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27 juillet 2015 1 27 /07 /juillet /2015 17:26

El ‘Uthaïmîn et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 1)

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Par le passé, nous avons vu la position de Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî sur le ‘udhr bi el jahl et qu’il formula sous forme de débat.[1] Il rejoint exactement la tendance d’ibn Taïmiya et de son élève ibn el Qaïyim, qui n’en épousent aucune autre, contrairement à ce qu’on voudrait nous faire croire.[2] Ses thèses seront reprises par son élève Sheïkh Sâlih el ‘Uthaïmîn, bien que certains soient convaincus du contraire. Ces derniers s’appuient sur des fatwas contextuelles du doyen de Qasîm et qui ne permettent pas en elle-même de définir sa position.[3] C’est ce que cet article tend à démontrer.

Il incombe de regrouper toutes les paroles d’un même auteur pour définir sa tendance

Ibn Taïmiya établit dans l’un de ses ouvrages qu’il n’est pas pertinent d’interpréter les paroles d’un auteur d’une autre façon que selon ses propres intentions.[4] Sinon, cela revient à mentir sur lui qu’on en ait conscience ou non. Pour mieux comprendre ses passages ambigus, il incombe de regrouper tout son discours ; c’est en tout cas, ce que réclame la rigueur scientifique.

Une démarche défaillante consisterait à lui donner tort d’emblée, sans chercher à lui offrir des circonstances atténuantes ni à donner à ses paroles la meilleure interprétation possible et à les ramener à ses principes généraux. Il est plus pertinent de conjuguer entre ses discours que de pointer du doigt les passages où il semble s’être trompé.[5]

Or, cette démarche est valable à condition de ne pas connaitre ses intentions, mais dès que c’est possible, elle n’a plus lieu. Ce serait faire preuve de laxisme que de chercher à s’en faire une bonne interprétation.[6]

Il est très dangereux de s’en tenir à un discours vague d’un imam pour définir sa position. C’est de cette façon que sont nées les pires tendances parmi les adeptes des quatre écoles.[7] Il est aussi très perfide de fouiner dans les opinions faibles des savants en vue soit de les adopter soit de les décrier.[8]

Il n’est pas pertinent non plus d’attribuer à un auteur les implications de son discours, sauf s’il l’assume lui-même, ou si des indices formels prêtent à le dire.[9] Comme il n’est pas pertinent de lui attribuer un discours qu’il a tenu pendant sa période de formation ou sur lequel il serait revenu dans ses derniers ouvrages.[10]

Un savant est même susceptible d’avoir deux discours tout aussi justes l’un que l’autre, sauf qu’il adapte ses réponses en fonction de ses interlocuteurs, de peur de les perturber.[11] Il peut tout bonnement avoir deux opinions à deux périodes différentes de sa vie et qu’il fait part à deux auditions différentes.[12]

La distinction entre théoriser une question et faire une fatwâ

Il existe deux sortes de sentences : théorique (lorsqu’un savant théorise une question) et pratique (quand il l’applique dans la pratique en tenant compte de plusieurs facteurs ; ex. : la fatwâ).[13] En mélangeant entre les deux, on peut faire des dégâts énormes, comme le souligne ibn el Qaïyim.[14]

Comprendre les paroles d’un auteur à la lumière du contexte

Enfin, et ce point est d’une extrême importance, il n’est pas pertinent de sortir un passage de son contexte, car cela revient à le tronquer, ou, au meilleur des cas, à le vider de sa substance. Il faudrait, au minimum prendre la peine de le ramener en entier, en vue de mettre en lumière les réelles intentions de l’auteur.

Si cela est clair, voici une synthèse des paroles de Sheïkh el ‘Uthaïmîn sur la question :

L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

Sheïkh el ‘Uthaïmîn souligne que l’ignorance qui est à l’origine d’un laisser-aller (tafrît) dans l’étude de la religion n’est pas excusable. Ex. : on sait qu’on va à l’encontre de la vérité dans une question, mais on ne fait pas l’effort de la rechercher.[15]

Il souligne à ce sujet : « Je ne pense pas que le Sheïkh (Sheïkh ibn ‘Abd el Wahhâb ndt.) ne tienne pas compte du ‘udhr bi el jahl ; sauf s’il fait allusion à celui qui reste ignorant par négligence de sa part, et qui, par exemple, se détourne de la vérité. Ce dernier en effet est inexcusable.[16] Si je dis cela, c’est parce que le Sheïkh est l’auteur d’autres paroles qui expriment le contraire…

Ainsi, l’ignorant est excusable pour les actes provenant de ce dernier qui relèvent de la mécréance (en sachant que la mécréance est plus vaste que le shirk ndt.) »[17]

En règle générale, à ses yeux, il n’est pas tenu rigueur de l’erreur motivée par l’ignorance que ce soit dans n’importe quel domaine de la religion. Néanmoins, il faut savoir que certains ignorants font preuve d’une sorte d’obstination (‘inâd). Ils entendent la vérité, mais ils n’y prêtent pas attention et ils ne la recherchent pas spécialement. Ils se contentent plutôt de la parole de leur sheïkh et de ceux qu’ils encensent. Ils préfèrent les suivre aux dépens de la vérité. À vrai dire, ce cas d’ignorance n’est pas excusable ; ils devraient au moins prendre la peine de vérifier la vérité qu’on leur ramène, car, au pire des cas, c’est un argument ambigu qu’il incombe de dissiper. Ces suiveurs ignorants sont comparables à ceux que le Coran décrit ainsi : [Nous avons trouvé nos pères sur une voie, et nous nous contentons de suivre leurs traces]. Un autre Verset nous apprend : [et nous nous contentons d’imiter leurs traces].

Les ignorants non négligents sont excusables

Quoi qu’il en soit, l’ignorance est un paramètre excusable dans la situation où on n’a aucune connaissance de la vérité, et qu’on n’en a jamais entendu parler. C’est dans ce cas qu’elle n’est pas tenue rigueur. On juge l’individu en fonction de ses actes. S’il se prétend musulman et qu’il atteste qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah et que Mohammed est Son Messager, on doit le considérer comme tel. S’il n’adhère pas à l’Islam, on le rallie à la religion à laquelle il adhère sur terre. Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’en périodes de « rupture ». Allah décidera de son sort le jour de la résurrection. Selon l’opinion la plus vraisemblable, il subira une épreuve qui décidera de son devenir ; s’il la passe correctement, il ira au Paradis, et s’il échoue il ira en Enfer.

Or, il faut savoir qu’à notre époque, le message du Prophète (r) s’est répandu pratiquement sur toute la surface de la Terre grâce aux moyens de communication modernes et aux mélanges des cultures. La plupart du temps, la mécréance est motivée par l’obstination.[18]

Selon l’érudit de ‘Unaïza, la question du ‘udhr bi el jahl touche indifféremment les péchés et la mécréance. Si l’erreur commise dans l’un de ses deux domaines nous dit-il, n’est pas le fruit d’une négligence, et que le fautif n’a absolument pas conscience qu’il enfreint un interdit, alors dans ce cas, il n’y aura rien contre lui, à condition qu’il soit musulman.[19]

La question du ‘udhr bi el jahl prend ses racines dans le sens général des textes scripturaires de l’Islam. Personne n’est à même de ramener une preuve la remettant en question.[20] (Il n’est donc pas pertinent de taxer de murjites les partisans de cette tendance ndt.). Il est vrai que la négligence en soi est condamnable. Il est intolérable de ne pas accorder attention à l‘étude de la religion. Quand on entend qu’une chose est interdite, on n’a pas le droit de rester indifférent. De ce point de vue, certes, on manque à ses devoirs et on est donc coupable d’un péché. Mais de là à dire qu’un individu vivant au milieu d’une société dans laquelle tel péché est répandu, et que personne n’est au courant que c’en est un ; de là à dire qu’il lui en est tenu rigueur sans n’avoir reçu la preuve céleste, c’est un peu tiré par les cheveux !

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (232-238) ; ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584). Voir pour le texte traduit : http://www.mizab.org/#!el-udhr-bi-el-jahl-dans-le-shirk-akbar/c1qe3

[2] Voir : http://www.mizab.org/#!ibn-el-tamiya-et-le-udhr-bi-el-jahl/c1k91

http://www.mizab.org/#!ibn-el-qayim-et-le-udhr-bi-el-jahl/c1iw7

[3] Voir : https://www.islamtoday.net/bohooth/artshow-86-135122.htm

[4] Voir : el jawâb e-sahîh (4/44).

[5] Majmû’ el fatâwâ (6/61).

[6] Majmû’ el fatâwâ (6/61).

[7] Majmû’ el fatâwâ (6/61).

[8] El fatâwâ el kubrâ (2/226).

[9] Majmû’ el fatâwâ (29/41-42).

[10] Majmû’ el fatâwâ (11/137).

[11] Majmû’ el fatâwâ (6/60).

[12] Majmû’ el fatâwâ (29/40).

[13] El muswadda (p. 504).

[14] I’lâm el mawqi’în (3/79).

[15] Voir : Durûs wa fatâwâ el haram el makkî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (année 1411 h. cassette n° 9/a). Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. Il est même possible que, parfois, elle porte plus sur la forme qu’autre chose. Voir : Fatâwâ arkân el islâm.

Ailleurs, il tranche sur la question en rejoignant le parti des pro ‘udhr dans le shirk akbar dans la mesure où le fautif n’a pas conscience d’aller à l’encontre de la vérité en commettant du shirk. Sharh el mumti’ (6/193).

Il ramène la divergence des savants au laisser-aller et à la négligence des uns et des autres dans la recherche de la vérité (tafrît), et qui n’offre aucune circonstance atténuante. Voir : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil Juhhâl el Mukhâlifîn li e-Sharî’a min el Muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi (p. 83).

[16] C’est le fameux kufr i’râdh et le kufr ‘inâd d’ibn el Qaïyim. Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh tient un discours de ce genre dans son sharh kashf e-shubuhât.

[17] Sharh kashf e-shubuhât (p. 46-62).

[18] Voir : Majmû’ fatâwâ e-Sheïkh el ‘Uthaïmîn (2/question nº 222).

[19] Voir : Ta’lîq ‘alâ kitâb e-tawhîd (1/173). Sheïkh el ‘Uthaïmîn va jusqu’à nuancer un passage de l’auteur.

[20] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

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Publié par mizab
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