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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 12:18

Ibn Taïmiya et le khabar el ahad

(Partie 1)

Louange à Allah le Seigneur de l’univers ! J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors d’Allah, l’allié des vertueux, et j’atteste que Mohammed est le sceau des prophètes et messagers ! Que les Prières, la Bénédiction et le Salut d’Allah soient sur lui, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Voir : mawqîf ibn Taïmiya min el ashâ’ira qui, à l’origine est une thèse universitaire ès Doctorat du D. ‘Abd e-Rahmân el Mahmûd.

Et : Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya mohaddithan qui, à l’origine est une thèse universitaire ès Magistère du D. ‘Adnân Shalash.

Introduction

Sheïkh el Islâm dissipe un amalgame de taille en soulignant qu’il ne s’agit pas de donner du crédit à toute parole qui nous vient par le biais d’une seule personne. Beaucoup font malheureusement fausse route en donnant de grands coups d’épée dans l’eau, alors que le débat est ailleurs.[1] Personne n’est suffisamment insensé pour avancer que l’information isolée est forcément synonyme de savoir.[2] Ibn el Qaïyim emboite le pas à son Sheïkh en pointant du doigt ceux qui brassent de l’air en faisant la guerre à des fantômes, à grands coups de pavés dans la mare, et qui, pire, imputent cette fausse tendance à l’Imâm Ahmed et qui serait l’un de ses deux avis sur la question.[3]

La problématique

Ibn Taïmiya se charge de remettre les pendules à l’heure en cernant le débat en ces termes : le khabar el wâhid peut effectivement signifier le « savoir » à condition qu’il soit agrémenté par des indices le justifiant. C’est le cas par exemple de nombreux énoncés des deux recueils de référence que sont el Bukhârî et Muslim. Ceux-ci sont devenus incontestables soit parce qu’ils sont communément transmis de générations en générations (mutawâtir) soit pour avoir reçu l’aval des musulmans ou, plus précisément, des savants de référence. Ce principe fut validé par la plupart des spécialistes affiliés aux 4 écoles canoniques (dont ses fondateurs, comme nous allons le voir), mais aussi par la plupart des grandes sommités ash’arites comme Abû Ishâq el Isfirâyînî, et ibn Fawark,[4] et, en règle générale par la majeure partie des savants anciens et modernes, comme e-Sarkhasî, el Qâdhî Abû Ya’lâ, e-Nazhzhâm, etc.[5]

Notre doyen va plus loin en imputant cette tendance aux spécialistes d’usûl el fiqh, hormis quelques modernes, qui, sous influence de certains mutakallimûns avec el Baqillânî à leur tête, ont remis en question ce constat. Ce mouvement contestataire fit des émules dans les milieux savants et toucha des érudits comme Abû el Ma’âlî el Juwaïnî, Abû Hâmid el Ghazâlî, ibn ‘Aqîl, ibn el Jawzî, ibn el Khatîb, el Âmudî, etc.[6]

Le consensus des anciens

Tous les anciens s’accordent sur la chose ; ce qui a malheureusement échappé à des modernes, pourtant grands spécialistes en la matière, à l’instar de l’incontournable ibn e-Salâh. Il rejoint certes l’opinion des anciens, mais à la suite de ses propres déductions. D’ailleurs, plusieurs ténors après lui (Nawawî, el ‘Izz ibn ‘Abd e-Salâm), lui en tiendront grief. Sous l’influence des mutakallimûns, ils n’étaient pas plus au courant de l’existence de ce fameux consensus. Ils pensaient qu’ibn e-Salâh allait à l’encontre de la majorité établissant que le khabar el ahad avait valeur de probabilité. Dans le conflit d’idée qui opposa ibn e-Salâh et Nawawî, plusieurs théoriciens des générations plus récentes se rangèrent du côté du premier, et donnèrent raison à ibn Taïmiya qui trancha en sa faveur, même si dans la forme, il manquait de précision. Nous pouvons successivement compter dans les rangs de ses défenseurs, ibn Kathîr, Suyûtî, el Balqînî, ibn Hajar el ‘Asqalânî, el Futûhî. Ibn Taïmiya leur avait ouvert la voie.

Dans sa thèse, notre Sheïkh damascène s’inspire notamment d’ibn ‘Abd el Barr qui évoqua la divergence sur un point subsidiaire et qui porte sur le degré d’authenticité du khabar el ahad. Si tous les traditionalistes s’entendent à dire que le khabar el ahad fait autorité tant dans le domaine du crédo que dans les lois pratiques, ils ne sont pas tous d’accord pour affirmer que, dénué de tout indice extérieur, il soit fiable à 100 %. Notons que cet aspect du débat est purement formel, car, aux yeux de tous les traditionalistes, l’information isolée sert de base pour établir la croyance et les lois fonctionnelles ; ce qui, dans tous les cas, va à l’encontre des mutakallimûns qui interdisent son utilisation dans le domaine du crédo.

La position des 4 Imâms

• Shâfi’î ne conteste pas que le khabar el ahad dans l’absolu n’ait pas le même degré de fiabilité que les textes du Coran ou de la sunna communément transmise. Il ne conteste pas non plus qu’une marge d’erreur, aussi infime soit-elle, peut entourer sa crédibilité, quand celui-ci est dénué de tout indice extérieur. Le problème, c’est d’en déduire que l’Imâm refuse de l’utiliser dans le domaine du crédo. Rien dans son discours ne prête à le dire, bien au contraire !

• Abû Hanîfa divise l’information prophétique en trois catégories, là où les autres savants la divisent en deux. Cela donne dans l’ordre croissant : le hadîth ahad, mashhûr (notoire), et mutawâtir. À ses yeux, le mashhûr est moins fort que le mutawâtir, mais il n’en n’exprime pas moins la certitude, en sachant que pour les autres écoles, le mashhûr entre dans la catégorie du… khabar el ahad.

• Ahmed considère également que le khabar el ahad exprime la certitude, même si une version rapportée par el Athram semble dire le contraire, soit qu’il exprime la probabilité. Ibn el Qaïyim jette le doute sur cette version, et de hautes autorités comme ibn Hazm, et Shawkânî démontrent que sa position officielle est celle que nous avons évoquée.

• Nous pouvons dire la même chose pour Mâlik, soit que deux opinions sont rapportés à son sujet, comme le laisse entendre ibn Taïmiya, dont l’une selon laquelle le hadîth ahad exprime la certitude.[7]

La position d’ibn e-Salâh

Or, en réalité, la position d’ibn e-Salâh semble poser problème, car il laisse à penser que seuls les khabar el ahad rapportés par el Bukhârî et Muslim sont authentiques, ou plus précisément indiscutables. Ce même ibn e-Salâh penchait vers l’avis selon lequel le khabar el ahad exprime la probabilité en lui-même. Puis, il opta de manière définitive vers l’avis qui appose globalement son aval sur les textes rapportés par les deux grands recueils de référence, soit ensemble soit chacun de son côté, sauf bien sûr, si on tient compte notamment des critiques de Dâraqutnî qui portent sur un nombre insignifiant de hadîth qui renferment leur œuvre. En réalité, ibn Taïmiya est plus précis quand il émet une condition plus large rendant le khabar el ahad incontestable, comme nous l’avons vu. Il doit, en effet, avoir reçu l’aval des musulmans (talaqthu el umma bi el qabûl), et pas uniquement quand il est rapporté par el Bukhârî et Muslim. Cette opinion est celle de tous les spécialistes en hadîth de la première époque sans exception et qui sont la référence en la matière. Cette restriction fait l’unanimité dans les rangs des traditionalistes, qui ne peuvent s’accorder à tous se tromper.[8]

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] El muswadda (p. 244).

[2] Sharh el asfahâniya (p. 92).

[3] Mukhtasar e-sawâ’iq el mursala (2/445).

[4] Majmû’ el fatâwâ (18/40-41).

[5] Majmû’ el fatâwâ (18/48-49).

[6] Muqaddima fî usûl e-tafsîr (p. 67-68).

[7] Voir : jawâb el i’tirâdhât el misriya (p. 48).

[8] Majmû’ el fatâwâ (1/256-257).

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Publié par mizab
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