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16 octobre 2014 4 16 /10 /octobre /2014 17:27

Le kharijisme

(Partie 2)

• Ibn Wadhdhâh cite également selon Ayyûb : « Il y avait un homme chez nous qui délaissa sa mauvaise opinion. Je me rendis chez Mohammed ibn Sirîn pour lui dire : « Est-ce que tu penses qu’un tel a renoncé à son opinion ?

Il faut plutôt regarder sa nouvelle opinion, répondit-il, car à leur fin de parcours, ils sont pires qu’à leur début : Ils sortiront de la religion sans ne plus jamais y revenir. »[1]

• Selon Mohammed ibn Wadhdhâh, ce dernier entrait dans la mosquée et se tenait devant les assemblées pour dire, etc. ibn Wadhdhâh a dit : selon ibn ‘Uyaïna, selon Mujâlid, selon e-Sha’bî, selon Masrûq, ‘Abd Allah – en parlant d’ibn Mas’ûd – a dit : « Chaque année est pire que la précédente ; je ne dis pas qu’il y pleut moins, qu’elle est moins fertile, ou que le nouvel émir est moins bien que le précédent. Je parle du départ de vos savants et de votre élite. Puis, après leur départ, des nouvelles générations, qui mesurent les choses selon leurs propres pensées, les succèderont. C’est alors que l’Islam se détériorera et s’effritera. »[2]

• Ibn ‘Abbâs dépeint le profil des kharijites en ces termes : « Ils donnent foi aux Versets formels, mais les Versets ambigus les égarent. » Puis, il récita : [personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[3]

• D’après ibn Wahb, selon Bukaïr, ce dernier demanda à Nâfi’ : « Quelle est l’opinion d’ibn ‘Omar sur les Harûrites ?

  • Pour lui, ils sont les pires des hommes, répondit-il, car ils utilisent contre les musulmans des Versets qui furent révélés sur les mécréants. »

Très content de cette réponse, Sa’îd ibn Jubaïr fit le commentaire suivant : « Parmi les Versets ambigus que les harûrites utilisent, nous avons : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants][4] ; un Verset auquel ils font joindre : [Après cela, les mécréants lui donnent des égaux].[5] Dès qu’ils voient que l’Imam ne gouverne pas avec justice, ils prétendent qu’il devient mécréant. Or, étant donné que la mécréance consiste à donner des égaux au Seigneur, cela revient à commettre l’association. Ainsi, à leurs yeux, les membres de cette communauté sont des païens.

C’est alors qu’ils – les harûrites – s’insurgent et répandent le meurtre, comme nous avons pu le voir, en raison de l’interprétation erronée qu’ils font de ce Verset. »[6]

Selon Abû Umâma, comme le relate Shâtibî,[7] les kharijites sont notamment concernés par le Verset : [Quant à ceux qui ont les cœurs égarés, ils s’attachent aux Versets ambigus en vue de semer la discorde et de les interpréter à leur façon ; mais personne ne connait leur interprétation en dehors d’Allah. Ainsi que les savants érudits qui disent : nous y donnons foi, tout vient de Notre Seigneur].[8]

• Bon nombre d’entre eux comptaient dans l’armée d’Alî (t) à la bataille de Siffîn. Lorsque le dernier khalife et Mu’âwiya (t) s’en remirent à l’arbitrage d’un tiers au mois de ramadhan de l’année 37 de l’Hégire, mais les Kharijites s’opposèrent à ce règlement. Dès lors, ils blâmèrent à outrance le gendre du Prophète (r) en lui lançant : « Tu as pris des hommes pour juger à partir du Livre d’Allah alors qu’il n’y a d’autre Juge que Lui. » Puis, ils « l’excommunièrent » explicitement.[9]

• C’est cet argument que le mujrim ’Abd e-Rahmân ibn Muljim prit à son compte avant d’assassiner le troisième khalife qui prononça sa phrase célèbre avant de mourir ; une phrase qui deviendra une règle en or chez les savants : « C’est prêcher le vrai pour faire passer le faux. »[10]

• Après la bataille de Siffîn, douze milles insurgés se séparèrent de l’armée d‘Alî (t) pour se réfugier dans la montagne de Harûrâ ; c’est ainsi qu’ils furent nommés Harûrites. Le gendre du Prophète (r) envoya ibn ‘Abbâs (t) en vue de parlementer avec eux. La moitié d’entre eux revinrent à la raison, mais ceux qui restèrent pillèrent les troupeaux et s’attaquaient impunément au sang des innocents. Ils assassinèrent ‘Abd Allah ibn Khabbâb ibn el Aratt, ils entrèrent ensuite dans sa maison pour tuer son fils et sa mère qui était sa servante. Selon certaines versions, ils lui ouvrirent le ventre alors qu’elle était enceinte. Puis, ils firent campement à Nahrawân où ‘Alî les rejoignit à la tête d’un détachement de quatre mille hommes. Une fois sur place, il dépêcha quelqu’un pour leur réclamer de lui livrer le meurtrier de ‘Abd Allah ibn Khabbâb, mais ils répondirent que toute leur bande était responsable de son crime. Dès lors, ‘Alî déclencha l’assaut et les passa tous au fil de l’épée à l’exception de neuf survivants qui réussirent à s’échapper. Sept soldats de l’armée de ‘Alî – ou neuf selon d’autres annales – trouvèrent la mort au combat.[11]

Après la bataille, ‘Alî marcha au milieu des cadavres contre lesquels il s’écria : « Malheur à vous ! Ceux qui vous ont leurré sont à l’origine de votre malheur !

  • Ô Prince des croyants ! Mais qui donc les ont-ils leurrés ainsi ?
  • C’est Satan et leurs mauvais penchants ; ils les ont abusés par de vains espoirs, ils leur ont embelli la faute, et ils leur ont promis qu’ils seront les vainqueurs. »[12]

• Il chercha dans les cadavres la dépouille du kharijite auquel le hadîth authentique faisait mention, et qui fut rapporté par e-sahîh de Muslim, et d’autres recueils parmi les auteurs des sunan. Lorsqu’il le trouva, il ressentit une joie immense. Il se prosterna même par reconnaissance envers Allah, Lui qui lui avait permis de réaliser cette prophétie. Puis, il déclara : « Si les combattants qui matèrent ces rebelles savaient quelles récompenses Mohammed a promises pour ceux qui y participaient, ils s’arrêteraient de faire de bonnes œuvres. » Pourtant, ils étaient connus pour être les plus fervents dans l’adoration (prière, jeûne, etc.).[13]

• Ibn Abî Tâlib avait demandé qu’on fouille le champ de bataille à la recherche d’un manchot. Comme personne ne le localisa, il se mit lui-même à l’œuvre. Quand il mit la main sur lui, il s’écria : « Allah a dit vrai, et Son Messager a bien transmis son message. »[14] Autrement dit, le Messager d’Allah (r) avait prédit que ce manchot comptera parmi les kharijites morts au combat. Il précisa même que l’expédition punitive montée contre eux sera menée par le camp le plus proche de la vérité.[15]

• Après cet épisode, la tendance takfirî se perpétua dans l’Histoire de l’Islam. On demanda à ‘Alî s’il pensait que les kharijites, qui sortaient impunément les musulmans de la religion, étaient eux-mêmes des mécréants. Voici ce que fut sa réponse : « Ils ont plutôt fui la mécréance. »[16] Puis, il expliqua : « Ils sont nos frères qui se sont retournés contre nous. »[17]

• Selon un hadîth « Deux loups au milieu des moutons ne sont pas plus nuisibles pour la religion de l’individu que son attachement aux biens et aux honneurs. »[18]

• Selon Abû Huraïra, le Messager d’Allah (r) a prédit : « À la fin des temps, il y a aura un peuple qui va mélanger la religion avec les choses de ce bas monde. Ils feront passer aux yeux des gens la peau de chèvre pour du poil doux. Leur langue sera plus mielleuse que le sucre, mais ils auront des cœurs de loups. Allah (U) révèle : « Osez-vous mentir sur Moi ? Osez-vous vous ériger contre Moi ? Par Moi ! Je jure que Je vais envoyer une épreuve à ces gens-là ébahissant le plus posé d’entre eux. » »[19]

• D’après el Khallâl, l’Imam Ahmed a affirmé : « Les Kharijites sont des gens mauvais ; je ne connais pas de gens plus mauvais qu’eux sur terre. Certains hadith authentifiés du Prophète (r) leur sont consacrés, et ils les blâment selon dix aspects. »[20] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a fait savoir en commentaire à cette annale : « Ces hadith sont rapportés par Muslim dans son recueil e-sahîh, Bukhârî en a aussi rapporté quelques-uns. »[21]

• Selon ‘Âichâ – qu’Allah l’agrée –, le Messager (r) récita le Verset : (Il est Celui qui vous a descendu le Livre ; celui-ci contient des versets explicites qui incarnent la mère du Livre ; d’autres sont ambigus. Quant à ceux qui ont les cœurs fourbes, ils s’en tiennent à la partie ambiguë pour semer le désordre et pour en faire une mauvaise interprétation).[22] Puis, il expliqua : « Si vous voyez des gens suivre les Versets ambigus, sachez qu’Allah les a dénoncés dans Son Livre ; alors, méfiez-vous d’eux. »[23]

• Abû Huraïra (t) a dit : « Il y aura à la fin des temps, des gens qui tiendront un discours que vous n’aurez jamais entendu ni vous ni vos pères, alors méfiez-vous d’eux. »[24]

• Selon Nâfi’, le captif d’ibn ‘Omar : « Subaïgh l’Iraquien s’interrogerait sur certaines choses du Coran au milieu des troupes musulmanes. Quand il se rendit en Égypte, ‘Amr ibn el ‘Âs le fit envoyer à ‘Omar ibn el Khattâb. Quand le messager lui remit la lettre, ‘Omar la lut et demanda après cet homme.

  • Il est en route, répondit le messager.
  • Fais attention à ne pas le laisser partir, s’écria ‘Omar, sinon tu risques de recevoir de ma part une punition douloureuse.

Après l’avoir ramené, ‘Omar interpella l’intéressé : « Tu es en quête de nouveautés ? » Il se fit apporter sur-le-champ des tiges de palmiers fraîches pour le frapper à tel point qu’il lui laissa des marques sur le dos.

Ensuite, il le laissa se rétablir pour le corriger à nouveau. Quand il se rétablit après sa deuxième correction, il le convoqua pour le corriger une troisième fois, mais Subaïgh l’en empêcha en s’exclamant : « Si tu veux me tuer alors, fais-le proprement, mais si tu veux me soigner, sache par Allah ! Que c’est déjà fait. » Dès lors, il le laissa retourner sur ses terres. Il écrivit à Abû Mûsa el Ash’arî de ne laisser personne s’assoir avec cet homme ; cela fut pour lui d’autant plus pénible. »[25] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya précise que le deuxième Khalife leva cette mise en quarantaine quand il apprit que l’intéressé s’était repenti de ses maux. Cette punition lui servit plus tard quand les Kharjites vinrent frapper à sa porte. Il leur fit savoir que le sermon du serviteur vertueux (‘Omar) fit ses effets.[26]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

[1] Rapporté par el Bukhârî (7562), selon Abu Sa’îd el Khudhrî et Muslim (1067), selon Abû Dharr

[2] Rapporté par ibn Wadhdhâh dans el bida’ wa e-nahi ‘anhâ (p. 40), et Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (210) ; el Hâfizh ibn Hajar l’a imputé à el Baïhaqî dans el fath (13/283).

[3] La famille d’Imrân ; 7 voir : El musannif d’ibn Abî Shaïba (15/313) et e-sharî’a d’el Ajûrrî (1/343).

[4] Le repas céleste ; 44

[5] Le bétail ; 1

[6] Voir : el i’tisâm de Shâtibî (2/692), e-sharî’a d’el Âjûrrî (1/341-342), et e-tamhîd d’ibn ‘Abd el Barr (23/334-335). Il va sans dire que cette accusation ne vise pas les savants traditionalistes qui prennent ces Versets à leur compte pour kaffar celui qui forge des lois.

[7] Voir : el i’tisâm (1/32, 77) et Qawt el Qulûb d’Abû Tâlib el Makkî (2/246).

[8] La famille d’Imrân ; 7

[9] Voir : el farq baïna el firaq d’el Baghdâdî (p. 74-76), el bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (10/577), et majmû’ el fatâwâ de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (13/208).

[10] Rapporté par Muslim (1066).

[11] Voir : el farq baïna el firaq (p. 75-78) et Majmû’ el fatâwâ (13/208).

[12] El bidâya wa e-nihâya d’ibn Kathîr (10/588).

[13] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

[14] Rapporté par Muslim (1066), selon Alî ibn Abî Tâlib (t).

[15] Rapporté par Muslim (1065), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t).

[16] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq dans son recueil el musannif (18656).

[17] Rapporté par ibn Abî Shaïba dans son recueil el musannif (37763).

[18] Rapporté par e-Tirmidhî (2376) et Ahmed (3/456), selon Ka’b ibn Mâlik (t).

[19] Rapporté par e-Tirmidhî (2404) et el Baghawî dans sharh e-sunna (14/394).

[20] E-sunna d’el Khallâl (1/145) ; selon l’auteur de la recension, sa chaîne narrative est authentique.

[21] Voir : Majmû’ el fatâwâ (3/279).

[22] La famille d‘Imrân ; 7

[23] D’après el Bukhârî et Muslim dans leurs recueils e-sahîh.

[24] Voir : l’introduction de Muslim.

[25] Rapporté par e-Dârimî (I/55-56).

[26] Voir : Majmû’ el fatâwa (4/3-4).

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Publié par mizab
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