ses faveurs].[1]

D’après Ahmed, avec une chaine narrative jugée bonne, selon ibn Mas’ûd, le Prophète (r) déclare : « Notre Seigneur Tout-Puissant s’étonne de deux hommes : l’un s’est arraché à son lit chaleureux, et à sa tendre famille pour se rendre à la prière. Notre Seigneur s’exclame alors : « Mes anges, voyez Mon serviteur qui s’est arraché à son lit chaleureux, et à sa tendre famille pour se rendre à la prière juste pour gagner Mes faveurs et s’épargner Ma Colère ! »

L’autre, s’est joint à une expédition sur le sentier d’Allah (U) qui, au terme d’une cuisante défaite, battit retraite. Mais, il se rappela les préjudices terribles que sa fuite lui faisait encourir, et l’intérêt immense qu’il avait à revenir sur ses pas, et à affronter l’ennemi. Il fit le second choix et sacrifia son sang. Notre Seigneur s’exclame alors : « Mes anges, voyez Mon serviteur qui est revenu sur ses pas et a foncé sur l’ennemi jusqu’à sacrifier son sang, pour gagner Mes faveurs et s’épargner Ma Colère ! »[2]

Or, Seul Allah peut savoir qui mérite le martyre, étant donné que personne en dehors de Lui ne connait les véritables intentions des uns et des autres : [Les croyants combattent sur le sentier d’Allah, tandis que les mécréants combattent sur le sentier du tâghût].[3] De la même façon que personne ne peut être formel qu’un tel ira au Paradis ou en Enfer en dehors de ceux qui ont été nommément cités par la révélation du Coran et de la sunna. Seul Allah (U) est à même de sonder les cœurs (de connaitre la religion de chacun), et de percer les mystères de l’inconnu, dont font partie l’Enfer et le Paradis : [Dis : est-ce que vous apprendriez à Allah quelle est votre foi, alors qu’Il connait tout ce qui se trouve dans les cieux et sur la terre, et qu’Il connait toute chose ?][4]

Le Prophète (r), pour sa part, corrigeait ses Compagnons s’il entendait l’un d’eux promettre un tel au Paradis ou à l’Enfer. Selon ‘Âisha, la Mère des croyants : « Un jour que le Messager d’Allah (r) fut invité à l’enterrement d’un enfant parmi les ansâr (auxiliaires médinois ndt.), je lui fis la remarque : « Messager d’Allah, un bienheureux enfant qui compte parmi les moineaux du Paradis, car il ignorait le mal et était incapable de le commettre !

  • Et s’il en était autrement, ‘Âisha ? Allah a destiné certaines de Ses créatures au Paradis, alors qu’elles étaient encore dans la semence de leurs géniteurs, et Allah a destiné certaines de Ses créatures à l’Enfer, alors qu’elles étaient encore dans la semence de leurs géniteurs. »[5]

Si le meilleur des hommes (r) a mal apprécié qu’on envoie au Paradis un enfant pourtant innocent, alors à fortiori, il n’est pas pertinent de le faire en faveur de gens responsables et décédés des siècles plus tard. Il est permis dans l’absolu d’assurer une place dans les jardins de l’Éden aux enfants nés de famille musulmane, car ils suivent leurs parents ; mais, en même temps, on ne sait pas si ces derniers ont gardé la foi jusqu’à leur dernier souffle. En cela, on ne peut garantir le bonheur éternel à un tel en particulier mort en bas âge.[6]

On ne peut attester qu’un tel est un martyr

Les textes qui traitent du martyre ont une portée générale et embrassent tout croyant mort pour la cause de Dieu. En revanche, il faut s’épargner des formules du genre « martyr un tel », car, seule la révélation est à même de conférer ce genre de statut, comme nous l’avons vu. Nous pouvons toujours souhaiter le martyre à quelqu’un ayant perdu la vie lors d’un affrontement dont la cause est légitime. Nous disons légitime, car tout acte de la religion doit satisfaire deux critères immuables, et le djihâd ne fait pas exception à la règle :

  1. L’intention sincère et exclusive au Seigneur ; nous nous attachons ici aux motivations ayant poussé à agir.
  2. La conformité à la sunna en veillant à épurer son action de toute hérésie, mais aussi des péchés.

Un hadîth corrobore ce principe appliqué au djihâd. Selon Mu’âdh ibn Jabal, en effet, le Messager d’Allah (r) a dit : « Il y a deux sortes d’expédition : pour l’une, on est motivé par le Visage d’Allah, on fait obéissance à l’émir, on sacrifie ses biens les plus précieux, on est au service de son compagnon de route, et on ne sème pas la corruption sur terre. En échange, on est récompensé [pour tous ses faits et gestes,] pendant son sommeil et ses moments de vigilance.

Pour l’autre, on est motivé par les honneurs, la réputation et l’ostentation, on désobéit à l’émir et on sème la corruption sur terre. En échange, on revient les mains vides. »[7]

« on est motivé par le Visage d’Allah » : démontre le premier critère qui a pour antonyme : « on est motivé par les honneurs, la réputation et l’ostentation ».

« on fait obéissance à l’émir » : démontre le second critère conformément au hadîth : « Obéir à mon émir revient à m’obéir et lui désobéir revient à me désobéir. »[8] Il a pour antonyme : « on désobéit à l’émir »

Ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – opère la distinction entre le vrai et le faux djihâd sur la base de ces deux critères : « La différence entre les deux, fait-il remarquer, se situe au niveau de l’intention et de la fidélité à la religion. »[9] Puis, il s’inspire du hadîth ci-dessus pour appuyer ses paroles.

Cette compréhension perspicace n’était pas inconnue des pieux prédécesseurs. Ils en faisaient même leur ligne de conduite. Leurs paroles et leurs actes étaient dictés par les textes scripturaires de l’Islam. Ils ne faisaient rien sans s’y référer. Hudhaïfa (t) l’avait bien compris, le jour où il testa Abû Mûsâ (t) en ces termes : « Que penses-tu d’un homme qui est parti au combat l’épée à la main, avec le désir ardent de plaire au Visage d’Allah, le vois-tu au Paradis ?

  • Oui !
  • Non, mais un homme qui est parti au combat l’épée à la main, avec le désir ardent de plaire au Visage d’Allah, et qui, ensuite se règle sur la Volonté d’Allah avant de se faire tuer ! Là, oui, il ira au Paradis. »[10]

« et qui, ensuite se règle sur la Volonté d’Allah » : autrement dit, en s’alignant sur la tradition prophétique, il aura fait un vrai djihâd. Ibn Masû’d met un peu plus en lumière cette notion en disant : « Est-ce qu’il s’est battu selon la tradition ou bien selon l’innovation ? » El Hasan commente : « Ces gens-là ont combattu à l’épée selon l’innovation. »[11]

Selon une version rapportée par ‘Abd e-Razzâq, Abû ‘Ubaïda ibn Hudhaïfa raconte : « Un homme se présenta chez Abû Mûsâ el Ash’arî alors qu’il était en compagnie de Hudhaïfa. Il demanda : « Que penses-tu d’un homme qui combat à l’épée jusqu’à la mort, le vois-tu au Paradis ?

  • Abû Mûsâ : Oui !
  • Hudhaïfa interpellant Abû Mûsâ : Attends, repose-lui la question et fais bien attention à ses paroles !
  • Abû Mûsâ s’adressant à l’homme : Qu’est-ce que tu as dit ? L’homme répéta la même chose et Abû Mûsâ lui répondit de la même façon.
  • Hudhaïfa qui réitère son propos à Abû Mûsâ : Repose-lui la question et fais bien attention à ses paroles !
  • Abû Mûsâ : Qu’est-ce que tu as dit ? L’homme répéta la même chose et à Abû Mûsâ de répondre : Je n’ai rien de plus à dire.
  • Hudhaïfa : En faisant telle et telle chose, on va droit en Enfer. En revanche, s’il prend son épée sur le sentier d’Allah, en restant conforme à la vérité, il ira au Paradis.
  • Abû Mûsâ : c’est exactement cela ! »[12]

Sur quelle base évalue-t-on les actes des hommes ?

Cette annale attire notre attention sur un point extraordinaire et qui touche aux critères légitimes permettant au musulman perspicace et sincère d’évaluer les actes des hommes ; la sincérité exclusive à Allah et la conformité à la tradition de Son Messager. Ce sont là les deux conditions sine qua non d’acceptation des œuvres. Une version d’ibn Wadhdhâh apporte un supplément d’information qui lève davantage le voile sur ce grand fondement. Elle nous apprend que Hudhaïfa (t) va plus loin en parlant de celui qui, dans son combat, n’est pas conforme à la sunna : « Par Celui qui détient mon âme entre Ses mains, jure-t-il, il y en aura beaucoup plus en Enfer que celui à qui tu fais allusion dans ta question ! »

Cette anecdote illustre le véritable regard que les Compagnons portaient sur le djihâd. Il ne reflète absolument pas le discours enflammé des apprentis va-en-guerre qui, du haut de leur chaire, jouent sur la corde de l’émotion ; en même temps, ils ferment les yeux sur les déviances en vogue sous prétexte que leurs tenants sont animés par les meilleures intentions. L’entourage du Bien-aimé gardait toujours entre les yeux les deux paramètres de validité des actes dont nous avons parlé plus haut. Il démontre avec force avec quelle facilité, il pénétrait les intentions du Législateur, le message profond de la religion, et les grands principes qui en découlent. Fort de son objectivité, il ne se laissait pas envahir par les sentiments, et ne se prêtait à aucune complaisance envers les théories subversives visant à renverser les tyrans en place, pensent-elles !

Il ne se laissait pas déstabiliser par le zèle d’une « jeunesse activiste » en quête de sa « renaissance » et qui pointe un doigt accusateur sur les prétendus « prêtres » à la solde du sultan. Il refusait ce chantage en lui disant la vérité en face, car il avait conscience qu’il était impossible de plaire à tout le monde, et que l’essentiel était de plaire à Dieu !

Le Très-Haut a dit : [Ils vous jurent devant Dieu pour vous contenter, mais ils feraient mieux de contenter Allah et Son Messager].[13]

Par : Karim Zentici

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[1] La famille d’Imrân ; 169

[2] Rapporté par Ahmed (3949).

[3] Les femmes ; 76

[4] Les appartements ; 16

[5] Rapporté par Muslim (6862).

[6] Voir : badâi’ el fawâid (3/1096), et tahdhîb e-sunan en annotation à ‘awn el ma’bûd (12/319) tout deux d’ibn el Qaïyim.

[7] Rapporté par Abû Dâwûd (2515), et Nasâî (3188) ; en annotation à ces deux recueils, Sheïkh el Albânî l’a jugé « bon ».

[8] Rapporté par el Bukhârî (6718) et Muslim (4775).

[9] Qâ’ida fî el inghimâs fî el ‘aduww (p. 22).

[10] Rapporté par Sa’îd ibn Mansûr (2546), avec une chaine narrative authentique.

[11] El bida’ wa e-nahi ‘anhâ d’ibn Wadhdhâh (p. 81).

[12] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq (5/267).

[13] Le repentir ; 62

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Publié par mizab
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