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4 janvier 2015 7 04 /01 /janvier /2015 17:38

Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 1)

Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de sa religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 68).

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

L’Imâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb déclare que les bédouins du Najd qui lui furent contemporains accusaient plus de 100 annulations de l’Islam (ils reniaient la résurrection des corps, préféraient les coutumes véhiculées par leurs ancêtres à la Législation musulmane, commettaient du shirk ta’tîl et shirk tamthîl, wa yaz’umûn anna shar’ahum el bâtil huwa haqq Allah, tafdhîl e-tâghût ‘alâ hukm Allah, sabb e-shar’, sihr, etc.).[1]

Introduction

Le D. ‘Abd el ‘Azîz Âl ‘Abd e-Lâtif souligne que les savants d’aimmat e-da’wa étaient conformes au crédo traditionalistes dans le domaine du takfîr. Cela veut dire que dans la pratique, quand bien même, ils auraient fait parfois des erreurs d’appréciation, cela ne remet nullement en cause leur adhésion à l’orthodoxie musulmane, car relevant de l’ijtihâd (tahqîq el manât).[2]

Si cela est clair, je n’ai pas la prétention ici de faire une étude exhaustive de la position des savants d’aimmat e-da’wa dans la question épineuse du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah. On m’a appris dernièrement qu’une thèse universitaire lui fut consacrée à Médine, et il serait bien qu’elle soit publiée pour profiter de ses conclusions. En attendant, je ne pense pas trop me mouiller en présentant cet article, car les textes que j’ai ramenés reviennent aux mêmes conclusions d’ibn Taïmiya et de son élève ibn el Qaïyim pour lesquels j’ai consacré respectivement un article :

Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

http://mizab.over-blog.com/2014/12/ibn-le-qaiyim-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

Il suffit, pour reprendre les termes de Sheïkh el ‘Uthaïmîn, que de grandes références comme ibn Taïmiya[3] et son élève ibn el Qaïyim[4] aient corroboré le principe du kufr dûn kufr, qui n’est, rappelons-le, pas propre au hukm bi ghaïr mâ anzala Allah, mais qui s’étale sur de nombreux points de la religion, comme l’a développé en détail ibn el Qaïyim, mais aussi l’Imam ‘Abd e-Lâtif ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, comme nous allons le voir.[5] Après cette mise au point, nous pouvons passer au sujet.

Le fameux passage de Manhâj e-sunna

Ibn Taïmiya a dit : « Nul doute que quiconque n’est pas convaincu qu’il incombe d’appliquer les Lois qu’Allah a révélées à Son Messager est un mécréant. Quiconque autorise moralement (istahalla) à régner sur les hommes selon ce qu’il croit être juste, sans se conformer aux Lois d’Allah est un mécréant.

Toute nation en effet aspire à faire régner la justice qui peut être appréciée, dans certaines éthiques, par l’élite. Bon nombre de communautés affiliées à l’Islam se permettent elles-mêmes de se référer à leurs coutumes qui n’ont aucun lien avec la Révélation, comme les coutumes bédouines ou celles qui sont sous l’autorité d’un chef ; celles-ci pensent qu’il convient de suivre ces conventions aux dépens du Coran et de la sunna. La mécréance correspond exactement à cela. Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage.

Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, ou sinon, de simples ignorants, comme ceux que nous avons vu précédemment.

Allah a ordonné aux musulmans de soulever leurs litiges éventuels à Allah et au Messager à travers le Verset : [Si vous avez le moindre litige, alors ramenez-le à Allah et au Messager, si vraiment vous croyez en Allah et au Jour du jugement dernier ; cela vaut mieux pour vous et aura de meilleures conséquences],[6] [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges, et qu’ensuite, ils ne soient pas infligés par ton jugement en s’y soumettant totalement].[7]

Allah jure par Lui-même que celui qui n’adhère pas (iltazama) au jugement d’Allah et de Son Messager pour les litiges qui opposent les musulmans n’a pas la foi. Quant à celui qui adhère intérieurement et extérieurement au jugement d’Allah, mais qui, dans un élan de désobéissance, obéit à ses passions, est considéré comme les autres désobéissants musulmans. C’est ce genre de Versets que les kharijites utilisent pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, ils prétendent que leur croyance est conforme à la Loi d’Allah… »[8]

L’ignorance est l’incapacité peuvent s’interposer entre l’individu et ses obligations

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-l-interaction-entre-le-coeur-et-les-actes-partie-1-116518598.html

« ou sinon, de simples ignorants, comme ceux que nous avons vu précédemment. » De qui parle-t-il ?

Il fait notamment allusion à ce passage : « … De la même manière, les mécréants qui se trouvent en terre non musulmane et qui, ayant entendu parler de la prédication du Prophète (r), surent qu’il était le Messager d’Allah, puis crurent en lui et à ses enseignements, tout en craignant Allah dans la mesure du possible. Ce fut le cas notamment du Najâshî, qui n’était pas en mesure d’émigrer en terre musulmane ni d’adhérer à toutes les lois de l’Islam. Sa place lui empêchait, en effet, de sortir de son royaume et d’afficher sa religion. Et cela, d’autant plus qu’il n’avait personne sous la main pour lui apprendre toutes les lois de la religion. Il était pourtant un croyant, promis au Paradis. Dans ce cas, nous avons les croyants de la famille de Pharaon, dont sa propre femme, qui se comportaient de la même façon avec leur peuple.

Yûsaf (u) le véridique lui-même ne pouvait pas faire autrement avec les habitants d’Égypte qui étaient des mécréants. Il n’était pas en mesure de leur imposer les enseignements de l’Islam qu’il connaissait ; ils les avaient bien conviés à embrasser la foi, et la religion monothéiste, mais sans succès. Allah (I) relate les paroles des croyants de la famille de Pharaon : [Yûsaf vous était venu auparavant avec des preuves éclatantes, mais vous n’aviez cessé de douter de ce qu’il vous avait ramené. Lorsqu’il mourut, vous prétendirent alors qu’Allah n’enverrait aucun messager après lui].[9]

Najâshî, pour sa part, était certes le roi des chrétiens, mais son peuple ne le suivit jamais dans sa conversion, à part un tout petit nombre. Ses partisans étaient tellement peu nombreux qu’on ne trouva personne, à sa mort, pour prier sus sa dépouille. Ce fut le Prophète (r) qui se chargea de le faire d’où il était à Médine. Les musulmans s’étaient rassemblés pour prier à l’air libre. Il organisa les rangs, et fit la prière mortuaire. Il annonça sa mort aux fidèles le jour même de l’évènement. Voici quelles furent ses paroles : « L’un de vos frères qui était un pieux vient de rendre l’âme aujourd’hui en terre abyssine. »[10]

Il est mort sans n’avoir pu vivre pleinement de nombreuses lois, pour ne pas dire la plupart des lois de la religion, car il en fut incapable. Il n’a jamais fait la hijra (l’émigration ndt.), ni le djihâd, ni le pèlerinage à la Maison sacrée. Certaines annales vont jusqu’à dire qu’il n’aurait pas observé les cinq prières, ni le jeûne du ramadhân, ni verser l’aumône légale. Il avait trop peur que son peuple découvre sa conversion, et qu’il le lui reproche. Il aurait été incapable d’entrer en conflit avec eux. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il ne pouvait pas régner sur eux par le Coran. »[11]

Comment les savants de d’aimmat e-da’wa ont-ils compris ces passage de Minhâj e-sunna ?

L’Imâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb a fait un résumé de ce long passage de Minhâj e-sunna. Il en ressort que le Négus n’était pas en mesure de gouverner sur ces sujets par le Coran. De nombreux individus qui sont élus gouverneurs et juges dans les rangs des musulmans et des tatars ne sont pas en mesure de faire appliquer la justice ; en sachant que : [Allah n’impose rien au-dessus des capacités].[12] Ensuite, il met le passage cité ci-dessus : « Beaucoup de gens qui se convertissent à l’Islam ne se soumettent pourtant qu’à leurs traditions en usage. Dans la mesure où ces derniers savent pertinemment qu’il n’est pas permis de mettre de côté les Lois d’Allah, s’ils n’y adhèrent pas (iltazama), ou si au contraire ils autorisent moralement (istahallû) à appliquer des lois contraires, ils sont de vulgaires mécréants, ou sinon, de simples ignorants. » Il nous fait comprendre qu’il a déjà fait allusion à ces ignorants en question dans le passage du Négus, et des gouverneurs dans son genre.

Ensuite, il explique que ce sont les kharijites qui utilisent le Verset : [Non, par Allah ! Ils ne peuvent prétendre à la foi tant qu’ils ne te soumettent pas leurs litiges…][13] pour kaffar les gouverneurs qui n’appliquent pas les Lois d’Allah. Puis, il nous fait un résumé de ce long exposé en débutant par « Wa el maqsûd ». Il conclut qu’il incombe dans l’absolu de gouverner selon la justice.

Le hukm bi mâ anzala Allah est une forme de justice particulière, il incarne même la plus parfaite forme de justice. Ce hukm incombe à toute la communauté dans les affaires qui touchent à la croyance et dans les affaires pratiques de la religion. Ainsi, celui qui n’y adhère pas (c’est le ‘adam el iltizâm), est un vulgaire mécréant.[14] Il va sans dire que le Négus, qui ne pouvait gouverner selon les Lois d’Allah n’est pas concerné par ce statut. L’essentiel, c’est que sa foi renferme le tasdîq (le qawl el qalb), le khudhû’ et l’inqiyâd (‘amal el qalb).

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : mualaffât Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb (3/39) et târikh ibn Ghannâm (1/108, 163-164).

[2] Masâil el i’tiqâd ‘inda ‘ulamâ Nadj (p. 17-18).

[3] Voir notamment majmû’ el fatâwâ (7/312).

[4] Voir : voir madârij e-sâlikîn (1/336) et e-salat wa hukm târikuha (p. 72).

[5] Voir : lettre à Mukhlif.

[6] Les femmes ; 59

[7] Les femmes ; 65

[8] Manhâj e-sunna (5/130-131).

[9] L’Absoluteur ; 34

[10] Rapporté par el Bukhârî (5/51), et Muslim (2/656-658), selon notamment Abû Huraïra (t).

[11] Manhâj e-sunna (5/111-113).

[12] La vache ; 286

[13] Les femmes ; 65

[14] Masâil lakhkhasahâ el imâm que renferme majmû’ el mu-allafât (2/2/88-89).

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Publié par mizab
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