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8 novembre 2014 6 08 /11 /novembre /2014 18:14

Ibn Taïmiya et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 1)

Louange à Allah le Seigneur de l’univers ! J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, l’allié des vertueux, et j’atteste que Mohammed est le sceau des prophètes et messagers ! Que les Prières, la Bénédiction et le Salut d’Allah soient sur lui, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

« Malheur à l’homme par qui le scandale arrive ! »

"C’est la plaie du temps que les fous guident les aveugles."

King Lear, Shakespeare.

Ou quand l’aveugle voulait se faire borgne !

Introduction

L’ignorance et l’injustice sont à l’origine de tous les maux entre les êtres humains, comme le révèle le Verset : [L’homme l’a alors prise, il était certes un grand injuste et un grand ignorant].[1] Nous devons donner foi à tous les enseignements venant d’Allah, et accepter la vérité dans son ensemble, sans faire preuve de passion ni parler sans savoir ; notre approche est scientifique et objective, conformément au Coran et à la sunna. Quand on s’accroche qu’en partie à la vérité, on suscite la divergence et la désunion.[2]

Allah (I) révèle : [Ne croyez-vous qu’à une partie du Livre au détriment du reste ; en agissant ainsi, quelle autre rétribution aura-t-on sinon de goûter à l’ignominie ici-bas et d’être jeté dans le pire des châtiments le Jour de la résurrection ; Allah n’est nullement inattentif à ce que vous faites].[3]

[Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].[4]

En effet, les Gens du Livre ont pour usage de renier les bonnes opinions de leurs coreligionnaires comme l’a signalé ibn Taïmiya dans son livre : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm.[5] Le Très-Haut révèle : (Les Juifs disent : les chrétiens ne tiennent sur rien, et les chrétiens disent : les Juifs ne tiennent sur rien, et pourtant tous lisent le Livre. Ainsi, les ignorants ont prétendu la même chose. Le Jour de la Résurrection, Allah tranchera entre leurs divergences).[6]

Les causes de la mauvaise divergence

La division entre deux groupes provient soit des mauvaises intentions mues, entre autres, par l’animosité, la jalousie, et l’amour du pouvoir. C’est ce qui pousse à dénigrer l’autre tendance et à vouloir le dessus sur elle. En parallèle, on est enclin au discours de celui avec qui on lié par l’amitié, la même tendance, école, région, etc. Il y a un intérêt à le défendre, car il rapporte honneur et pouvoir. Ce genre de conflit, qui est courant entre les hommes, nait de l’injustice.

Soit, la division provient de l’ignorance dans le sens où les parties en présence ne pénètrent pas les tenants et les aboutissants de la question qui les sépare. Il est possible également qu’elles n’aient pas connaissance de la preuve textuelle sur laquelle s’appuie l’autre ou tout simplement qu’elles ne soient pas capables de détecter la part de vérité qui se trouve chez l’autre, quand bien même elles maitriseraient leurs propres arguments. L’ignorance et l’injustice sont à l’origine de tous les maux entre les êtres humains, comme le révèle le Verset : [L’homme l’a alors prise, il était certes un grand injuste et un grand ignorant].[7]

Tous les groupes en effet affichent une opposition au Coran et à la sunna dans la croyance ou le discours,[8] à part les traditionalistes qui sont les meilleurs éléments de cette communauté. Ils représentent la tendance médiane au milieu des autres tendances ; ils méritent ainsi d’être « le groupe sauvegardé » et « la secte sauvée »[9] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – a dit : « Ils se trouvent au milieu entre les différentes tendances comme l’Islam est au milieu entre les autres croyances. »[10]

Même la divergence tolérée peut engendrer la perdition

Le Prophète (r) a interdit la divergence qui implique de renier la vérité qui se trouve chez la partie adverse. La chose est si grave qu’elle entraina la perte des civilisations anciennes. La leçon est d’éviter le plus possible d’imiter les damnées en veillant à l’unité du groupe. Malheureusement, la division qui touche les musulmans est de cet ordre. Avoir raison sur un point ne serait-ce qu’en partie, ne justifie pas de rejeter la vérité qui se trouve chez l’autre. C’est ce qui fait qu’on peut avoir raison d’un point de vue, mais avoir tort en refusant d’admettre la divergence quand elle est de type complémentaire. L’ignorance consiste souvent à démentir une chose qu’on ne connait pas, car il est plus facile de cerner ce qu’on connait. Autrement dit, contrairement à ce qu’on connait, ce qu’on ne connait pas n’a pas de limite.[11]

El insân ‘adiwwun li mâ yajhaluhu

Qui ignore haït…

Ressembler aux gens du Livre sur un point ne rend pas forcément mécréant

Ibn Taïmiya affirme dans son œuvre iqtidâ es-sirât al mustaqîm : « La ressemblance dans l’aspect extérieur engendre nécessairement la conformité et l’entente entre les deux parties concernées, poussant ainsi à un accord ou à une similitude dans les gestes et les coutumes. Il est facile concrètement de remarquer ce phénomène. À titre d’exemple, la personne qui revêt l’habit des savants va ressentir inconsciemment une certaine affinité envers eux. Ou encore l’apparat militaire pousse à se comporter quasiment comme un soldat – la nature de celle qui le porte risque d’être dominée par ce nouvel ascendant – sauf si pour une raison quelconque, elle ne pouvait le faire. »[12]

Si cela est clair, il faut savoir que veiller à ne pas ressembler aux mécréants sous quelque forme que ce soit, constitue un principe primordial de la religion. Il existe une multitude de preuves textuelles (du Coran et de la sunna) venant l’appuyer. Ibn Taïmiya s’est inspiré dans sa thèse, tout comme d’autres savants, du verset suivant : (Le temps n’est-il pas venu pour les croyants de vouer leur cœur à l’évocation d’Allah et à la vérité descendue de Sa part, et de ne pas être semblables à ceux qui ont reçu le Livre avant eux ; avec le temps, leurs cœurs se sont endurcis et beaucoup d’entre eux sont devenus des pervers).[13]

Dans son même ouvrage, il commente : « Le Coran interdit de leur ressembler dans l’absolue, bien que le discours est plus porté ici sur le fléau des cœurs endurcis qui provient des péchés. »[14]

• Ibn Taïmiya : « Le Tout-Puissant (Y) lui a interdit de suivre les pulsions des ignorants. Cela comprend notamment les opposants (ou dissidents) à sa religion. Leurs pulsions correspondent à leurs penchants ou au mode de vie apparent des polythéistes, inspirés de leur fausse religion dans toutes ses implications. S’accorder dans la pratique à ces gens-là trahit le penchant à se laisser guider par les passions. Telle est la raison pour laquelle les mécréants se réjouissent de voir les musulmans leur correspondre dans certaines de leurs pratiques. Ils en sont tellement heureux qu’ils seraient prêts à investir des sommes énormes afin d’y parvenir. Dans l’hypothèse où la pratique en question ne relève pas des passions, il incombe également de faire le contraire d’eux, pour mettre d’emblée un frein à toute envie potentielle de les imiter. En outre, le fidèle est plus à même d’obtenir l’agrément d’Allah par ce biais. Leur ressembler dans cet aspect en particulier, ne met pas à l’abri de leur ressembler dans des choses bien plus graves. En rôdant autour des limites, on risque bel et bien de les franchir ! »[15]

• « Les communautés égarées et maudites érigeaient leurs lieux de prières sur les tombes des prophètes et des gens pieux. Il faut savoir que le Messager d’Allah (r) a interdit ce genre de pratiques en diverses occasions. Celui pour qui je sacrifierais père et mère ! Il l’a fait notamment juste avant de quitter ce monde ! Par ailleurs, bon nombre de musulmans ont été éprouvés par ce genre de pratiques ! De plus, la religion des égarés ne tient pas plus dans son ensemble que sur les chants liturgiques et les belles icônes. Leur plus grand souci dans le culte, c’est de s’embellir la voix. Or, comme nous pouvons le constater, les musulmans sont éprouvés par les chants rituels, qui prennent la place de la poésie, dans le but de corriger les cœurs et les tendances. Ces pratiques sont similaires sous certains aspects à celles des communautés égarés ! »[16]

• Al Bayhaqî a rapporté dans sunan el kubrâ (9/234), et dans e-shu’ab (9385) ; ibn Taïmiya l’ayant authentifié dans majmû‛ el fatâwâ (25/325), la parole d’Omar ibn el Khattâb (t) : « Éloignez-vous des ennemis d’Allah, les Juifs et les chrétiens, au cours de leurs rassemblements, leurs jours de fête. La colère descend sur eux et je crains qu’elle ne vous atteigne. N’apprenez pas leur dialecte (ratana) au risque de leur ressembler. »

Leur dialecte ou leur langage (ratana) correspond aux langues étrangères. Cette parole de ‘Omar, l’inspiré d’Allah, incarne le comble de la perspicacité. Actuellement encore, d’aucun n’exhibe sa maîtrise des langues étrangères sans la traduire sur son comportement. Il se laisse emparer par les mœurs les plus indécentes et s’accommode d’un mode de vie étranger à l’Islam. Ibn Taïmiya souligne dans majmû‛ el fatâwâ : « Ce fameux ‘Omar a carrément interdit d’apprendre leur langue et de mettre un pied dans leur église leur jour de fête. Que dire de ceux qui les imitent ou bien qui aspirent à faire des choses propres à leur religion ! N’est-il pas pire de les rejoindre dans les actes que de les rejoindre dans les paroles ? N’est-il pas pire encore de s’initier à quelques-unes de leurs pratiques caractéristiques à leurs journées rituelles que de mettre un simple pied dans leur église ce fameux jour ? Si la colère les recouvre pendant leur fête à cause de leurs agissements ce jour-là, que dire de celui qui s’associe à eux dans leur rituel ne serait-ce qu’en partie, n’encourt-il pas autant la colère ? »[17]

• D’après les six références à l’exception de Tirmidhî, selon ibn ‘Omar (t) : « Nous sommes un peuple illettré ; nous ne maîtrisons ni l’écriture ni le calcul. » Allah a révélé : (Dis aux gens qui ont reçu le Livre et aux illettrés : Avez-vous embrassé l’Islam ?)[18] Ibn Taïmiya a fait la judicieuse conclusion suivante dans majmû‛ el fatâwâ : « Il a considéré les illettrés en parallèle aux gens du Livre ; les uns étant différents des autres. »[19]

• (Récite-leur l’histoire de celui qui s’est arraché à nos Versets après les avoir reçus ; il s’est fait rejoindre par Satan et s’est laissé séduire. Si nous avions voulu, Nous l’aurions élevé grâce à eux, mais il a préféré s’enraciner à la terre et suivre ses passions. Il est semblable au chien ; si tu le chasses, il halète et si tu le laisses il halète. Tel est l’exemple du peuple ayant démenti nos signes (Versets). Confie-leur les histoires ainsi vont-ils réfléchir. Mauvais est l’exemple du peuple qui a démenti nos signes, et qui envers eux-mêmes étaient injustes).[20] Ibn Taïmiya a dit : « Allah (I) a démontré à travers Ses dires : (Mauvais est l’exemple) que le chien représente une mauvaise image, et que le croyant est épargné de l’endosser. »[21]

Par : Karim Zentici

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[1] Les coalisés ; 72 voir : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/148).

[2] Ibn Taïmiya dans Majmû’ el fatâwâ (4/450) ; Sheïkh el Islam ibn Taïmiya explique : « La religion se résume à deux principes : Nous devons uniquement adorer Allah et uniquement l’adores selon Sa loi. » El ubûdiya (p. 31).

« L’innovation est rattachée à la division comme la Tradition est rattachée à l’union. C'est pourquoi on dit les gens de l’union et de la Tradition en opposition aux gens de la division et de l’innovation. » El istiqâma (1/42).

[3] La vache ; 85

[4] Le repas céleste ; 14 ; dans un autre passage, Sheïkh el Islam oppose les traditionnistes purs aux mutakallimîns qui cherchent à découvrir le Théo en s’appuyant uniquement sur la Raison (le dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm), aux dépens des textes. Les premiers ont conscience de l’hérésie des seconds débouchant sur des croyances erronées à la base de la tendance jahmite ; le Coran serait créé, il ne serait pas possible, même dans l’autre monde de voir le Très-Haut, et, qui plus est, ne serait pas sur Son Trône. En réaction à celle-ci, ils composèrent des ouvrages sur la nécessité de s’attacher au Livre d’Allah, au hadîth, et aux paroles des anciens. Dans l’ensemble, ils n’ont pas tort, bien qu’ils ne sont pas à l’abri de s’appuyer sur des annales faibles, ou tout simplement au mauvais endroit. En outre, à leurs yeux, le Coran incarne la Révélation à laquelle on doit donner foi, mais, ils occultent, en parallèle, toutes les preuves rationnelles qui démontrent l’existence et l’unicité d’Allah, la prophétie, et l’eschatologie (le sort ultime de l’homme dans l’au-delà). Leurs ouvrages (usûl e-sunna, e-sharî’a, etc.) doivent leur titre à cette approche. Il ne sert à rien, selon celle-ci, de vouloir prouver la prophétie de Mohammed (r), car établie depuis longtemps. Bien sûr, les mutakallimîn ont vu ces attaques du mauvais œil, et, avec dédain, ont taxé leurs détracteurs d’incultes, incapables de démontrer par la raison, la véracité du dernier message prophétique. Les premiers n’en ont pas démordu pour autant, en vouant les réfractaires au crédo officiel à l’innovation, voire carrément au bannissement total de la religion. Les deux tendances opposées sont blâmables, étant donné que chacune occulte l’un des deux procédés (rationnel et textuel) mettant en lumière les fondements de la religion. Cette négligence commune leur a valu des dissensions terribles que le Coran avait prévenues : [Ils oublièrent alors une partie du rappel, et Nous attisâmes entre eux la haine et l’animosité jusqu’au Jour de la résurrection].

Il existe un troisième groupe qui, déçu par la négligence scientifique des premiers et de l’hérésie des seconds, opta pour une troisième voie ; ces adeptes prirent pour aversion tout étudiant en quête d’émancipation du suivisme aveugle… Majmû’ el fatâwâ (19/159-163).

[5] Voir : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/91).

[6] La vache ; 113

[7] Les coalisés ; 72 voir : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/148).

[8] Sheïkh el Islam ibn Taïmiya a dit à ce sujet : « La vérité pure, celle qui n’est entachée par aucune souillure, se trouve avec les gens de la tradition et de l’union. Ce constat notoire a été possible après des études approfondies sur les différentes croyances et les principes des différentes tendances. » Voir : Tarîq el wusûl ilâ el ‘ilm el ma-mûl (p. 22).

[9] Voir : Wasatiya ahl e-sunna baïna el firaq (p. 287).

[10] El fatâwâ (4/140) ; il a dit également : « Leur tendance est médiane dans le domaine des Noms d’Allah (I) entre les mu’attila (les négateurs ndt.) jahmites et les mushabbiha (assimilateurs ndt.). Leur tendance est médiane dans le domaine des Actions d’Allah (I) entre les qadarites (partisans du libre-libre ndt.), et les jabarites (déterministes ndt.). Dans le domaine du mauvais devenir de l’homme (el wa’îd : la menace ndt.), ils sont entre les murjites et les wa’îdiya parmi les qadarites et autres. Concernant les diverses catégories d’individus dans le domaine de la foi et de l’appartenance à la religion, ils sont entre les harûrites et les mu’tazilites d’un côté et les murjites et les jahmites de l’autre. Concernant les Compagnons du Prophète (r), ils sont entre les râfidhites et les kharijites. »

[11] Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (1/143-145).

[12] Iqtidâ e-Sirât al Mustaqîm (1/93).

[13] Le fer ; 16

[14] Iqtidâ e-sirât al mustaqîm (1/290).

[15] Iqtidâ e-sirât al mustaqîm (1/98).

[16] Iqtidâ e-sirât al mustaqîm (1/90-91).

[17] Majmû‛el fatâwâ (25/325).

[18] La famille de ‘Imrân ; 20

[19] Majmû‛ el fatâwâ (25/168).

[20] El A’râf ; 175-177

[21] Majmû‛ el fatâwâ (32/258).

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Publié par mizab
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