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17 avril 2015 5 17 /04 /avril /2015 12:03

Le comble de l’injustice : faire passer l’Albani pour un savant du kalâm ou sous influence du kalâm !

(Partie 6)

8- Ibn Taïmiya parle des néo-hanbalites tel qu’el Qâdhî Abû Ya’lâ qui pouvait rejoindre les murjites dans le domaine du takfir

Ibn Taïmiya fait remarquer dans le même ouvrage d’où nos amis ont puisés sa citation pour justifier l’irjâ de l’Albani : « Leur discours dans le domaine de la croyance au Seigneur et à Ses Attributs dont la Parole, revient à de la pure négation. De nombreux modernes, pourtant qui se revendiquent de la sunna, du fiqh, et du hadîth parmi les adeptes des quatre écoles canoniques, y ont recours. Ces derniers suivent aveuglément les jahmites, et les mu’tizilites, et même les murjites. Néanmoins, comme ils n’ont pas une grande expérience des concepts à l’origine des hérésies, ils sombrent dans la contradiction. » Ensuite, il explique que les grandes références traditionalistes ont fait front aux adeptes du kalâm, notamment dans le domaine de la foi, et du blasphème. Sur les traces de leur maitre, certains suiveurs d’Abû el Hasan se sont alignés au crédo de Jahm dans la foi, et ne restent pas sur la même position ; ils vacillent ainsi entre les anciens et les mutakallimîns imprégnés de la pensée jahmite sur la conception du kufr. Il faut compter dans leur rang des hanbalites, des shâfi’îtes, et des mâlikites qui adoptent les deux positions sur le sujet, et qui peuvent donner l’impression de rester fidèles au traditionalisme. Sheïkh el Islam renvoie aux explications qu’il a donné dans e-sâlim el maslûl, et qui prend pour exemple, comme nous allons le voir le Qâdhî Abû Ya’lâ, illustrant parfaitement ce phénomène. Puis, il conclut : « En outre, dans le domaine de la foi, ils citent l’opinion des grandes références traditionalistes, mais ils passent par des raisonnements qui sont plus conformes à la pensée jahmite ; ils les puisent, en effet, dans les ouvrages des adeptes du kalâm ayant adopté la position de Jahm. »[1]

La conception du kufr chez les jahmites

À leurs yeux, en effet, le kufr se vérifie au niveau du tasdîq. En d’autres termes, le kufr a lieu quand il n’y a plus aucun tasdîq dans le cœur, sans regarder les actions les plus affreuses qu’on peut commettre.

Ainsi, pour eux, en ayant le savoir (‘ilm), on obtient une foi parfaite et on devient un parfait croyant. On a la même foi que l’ange Jibrîl et les prophètes. Sans prononcer la shahâda, on devient un kâfir zhâhiran (en apparence) mais pas bâtinan (intérieurement). Cette tendance est celle de la plupart des ash’arites, de certains hanafites et des maturidites des générations plus récentes. La foi serait indivisible, soit elle part ou est absente entièrement, soit elle est présente entièrement. Il serait donc possible, à leurs yeux, d’être un parfait croyant tout en insultant délibérément Dieu et Son Prophète et en faisant tous les actes de kufr possible.

Ils disent que les paroles extérieures rendent leur auteur kâfir uniquement dans la mesure où son tasdîq disparait. Ses paroles impliquent qu’il n’y a plus de tasdîq. Si, en regard de son statut terrestre, on considère que c’est un mécréant, c’est parce que ses paroles sont la preuve, l’indice de son kufr. Mais Il peut au même moment avoir une conviction différente dans son bâtin.

Quand on leur amène les preuves que leur tendance va à l’encontre des textes et du consensus, et que le coupable est kâfir zhâhiran wa bâtinan ; ils disent qu’en réalité il perd son tasdîq et son ‘ilm. Pour eux, le kufr se résume à une seule chose, qui est l’ignorance (jahl) ou takdhîb el qalb. La foi se confinerait au (‘ilm) ou au tasdîq. C'est pourquoi ils ramènent les autres annulations émanant du cœur (shakk, istikbâr, i’radh, etc.) au takdhîb el qalb. Ils disent la même chose pour Pharaon et Iblîs.

Pour eux, on peut insulter Allah et rester croyant, tant qu’on garde le tasdîq, même si aux yeux des autres on devient mécréant.[2]

Malheureusement de grandes sommités hanbalites, à l’image du Qâdhî Abû Ya’lâ, influencé par les néo-mutakallimîn, reprennent l’argument de l’istihlâl pour les cas de blasphème, à la manière du jahmisme primitif. Ce même Abû Ya’lâ a un autre discours dans lequel il rejoint les traditionalistes,[3] wa Allah el musta’ân !

9- Ibn Taïmiya parle des néo-jahmites qui s’accordent avec le traditionalisme sur le sort dans l’au-delà des auteurs des grands péchés

Nous avons vu plus haut le passage : « Les modernes qui adhèrent au crédo de Jahm dans le domaine de la foi, affichent l’opinion des traditionalistes sur ce point – ne pas vouer l’auteur des grands péchés à l’Enfer éternel – et bien d’autres, comme l’istithnâ, l’absence de foi pour les cas d’apostasie répertorié par le Coran, etc. Ces opinions sont conformes en apparence au crédo des anciens, mais en réalité, ils s’en démarquent littéralement ; aucune secte ne s’éloigne autant qu’eux du crédo officiel sur ce point. »[4]

L’auteur des grands péchés chez les jahmites

Ces derniers ne dérogent pas à l’opinion des murjites, comme nous venons de le voir. Pour eux, l’auteur d’un grand péché jouit d’une foi parfaite et pleine.[5] Ils se basent sur le principe selon lequel la foi est synonyme du tasdîq et de la croyance catégorique (i’tiqâd jâzim), et non soumise aux variations ; en d’autres termes, elle ne peut descendre, en tout cas, pas en elle-même, mais du point de vue des obligations religieuses (sharâi’ el islâm).[6] Ainsi, le désobéissant musulman n’est pas un apostat, selon leur conception.[7] Leur problème, qui est celui de tous les dissidents au traditionalisme toute tendance confondue, c’est qu’à leurs yeux, la foi est un et indivisible.

Les kharijites et mu’tazilites sont en désaccord avec ahl e-sunna au niveau du nom et du statut du désobéissant, tandis que les jahmites et les murjites se distinguent avec eux au niveau du nom, non du statut. Ils conçoivent qu’il soit à la fois louable et condamnable, mais sans que sa foi puisse baisser.[8]

Ainsi, les premiers auxquels il faut ajouter les karrâmites sont plus proches de la vérité au niveau du nom que les seconds, qui, inversement, sont plus proches de la vérité au niveau du statut, ce qui est moins grave. Dire que les désobéissants sont voués à l’Enfer éternel est la pire opinion qui soit sur ce point. Néanmoins, dire qu’ils bénéficient d’une foi pleine est la pire opinion qui soit sur ce point, car allant à l’encontre de la religion, de la raison, et de la Langue.[9]

Les murjites ultra

Or, nombreux sont les jahmites et les murjites qui ne se prononcent pas sur son cas. Ils ne sont pas formels que la menace divine atteigne ceux qui en sont concernés. Une partie des murjites shiites et des ash’arites, à l’image d’Abû Bakr el Baqillânî, les rejoignent sur ce crédo.[10] Connus sous le nom de wâqifa, les sectateurs en questions convergent avec les jahmites ultra et leur instigateur éponyme Jahm ibn Safwân.[11]

Notons enfin que le Législateur fait les éloges de la somme de la foi et des actes, et jamais d’une foi sans actes. Si tout le monde est d’accord pour dire que la menace divine plane sur la déficience ou l’abandon des actes, après cela, toute divergence est purement formelle et sans intérêt dans la pratique, même si au même moment il incombe de rester fidèle au vocabulaire des textes scripturaires de l’Islam qu’incarnent le Coran et la sunna.

Selon Sheïkh el islam, certains hérésiographes attribuent aux murjites le crédo selon lequel il n’est pas imposé de faire les obligations et de s’éloigner des interdictions.[12] Le Législateur aurait certes mis en place des Lois, mais sans nous demander de nous y soumettre. Il explique que la tendance disant que délaisser les actes (tark el ‘amal) ne porte pas préjudice à la foi relève explicitement du kufr. Néanmoins, à sa connaissance, cette parole n’est affiliée à personne en particulier. Il est possible qu’elle provienne des ultras qui interdisent formellement l’entrée en Enfer à tout monothéiste. Il est possible également qu’elle fasse allusion à l’adage que les pervers et les hypocrites mettent en avant pour se justifier et disant que les péchés aussi graves soient-ils ne portent pas préjudice à la foi ou à l’attestation de foi. Avec le temps, certains spécialistes l’auraient, dans leurs réfutations, attribués aux murjites.[13]

Même l’allégation des ultras selon laquelle aucun monothéiste n’entrera en Enfer n’est pas à mettre sur le compte de quelqu’un en particulier, quoiqu’on l’impute, peut-être à tort, à Muqâtil ibn Sulaïmân.[14]

Notons également que certains monistes panthéistes, libres penseurs, philosophes musulmans, Qarmates et bâtinites ésotéristes remettent en question la menace divine dans l’au-delà.[15] Ainsi, et ce point est d’une importance cruciale, quand ibn Taïmiya parle de murjites ultra ou des ghulât, il fait allusion à deux catégories de sectateurs :

  • Aux wâqifa qui ne sont pas formels sur l’application de la menace divine dans l’au-delà.
  • Et aux jahmites qui l’interdisent formellement.

Or, nous avons vu que les jahmites traditionnels accordent une foi parfaite à l’auteur des grands péchés et qu’avec eux, la divergence porte plus sur la forme que sur le fond, car, au même titre que les murjiya el fuqaha, ils le voient sortir de l’Enfer sans n’y éterniser.

Remarque

De grands hérésiographes, comme Abû el Hasan el Ash’arî impute à une secte jahmite sans la nommer l’opinion suivante : les péchés aussi graves soient-ils ne portent pas préjudice à la foi et aucun adepte de l’Islam n’entrera en Enfer.[16] Shihristânî, pour sa part, donne un nom à une tendance murjite qui y ressemble et qui n’est autre que les yûnasiya.[17]

Néanmoins, la plupart des ouvrages hérésiographes occultent ce point, mais certains auteurs, après l’époque de Shihristânî en font état, bien qu’il soit possible qu’ils lui auraient purement et simplement emprunté. De la même façon que les auteurs qui imputent une croyance de ce genre à el ‘ubaïdiya l’auraient copié à Shihristânî, le premier à l’avoir évoqué.[18]

De grands spécialistes en ‘aqîda comme ibn ‘Abd el ‘Izz,[19] et ibn Battâ avant lui,[20] confirme cette tendance murjite. Une autre piste nous vient d’ibn Jarîr e-Tabarî qui impute à une certaine tendance la croyance suivante : les péchés ne sont pas nuisibles à la foi de la même façon que les bonnes actions ne lui sont pas utiles quand elle est souillée par l’association.[21]

L’auteur des grands péchés chez les ash’arites

Deux grandes tendances se dégagent chez les adeptes d’Abû el Hasan : l’une en conformité avec la grande majorité des murjites rejoint les traditionalistes, comme nous l’avons vu au niveau du statut (il n’éternise pas en Enfer) non au niveau du nom (pour eux il est un croyant ayant une foi parfaite).[22] Leur problème, qui est récurrent à tous les murjites, et à tous les dissidents au traditionalisme, c’est que, pour eux, la foi est un et indivisible.[23]

L’autre tendance, que symbolise Abû Bakr el Baqillânî, ne se prononce pas sur le cas des désobéissants. Ils peuvent aussi bien tous aller en Enfer, comme ils peuvent tout aussi bien tous aller au Paradis. Ils ne sont pas formels sur l’une des deux hypothèses, mais ils acceptent également l’idée qu’une partie seulement d’entre eux auront droit à un passage obligé au « purgatoire », même les repentis parmi eux, car rien ne dit qu’ils furent exaucés. Ils ne se prononcent sur aucun de ces cas de figure, et c’est ce qui leur valut le nom de wâqifa.[24] Ils s’inscrivent avec les autres ghulât (qui interdisent formellement l’entrée en Enfer) en porte à faux avec les wa’îdiya qui vouent tous les pervers à l’Enfer éternel.[25]

Ainsi, ces deux tendances opposées, les wâqifa et les wa’îdiya s’opposent à l’orthodoxie que rejoignent la plupart des murjites sur le statut du pervers en Islam.[26]

Wa bi Allah e-tawfîq !

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Majmû’ el fatâwâ (7/402-403).

[2] Voir : ârâ el murjiya fî musannafât Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya qui est une thèse universitaire faite par le D. ‘Abd Allah e-Sanad.

[3] Voir : e-sâlim el maslûl (1/516).

[4] Majmû’ el fatâwâ (7/158).

[5] Majmû’ el fatâwa (7/258).

[6] Majmû’ el fatâwa (7/671).

[7] Majmû’ el fatâwa (7/353-354).

[8] Sharh el Asbahâniya (2/586-587).

[9] Majmû’ el fatâwa (7/158-159).

[10] Sharh el Asbahâniya (2/587).

[11] Majmû’ el fatâwa (14/347-348).

[12] Majmû’ el fatâwâ (13/41).

[13] Majmû’ el fatâwâ (7/181).

[14] Majmû’ el fatâwâ (16/196).

[15] Majmû’ el fatâwâ (16/242).

[16] Maqâlât el islâmiyîn (1/228).

[17] El milal wa e-nihal (p. 138).

[18] El milal wa e-nihal (p. 138).

[19] Sharh el ‘aqîda e-tahâwiya (2/470).

[20] El ibâna (2/782, 893).

[21] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 179).

[22] Majmû’ el fatâwa (7/354).

[23] Majmû’ el fatâwa (7/223).

[24] Minhâj e-sunna (5/284).

[25] Majmû’ el fatâwa (12/481).

[26] Majmû’ el fatâwa (7/297).

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Publié par mizab
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