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16 novembre 2015 1 16 /11 /novembre /2015 20:58

Fatwas de savants contemporains sur les attentats-suicides

(Partie 1)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Voici l’opinion des plus grands érudits de l’époque sur les attentats-suicide en vogue.

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz

Question : a-t-on le droit de se faire exploser pour tuer un grand nombre de juifs ?

En réponse : selon moi, et je l’ai signalé plus d’une fois, il n’est pas pertinent de se donner la mort, ce qui est le cas ici, conformément au Verset : [Ne vous tuez pas].[1] Dans ce registre, le Prophète (r) affirme : « La chose avec laquelle on se donne la mort sert de châtiment jusqu’au Jour de la résurrection. »[2]

Il vaut mieux dans un premier temps leur prêcher l’Islam, et si le djihâd est proclamé, on peut toujours rejoindre les armées musulmanes et mourir au combat, qu’Allah soit loué. En revanche, les attentats-suicide sont inadmissibles et condamnables. Il est interdit de se donner volontairement la mort, mais il est possible de mourir les armes à la main aux côtés de ses frères, si l’occasion se présente réellement. Les actions perpétrées par nos frères Palestiniens sont inadmissibles. Ils feraient mieux, et c’est même un devoir, de se pencher sur la prédication, l’orientation, l’enseignement et le bon conseil, sans n’avoir recours à ce genre de violence.[3]

• Mohammed Nâsir e-dîn el Albânî

Question : certains groupes islamiques revendiquent le « djihâd isolé » en s’appuyant sur l’action du Compagnon Abû Basîr. Ils perpétuent ce qui est communément connu sous le nom d’opération-martyre, et ce que j’appelle opération-suicide. Quelle est la légitimité de ses opérations en regard de la religion ?

En réponse : depuis combien de temps… ?

  • Depuis quatre ans !
  • Que connaissent-ils le succès ou bien l’échec ?
  • L’échec.
  • C’est à leur fruit qu’on les reconnait.[4]

Sheïkh Mohammed ibn Sâlih el ‘Uthaïmîn :

Question : vous êtes au courant – qu’Allah vous garde – de l’action des moudjahidines de mercredi dernier et ayant fait vingt morts et une cinquante de blessés du côté juif. Un moudjahid s’était entouré d’une ceinture explosive qu’il déclencha à l’intérieur d’une salle des fêtes dans laquelle il avait réussi à pénétrer. Les raisons de son action sont :

Primo : il savait très bien que tôt ou tard il allait se faire tuer, car les juifs planifient le meurtre des jeunes palestiniens musulmans.

Secundo : les moudjahidines ont organisé des représailles au massacre d’Hébron qui fit de nombreuses victimes dans la mosquée d’Ibrahim.

Tercio : ils ont conscience que les Juifs et les chrétiens mettent tout en œuvre pour éradiquer l’esprit de djihad en Palestine.

La question est la suivante : cette action est-elle une forme de suicide ou une forme de djihâd ? Quels conseils pouvez-vous donner à cette occasion, car nous savons pertinemment qu’elle est condamnable, mais nous aimerions faire passer le message à nos frères sur place, qu’Allah vous accorde le succès !

En réponse : ce jeune homme s’est vêtu d’une ceinture qui a d’abord causé la mort à lui-même avant de la semer à autrui. Il va sans dire qu’il est responsable de sa propre perte. Son action est donc condamnable, sauf si elle avait récolté un avantage de taille en faveur des musulmans. Le fait est que le meurtre de civils ne rapporte aucun avantage. Ces civils ne représentent pas l’autorité juive, et leur mort reste sans conséquence. S’il y avait eu un vrai intérêt, elle aurait pris toute sa légitimité.

Ibn Taïmiya – qu’Allah lui fasse miséricorde – parle explicitement de cette question. Il donne l’exemple de l’enfant qui vivait au milieu d’un peuple gouverné par un païen infidèle. Ce roi employa, en vain, tous les moyens possibles pour se débarrasser de l’enfant, dont le seul crime avait été de croire en Dieu. Une fois, il voulut le faire jeter dans le vide du haut d’une montagne, et une autre fois, il voulut le faire périr par les eaux en pleine mer. Allah fit avorter les deux tentatives en le sauvant des mains de ses bourreaux. Le roi en fut consterné. Un jour, l’enfant lui confia : « Veux-tu vraiment me tuer ?

  • Oui, toutes ces tentatives n’étaient qu’en vue de te tuer !
  • Fais réunir tes sujets sur une grande place... Ensuite, prends une flèche de mon carquois et arme ton arc. Après cela, prononce : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. À cette époque, ils utilisaient la formule : au nom du Roi…

Le roi suivit les instructions à la lettre, et devant une foule rassemblée sur une grande place, il prit une flèche du carquois de l’enfant qu’il avait crucifié sur un tronc, et arma son arc, avant de prononcer : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. La flèche partit et atteignit l’enfant qui rendit l’âme. La foule fut subjuguée devant la scène et s’écria d’une seule voix : « Le vrai Seigneur est Celui de l’enfant ! Le vrai Seigneur est Celui de l’enfant ! »

Ils remirent en question les pouvoirs de ce gouverneur païen. Ils surent qu’il mit, en vain, tout en œuvre pour enlever la vie au garçon. Il lui suffit, pour arriver à ses fins, d’une seule parole qui était : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. C’était la preuve indéniable qu’Allah gérait l’ordre des choses.

Sheïkh el Islâm explique donc que ce sacrifice engendra un bien immense pour la religion, si l’on sait que l’enfant est à l’origine de sa propre mort. En regard des bénéfices récoltés, la cause en valait la peine ; un peuple entier se convertit. Si quelqu’un est assuré d’apporter les mêmes fruits, qu’il fasse triompher l’Islam aux dépens de sa vie.

En revanche, éliminer dix ou vingt personnes ne résout absolument rien. Un tel sacrifice est insignifiant. Il est même purement et simplement interdit. Surtout que les juifs risquent, en guise de représailles, d’exécuter des centaines de personnes.

Quoi qu’il en soit, il incombe d’aborder ce genre de questions avec intelligence et réflexion. Nous devons peser les conséquences de nos actes et opter pour le choix qui offre le plus gros avantage et le moins d’inconvénients possible. C’est à ce moment-là que nous devons évaluer avec précision chacune des hypothèses soulevées.

•••

On lui posa également la question : quelqu’un s’interroge au sujet des opérations de djihâd effectuées sous forme d’attentat-suicide. Par exemple, cela consiste à foncer sur une cible ennemie dans une voiture chargée d’explosifs en sachant qu’inévitablement, on n’en sortira pas vivant.

En réponse : selon moi, c’est une forme de suicide passible des pires châtiments dans l’enfer de la Géhenne, comme le stipule un hadîth authentique. Néanmoins, il est possible que le coupable ignore la chose, et qu’il soit motivé par de bonnes intentions en quête de l’Agrément d’Allah. Le Très-Haut peut lui pardonner pour son effort d’interprétation ; c’est, en tout cas, tout ce que nous lui souhaitons. Je reste, malgré tout, circonspect, car, de nos jours, tout le monde sait que ce genre de suicides est interdit. En cela, je ne lui offre aucune circonstance atténuante. Il lui aurait suffit d’interroger les savants sur la chose, afin de dissiper son ignorance, et de distinguer entre le bon et le mauvais chemin.

Comment peut-on se donner la mort quand on connait l’interdiction dictée par le Verset : [Ne vous tuez pas ; Allah était certes Tout-Miséricordieux envers vous][5] ! Quoi que beaucoup de candidats aux attentats-suicides aient pour seule motivation la vengeance qu’ils réclament par n’importe quels moyens, qu’ils soient légitimes ou non.[6] L’essentiel, pour eux, est d’apaiser leur colère.

Qu’Allah nous ouvre les yeux sur les lois de notre religion et qu’Il nous oriente vers les œuvres qu’Il agrée ! Il est certes capable de toute chose ![7]

• Le grand Muftî d’Arabie Saoudite Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Mohammed Âl e-Sheïkh :

Question : des citoyens de pays musulmans en guerre ou sous occupation d’une puissance étrangère se lancent dans des opérations-suicides contre l’envahisseur. Le candidat provoque sa mort et fait plusieurs victimes du côté ennemi. Parfois, ce sont des civils locaux et étrangers qui subissent les frais de ces attentats. Selon leurs auteurs, c’est une forme de djihâd parmi tant d’autres, et qui offre tout autant le martyre. Quel est l’avis de son Éminence sur ce genre d’action ?

En réponse : le djihâd sur le sentier d’Allah est l’une des œuvres les plus pieuses qui soient. De nombreux textes du Coran et de la sunna l’enjoignent, l’encouragent et vantent ses vertus. Ils sont tellement nombreux que, selon certains savants, il faudrait, pour tous les recenser, y consacrer un tome entier.

• Nous avons notamment le hadîth : « Partir le matin ou revenir le soir sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses. »[8]

• Selon Abî ‘Abs el Hârithî (t), j’ai entendu dire le Prophète (r) : « Allah interdit à l’Enfer les deux pieds qui ont foulé la poussière sur son sentier. »[9]

• Selon ibn Abî Awfâ, le Messager d’Allah (r) a dit : « Sachez que le Paradis est à l’ombre des épées. »[10]

• D’après el Bukhârî et Muslim, selon Sahl ibn Sahd, le Messager d’Allah (r) affirme également : « Faire la sentinelle sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses ; la place du fouet de l’un d’entre vous au Paradis vaut mieux que la terre et toutes ses richesses ; partir le matin ou revenir le soir sur le sentier d’Allah vaut mieux que la terre et toutes ses richesses. »[11]

Par ailleurs, de nombreux Versets imposent le djihâd, dont : [Ô Prophète, combat les infidèles et les hypocrites, et sois dur avec eux ; ils auront pour demeure la Géhenne, une bien mauvaise destinée !][12] ; [Partez au combat, que vous soyez lourds ou légers, et engagez vos biens et vos personnes sur le sentier d’Allah ; cela vaut mieux pour vous, si vous en aviez vraiment conscience].[13]

Le Coran va jusqu’à privilégier les moudjahiddines aux autres croyants : [Les croyants qui sont restés chez eux sans souffrir d’aucun handicap ne sont pas comparables à ceux qui engagent sur le sentier d’Allah leurs biens et leurs personnes ; Allah donne la préférence à ceux qui engagent sur le sentier d’Allah leurs biens et leurs personnes sur les autres ; s’Il a promis une belle récompense à tous, les combattants seront largement favorisés sur les croyants restés chez eux • Il les élève en degré et leur accorde pardon et miséricorde, Il était certes Absoluteur et Tout-Miséricordieux],[14] etc.

Autant d’attention démontre que le djihâd rapporte des avantages énormes pour la religion, mais aussi pour la vie profane. D’un point de vue religieux, il contribue à élever, à faire triompher, et à répandre la Parole d’Allah sur terre, conformément aux injonctions divines. En même temps, il veille à la défense de la religion et de ses adeptes contre toute menace extérieure. Il protège les frontières, les richesses et les personnes.

Les savants disent que le djihâd relève de l’obligation individuelle et incombe à tout musulman ayant toutes ses capacités dans trois situations :

Primo : quand les armées musulmanes engagent les hostilités contre l’ennemi, il incombe à tous les soldats d’y participer, conformément au Verset : [Ô Croyants, quand vous faites face à l’ennemi, répondez présent, et multipliez l’évocation d’Allah ; ainsi dépend votre succès][15] ; [Ô Croyants, quand vous êtes face à une armée d’infidèles, ne lui tournez pas le dos].[16] Par ailleurs, le Prophète (r) compte parmi les sept péchés « capitaux » le fait de fuir le champ de bataille.

Secundo : quand l’ennemi est aux portes du pays, il incombe à tous les habitants de défendre ses frontières.

Tercio : quand le Chef des armées lance un appel au combat, il n’incombe à aucun appelé de se désister : [Ô Croyants, quand vous entendez l’appel à la guerre sur le sentier d’Allah, qu’avez-vous à restez clouer sur vos terres ?][17] Un hadîth nous apprend également : « Quand on vous appelle à la guerre, répondez présent ! »[18]

Le djihâd doit être mu par une intention sincère à Dieu, et être conforme au Coran et à la sunna, au même titre que n’importe quel acte d’adoration.

Il incombe notamment de se placer sous l’étendard et l’autorité du gouverneur musulman en place. L’armée doit suffisamment être équipée en hommes et en matériels militaires. La phase de préparation des forces est indispensable, en mettant l’accent sur la préparation spirituelle qui passe notamment par la réforme du crédo et des pratiques religieuses, etc.

Enfin, pour répondre à la question qui touche à l’action connue sous le nom d’attentat-suicide, je ne lui vois aucune légitimité en regard de la religion, et je ne la considère pas comme un djihâd. Il faudrait plus la mettre au compte du suicide. Alors, certes, la religion nous encourage, voire nous impose de décimer l’ennemi, mais elle nous ordonne également de passer par des moyens légaux.[19]

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Les femmes ; 29

[2] Rapporté par el Bukhârî (6047) et Muslim (176).

[3] Voir : el fatâwâ e-shar’iya fî el qadhâya el ‘asriya du Sheïkh Mohammed ibn Fahd el Husaïn (p. 166).

[4] Voir : e-salafiyûn wa qadhiya Filistîn du Sheïkh et ami Mashhûr Âl Salmân (p. 62).

[5] Les femmes ; 29

[6] Il décrit malheureusement la situation de la plupart des groupes sanguinaires, wa Allah el musta’ân !

[7] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 170).

[8] Rapporté par el Bukhârî (2792) et Muslim (4907).

[9] Rapporté par el Bukhârî (907).

[10] Rapporté par el Bukhârî (2818) et Muslim (4563).

[11] Rapporté par el Bukhârî (2792) et Muslim (4907).

[12] Le repentir ; 73

[13] Le repentir ; 41

[14] Les femmes ; 95-96

[15] Le butin ; 45

[16] Le butin ; 15

[17] Le repentir ; 38

[18] Rapporté par el Bukhârî (2783) et Muslim (3281).

[19] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 166).

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Publié par mizab
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