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23 juillet 2015 4 23 /07 /juillet /2015 14:09

Le kufr i’râdh

(Partie 1)

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Comment entre-t-on dans l’Islam ?

On entre dans l’Islam en fournissant trois éléments : le tasdîq, l’inqiyâd du cœur, et la prononciation verbale de son adhésion. S’il l’un d’eux manque, on ne peut aspirer réellement à l’Islam. Il y a donc une reconnaissance intérieure (le cœur) et extérieure (la langue). Quand on entre dans l’Islam, on s’engage à adhérer à toutes ses lois. C’est ce que les savants appellent l’iltizâm et qui est la somme de la soumission intérieure et de la reconnaissance verbale. Soit, donner foi à tous les enseignements du Prophète (r), tout en émettant la ferme intention de se soumettre à son obéissance.

Le tasdîq est antonyme au shakk (douter de la véracité de ses enseignements), au takdhîb (les démentir soit avec le cœur soit avec la langue), et à l’i’râdh (y rester indifférents sans spécialement les démentir ni en douter).

L’inqiyâd est antonyme au ibâ (refuser de s’y soumettre pour x raisons), à l’istikbâr (refuser de s’y soumettre par orgueil), et à el kirâha (les détester).

La reconnaissance verbale est antonyme au takdhîb (les démentir avec la langue pour x raisons) au juhûd (les démentir avec la langue tout en y donnant foi avec le cœur), l’i’râdh, mais aussi l’hypocrisie (nifâq) qui consiste à les reconnaitre verbalement, mais sans y donner foi avec le cœur (mécréance intérieure/croyance extérieure). C’est le contraire du juhûd (croyance intérieure/mécréance extérieure), en sachant que l’hypocrisie peut être motivée par l’une des formes de mécréance citées plus haut (shakk, takdhîb, i’râdh, ibâ, istikbâr, el kirâha).[1]

En fonction des motivations de son auteur et de ses facteurs, le kufr se subdivise en six grandes catégories :

  1. el inkâr : (renier : quand on parle de sa provenance, autrement dit le cœur), e-takdhîb (démentir : quand on parle de l’organe par lequel il se matérialise), et du kufr el jahl (ignorance : quand on parle de sa motivation). Il est à noter que cette catégorie est peu courante en raison de la venue des prophètes par lesquels la preuve d’Allah est établie contre les hommes.[2]
  2. el juhûd : qui consiste à reconnaitre Allah avec le cœur, sans le traduire dans les paroles, comme c’est le cas pour Pharaon.

Le kufr juhûd : se divise en deux catégories :

  • en kufr mutlaq qui concerne le tahwîd e-rububiya, les lois d’Allah ou la mission des messagers,
  • et en kufr muqaïyid qui consiste à renier une obligation, un interdit, ou n’importe quel enseignement de la religion.
  1. el ‘inâd : qui consiste à reconnaitre Allah avec son cœur et dans les paroles, mais sans pour autant se soumettre à sa religion comme Abû Tâlib. Dans ce sens, nous avons le fameux kufr el îbâ (par refus) et el istikbâr (par orgueil) d’ibn Qaïyim qui concerne notamment Shaïtan et la plupart des Juifs.
  2. e-nifâq : qui consiste à reconnaitre la religion avec la langue sans y adhérer avec le cœur. C’est le cas des hypocrites. Il est certes différent du kufr au niveau des apparences, mais en regard du devenir de son auteur dans l’au-delà, c’est une forme de kufr. Là aussi, il est question de nifâq akbar et nifâq asghar.
  3. el i’râdh : qui consiste à se détourner du message et à ne pas vouloir l’entendre sans forcément le démentir ou le renier.
  4. e-shakk : qui consiste à ne pas totalement être convaincu du message prophétique.[3]

La dixième annulation de l’Islam

Dans nawâqidh el Islam, Sheïkh Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb – qu’Allah (I) lui fasse miséricorde – établit : « Dixièmement : se détourner de la religion d’Allah (I) sans l’étudier ni la mettre en pratique.

Voici la preuve textuelle : [Y a-t-il plus injuste que de tourner le dos aux Versets du Seigneur, après en avoir reçu le rappel ; Nous allons certainement Nous venger des criminels].[4] »

La dixième annulation qui est la dernière, consiste à se détourner de la religion d’Allah, sans lui prêter aucune attention ni l’étudier ; ou, quand bien même on l’étudierait, on ne la mettrait pas en pratique. Le fautif se détourne dans un premier temps du savoir, puis de la pratique, qu’Allah nous en préserve ! Il y a le cas également où il avance des actes, mais sans se baser sur un savoir, ce qui fait de lui un égaré. Il incombe tout d’abord d’étudier la religion, pour ensuite l’appliquer concrètement. L’autre comportement, c’est de ne pas mettre en pratique le savoir que l’on a appris, auquel cas, on encourt la colère divine. Le premier étant un égaré.

C’est contre ces deux chemins que nous nous préservons dans chaque rak’a de la prière. [Guide-nous sur le chemin droit • Le chemin de ceux que tu as comblés de tes bienfaits, non celui de ceux qui ont été frappés par Ta colère ni celui des égarés].[5]

Se détourner de la religion d’Allah sans l’étudier ni la mettre en pratique est un acte d’apostasie. Allah révèle à ce sujet : [à celui qui se détourne de Mon Rappel, Je lui infligerais une vie malheureuse][6] ; « qui se détourne de Mon Rappel » : qui ne l’étudie pas et qui ne le met pas en pratique ; [Les mécréants se détournent des avertissements qui leur furent révélés][7] ; [Y a-t-il plus injuste que de tourner le dos aux Versets du Seigneur, après en avoir reçu le rappel ; Nous allons certainement Nous venger des criminels].[8] Il s’agit de s’en détourner, après les avoir entendus.

Or, ceux qui ne veulent pas étudier par fainéantise ne sont pas concernés par le statut d’apostats, bien qu’au même moment, ils soient blâmables. Cependant, si la raison de leur négligence, c’est qu’ils ne sont pas attirés par l’étude de la religion, cela consiste exactement à se détourner de la religion, qu’Allah nous en préserve ! C’est exactement, cette motivation qui rend apostat, contrairement au faignant, qui, bien qu’il soit attiré par le savoir, et qu’il aime le savoir, ne fait pas l’effort d’étudier. Il n’est pas facile en effet de se résoudre à étudier. Cela réclame de la patience, de l’abnégation, et de rester assis sacrifier une partie de son temps, ce que ne supporte pas le faignant. S’il est blâmable pour sa négligence et sa fainéantise, il n’atteint pas pour autant le degré de mécréance.[9]

Les formes d’i’râdh

Nous pouvons recenser trois formes d’i’râdh :

  1. Se détourner du message et à ne pas vouloir l’entendre sans forcément le démentir ou le renier, comme nous l’avons vu plus haut.
  2. Se détourner complètement de la foi et de la religion musulmane, comme le souligne ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân.[10]
  3. Se détourner des actes d’adoration. Notons qu’il incombe un nombre d’actes minimum propres à l’Islam comme la prière, l’aumône légale, le jeûne, le pèlerinage ; en d’autres termes, des vertus qui ne sont pas propres à l’Islam, comme la bonté envers les parents, la loyauté, ne suffisent pas en eux-mêmes pour sortir de ce cas de figure. En outre, il faut distinguer entre les actes qu’on fait par nature ou par habitude et qui sont propres à tout le monde, et ceux auxquels on donne une portée religieuse.[11]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Voir : jawâb el îmân wa nawâqidhuhu de Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk.

[2] Ibn el Qaïyim dit à ce sujet : « Deux individus méritent le châtiment : le premier consiste à se détourner de la preuve d’Allah par négligence et à ne pas la vouloir ni la mettre en pratique ni mettre en pratique ce qu’elle implique. Le deuxième consiste à s’en détourner par orgueil après l’avoir reçue et à délaisser ses implications.

Le premier c’est du kufr i’râdh,

Et le deuxième, c’est du kufr ‘inâd.

Quant au kufr el jahl sans que la preuve d’Allah ne soit venue et sans avoir la possibilité d’y avoir accès, c’est ce genre de kufr au sujet duquel Allah n’applique pas le châtiment, pas avant que la preuve prophétique ne soit appliquée. » [Voir : tarîq el hijrataïn (p. 414)]

[3] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[4] La prosternation ; 22 Se détourner dans le sens où on n’est pas attiré par l’étude de la religion, ou par répulsion envers le savoir, cela est tout désigné pour être une forme de mécréance, qu’Allah nous en préserve ! Sheïkh el Fawzân.

[5] L’ouverture ; 6-7

[6] Ta-Hâ ; 124

[7] El Ahqâf ; 3

[8] La prosternation ; 22

[9] Voir : Sharh nawâqidh el Islam de Sheïkh el Fawzân.

[10] Voir : manhâj ahl el haqq d’ibn Sahmân (p. 81).

[11] Voir : jawâb el îmân wa nawâqidhuhu de Sheïkh ‘Abd e-Rahmân el Barrâk ; selon un chercheur, il est possible d’abandonner les quatre piliers de l’Islam, tout en gardant certains autres actes [Voir : nawâqidh el îmân el i’tiqâdiya qui est une thèse universitaire du D. Mohamed el Wuhaïbî (2/137-138).]. Il s’inspire d’un texte d’ibn Taïmiya (le même que celui de Sheïkh el Barrâk et dont voici les références : majmû’ el fatâwâ (7/621)) dans lequel il explique qu’un mécréant peut être loyal, juste, et honnête, sans pour autant devenir musulman, s’il ne se soumet pas à la Législation mohammadienne. On ne peut prétendre à l’Islam sans ne fournir aucune de ses obligations. L’essentiel, ce n’est pas de faire des actes, mais c’est de les faire d’une part avec foi et d’autre part, dans le cercle de la législation musulmane. En adhérant (dans la conviction et les actes) à ces deux conditions, on obtient le jisn el ‘amal, qui n’est donc pas propre aux quatre piliers de l’Islam, wa Allah a’lam !

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Publié par mizab
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