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14 avril 2015 2 14 /04 /avril /2015 17:04

Le comble de l’injustice : faire passer l’Albani pour un savant du kalâm ou sous influence du kalâm !

(Partie 3)

Les savants qui étaient plus versés dans le kalâm que dans les sciences religieuses

Certains savants sont versés dans les questions rationnelles qu’ils ont notamment empruntées aux jahmites. Ils sont même capables de leur associer leur voix dans certains fondements erronés. Ils ont conscience que leurs « mentors » s’inscrivent à contre-courant des traditionalistes dans les domaines notoires du crédo (le caractère incréé du Coran, la vision d’Allah, etc.). Tout le monde sait (même dans les milieux non savants) que le Coran est la Parole incréée d’Allah, et qu’on pourra le voir dans l’autre monde.

Néanmoins, ces savants en question se sont essayés à conjuguer entre le crédo notoire des traditionalistes et les fondements rationnels empruntés aux jahmites et pour lesquels ils vouent une confiance aveugle. Leur faible bagage en dirâya les ont engouffrés dans une voie intermédiaire qui s’est fait assaillir de part et d'autre ; chacun mettant en avant ses contradictions.

Cette tendance est celle d’Abû el Hasan et des grands leaders ash’arîtes à l’image d’Abû Bakr el Baqillânî et d’Abû Ishâq el Isfarâyînî (m. 418 h.). Le premier homme de la secte reste celui qui a une plus grande connaissance du savoir de la première époque. Malgré cela, il est très évasif quand il s’agit de relater la tendance traditionaliste à laquelle il jure fidélité dans tous les points du crédo, et va jusqu’à souligner ce qui, à ses yeux, sont certaines de ses implications. Son bagage est très limité dans ce domaine.

En revanche, il est beaucoup plus à l’aise pour faire le récit des idées mu’tazilites qu’il connait sur le bout des doigts, et dans les moindres détails. Ce qui est intéressant avec cette catégorie de savants, c’est qu’ils mettent à nue les contradictions, mais aussi les erreurs de leurs contradicteurs mu’tazilites.[1]

3- Ainsi, ibn Taïmiya ne fait pas allusion aux savants qui lui étaient contemporains et encore moins à ceux de notre époque. Ce dernier établit dans l’un de ses ouvrages qu’il n’est pas pertinent d’interpréter les paroles d’un auteur d’une autre façon que selon ses propres intentions.[2] Cela revient en effet à mentir sur lui qu’on en ait conscience ou non. Pour mieux comprendre ses passages ambigus, il incombe de regrouper tout son discours ; c’est en tout cas, ce que réclame la rigueur scientifique.

Si cela est clair, il faut savoir qu’il cible en première lieu Abû el Hasan el Ash’arî (j’occulte volontairement ibn Kullâb). Il décrit son évolution comme suit : « El Ash’arî était un adepte de l’école mu’tazilite avant de se repentir. Il était en effet l’élève d’el Jubbâî avant de pencher pour la voie d’ibn Kullâb. Il acquit par la suite les fondements du hadîth entre les mains de Zakariya e-Sâjî. Puis, en entrant à Bagdad, il prit d’autres enseignements auprès des hanbalites de la ville. C’est la dernière phase qu’il connut comme en témoignent ses ouvrages et ceux de ses adeptes après lui. »[3]

À plusieurs reprises, ibn Taïmiya ramène des extraits de ses ouvrages pour démontrer son attachement, au traditionalisme, et son allégeance indélébile à l’Imâm Ahmed, même s’il lui restait encore des tares de son ancienne croyance.

Dans ikhtilâf el musallîn wa maqâlât el islâmiyîn, el Ash’arî explique : « Voici la tendance des traditionalistes et leur credo en résumé : Ils reconnaissent Allah (U), Ses anges, Ses Livres, Ses messagers ; toutes les informations venant de Lui, et celles rapportées par des savants crédibles selon le Messager d’Allah (r) sans ne rien démentir. (…) et qu’Allah est sur Son Trône comme Il le révèle : [Le Miséricordieux, est sur Son Trône établi][4] ; qu’Il a deux Mains sans qu’on puisse les décrire comme Il le révèle : [Que j’ai créé de Mes deux Mains].[5] Ils reconnaissent le savoir à Allah, comme Il le révèle : [Il l’a révélé par Son Savoir].[6] [Rien de ce qu’une femelle porte en son sein ou qu’elle ne mette au monde n’échappe à Son Savoir].[7] Ils reconnaissent à Allah des Attributs comme l’écoute, la vue, sans les renier à la manière des mu’tazilites

Ils donnent foi aux hadîth qui viennent du Messager d’Allah (r), par exemple : « Allah descend au premier ciel et demande : Y a-t-il quelqu’un qui implore Mon pardon afin que Je le lui accorde ? » comme nous l’apprend le hadîth… Ils reconnaissent qu’Allah viendra le Jour de la Résurrection, comme Il le révèle : [et Ton Seigneur viendra avec les anges qui seront en rangs][8] ; et qu’Il se rapproche de Ses créatures de la façon dont Il le veut, comme Il le révèle : [Nous sommes plus proches de lui que sa veine jugulaire].[9] » Après avoir évoqué bon nombre d’éléments, il a fait la conclusion suivante : « Voici en résumé ce qu’ils prônent, ce qu’ils voient et mettent en pratique. Nous adhérons à tout ce que nous avons évoqué et nous en faisons notre tendance. »[10]

Notre hérésiographe déclare également concernant l’istiwâ : « Pour les traditionalistes, Allah n’est pas un corps,[11] Il ne ressemble pas aux choses existantes et Il est sur Son Trône comme Il le révèle : [Le Miséricordieux, est sur Son Trône établi].[12] Nous ne nous avançons pas devant la parole d’Allah et de Son Messager, nous reconnaissons plutôt l’istiwâ sans chercher à le décrire… Nous disons également qu’Il a deux Mains sans chercher non plus à les décrire comme Il le révèle : [Que j’ai créé de Mes deux Mains][13]… et qu’Il descend au premier ciel comme le formule le hadîth. » Il a dit ensuite : « Quant aux mu’tazilites, ils prétendent que l’istiwâ (s’établir ndt.) sur le Trône a le sens d’istawlâ (de s’accaparer du Trône ndt.). »[14]

Abû el Hasan explique également dans son ouvrage el ibâna fî usûl e-diyâna[15] dans le chapitre : el istiwâ : « Si quelqu’un demande : que dites-vous sur l’istiwâ ? Nous lui répondons : Allah est établi sur Son Trône comme Il le révèle : [Le Miséricordieux, est sur Son Trône établi].[16] Il dit également : [C’est vers Lui, que remontent les bonnes paroles].[17] [Il l’a plutôt élevé vers Lui][18] ; [Hé Hâmân ! Bâtis-moi une tour, pour que je puisse atteindre les voies • les voies du ciel où je pourrais voir le Dieu de Moussa que je crois être un menteur].[19] Pharaon n’était pas convaincu par Moussa qui lui affirmait qu’Allah était au-dessus des cieux. Allah dit également : [Vous sentez-vous à l’abri que Celui qui est au ciel fasse écrouler la terre sous vos pieds].[20]Au-dessus des cieux, il y a donc le Trône… et tout ce qui se trouve au-dessus de nous appartient au ciel. C'est pourquoi : [Vous sentez-vous à l’abri que Celui qui est au ciel] : ne fait pas allusion à tout ce qui se trouve dans les cieux, mais il entend plus exactement le Trône, qui se trouve à leur sommet… Ne vois-tu pas qu’Allah affirme en parlant d’eux : [Il y plaça la lune, un astre lumineux].[21] Il ne veut pas dire qu’elle remplit tout leur espace. Nous voyons que tous les musulmans lèvent les mains au ciel au cours de leurs invocations, étant donné qu’Allah est établi sur le Trône qui se trouve au-dessus des cieux. S’Il n’était pas au-dessus, ils ne lèveraient certainement pas les mains en sa direction…

Certains tendances comme les mu’tazilites, les jahmites, et les harûrites (kharijites ndt.) prétendent qu’istawâ [dans : [Le Miséricordieux, est sur Son Trône établi] comme le confirme le texte original d’el ibâna ndt.] prend le sens d’istawlâ (s’emparer de ndt.), de régner sur, de vaincre, et qu’Il est partout ! Ils ne veulent pas admettre qu’Il soit sur Son Trône – contrairement à la bonne tendance –. Ils donnent à l’istawâ le sens de pouvoir. Or, si tel était le cas, il n’y aurait pas de différence entre le Trône et la septième terre étant donné qu’Allah a déjà le pouvoir sur toute chose. Il a déjà le pouvoir sur tous les endroits de la terre, qu’ils soient fertiles ou arides. S’Il était établi sur Son Trône dans le sens d’istawlâ, nous pourrions dire alors que Son istawâ est sur toute chose. Comme aucun musulman ne prétend qu’Il s’est emparé de toute chose, des endroits fertiles et arides… il est donc complètement faux de définir istawâ sur le Trône par istawlâ qui concerne toute chose. »[22]

Plus d’un adepte d’el Ash’arî recense ces paroles, comme ibn Fawrk et el Hâfizh ibn ‘Asâkir dans son livre tabyîn kadhib el muftarî fî mâ nisiba ilâ sheïkh Abî el Hasan el Ash’arî. Il y évoque le credo qu’Abû el Hasan revendique au début d’el ibâna et dont voici un extrait : « Si quelqu’un demande : c’est bien de critiquer la tendance des mu’tazilites, qadarites, jahmites, harûrites, rafidhîtes, murjites, mais alors faites-nous connaître la tendance ou l’opinion à laquelle vous adhérer.

Nous répondons : L’opinion à laquelle nous adhérons et la religion à laquelle nous croyons, est celle qui consiste à s’accrocher au Livre d’Allah (I), à la Tradition de Son Prophète (r), et aux annales rapportées des Compagnons, de leurs Successeurs (tâbi’în), et des grandes références du Hadîth. Nous nous retranchons derrière ces enseignements. L’opinion d’Abû ‘Abd Allah Ahmed ibn Hanbal – qu’Allah illumine son visage, l’élève en degré, et le comble de la meilleure récompense – est la nôtre, et celle de ses adversaires s’oppose à la nôtre. Il est le noble Imam, le chef parfait, par lequel Allah dévoila la vérité, dissipa les ténèbres, montra la voie, et brisa l’innovation des hérétiques, l’égarement des égarés, et le doute des sceptiques. Qu’Allah comble de Sa Miséricorde cet imam devancier, illustre, encensé, et magnifié, et tous les imams des musulmans…

Voici notre opinion en un mot : nous reconnaissons Allah, Ses anges, Ses Livres et Ses messagers ; nous reconnaissons toutes les enseignements qui viennent d’Allah et ceux que les savants crédibles nous rapporte du Messager d’Allah (r). » [23] Il enchaîna ensuite sur les points que nous avons évoqués plus haut et sur beaucoup d’autres, comme nous l’avons signalé à d’autres endroits.

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Darr e-ta’ârudh (7/32-37). Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya dit également : « Par ailleurs, dans le domaine du crédo qui touche à l’inconnu, chaque leader et chaque adepte des tendances musulmanes ne doit sa notoriété qu’à son attachement, même relatif, à la sunna et à sa reconnaissance des Noms et Attributs divins.

Tout d’abord, les mu’tazlites – l’élite du kalâm – ; ces derniers sont loués et encensés par leurs adeptes et ceux qui ferment les yeux sur leurs mauvais côtés, mais c’est uniquement en regard de leurs bons côtés et de leur fidélité aux traditionalistes dans le domaine du crédo. Ils sont célèbres pour leur réfutation aux râfidhites dans divers domaines ; la légitimité des Khalifes, la crédibilité des Compagnons, l’acceptation, mais aussi la falsification des textes, l’excès envers ‘Alî, etc.

En revanche, les shiites primitifs sont plus louables que les mu’tazlites qui renient notamment les Attributs divins, le destin, et l’intercession. Ils étaient également louables par rapport aux kharijites, qui « excommuniaient » nombre de Compagnons à l’instar d’Alî et d’Uthmân, et qui « excommuniaient » les auteurs des péchés musulmans. Ils se distinguaient également des murjites, en faisant entrer les obligations religieuses dans la définition de la foi ; c’est même ce qui les poussa au crédo de la manzila baïn el manzilataïn, bien qu’ils ne parvinrent pas à s’aligner avec la sunna pure sur ce point.

En outre, les mutakallimîns qui reconnaissent les Noms et Attributs divins (kullâbiya, karrâmiya, ash’ariya) doivent leurs lettres de noblesse (ils furent acceptés et suivis par la majorité de la communauté) à leur conformisme dans les fondements de la foi : la reconnaissance du Créateur, de Ses Attributs, de la prophétie, et à leurs réfutations aux Juifs, chrétiens, mécréants et païens ; ils mirent en avant les contradictions de leurs arguments. Ils sont estimables d’avoir réfuté les jahmites, les mu’tazlites, râfidhites, qadarites là où ils contrevinrent à l’orthodoxie.

Ainsi, leurs bons côtés sont de deux sortes : quand ils sont conformes au traditionalisme et quand ils réfutent les arguments contradictoires des opposants au traditionalisme. Tous ceux qui rejoignent la tendance ash’arite sont mus dans leur motivations par au moins l’une de ses deux raisons, et rien d’autre. Chaque musulman, que ce soit parmi les savants ou la masse, n’aime et ne défend cette tendance que pour ces raisons.

Les auteurs, à l’image de Baïhaqî, Qushaïrî Abû el Qâsim, ibn ‘Asâkîr e-Dimashqî, qui vantent les vertus du premier homme de la secte, et qui plaident en sa faveur contre les critiques et les damnations, mettent en avant ses positions où ils s’accordent avec les traditionalistes et ses réfutations aux anti-traditionalistes. La nation, avec les savants et les émirs à sa tête, n’entend parler d’eux que de ces deux arguments. S’il n’était pas plus proche de la vérité que ses coreligionnaires, on l’aurait mis au même niveau que ses contemporains bien moins louables de ce côté-là, à l’image de son premier Sheïkh Abû ‘Alî [el Jubbâî], et de son fils Hâshim.

Néanmoins, ses positions orthodoxes qui touchent aux Attributs, au destin, l’imâma, les vertus (probablement des Compagnons ndt.), l’intercession, le bassin, le pont jeté au-dessus de la Géhenne, la Balance jouent en sa faveur. Tout comme ses réfutations aux autres sectes (mu’tazilites, qadarites, râfidhites, jahmites) qui mettent en lumière leurs contradictions. Il est indubitable qu’il se distingue d’eux et que nous devons lui reconnaitre le rang et le respect qu’il mérite : [Allah a fait toute chose avec mesure].

Il doit sa notoriété et sa célébrité (recrudescence d’adeptes ndt.) à sa fidélité au traditionalisme. Néanmoins, cette fidélité, grâce à laquelle il prend le pas sur ses opposants en pulvérisant leurs arguments, l’élève au rang de mujâhid victorieux. » Majmû’ el fatâwâ (4/11-14).

[2] Voir : el jawâb e-sahîh (4/44).

[3] Majmû’ el fatâwa (3/228).

[4] Tâ-Hâ ; 5

[5] Sâd ; 75

[6] Les femmes ; 166

[7] Le Façonneur ; 11

[8] L’aurore ; 22

[9] Qâf ; 16

[10] El maqâlât (1/345-350).

[11] El Ash’arî est vraisemblablement resté sous l’influence kullâbite lors de sa troisième phase après être revenu à la voie des anciens qui n’utilisent pas dans ce domaine ce genre d’expressions dont le sens est vague et ambigu. C'est pourquoi ils se contentent de se conformer au vocabulaire du Coran et de la sunna pour définir leur dogme. [ Voir : Majmû’ el fatâwa (6/37-38) et (6/663-665)] Quoique certains chercheurs universitaires pensent qu’el Ash’arî n’a jamais quitté le kullâbisme, bien qu’il fut à la fin de sa vie attiré par la tendance d’Ahmed. C’est d’ailleurs certainement la raison qui a poussé bon nombre de savants à classifier son cheminement en trois phases. [Voir : el usûl e-latî banâ ‘alaïhâ el mubtadi’a madhhabuhum fî e-Sifât qui est une thèse es doctorat du D. ‘Abd el Qâdir ibn Mohammed ‘atâ Sûfî.]

[12] Tâ-Hâ ; 5

[13] Sâd ; 75

[14] El Maqâlât (1/285).

[15] Sheïk Hammâd el Ansârî est l’auteur d’une recherche où il démontre que non seulement Abû el Hasan est bel et bien l’auteur d’el ibâna mais qu’il fut l’un des derniers si ce n’est le dernier de ses ouvrages. [Voir : Rasâil el ‘aqîda de Hammâd el Ansârî (p.61-108)]

[16] Tâ-Hâ ; 5

[17] Le Façonneur ; 10

[18] Les femmes ; 158

[19] L’Absoluteur ; 36-37 ; comme l’établit ibn Taïmiya, Pharaon est le chef de file des négateurs (voir : el qâ’ida el marrâkushiya).

[20] La royauté ; 16

[21] Nûh ; 16

[22] El ibâna (97-98). Bon nombre d’adeptes d’Abû el Hasan el Ash’arî ont tenu à la fin de leur vie le même discours que leur maître spirituel comme el Bâqillânî dans e-Tamhîd fî e-rad ‘alâ el mulhida, wa el mu’attila, wa el khwârij, wa el mu’tazila (p. 47) ; Abû el Ma’âlî el Juwaïnî dans el ‘aqîda e-nazhzhâmiya ; el Ghazâlî dans ijmâ’ el ‘awâm ‘an ‘ilm el kalâm (p. 78) ; el Fakhr e-Razî dans aqsâ e-ladhdhât.

[23] El Ibâna (p. 43)

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Publié par mizab
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