Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 octobre 2014 6 11 /10 /octobre /2014 18:50

Djihad légal vs djihad hérétique

(Partie 3)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Le djihâd sunnî et le djihâd bid’î

Les savants font la distinction entre le djihâd légitime (sunnî) et le djihâd illégitime (bid’î). À ce propos, je suis tombé sur une parole extraordinaire d’un érudit mujtahid, dont peu de femmes peuvent se vanter d’avoir mis au monde un tel phénomène, un vrai signe de Dieu, et qui n’est autre que le grand ibn Taïmiya. Voici le passage en question :

« Dans de multiples endroits, les textes du Coran et de la sunna ordonnent et vantent les vertus du djihâd. Néanmoins, il incombe de distinguer entre le djihâd légal qui fut légitimé par Allah et Son Messager, et le djihâd hérétique qui est fomenté par des égarés soumis à l’étendard de Satan. Ces derniers sont pourtant convaincus qu’ils brandissent l’étendard de la religion. Dans cet ensemble, nous pouvons compter les innovateurs, à l’instar des kharijites s’attaquant aux musulmans comptant des hommes bien plus fidèles à Allah et à Son Messager qu’eux, avec à leurs têtes les précurseurs et leurs fidèles successeurs qui perpétueront leur tradition jusqu’à la fin du monde. Ces rebelles avaient bien combattu l’armée d‘Alî, et plus encore l’armée de Mu’âwiya.

D’après un hadîth authentique, selon Abû Sa’îd, le Prophète (r) prédit en parlant des kharijites : « Un groupe dissident va se rebeller à la suite d’un conflit entre musulmans. Le camp qui sera le plus proche de la vérité se chargera de les réprimer. »[1] Ce camp en question fut celui d’Alî qui était plus proche de la vérité que celui de Mu’âwiya. Ces fameux rebelles prétendaient qu’ils faisaient le djihâd sur le sentier d’Allah contre les ennemis de l’Islam. »[2]

Pour justifier ce merveilleux principe, el Bukhârî appose en titre à l’un des chapitres de son recueil e-sahîh : Chapitre : on ne dit pas qu’un tel est martyr. Puis, il enchaine : Abû Huraïra a dit selon le Prophète (r) : « Allah Seul sait mieux qui combat sur Son sentier, et qui se blesse sur Son sentier. »

Il nous enseigne en substance que le statut de combattant ou de blessé de guerre ne confère aucune immunité qui exempterait de toute critique. Il est possible qu’Allah ait un jugement différent du nôtre à son sujet, en regard des deux paramètres précédemment cités.

Le premier est le plus trompeur des deux, étant donné que les véritables motivations des uns et des autres nous échappent, et qu’Allah est Seul à pouvoir sonder les cœurs. Il est donc inadmissible de promettre Zaïd ou ‘Amr au Paradis.

Puis, el Bukhârî rapporte un hadîth par le biais d’une chaine narrative qu’il fait remonter sans élément manquant à Sahl ibn Sa’d e-Sâ’idî (t), et selon lequel à la tête d’une armée, l’Élu (r) croisa le fer avec les païens. Après la bataille, chacun rejoignit son camp, et le bruit courra vite qu’un homme au milieu des Compagnons était tellement brave qu’il passait au fil de l’épée tous ceux qui se trouvaient sur son passage. [Sahl] lança : « Personne n’a pu rivaliser avec lui aujourd’hui !

  • Pourtant, il compte parmi les habitants de l’Enfer, rétorqua l’Ami d’Allah !

[Soucieux de dissiper cette énigme,] un homme de l’assemblée s’écria : « Je le suivrais alors partout ! »

[Quand les hostilités reprirent,] il le suivit comme son ombre. Quand il s’arrêtait, il l’imitait, et quand il accélérait, il le rattrapait, jusqu’au moment où il fut grièvement blessé. [Pour soulager ses douleurs,] il anticipa sa mort. Il intercala son épée entre lui et le sol avec la lame pointée sur sa poitrine. Puis, il lâcha tout son poids dessus et se donna la mort.

Le témoin de la scène retourna vers le Prophète (r), et lui confia : « J’atteste que tu es vraiment le Messager d’Allah !

  • Et qu’est-ce qui te fait dire cela ?
  • Tout à l’heure, tu as avancé qu’un homme faisant l’admiration de tout le monde comptait parmi les habitants de l’Enfer ! Cette déclaration en déstabilisa plus d’un, c'est pourquoi je me décidais à le suivre ! Alors que je marchais sur ses talons, il fut grièvement blessé. [Pour soulager ses douleurs,] il anticipa sa mort. Il intercala son épée entre lui et le sol avec la lame pointée sur sa poitrine. Puis, il lâcha tout son poids dessus et se donna la mort. »

À ces mots, Mohammed ibn ‘Abd Allah (r) fit la déclaration : « Il y a un homme qui, aux yeux des gens, fait les œuvres le menant droit au Paradis, mais il ira en Enfer ; et il y a un autre homme qui, aux yeux des gens, fait les œuvres le menant droit en Enfer, mais il ira au Paradis ! »[3]

Cette histoire cadre parfaitement avec le titre de Bukhârî : Chapitre : on ne dit pas qu’un tel est martyr. Ses frères d’armes le voyaient déjà quasiment tous au Paradis, et ne se posaient même pas la question sur son éventuel martyre. Quand ils apprirent son suicide, ils comprirent où le Prophète (r) voulait en venir en disant : « Pourtant, il compte parmi les habitants de l’Enfer » La cause n’est pas anodine. Elle démontre que les péchés sont également un obstacle privant du martyre, au même titre que les innovations. Un autre hadîth corrobore cette thèse. Rapporté par Muslim, il parle de ce moudjahid qui a fait main basse sur une cape qui provenait du butin.

Selon ‘Omar ibn el Khattâb, à la bataille de Khaïbar, un groupe de Compagnon répétait sans cesse : « Un tel a gagné le martyre ! Un tel a gagné le martyre ! » Ils arrivèrent devant une dépouille et réitérèrent : « Un tel a gagné le martyre ! »

  • Non, rétorqua le Messager (r), car je l’ai vu en Enfer à cause d’un burda (manteau rayé ndt.) ou d’une cape qu’il a usurpé(e) au butin ! »[4]

D’après el Bukhârî et Muslim également, selon Abû Huraïra : nous sommes partis en expédition avec le Prophète (r) à Khaïbar que nous avons conquis grâce à Dieu. Le butin n’offrait ni or ni argent, mais nous avons amassé biens, nourritures et vêtements. Puis, nous avons pris le chemin de l’oued [Wâdî el Qurâ], avec dans les rangs un esclave qui accompagnait le Messager (r). Il lui avait été offert par un habitant de Judhâm du nom de Rifâ’a ibn Zaïd de la tribu des banû e-Dhabîb. Nous avons fait halte dans la vallée. Quand l’esclave a ôté la selle de son maitre, il a reçu une flèche perdue qui l’a fait écrouler raide mort. Nous nous sommes écriés alors : « Bienheureux à Lui, Messager d’Allah, il est parti en martyr !

  • Non, par Celui qui détient l’âme de Mohammed entre Ses Mains ! Le manteau qu’il eut à la bataille de Khaïbar, est une flamme de l’Enfer ; il s’est servi dans le butin avant son partage. »

Sa révélation choqua tout le monde, poursuit Abû Huraïra, et fit réagir un homme qui se présenta avec une ou deux lanières à sandale à la main, avant d’avouer : « Messager d’Allah, je me suis servi dans le butin de Khaïbar !

  • Voici une lanière en feu, lui répliqua le Législateur, ou voici deux lanières en feu ! »[5]

Conclusion

L’utilisation du terme shahîd est devenue monnaie courante pour désigner tous ceux qui livrent une lutte contre un ennemi. Malheureusement, certains pseudo-savants alimentent leur fonds de commerce en faisant passer les opérations-suicide pour des actes de martyre. Tout le monde y a droit, même les manifestants tombés sous les balles de la police anti-émeute. Je suis tombé sur la photo d’une supposée martyre palestinienne qui aurait orchestré l’attentat où elle devint la triste héroïne. Elle n’était même pas voilée, et Dieu sait si elle a déjà prié au moins une fois dans sa vie ! Les chrétiens palestiniens comptent également sur le tableau d’honneur quand ils expriment leur colère contre le Juif occupant. Certains poussent le ridicule jusqu’à gratifier de ce titre les communistes qui sacrifient leur vie pour la patrie.

Pourtant, le Coran réprouve indistinctement tous les non-musulmans : [Nous avons considéré les œuvres qu’ils ont avancées et les avons rendues vaines, comme éparpillées par le vent].[6]

Par ailleurs, les activistes harakî exultent à l’idée d’irriter les pouvoirs en place en désignant par shuhadâ les condamnés à mort. Nous avons vu plus haut que le législateur condamne une telle pratique. Ils sont clairement dans la provocation et leur esprit subversif les pousse à tresser des couronnes à leurs concitoyens qui se dressent contre l’autorité au prix de leur vie. Bien sûr, ils ferment les yeux sur les preuves textuelles répertoriées par le recueil de Bukhârî. Ils en minimisent la portée et n’ont pas peur de les contredire. Ils peuvent toujours avancer qu’ils sont mus par le zèle religieux et remplis de bonnes attentions, mais cette excuse n’intercède nullement en leur faveur. Car, quand bien même, ils seraient vraiment sincères, nous avons vu que cela ne suffit pas dans la balance des actes ; ils doivent fournir, en effet, un autre paramètre, et non des moindres : la fidélité à la voie prophétique.

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] Rapporté par Muslim (1065).

[2] E-radd ‘alâ el Akhnâî (p. 205).

[3] Rapporté par el Bukhârî (2742).

[4] Rapporté par Muslim (1065).

[5] Rapporté par el Bukhârî (3993) et Muslim (225).

[6] El furqân ; 23

Partager cet article

Repost 0
Publié par mizab
commenter cet article

commentaires