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28 juillet 2015 2 28 /07 /juillet /2015 18:02

El ‘Uthaïmîn et le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 2)

Le Sheïkh insiste sur ce point

Il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorité. Or, le Seigneur (U) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![1] Il se demande comment ses élèves peuvent encore douter de la chose. Il s’étonne qu’elle soit encore confuse dans leur esprit.

Il va jusqu’à qualifier l’autre opinion, celle des anti ‘udhr, de faible ! Selon lui, elle va à l’encontre des grandes références qui ne font pas la différence entre les formes d’ignorance ; de la même façon qu’il est concevable que certains ne connaissent pas le statut de la prière, il en est de même pour celui qui ne sait pas qu’il est interdit de se prosterner devant une idole. Ces questions ne sont pas laissées à l’initiative des uns et des autres ; la raison n’y a pas sa place. Il revient uniquement aux textes de trancher sur la chose. Nous ne sommes pas plus avisés que le Législateur, et nous n’avons pas le droit de nous insérer dans Sa Miséricorde ni de la réduire à notre compréhension étroite.

Il remet complètement en cause l’allégation selon laquelle le mîthâq qu’Allah a pris sur la descendance d’Adam avant leur création est suffisant pour établir la preuve céleste contre elle. À quoi servirait l’envoi des messagers si tel était le cas, interpelle-t-il ? Ensuite, il impute la distinction entre les usûl et les furu’ dans les questions du takfîr aux théologiens du kalâm.[2] Il reprend exactement la démonstration d’ibn Taïmiya que nous avons étalée dans un autre article.[3] Il est même l’un des contemporains qui a le mieux exposé la question. Comment peut-on avancer après cela que Sheïkh el ‘Uthaïmîn ne voit pas le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar ?

Fa innaha la tu’mî el absâr

Ainsi, il est possible d’être condamnable en suivant les autres sans se poser la question de savoir si ce que l’on fait est autorisé ou non. Dans ce cas, la négligence est tenue rigueur, et le fautif peut être inexcusable. Cependant, il est possible également qu’il ne lui vienne même pas à l’esprit qu’il enfreint un interdit, surtout dans la mesure où il n’a pas un savant sous la main pour lui attirer l’attention sur son erreur. Dans ce cas, il est excusable.[4] En un mot, l’ignorance est un facteur excusable, mais la négligence dans l’étude de la religion n’entre pas dans ce registre.[5]

Sheïkh el ‘Uthaïmîn applique ce principe au shirk

L’immolation pour un wali ou pour une tombe relève de la grande association et son auteur est un mushrik apostat. Il a beau dire lâ ilâh illâ Allah et faire la prière, il n’est plus musulman. Il est possible toutefois que, vivant loin des pays musulmans, il ne sache pas que cette pratique soit interdite, et il n’y voit aucun mal. Dans ce cas, il est excusable, mais il incombe de l’informer sur la gravité de son erreur. Après cela, s’il s’entête, alors la preuve céleste est établie contre lui, et il devient un mécréant apostat et un païen. Il n’y a pas de mal à le qualifier ainsi. On le somme de se repentir sous peine de condamnation à mort.[6]

Avant l’iqâma el hudja, on est coupable de shirk, mais sans avoir le statut de mushrik. Il incombe de ramener le coupable à la raison, en lui disant que son acte relève de l’association ; et s’il ne veut pas entendre, à ce moment-là et seulement à ce moment-là, il sort de la religion.[7]

La négligence est au minimum un péché

Quand on lui posa une question sur les ignorants qui reçoivent l’influence des savants hérétiques, loin des pays où règne l’orthodoxie, voici quelle fut sa réponse : « Dans la situation où ils entendent le message des prédicateurs orthodoxes, ils n’ont aucune excuse en raison de leur négligence ; nous ne pouvons toutefois nous prononcer formellement sur leur cas (mot à mot : dire qu’ils sont ou ne sont pas apostats ndt.). Vue sous un certain angle, en effet, leur négligence ne dépasse pas l’état de péché. Quand des prédicateurs les mettent en garde contre le caractère païen de leurs pratiques, ils doivent au minimum s’en abstenir et faire des recherches, malgré leurs appréhensions et la préférence qu’ils portent à leurs propres savants. Ils sont donc éventuellement coupables de ne pas faire des recherches, mais ils restent musulmans en raison de leur ignorance.

Or, vue sous un autre angle, leur négligence ne leur offre aucune circonstance atténuante, car le devoir de recherche incombe à chacun. Je pense qu’ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – considère qu’ils manquent à leur devoir de rechercher la vérité ; à ses yeux, ils sont donc fautifs, mais sans devenir apostats. Je dis cela de tête, donc à vous de vérifier, et ne prenez pas mes propos pour argent comptant. »[8]

Remarque

C’est à la lumière de ces explications qu’il incombe d’orienter le passage de Sharh el mumti’ (6/194) disant que les ignorants négligents ne sont pas excusables, et cela pour plusieurs raisons :

  1. Déjà, il n’est pas formel sur leur takfir en utilisant des termes exprimant l’éventualité, l’hypothèse (qad + verbe au présent, rubbama). Au pire, cette catégorie n’est pas excusable, mais ce n’est pas le cas des ignorants non négligents.
  2. la raison l’ayant poussé à exposer cette éventualité, c’est qu’il existe une divergence sur la chose, comme il le souligne plus haut. Il ne fait donc qu’exposer les deux points de vue, puis il tranche, comme nous allons le voir.
  3. Il impute l’opinion qui ne kaffar par une certaine négligence à ibn Taïmiya, même si sa mémoire lui fait défaut. Nous avons vu dans l’article précédent que c’est effectivement l’opinion du lion du Shâm.[9]
  4. Il va jusqu’à ramène la divergence des savants sur la question du ‘udhr au laisser-aller et à la négligence des uns et des autres dans la recherche de la vérité (tafrît), et qui n’offre aucune circonstance atténuante.[10]
  5. À la suite du passage controversé, il tranche sur la question en rejoignant le parti des pro ‘udhr dans le shirk akbar dans la mesure où le fautif n’a pas conscience d’aller à l’encontre de la vérité en commettant du shirk (son statut est donc différent de celui de ahl el fatra).[11]

Voici le passage controversé en question : « Néanmoins, certains ignorants n’ayant aucune ambiguïté sont convaincus de détenir la vérité (que ce soit au niveau de la croyance ou des paroles). Il va sans dire qu’ils ne cherchent nullement à aller à l’encontre de la religion, ni de sombrer dans le péché et la mécréance. Nous ne pouvons les juger apostats quand bien même ils ignoreraient un fondement de la religion. Re(-)connaitre la zakât et son caractère obligatoire est l’un de ces crédos fondamentales, on peut l’ignorer tout en restant musulman.

Ainsi, nous pouvons mieux appréhender la situation de nombreux fidèles à travers diverses contrées islamiques où le recours aux morts (el istighâtha bi el amwât) est monnaie courante. Ils ne savent pas que ces pratiques sont interdites. On leur fait même miroiter qu’elles rapprochent d’Allah, et que certains occupants des tombes sont des walis, etc. Ils adhèrent pourtant à l’Islam et font preuve d’un grand zèle vis-à-vis de ses enseignements. Ils sont convaincus de faire le bien, et personne ne les a prévenus du contraire. Ils sont donc excusables, contrairement à l’entêté qui lui est condamnable ; il sait très bien que les savants disent que c’est du shirk, mais il préfère s’en tenir aux coutumes de ses ancêtres. Celui-ci est directement concerné par le Verset : [Nous avons trouvé nos pères sur une voie, et nous nous contentons de suivre leurs traces].[12] »[13]

Ailleurs, il conteste la position anti ‘udhr fî usûl e-dîn, et affirme explicitement que cela reviendrait à kaffar de nombreux musulmans aujourd’hui qui seraient des mushrikins bien qu’affiliés à l’Islam.[14]

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Idem. C’est le constat que fait l’auteur de l’excellente recherche, que l’adversaire se targue de mettre en avant ‘âridh el jahl, et qui n’est autre que Râshid e-Râshid. Celle-ci, rappelons-le, fut préfacée par Sheïkh el Fâwzân, connu pour ses positions fermes sur le sujet. Il explique en effet : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. » ‘âridh el jahl (p. 224).

[2] Sharh sahîh el Bukhârî (cass. n° 21/b)

[3] Voir : http://www.mizab.org/#!ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans/cqhr

[4] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (39/question nº 3).

[5] Idem.

[6] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (48/question nº 15).

[7] Idem.

[8] Sharh kutâb e-tawhîd min sahîh el Bukhârî (cas. n° 21/b).

[9] Voir : http://www.mizab.org/#!le-kufr-irdh/c1ch3

[10] Voir : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil Juhhâl el Mukhâlifîn li e-Sharî’a min el Muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi (p. 83).

[11] Sharh el mumti’ (6/193).

[12] Les ornements ; 22

[13] Sharh el mumti’ (6/194).

[14] Voir : manzhûma usûl el fiqh.

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Publié par mizab
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