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4 avril 2015 6 04 /04 /avril /2015 12:18

L’Histoire musulmane : âge d’or, déclin et revivification

(Partie 2)

L’avènement de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb

Ce fut dans cette ambiance, que Sheïkh el Islâm Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb vit le jour. Allah le dota d’une intelligence hors norme qui lui permit de toucher du doigt les symptômes dont souffrait le monde islamique. Dès son plus jeune âge, il était passionné de lecture, et compris très tôt, sans que personne ne l’oriente, l’intérêt de lire ibn Taïmiya et son élève ibn el Qaïyim, mais aussi les anciens. Cependant, son appétit ne s’arrêta pas là. Il quitta son village, et profita notamment de son séjour à La Mecque, en vue du pèlerinage, pour s’enquérir des connaissances des savants de la Ville Sainte.

Il visita également Médine où il rencontra certains érudits qu’il ajouta à sa liste d’enseignants. Il s’approvisionna également en connaissance auprès des savants d’el Ahsa. Puis, il se rendit en Iraq à Basora où il parvint à soigner son curriculum vitae. Il y prit des cours et retranscrit même certains manuscrits. Malheureusement, son parcours initiatique dut être raccourci pour certaines raisons, et il ne put rendre visite au Shâm. De retour au pays, il médita sur la situation du monde musulman qu’il avait parcouru, et son constat fut très affligent. Il voulait briser le silence, et intervenir là où ses contemporains avaient fait défection. Il prit en mains les rênes de la prédication, en veillant à cheminer, à la lumière des textes, sur le droit chemin.

Il commença ses premiers pas à Huraïmilâ, sa terre natale où son père exerçait la fonction de juge. Son discours fut mal reçu, et il dut partir, non loin, à el ‘Uayïna qui était sous l’émirat d’ibn Mu’ammar ayant accueilli sa prédication les bras ouverts. L’émir se chargea d’assurer sa protection, et la da’wa prit son élan. Ayant assuré ses arrières, le Sheïkh entama, la conscience tranquille, une campagne d’éradication du mal. Il fit détruire le mausolée érigé sur la tombe de Zaïd ibn el Khattâb qui était vénérée par les habitants d’el ‘Uayïna. Il remit en vigueur la loi de la lapidation pour adultère. Il la fit appliquer sur une femme suite à ses aveux.

Le puissant émir d’el Ahsâ ibn ‘Uraï’ir el Khâlidî eut écho de l’évènement, et le prit d’un très mauvais œil. Il menaça de couper les vivres (subsides) à ibn Mu’ammar s’il n’expulsait pas de son canton ce religieux faiseur de trouble. L’émir d’el ‘Uayïna fut déchiré par un cas de conscience. Il le fit savoir au Sheïkh qui chercha à le rassurer en ces termes : « Allah (Y) a de plus grandes richesses qu’un tel, alors, repose ta confiance en Lui. Il suffit à tous ceux qui s’en remettent à Lui. Il te permettra de te passer du salaire de cet homme. »

Un allié de poids

Malheureusement, ce sermon ne fit pas les effets escomptés et l’émir pria au Sheïkh de quitter les lieux. Quelle fut donc sa nouvelle destination ? E-Dar’iya était tout désigné pour le recevoir. Dar’iya avait pour émir Mohammed ibn Sa’ûd, qui, en fait, n’était pas différent des autres émirs de la religion, et qui eut vent de l’affaire d’el ‘Uayïna. Il fut donc naturellement sur ses gardes. Ibn ‘Abd el Wahhâb eut la fameuse idée pour faciliter la rencontre de passer par l’un de ses élèves sur place, et qui était connu sous le nom d’ibn Suwaïlim. La discrétion était de vigueur. Il descendit tout d’abord chez lui à l’insu des autres habitants.

La femme de l’émir fut mise au courant de la nouvelle ; Allah l’avait guidé à la vraie religion, et avait entendue parler de cette nouvelle prédication. Elle en fut convaincue. Elle devait désormais convaincre son mari qu’elle interpella en ces termes : « Tu sais qu’à travers ce savant qui est venu sur tes terres, Allah t’a amené un grand bien. Alors, ne rate pas l’occasion, et ne laisse pas un autre en profiter à ta place ! » Elle parvint, après de multiples assauts de ce genre, à le faire adhérer à sa cause. Il s’écria alors résigné : « Dites-leur de me le ramener ici !

  • Non, reprit-elle, en le convoquant, les gens vont penser que tu cherches à le torturer et à le mettre à mort. Il serait plus judicieux que tu ailles le chercher en personne, et les gens verront ainsi l’importance que tu lui accordes. »

Quel tact ! Quelle perspicacité – qu’Allah lui fasse miséricorde – ! Son mari suivit ses recommandations à la lettre, et alla en personne frapper à la porte d’ibn Suwaïlim qui n’était déjà pas très à l’aise avant sa venue. Mais, là, il redoubla de crainte. Après avoir répondu au salut de l’émir, le Sheïkh lui expliqua les détails de sa da’wa. Ibn Sa’ûd en fut très enchanté, et lui promit son soutien indéfectible. Le pacte qui fut noué entre eux allait durablement marquer l’Histoire.

La da’wa najdite prit son essor à compter de cette date. L’Imam Mohammed put se consacrer librement à l’enseignement et à ses écrits. Il ne manquait pas de prodiguer le bon conseil quand l’occasion se présentait, et le nombre de ses étudiants augmentait jour après jour. Ils venaient de tous les horizons. Fort de sa nouvelle position, il envoya des courriers dans toutes les régions appelant les habitants de la Péninsule à la vraie religion. Dar’iya se renforçait et créa une armée à la hauteur de ses ambitions. Des expéditions victorieuses furent lancées dans les cantons avoisinant dans le but de les soumettre à la prédication. Toutes entrèrent, grâce à Dieu, sous la juridiction d’ibn Sa’ûd dont les frontières s’étendirent bientôt sur tout le Najd. Le djihad sur le sentier d’Allah reprenait du service, et la da’wa prenait du terrain.

Les détracteurs à la réforme

Les gens de mauvaise foi sentirent le roussi et cherchèrent, pour écraser dans l’œuf la da’wa naissante, à stigmatiser le réformateur en faisant courir toute sorte de bruits :

  • Il voudrait changer la religion des musulmans,
  • il voudrait ramener une nouvelle religion,
  • il ferait sortir les musulmans de la religion,[1]
  • il tuerait les musulmans, etc.

Les habitants de Qasîm décidèrent alors de lui envoyer un courrier pour vérifier par eux-mêmes ces accusations. Ils eurent une belle réaction, et il ne prenait pas pour argent comptant tout ce que l’on racontait. Ils voulaient avoir plus de détails sur la croyance du Sheïkh qui avait été déformée par une campagne inique de diffamation.

Ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah lui fasse miséricorde – répondit à leur demande en couchant par écrit sa croyance point par point. Il ne ramenait rien de nouveau, et toutes les questions qu’il soulevait étaient conformes au traditionalisme. Il s’avérait que toutes les accusations qui lui furent imputées étaient mensongères. D’autres lettres de ce type sont parsemées dans la célèbre compilation e-durar e-saniya. La plupart sont des réfutations grâce auxquelles il dissipe certaines conceptions erronées qui étaient greffées à sa prédication, et auxquelles il fut confronté. Kashf e-shubuhât est l’une des plus célèbres d’entre elles.

Voici donc la raison qui motiva cette lettre. Notons qu’à Qasîm, il y avait également des savants qui étaient en contact avec leurs analogues hanbalites en Syrie (le Shâm). Ces derniers s’étaient renseignés auprès d’eux sur ce personnage controversé. Dans sa réponse, il dissipa toute ambiguïté à son sujet.

Une loi universelle

Aucun prédicateur n’échappe à cette loi naturelle. Quand on prend la défense de la religion, on est obligé de rencontrer des ennuis (menace, etc.). Cependant, les hommes de Dieu prennent sur eux, font preuve de persévérance, et réfutent les pensées erronées qu’ils rencontrent sur leur chemin. Ce constat renforce l’idée selon laquelle le prédicateur doit être armé d’une science étendue à même de répondre aux attaques, de distinguer entre le vrai et le faux, et de fustiger ses détracteurs.

Notre Sheïkh – qu’Allah lui fasse miséricorde – attendit d’être suffisamment armé avant de se jeter à l’eau. Il s’approvisionna en science chez les savants des différentes régions qu’il parcourut. Il dut voyager et se plonger longuement dans la lecture. Après sa formation, il était fin prêt pour affronter les périples qui étaient propres à la voie qu’il avait empruntée. Allah (U) le fit triompher, car Il avait vu en lui la sincérité ; il avait voué son action à Lui et ne cherchait nullement à semer le désordre ni la corruption sur terre. Il n’était pas en quête de la richesse ni des honneurs. Il ne recherchait que le Visage d’Allah (U), le triomphe de Sa religion et de la vérité. Son seul souci était de prodiguer le bon conseil aux hommes.

Il était animé par un profond sentiment de compassion envers ses semblables ; il ne voulait pas les voir périr, alors qu’il se trouvait au milieu d’eux. Il connaissait la vérité, et se devait donc de la propager. Il s’engagea dans la prédication et la propagation de la morale (ordonner le bien et interdire le mal). Il se sentait investi d’une mission, et il ne pouvait s’en désister.

Par : Karim Zentici

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[1] Le D. ‘Abd el ‘Azîz Âl ‘Abd e-Lâtif souligne que les savants d’aimmat e-da’wa étaient conformes au crédo traditionalistes dans le domaine du takfîr. Cela veut dire que dans la pratique, quand bien même, ils auraient fait parfois des erreurs d’appréciation, cela ne remet nullement en cause leur adhésion à l’orthodoxie musulmane, car relevant de l’ijtihâd (tahqîq el manât). Voir : Masâil el i’tiqâd ‘inda ‘ulamâ Nadj (p. 17-18).

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Publié par mizab
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commentaires

oumm mouss ab 05/04/2015 12:29

As salam alaykom wa rahmatullah...

Qu'Allah vous récompense en bien & qu'Il fasse en sorte que votre site perdure !

as salam alaykom wa rahmatullah ...

mizab 05/04/2015 15:04

Wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Amin !

Wa antum kadhalik !