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9 janvier 2015 5 09 /01 /janvier /2015 12:37

Aimmat e-da’wa et le hukm bi ghaïr mâ anzala Allah

(Partie 6)

Lettre d‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân (suite)

Ainsi, on parle de kufr dûn kufr (mécréance sans être de la mécréance), de nifâq (hypocrisie) dûn nifâq, de shirk dûn shirk, et de zhulm (injustice) dûn zhulm.

Selon ibn ‘Abbâs en effet au sujet du Verset : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois d’Allah sont eux les mécréants] : « Ce n’est pas la mécréance à laquelle vous pensez. » Cette annale est rapportée par Sufiân et ‘Abd e-Razzâq. Une version précise : « il s’agit de la mécréance qui ne fait pas sortir de la religion. »[1]

Selon ‘Atâ : « Il s’agit du kufr dûn kufr, du zhulm dûn zhulm, et du fisq dûn fisq. »

Ce principe est clairement exposé dans le Coran pour celui qui se penche dessus. Allah (I) en effet appelle « mécréant » celui qui n’applique pas Ses lois. La même désignation est consacrée à celui qui renie les Lois qu’Il a révélées à Son Messager. Pourtant, il n’est pas question du même statut dans les deux cas.

En outre, le Coran taxe le mécréant de zhâlim (injuste) dans le Verset suivant : [Les mécréants sont eux les injustes]. Il taxe du même nom celui qui dépasse les limites dans les domaines du mariage, du divorce, etc. Il affirme à ce sujet : [Celui qui outrepasse les Limites d’Allah, est vraiment injuste envers lui-même]. Yûnas fait également l’aveu : [Je comptais vraiment parmi les injustes]. Ce genre d’injustice est encore différent du premier.

Le mécréant est également qualifié de fâsiq (pervers) dans le Verset : [mais Il n’égare par son biais que les pervers] ; mais aussi : [Nous avons descendu sur toi des Versets détaillés, seuls les pervers peuvent les renier].

Or, les désobéissants musulmans ont droit à la même appellation : [Ô croyants ! Quand un pervers vous ramène une nouvelle, alors vérifiez-la]. Un autre Verset parle des diffamateurs en ces termes : [ceux-là sont vraiment les pervers]. Pour le hadj, il est dit : [il ne faut ni approcher sa femme ni faire de perversité ni se disputer lors du pèlerinage].

Dans cet ordre d’idée, nous avons le shirk qui se divise également en deux catégories

Le shirk qui fait sortir de la religion : le grand shirk ; et celui qui n’y fait pas sortir : le petit shirk, comme le riyâ (l’ostentation).

Au sujet du shirk akbar, Allah (I) révèle : [Allah interdit le Paradis à quiconque Lui associe quoi ce soit ; sa demeure sera l’Enfer où les injustes ne trouveront aucun secoureur] [Faire du shirk, c’est comme tomber du ciel et être en proie soit aux serres des rapaces…]. Concernant le shirk riyâ, un Verset nous apprend : [Quiconque désire rencontrer Son Seigneur, qu’il fasse des bonnes œuvres et qu’il ne Lui associe personne dans Son adoration].

Pour les hadîth, nous avons : « Ce que je crains le plus pour vous, c’est le petit shirk. »[2]

« Quiconque jure par un autre qu’Allah aura commis l’association. »[3] Il va sans dire que ce péché ne fait pas sortir son auteur de la religion, et que ce dernier n’est pas à rallier au niveau du statut aux non-musulmans.

Dans ce registre, nous avons : « L’association dans cette communauté est plus subtile que le pas d’une fourmi. »[4]

Tu peux voir ainsi comment des termes comme : shirk, kufr, fusûq, zhulm, sont-ils répartis en deux catégories : l’une est du kufr qui fait sortir de la religion et l’autre est du kufr qui n’en fait pas sortir.

Il existe également deux sortes d’hypocrisie : nifâq i’tiqâdî et nifâq ‘amalî.

Le Coran porte l’attention, à maintes reprises, à l’hypocrisie qui se vérifie au niveau du cœur et de la croyance. La sentence prévue pour ses auteurs est le dernier échelon de l’Enfer.

Quant à l’hypocrisie au niveau des actes, c’est de celle-ci dont il est question dans le hadîth : « Celui qui porte en lui ces quatre traits de caractère à la fois est un vrai hypocrite, mais s’il se distingue uniquement par l’un d’entre eux, il aura certains traits de l’hypocrisie jusqu’à ce qu’il s’en débarrasse : s’il ment dans ses paroles, s’il trahit ses engagements, s’il est vulgaire lors des disputes, et s’il trahit la loyauté qu’on lui accorde. »[5]

Une personne digne d’estime souligne à ce sujet : « L’hypocrisie peut très bien se mêler avec l’essence de la foi, mais une fois qu’elle s’est bien implantée, elle est susceptible d’extirper carrément la foi du cœur, quand bien même on ferait la prière et le jeûne, et qu’on prétendrait être musulman. La foi en effet interdit ce genre de traits de caractère, mais s’ils deviennent encrés chez un individu, et que rien ne l’empêche de les avoir, il ne peut qu’être un vrai hypocrite. » Fin de citation.

Le cinquième principe :

Avoir certaines caractéristiques de la foi ne fait pas forcément de l’individu un croyant, de la même façon que d’avoir certaines caractéristiques de la mécréance, ne fait pas forcément de l’individu un mécréant, bien qu’il en porte en lui certaines germes. C’est comme le fait d’avoir une certaine science, ou certaines connaissances en médecine, ou en figh cela ne fait pas de l’individu un savant ou un médecin ou un spécialiste en figh. Quant à l’acte de kufr proprement dit (issu de l’une des branches du kufr), il prend le nom de kufr, comme le mentionne le hadîth : « Il y a deux catégories d’individus dans ma communauté qui portent en eux certaines germes du kufr : celui qui bafoue la lignée des autres et celui qui gémit à l’occasion d’un décès. »[6]

Dans un autre hadîth, il est dit : « Celui qui jure par un autre qu’Allah aura mécru. »[7] Il ne s’agit pas toutefois du kufr de façon absolue.

[Conclusion]

Celui qui pénètre correctement ces notions, comprendra mieux la pensée des anciens, qui se distinguaient par la profondeur de leur savoir et pour avoir le moins d’affectation possible. Ibn Mas’ûd explique à ce sujet : « Si tu dois suivre quelqu’un, alors suis les Compagnons du Messager d’Allah (r). Eux qui avaient les cœurs les plus sains de notre communauté, qui avaient le savoir le plus étendu, et qui faisaient moins preuve d’affectation que quiconque. Ces gens qu’Allah a choisis pour la compagnie de Son Prophète. Tu dois reconnaitre leur mérite, car ils étaient sur le droit chemin. »

Satan a tendu deux pièges immenses aux êtres humains, peu lui importe avec lequel il les capture.

Le premier : est l’excès et le rigorisme qui consiste à outrepasser les limites.

Le second : c’est le manque de rigueur, le laxisme et le délaissement.

Après avoir dressé une liste de certaines ruses du Diable, ibn el Qaïyim souligne notamment : « Un ancien a dit : pour tous les commandements qu’Allah impose aux hommes, Satan insuffle deux penchants : il insuffle soit la négligence et le laisser-aller, soit l’excès et le rigorisme. Peu lui importe avec lequel des deux il capture les hommes.

La plupart des hommes, à l’exception d’un petit nombre, tombent dans l’un de ces deux pièges. Le trop et le trop peu. Peu d’entre eux se maintiennent sur le chemin que le Messager d’Allah (r) et ses Compagnons empruntaient. » Après avoir dressé de multiples exemples – qu’Allah lui fasse miséricorde –, il poursuit : « Certains gens ont fait preuve de laxisme en prétendant que la foi du plus pervers et du plus tyran des hommes est comme celle de Jibrîl, et Mikâil avant de parler d’Abû Bakr et d’Omar. À l’opposé, certains ont fait preuve d’excès en sortant de la religion l’auteur d’un seul grand péché. »[8]

Le mot de la fin

Ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux. Malheureusement, de nombreux contemporains, qui ont pour vocation de dénigrer les savants de référence, se reconnaitront dans ce portait.

« Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. »[9]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Cette annale d’ibn ‘Abbâs est authentique, voir : http://mizab.over-blog.com/article-l-annale-d-ibn-abbas-partie-1-74115854.html

[2] Rapporté par Ahmed, selon Mahmûd ibn Labîd.

[3] Rapporté par Ahmed.

[4] Rapporté par Abû Ya’lâ, selon Abû Bakr.

[5] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[6] Rapporté par Muslim, selon Abû Huraïra.

[7] Rapporté par ibn Hibbân, e-Tirmidhî, et Abû Dâwûd.

[8] Ighâtha e-lahfân (1/116-117).

[9] Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).

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Publié par mizab
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