Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 17:53

La conception de la foi chez l’Albani

(Partie 2)

Les actes font partie intégrantes de la foi

Selon ibn Abî el ‘Izz, à traves un discours qu’il emprunte probablement à ibn Taïmiya, il règne une grande divergence entre les musulmans sur les éléments qui composent la foi. Aux yeux de Mâlik, Shâfi’î, Ahmed, el Awzâ’î, Ishâq ibn Rahawaïh, et de tous les traditionalistes et les médinois en général – qu’Allah leur fasse miséricorde –, mais aussi des littéralistes (ahl e-zhâir) et d’une partie des mutakallimîns, elle est composée de la croyance (tasdîq) du cœur, de la reconnaissance verbale, et des actes des membres.[1]

Sheïkh el Albânî établit que les actes extérieurs (‘amal el jawârih) sont un pilier (rukn) dans la définition de la foi.[2] Dans une cassette, il affirme explicitement que les actes font partie intégrante de la foi (juz-un). Ailleurs, il dit qu’ils font partie de la réalité de la foi (haqîqa el imân).[3] Mieux, dans une cassette, il établit que la foi ne sert à rien sans les actes.[4] Il est impensable, soutient-il, de déceler une foi dans le cœur sans que cela ne se traduise dans les actes dans la mesure où aucun empêchement ne vient contrecarrer la volonté.[5] C’est la fameuse question de l’interaction entre le cœur et les actes (talâzum baïna e-zhâhir wa el bâtin).[6] Il a exactement le même discours qu’ibn Taïmiya. Est-ce étonnant, alors qu’il a fait la recension de son livre el imân qu’il qualifie à maintes reprises de meilleur ouvrage écrit sur le sujet.

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-l-interaction-entre-le-coeur-et-les-actes-partie-1-116518598.html

Mais… Quand on veut noyer son chien, on dit qu'il a la rage.

‘Aïn e-ridhâ ‘an kulli ‘aïb kalîlatun

Kamâ anna ‘aïn e-sakhati tubdî el masâwî

L’œil ami ne voit toujours presque aucun défaut

Là où l’œil ennemi ne laisse rien échapper

La divergence avec les murjiya el fuqaha

Sheïkh el Albânî réfute l’allégation de Tahâwî qui confine la foi dans la parole (qawl e-lisân) et le tasqîd du cœur. Il explique que cette tendance, qui est celle des hanafites et des mâturidites, s’oppose aux grandes références traditionalistes à l’instar de Mâlik, Shâfi’î, Ahmed, el Awzâ’î, etc. Il va plus loin en affirmant avec force que, et cela contrairement à ibn Abî el ‘Izz, la divergence ne porte pas uniquement sur la forme, sous prétexte que tout le monde s’entend à dire que l’auteur des grands péchés ne sort pas de la foi, et qu’il est soumis à la Volonté d’Allah qui peut soit le châtier soit lui pardonner.

Selon lui, si la divergence portait réellement sur la forme, les murjiya el fuqaha s’accorderaient à dire que la foi monte et descend : elle monte grâce aux bonnes œuvres et descend à cause des péchés, comme le démontrent les textes du Coran, de la sunna, et des annales traditionalistes. Ils ne diraient pas non plus que le plus pervers des hommes a la même foi qu’Abû Bakr, Jibrîl, et les prophètes.[7]

Ibn Taïmiya explique que les divergences avec eux portent plus sur la forme que sur le fond. De grandes sommités connues pour leur piété furent entachées par l’irjâ, et comme le leur reconnaissent les traditionalistes, Les anciens n’ont pas kaffar cette tendance.[8] Ibn Taïmiya assume que celui qui croit le contraire, c’est gravement trompé.[9] Ils considéraient que leur innovation était plus sur la forme que sur le fond, et qu’elle n’était pas dogmatique, bien que liée au dogme ! Ce qui leur était reproché, c’était qu’ils n’étaient pas fidèles au vocabulaire coranique, et qu’ils ouvraient grand la porte aux mutakallimîns et aux murjites proprement dits. Sans compter qu’ils donnaient des idées aux libertins qui pouvaient désormais, sous leur couvert, s’adonner à tous les plaisirs. Les anciens l’avaient bien compris, alors ils voulurent fermer la porte avec autorité à tous les débordements dans le but de préserver la religion.[10]

Les points communs entre les traditionalistes et les murjiya el fuqaha

  1. Les actes sont obligatoires ; celui qui les délaisse (tark) et celui qui commet les interdits est condamnable et mérite le châtiment.
  2. La parole verbale est primordiale dans la foi, celui qui ne la prononce pas tout en étant capable de le faire est un kâfir.
  3. Iblis et Pharaon sont des mécréants, bien que leur cœur renferme le tasdîq ; celui qui insulte Allah (I) et le Messager (r) est un kâfir zhâhiran wa bâtinan (intérieurement et extérieurement).
  4. Les auteurs des grands péchés sont condamnables et méritent le châtiment. Certains d’entre eux n’entreront pas en Enfer, et les autres, malgré qu’ils y entreront, ils en sortiront grâce à l’intercession (shafâ’a).

Les points différents entre les traditionalistes et les murjiya el fuqaha

  1. Ils pensent que la foi est une seule unité indivisible qui n’admet aucune subdivision, et qu’il n’existe aucune hiérarchie entre ses adeptes.
  2. Ils confinent la foi dans tasdîq el qalb et qawl e-lisân.
  3. Ils sortent les actes du cœur de la définition de la foi.
  4. Ils sortent les actes extérieurs de la définition de la foi.
  5. Pour eux, la foi ne peut monter ni descendre.
  6. Ils interdisent de dire je suis croyant in shâ Allah (el istithnâ).
  7. L’auteur d’un grand péché est un croyant ayant une foi parfaite.
  8. Ils pensent que les murjites sont ceux qui n’imposent pas de faire les obligations ni de s’éloigner des interdictions.

Ainsi, il devient plus facile de percevoir où règne la différence entre les traditionalistes et les murjiya el fuqaha. Quand les savants disent que les divergences sont plus sur la forme que sur le fond, ils font allusion aux quatre points cités plus haut. Nous pouvons ajouter ici, que la divergence est aussi exclusivement formelle dans la situation où la personne reconnait que la foi qui se trouve dans le cœur réclame de s’exprimer extérieurement par la parole et les actes ; et qu’ensuite, elle conteste que les actes fassent partie intégrante de la foi, en disant qu’ils sont l’implication et la « concrétisation » de ce qu’il y a dans le cœur ; avec elle, la divergence porte entièrement sur la forme.[11]

Le problème, c’est de dire qu’il est possible d’avoir la foi réclamée dans le cœur (el imân el wâjib) sans effectuer la moindre obligation extérieure.[12] C’est exactement la tendance des murjites que les anciens ont condamnée avec force. Il faut savoir que les murjites prétendent qu’il est possible d’avoir une foi parfaite imposée au niveau du cœur, sans fournir le moindre acte.[13] Et cela, contrairement dans tous les cas à Sheïkh el Albânî, wa bi Allah e-tawfîq !

L’expression shart kamâl

On reproche à Sheïkh el Albânî de distinguer entre la foi et les actes, quand il soutient que les actes sont une condition de perfection de la foi (shart kamâl), non une condition de validité (shart sihha), contrairement aux kharijites et aux mu’tazilites.

En réponse, nous avons vu dans un autre article qu’il valait mieux éviter des expressions ambigües comme shart kamâl. Cependant, nous pouvons dire la même chose pour l’expression shart sihha qui n’est pas moins contestable.

En outre, sous un certain angle, il n’est pas faux de distinguer entre la foi et les actes, si on entend par foi, l’essence (asl) sur laquelle germent les actes. Sheïkh el Islâm explique à ce sujet : « En outre, celle-ci – en parlant de la foi – a deux sens dans le Coran, une essence et une partie subsidiaire imposée (far’ wâjib). L’essence qui se situe au niveau du cœur engendre les actes. C’est la raison pour laquelle, certains Versets distinguent entre eux, comme : [… Ceux qui croient et qui font de bonnes œuvres][14] ; d’autres les regroupent, comme celui-ci : [Les croyants sont uniquement ceux…].[15] » Puis loin, il conclut : « Son essence est dans le cœur et sa perfection se matérialise dans les actes extérieurs, contrairement à l’Islam, qui a pour essence les actes extérieurs et pour perfection, le cœur. »[16]

Or, dans la phrase : [… Ceux qui croient et qui font de bonnes œuvres], la coordination n’exprime nullement une séparation entre la foi et les actes contrairement à la tendance murjite, mais c’est une coordination d’un autre type ; soit une coordination d’une partie dans un tout (el jiz-u ‘alâ el kull).[17] Autrement dit, les actes font partie de la foi. Or, quand bien même el Albânî ferait la distinction entre la foi et les actes, il ne serait pas pour autant murji, étant donné que pour lui, il existe une interdépendance entre eux. Selon ibn Taïmiya comme nous l’avons vu, celui qui reconnait l’interdépendance entre la foi et les actes et qui conteste ensuite que les actes fassent partie de la foi, en disant qu’ils sont l’implication et la « concrétisation » de ce qu’il y a dans le cœur, avec lui, la divergence porte entièrement sur la forme.[18]

Ainsi, compte tenu de cette distinction entre l’asl et le far’, les anciens ont basé leur discours sur la question de l’istithnâ (dire : je suis croyant in shâ Allah). À leurs yeux en effet, il est possible d’émettre cette condition pour parler du far’, non du asl, comme l’établit l’Imam Ahmed,[19] et el Âjurrî.[20] Ils font donc une distinction entre l’essence de la foi qui implique la croyance du cœur et la parole, et les actes qui confirment la réalité de la foi. C’est donc de ce point vue que les anciens distinguent entre la foi et les actes.

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] sharh e-tahawiya (p. 332) d’ibn Abî el ‘Izz. Quand il parle de ahl e-zhâir, il fait notamment allusion à ibn Hazm qui souligne, En explication au hadîth e-shafâ’a : « En négligeant tous les actes, on est un croyant désobéissant, avec une foi faible, mais sans devenir mécréant. » El mahallâ (1/40). Il n’y a donc aucune contradiction entre le fait d’intégrer les actes dans la définition de la foi et de prendre le hadîth e-shafâ’a au premier degré, wa bi Allah e-tawfîq !

Ibn ‘Abd el ‘Izz lui-même a un discours qui lui ressemble : « À l’unanimité d’entre eux, en croyant avec le cœur et en reconnaissant verbalement, tout en s’abstenant (imtana’a) de faire les actes corporels, on désobéit à Allah et à Son Messager et on est passible de la menace divine. » Sharh e-tahawiya (p. 333) d’ibn Abî el ‘Izz.

[2] Voir : sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 58).

[3] E-dhabb el ahmed ‘an musnad el Imam Ahmed (32/33).

[4] Sharh el adab el mufrad (cassette n° 6/1)

[5] Voir : Majmû’ el fatâwa (7/611).

[6] Voir sa recension de riyâdh e-sâlihîn (p. 14-15), dalâil el burhân (p. 19), silsilat el ahâdîth e-sahîha (1/31); voir : majmû’ el fatâwa (7/616).

[7] El ‘aqîda e-Tahâwiya sharh wa ta’lîq (p. 62).

[8] Voir : el imân (p. 377) et majmû’ el fatâwa (7/394) tout deux d’ibn Taïmiya.

[9] Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/507, 3/351-352, et 23/348)

[10] Majmû’ el fatâwa (7/394-395).

[11] Majmû el fatâwa (7/575-576).

[12] Majmû el fatâwa (7/621) et Sharh hadîth Jibrîl (p. 492).

[13] Majmû el fatâwa (7/621).

[14] La vache ; 25

[15] La vache ; 62

[16] Majmû’ el fatâwa (7/637).

[17] Voir : sharh e-Tahâwiya (p. 389).

[18] Majmû el fatâwa (7/575-576).

[19] Voir : e-sunna d’el Khallâl (3/600).

[20] Dans e-Sharî’a (p. 136).

Partager cet article

Repost 0
Publié par mizab
commenter cet article

commentaires

mila 24/01/2015 01:42

Salam.

Rien que les 2 premiers paragraphes sont une réplique aux détracteurs.

Jazakum Allaah bi khayr

mila 24/01/2015 01:40

Par contre pourriez-vous illustrer par un exemple cette idée de "forme" et de "fond" ? Je ne comprends pas ce qui est voulu par ces termes.

mizab 24/01/2015 09:49

wa 'aleikom salem wa rahmat Allah !

Amin !

wa Anta kadhalik !


Ibn Taïmiya explique que la divergence porte plus sur les termes (forme) que sur le fond du sujet ; les murjites fuqaha disent que le désobéissant musulman (l'auteur d'un grand péché) a une fois parfaite (forme), mais qu'il peut passer par un séjour en Enfer et qu'il est condamnable (fond)...

et ce point (fond), ils rejoignent les traditionalistes.
Il est donc ridicule de reprocher à un traditionaliste de s’accorder avec les murjites sur un point du crédo qui ne leur est pas caractéristiques dans le domaine de la foi, et que, mieux, ils ont empruntés aux traditionalistes !

mila 24/01/2015 01:34

Salam.

Rien que les 2 premiers paragraphes sont une réplique aux détracteurs.

Jazakum Allaah bi khayr