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23 décembre 2014 2 23 /12 /décembre /2014 16:11

Ibn Bâbtîn

(Partie 2)

Il dit tout d’abord : « Ceux qui polémiquent en faveur des païens s’inspirent de l’histoire de l’homme ayant demandé à sa famille de brûler son corps après sa mort. Ils en concluent que l’ignorant ayant commis un acte de mécréance (kufr) est excusable. Seul un obstiné (mu’ânid), à leurs yeux, peut devenir mécréant. »

Il s’attaque ainsi au cœur des revendications d’ibn Jarjîs et de ‘Uthmân ibn Mansûr, qui, malheureusement, reçut sa mauvaise influence. Ces derniers prétendaient, en s’appuyant sur des textes d’ibn Taïmiya et d’ibn el Qaïyim, que tous les ignorants sans détail sont excusables. Or, l’ignorance n’est pas une excuse en elle-même, mais l’incapacité d’avoir accès à la vérité, à condition, bien sûr, de la rechercher.

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhab fut confronté à son époque à ce genre d’opposition. L’ouvrage kitâb mufîd el mustafîd fî kufr târik e-tawhîd fut consacré en réponse à certains de ses détracteurs qui reniaient le takfîr mu’aïyin dans l’absolu. Ces derniers s’inspiraient notamment du discours d’ibn Taïmiya qui s’abstenait de se prononcer sur un cas particulier avant l’iqâma el hujja. En s’inspirant d’exemples historiques et de certains passages d’ibn Taïmiya, le premier homme de la da’wa nadjite démontre que cette allégation est née d’une confusion énorme. Pour ne citer qu’ibn Taïmiya, ce dernier taxe d’apostasie certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemcenî.[1]

Ainsi, contrairement à la tendance des murjites, pour ibn Taïmiya et les traditionalistes en général, après l’iqâma el hujja, tout individu qui commet du shirk akbar devient mécréant.

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn se chargea donc de réfuter la tendance erronée et véhiculée par Dâwûd ibn Jarjîs et ibn ‘Ajlân. Ces deux hommes l’imputaient à ibn Taïmiya et son élève ibn el Qaïyim comme nous l’avons vu. Ils prétendaient que l’erreur d’interprétation rapportait systématiquement une récompense en plus du fait qu’elle était excusable. Ils voulaient faire passer l’idée que seul un obstiné pouvait sortir de l’Islam. Le suivisme aveugle et l’ignorance seraient, à leurs yeux, dans tous les cas excusables.

Il dit ensuite : « Nous disons en réponse à cet argument qu’Allah (I) envoya Ses messagers aux hommes comme annonciateurs et avertisseurs. Il a ainsi coupé court à toute excuse pouvant venir de leur part. Le plus grand enseignement sur lequel portait leur message était l’adoration exclusive d’Allah sans Lui vouer d’associé. Ils ont donc condamné l’association qui revient à adorer un autre que Lui. »

Les détracteurs de la da’wâ « wahhabites », avec à leur tête le propre frère du « chef fondateur », Sulaïmân ibn ‘Abd el Wahhâb, cherchaient à atténuer les méfaits de l’association. « L’essentiel de leur critique pouvait se résumer dans une idée simple : croire en l’existence d’un seul Dieu et à la prophétie de Muhammad suffit à conférer la qualité de musulman, quelques soit les péchés commis ou les innovations illégales adoptées dans l’exercice du culte. Certains considéraient même que les pratiques religieuses condamnées par Abd el Wahhab (sic) étaient en réalité le moyen d’adorer Dieu. Ceux-là estimaient que le Tout-Puissant lui-même n’avait pas accordé le même degré de qualité spirituelle, et que les « amis de Dieu » (awliya’) pouvaient légitimement intercéder auprès d’Allah au bénéfice des croyants ordinaires, dès lors que ceux-ci acceptaient l’idée selon laquelle Dieu est à l’origine de toute action dans le monde, bonne ou mauvaise, et qu’un « ami de Dieu » n’est que son délégué. »[2]

Le « certains » en question, c’est Dâwûd ibn Sulaïmân ibn Jarsîs dans sulh el ikhwan mi ahl al-imam (p. 121).

Ainsi, tout s’éclaircit, car pour reprendre les paroles d’Abd e-Rahmân ibn Hasan (le petit-fils de l’Imam), ibn Jarjîs autorisait l’istighâthâ bi ghaïr Allah (d’invoquer le secours à un autre qu’Allah),[3] ou pour reprendre celles de son fils ‘Abd e-Latîf, ibn Jarjîs considérait que cette pratique relevait du shirk asghar, pour ne pas dire qu’elle était recommandée.[4]

Il est donc établi que les pratiques païennes auxquelles s’adonnaient les contemporains de la da’wa najdite relevaient de l’association et du shirk akbar faisant sortir de la religion. Or, il incombe de souligner que les traditionalistes à l’exemple d’ibn Taïmiya faisaient la distinction entre le cas général et absolu et le cas particulier dans les questions du takfîr.

Sheïkh ‘Abd Allah Abâ Btîn explique à ce sujet : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « Cependant, en raison de la propagation de l’ignorance dans les rangs de nombreux adeptes de l’Islam parmi les générations récentes, il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » Il parle apparemment du cas particulier, étant donné qu’ailleurs il annonce formellement que l’association relève de la mécréance. Il ne s’abstient nullement de le kaffar après que les enseignements lui soient exposés…

Puis, il résout le problème que peut soulever le discours d’ibn Taïmiya : « Pour concorder entre ses paroles, nous devons comprendre ses intentions. Il veut nous dire que nous pouvons entendre certaines paroles, ou certains écrits en prose ou en vers ayant du kufr. Cependant, nous ne pouvons kaffar leur auteur au premier abord. Il faut attendre avant cela de lui exposer la preuve céleste. »[5]

Un autre passage d’Abâ Btîn va dans ce sens : « Quant aux paroles d’ibn Taïmiya : « il n’est pas permis de les kaffar avant de leur avoir exposé les enseignements du Prophète (r) » ; Il veut dire qu’il n’est pas permis de les kaffar en personne et en particulier, en disant par exemple qu’un tel est un kâfir. Nous devons dire plutôt que tel acte relève de la mécréance et que son auteur dans l’absolu est un mécréant… »

Puis, après une longue explication, il conclut : « Ce discours est basé sur le principe suivant : nous jugeons mécréante dans l’absolu une parole jugée ainsi par les textes du Coran, de la sunna, et du consensus, comme en témoignent les preuves textuelles… mais cela ne veut pas dire qu’il faille juger mécréante toute personne l’ayant prononcé. Il incombe avant cela de réunir les conditions nous permettant de le faire et d’évacuer les restrictions faisant obstacle à notre jugement. »[6]

Puis, il enchaine : « Si on donne l’excuse de l’ignorance à celui qui commet du shirk akbar (l’association majeure), alors qui ne serait pas excusable ? Si l’on s’en tient à ce raisonnement, cela voudrait dire que la preuve céleste s’applique uniquement contre l’obstiné. Quoi que les partisans de cette tendance ne peuvent étendre ce principe à toutes les questions, sinon, ils sont obligés de se contredire. Ils ne peuvent en effet hésiter à kaffar celui qui doute du moindre fondement de la religion (la mission de Mohammed (r), la Résurrection, etc.), en sachant que le doute est une forme d’ignorance. »

Contrairement aux kharijites, aimmat e-da’wa prennent en considération l’iqâma el hujja avant de se prononcer sur un cas particulier ayant commis une annulation de l’Islam. Matériellement, la hujja consiste à transmettre les textes du Coran, de la sunna ou du consensus de façon à ce qu’ils soient bien appréhendés, aux yeux de la plupart des savants de aimmat e-da’wa. Pour la minorité d’entre eux, seule la présence du Coran est à même de faire l’affaire. Or, on peut très bien en avoir un exemplaire à la maison, sans pour autant être au courant de ses enseignements en détail.

Sheïkh e-Sa’dî nous enseigne que notre relation sera différentes avec les deux sortes d’individus suivants : les mécréants d’origine qui ne sont pas affiliés à l’Islam et les musulmans qui commettent une annulation de l’Islam. Concernant la première catégorie, aucune distinction n’est faite entre le savant et l’ignorant, dans le sens où tous les deux sont voués à l’Enfer éternel. Pour la deuxième catégorie, les textes du Coran et de la sunna expriment que les erreurs non intentionnelles commises tant dans les usûls que les furû’ constituent une circonstance atténuante avant de se prononcer sur un cas particulier.[7] Le shirk akbar ne fait pas exception à la règle.

Ailleurs, il explique : « En un mot, en démentant (takdhîb) Allah ou en démentant Son Messager dans les enseignements qu’il rapporte, on devient mécréant ; ou bien, en n’adhérant pas (lam yaltazim) aux commandements d’Allah et de Son Messager. Toutes ces choses s’opposent à la foi conformément au Coran et à la sunna. Tous les discours des légistes expliquant en détail les formes d’annulations reconnues de l’Islam reviennent à cette cause. »[8] La cause en question, c’est le takdhîb ou ‘adam el iltizâm. Il veut dire que l’origine du kufr a lieu soit au niveau du qawl el qalb, comme chez les chrétiens et certains païens arabes soit au niveau de ‘amal el qalb comme pour Pharaon et les Juifs et de nombreux païens arabes qui connaissaient la vérité, mais qui s’étaient laissé aveugler par l’orgueil et l’obstination.

Nous avons vu que aimmat e-da’wa se sont abstenus de kaffar certains cas particuliers, qui pourtant, non seulement avait fait du shirk akbar, mais qui avaient composé des ouvrages vantant ses vertus ; ce qui en soi, est une circonstance aggravante. Ils ne les ont pas sortis de la religion, car toutes les conditions n’étaient pas réunies pour le faire. Ils ne se prononçaient pas également sur les musulmans morts, et ils se fiaient aux apparences dans leurs relations avec ceux qui se revendiquaient musulmans en leur donnant leur droit, sauf si certains éléments venaient confirmer le contraire.

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[2] Qu’est-ce que le salafisme ? (p. 28).

[3] Voir : Kashb ma alqâhu iblîs (p. 54).

[4] Voir : manhâj e-ta-sîs wa e-taqdîs (p. 268-269).

[5] E-durar e-saniya (10/403).

[6] E-durar e-saniya (12/88).

[7] El irshâd ilâ ma’rifat el ahkâm (p. 556-558).

[8] El irshâd ilâ ma’rifa el ahkâm (p. 210).

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Publié par mizab
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