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24 juillet 2015 5 24 /07 /juillet /2015 16:14

Le kufr i’râdh

(Partie 2)

L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

Sheïkh el ‘Uthaïmîn souligne que l’ignorance qui est à l’origine d’un laisser-aller (tafrît) dans l’étude de la religion n’est pas excusable. Ex. : on sait qu’on va à l’encontre de la vérité dans une question, mais on ne fait pas l’effort de la rechercher.[1]

Il souligne à ce sujet : « Je ne pense pas que le Sheïkh (Sheïkh ibn ‘Abd el Wahhâb ndt.) ne tienne pas compte du ‘udhr bi el jahl ; sauf s’il fait allusion à celui qui reste ignorant par négligence de sa part, et qui, par exemple, se détourne de la vérité. Ce dernier en effet est inexcusable.[2] Si je dis cela, c’est parce que le Sheïkh est l’auteur d’autres paroles qui expriment le contraire…

Ainsi, l’ignorant est excusable pour les actes provenant de ce dernier qui relèvent de la mécréance (en sachant que la mécréance est plus vaste que le shirk ndt.) »[3]

En règle générale, à ses yeux, il n’est pas tenu rigueur de l’erreur motivée par l’ignorance que ce soit dans n’importe quel domaine de la religion. Néanmoins, il faut savoir que certains ignorants font preuve d’une sorte d’obstination (‘inâd). Ils entendent la vérité, mais ils n’y prêtent pas attention et ils ne la recherchent pas spécialement. Ils se contentent plutôt de la parole de leur sheïkh et de ceux qu’ils encensent. Ils préfèrent les suivre aux dépens de la vérité. À vrai dire, ce cas d’ignorance n’est pas excusable ; ils devraient au moins prendre la peine de vérifier la vérité qu’on leur ramène, car, au pire des cas, c’est un argument ambigu qu’il incombe de dissiper. Ces suiveurs ignorants sont comparables à ceux que le Coran décrit ainsi : [Nous avons trouvé nos pères sur une voie, et nous nous contentons de suivre leurs traces]. Un autre Verset nous apprend : [et nous nous contentons d’imiter leurs traces].

Les ignorants non négligents sont excusables

Quoi qu’il en soit, l’ignorance est un paramètre excusable dans la situation où on n’a aucune connaissance de la vérité, et qu’on n’en a jamais entendu parler. C’est dans ce cas qu’elle n’est pas tenue rigueur. On juge l’individu en fonction de ses actes. S’il se prétend musulman et qu’il atteste qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah et que Mohammed est Son Messager, on doit le considérer comme tel. S’il n’adhère pas à l’Islam, on le rallie à la religion à laquelle il adhère sur terre. Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’en périodes de « rupture ». Allah décidera de son sort le jour de la résurrection. Selon l’opinion la plus vraisemblable, il subira une épreuve qui décidera de son devenir ; s’il la passe correctement, il ira au Paradis, et s’il échoue il ira en Enfer.

Or, il faut savoir qu’à notre époque, le message du Prophète (r) s’est répandu pratiquement sur toute la surface de la Terre grâce aux moyens de communication modernes et aux mélanges des cultures. La plupart du temps, la mécréance est motivée par l’obstination.[4]

Selon le doyen de Qâsim, la question du ‘udhr bi el jahl touche indifféremment les péchés et la mécréance. Si l’erreur commise dans l’un de ses deux domaines nous dit-il, n’est pas le fruit d’une négligence, et que le fautif n’a absolument pas conscience qu’il enfreint un interdit, alors dans ce cas, il n’y aura rien contre lui, à condition qu’il soit musulman.[5]

La question du ‘udhr bi el jahl prend ses racines dans le sens général des textes scripturaires de l’Islam. Personne n’est à même de ramener une preuve la remettant en question.[6] (Il n’est donc pas pertinent de taxer de murjites les partisans de cette tendance ndt.). Il est vrai que la négligence en soi est condamnable. Il est intolérable de ne pas accorder attention à l‘étude de la religion. Quand on entend qu’une chose est interdite, on n’a pas le droit de rester indifférent. De ce point de vue, certes, on manque à ses devoirs et on est donc coupable d’un péché. Mais de là à dire qu’un individu vivant au milieu d’une société dans laquelle tel péché est répandu, et que personne n’est au courant que c’en est un ; de là à dire qu’il lui en est tenu rigueur sans n’avoir reçu la preuve céleste, c’est un peu tiré par les cheveux !

Il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorité. Or, le Seigneur (U) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![7]

Ainsi, il est possible d’être condamnable en suivant les autres sans se poser la question de savoir si ce que l’on fait est autorisé ou non. Dans ce cas, la négligence est tenue rigueur, et le fautif peut être inexcusable. Cependant, il est possible également qu’il ne lui vienne même pas à l’esprit qu’il enfreint un interdit, surtout dans la mesure où il n’a pas un savant sous la main pour lui attirer l’attention sur son erreur. Dans ce cas, il est excusable.[8] En un mot, l’ignorance est un facteur excusable, mais la négligence dans l’étude de la religion n’entre pas dans ce registre.[9]

Sheïkh el ‘Uthaïmîn applique ce principe au shirk

L’immolation pour un wali ou pour une tombe relève de la grande association et son auteur est un mushrik apostat. Il a beau dire lâ ilâh illâ Allah et faire la prière, il n’est plus musulman. Il est possible toutefois que, vivant loin des pays musulmans, il ne sache pas que cette pratique soit interdite, et il n’y voit aucun mal. Dans ce cas, il est excusable, mais il incombe de l’informer sur la gravité de son erreur. Après cela, s’il s’entête, alors la preuve céleste est établie contre lui, et il devient un mécréant apostat et un païen. Il n’y a pas de mal à le qualifier ainsi. On le somme de se repentir sous peine de condamnation à mort.[10]

Avant l’iqâma el hudja, on est coupable de shirk, mais sans avoir le statut de mushrik. Il incombe de ramener le coupable à la raison, en lui disant que son acte relève de l’association ; et s’il ne veut pas entendre, à ce moment-là et seulement à ce moment-là, il sort de la religion.[11]

La négligence est au minimum un péché

Quand on lui posa une question sur les ignorants qui reçoivent l’influence des savants hérétiques, loin des pays où règne l’orthodoxie, voici quelle fut sa réponse : « Dans la situation où ils entendent le message des prédicateurs orthodoxes, ils n’ont aucune excuse en raison de leur négligence ; nous ne pouvons toutefois nous prononcer formellement sur leur cas (mot à mot : dire qu’ils sont ou ne sont pas apostats ndt.). Vue sous un certain angle, en effet, leur négligence ne dépasse pas l’état de péché. Quand des prédicateurs les mettent en garde contre le caractère païen de leurs pratiques, ils doivent au minimum s’en abstenir et faire des recherches, malgré leurs appréhensions et la préférence qu’ils portent à leurs propres savants. Ils sont donc éventuellement coupables de ne pas faire des recherches, mais ils restent musulmans en raison de leur ignorance.

Or, vue sous un autre angle, leur négligence ne leur offre aucune circonstance atténuante, car le devoir de recherche incombe à chacun. Je pense qu’ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – considère qu’ils manquent à leur devoir de rechercher la vérité ; à ses yeux, ils sont donc fautifs, mais sans devenir apostats. Je dis cela de tête, donc à vous de vérifier ; ne prenez pas mes propos pour argent comptant. »[12]

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : Durûs wa fatâwâ el haram el makkî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (année 1411 h. cassette n° 9/a). Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. Il est même possible que, parfois, elle porte plus sur la forme qu’autre chose. Voir : Fatâwâ arkân el islâm

Ailleurs, il tranche sur la question en rejoignant le parti des pro ‘udhr dans le shirk akbar dans la mesure où le fautif n’a pas conscience d’aller à l’encontre de la vérité en commettant du shirk. Sharh el mumti’ (6/193).

Il ramène la divergence des savants au laisser-aller et à la négligence des uns et des autres dans la recherche de la vérité (tafrît), et qui n’offre aucune circonstance atténuante. Voir : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil Juhhâl el Mukhâlifîn li e-Sharî’a min el Muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi (p. 83).

[2] C’est le fameux kufr i’râdh et le kufr ‘inâd d’ibn el Qaïyim. Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh tient un discours de ce genre dans son sharh kashf e-shubuhât.

[3] Sharh kashf e-shubuhât (p. 46-62).

[4] Voir : Majmû’ fatâwâ e-Sheïkh el ‘Uthaïmîn (2/question nº 222).

[5] Voir : Ta’lîq ‘alâ kitâb e-tawhîd (1/173). Sheïkh el ‘Uthaïmîn va jusqu’à nuancer un passage de l’auteur.

[6] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

[7] Idem. C’est le constat que fait l’auteur de l’excellente recherche, que l’adversaire se targue de mettre en avant ‘âridh el jahl, et qui n’est autre que Râshid e-Râshid. Celle-ci, rappelons-le, fut préfacée par Sheïkh el Fâwzân, connu pour ses positions fermes sur le sujet. Il explique en effet : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. » ‘âridh el jahl (p. 224).

[8] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (39/question nº 3).

[9] Idem.

[10] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (48/question nº 15).

[11] Idem.

[12] Sharh kutâb e-tawhîd min sahîh el Bukhârî (cas. n° 21/b).

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Publié par mizab
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