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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 19:22

Fatwas de savants contemporains sur les attentats-suicides

(Partie 2)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Sheïkh Sâlih el Fawzân membre de l’Ordre des grands savants d’Arabie Saoudite :

Question : les opérations-suicides sont-elles légitimes ? Si oui, quelle est la condition pour y avoir recours ?

En réponse : Allah (Y) révèle : [Ne vous tuez pas ; Allah était certes Tout-Miséricordieux envers vous • Celui qui tue par animosité et injustice, Nous le jetterons bientôt en Enfer, et, c’est pour Allah chose aisée].[1] Cette menace est valable pour le meurtre, mais aussi pour le suicide. L’homme doit veiller à se maintenir en vie, mais cela ne remet pas en question d’être, au péril de sa vie, au rendez-vous sur le champ de bataille, pour plaire à Dieu et gagner éventuellement le martyre. En revanche, il n’est pas permis de se donner volontairement la mort.

À l’époque du Prophète (r), un homme particulièrement courageux, combattait dans les rangs des musulmans avec une telle ardeur qu’après la bataille, ses frères d’armes le couvrirent d’éloges : « Personne n’a pu rivaliser avec lui aujourd’hui, lancèrent-ils avec admiration !

  • Pourtant, il compte parmi les habitants de l’Enfer, rétorqua l’Ami d’Allah ! »[2]

Il fit cette déclaration prémonitoire qui perturba plus d’un Compagnon. Tous les regards étaient tournés vers ce guerrier, qui pourchassait jusqu’à la mort tous les adversaires qui avaient le malheur de lui tomber sous la main. Pourtant, il était promis à l’Enfer. [Soucieux de dissiper cette énigme,] un homme de l’assemblée le surveilla tout au long des combats, jusqu’au moment où il fut grièvement blessé. [Pour soulager ses douleurs,] il anticipa sa mort. Il intercala son épée entre lui et le sol avec la lame pointée sur sa poitrine. Puis, il lâcha tout son poids dessus et, le dos transpercé, succomba raide mort.

Le témoin de la scène retourna vers le Prophète (r), et lui confia : « J’atteste que tu es vraiment le Messager d’Allah ! » Il s’était réellement rendu compte qu’il ne parlait pas sous l’effet des passions ; l’homme en question se condamna à l’Enfer, car, il mit fin à ses souffrances qui lui étaient devenues insoutenables. Le suicide est donc sévèrement condamnable ![3]

•••

On lui posa également la question : est-ce que les attentats et les opérations-suicides sont considérés comme des moyens de prédication ?

En réponse : ce sont les auteurs de ses actions qui ont besoin qu’on leur fasse la prédication, et qu’on les appelle au Coran et à la sunna, non le contraire ! Comment peuvent-ils ramener les gens sur le bon chemin en semant la destruction et la désolation ? Ils les font plutôt fuir qu’Allah nous préserve, et ils ne construisent rien !

Est-ce que le Prophète (r), entourés de ses nouveaux Compagnons, causait des dégâts à La Mecque ? Était-ce vraiment ce qu’il revendiquait ? Bien sûr que non ! Il avait recours à la sagesse et à la bonne parole ; il sollicitait le soutien et l’aide de ses contemporains, mais jamais il ne les entraina dans des actes de vandalisme. Il avait conscience que cela leur retomberait sur le nez, et que les musulmans seraient les premières victimes de représailles éventuelles, à la grande joie de leurs ennemis. Les attentats-suicides, qui sont strictement interdits par la religion, représentent un moyen d’appeler à Satan, non à l’Islam. Ils mènent droit en Enfer.

Allah (I) révèle : [Nous avons fait d’eux des modèles qui appellent au feu][4] ; [Eux vous appellent à l’Enfer, tandis qu’Allah vous invite au Paradis].[5] Ainsi, la prédication peut emmener en Enfer, qu’Allah nous en préserve, quand on entraine les hommes sur les sentiers de la perdition. Le Prophète (r) met en garde : « … Et celui qui appelle à l’égarement portera le fardeau de son péché et celui de ceux qui l’auront suivi sans que le leur ne soit diminué en rien. »[6]

Ainsi, il est tout à fait possible d’appeler à l’égarement, et pas forcément à la vérité ![7]

•••

Ailleurs, il renchérit en parlant du djihâd : « En revanche, s’il est guidé par des tares comme l’anarchie, l’ignorance, et le manque de clairvoyance, il n’engendre que la désillusion pour la nation. Ce genre de mésaventure coûte très cher aux musulmans exposés aux terribles représailles d’un ennemi bien plus puissant, et qui fait régner la mort, la déportation et la dévastation, wa lâ hawlâ wa lâ quwwata illâ bi Allah (Rien ne peut être accompli ni changé sans Sa Volonté ndt. !). Ils donnent le nom de djihâd à leurs frasques, qui ni ne remplissent les conditions ni ne regroupent tous ses éléments fondamentaux pour acquérir une quelconque légitimité. Nous avons plus à faire à des agressions fortement condamnées par l’Islam. »[8]

Sheïkh Sâlih e-Luhaïdân membre de l’Ordre des grands savants d’Arabie Saoudite :

Ce dernier fut interrogé aux sujets de l’attentat-suicide du 11/3/1423 h. perpétrés à Riad.

Voici quelle fut en partie sa réponse : il va sans dire que cet évènement est malheureux. Il est d’autant plus triste que le fautif soit un enfant du pays…. Je sais en connaissance de cause que certaines actions entrainèrent la mort de leurs exécutants, ce qui, en soi, est une forme de suicide…[9]

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Râjihî

Question : que pensez-vous des opérations-martyres en vogue aujourd’hui ?

En réponse : j’ai déjà répondu à la question lors d’une série de conférences annuelle donnée à la grande mosquée d’ibn Taïmiya. La même question me fut posée en direct sur internet. Je disais à l’époque, en m’appuyant sur les textes, que de telles actions étaient illégales. Elles ne sont nullement comparables au duel entre deux factions ennemies ni à l’histoire où un homme fonça seul sur les armées romaines. Les pro-attentats-suicides prétendent que c’est du même ordre, et nous, nous disons non pour les raisons suivantes :

Primo : les actions dites opérations-martyres n’ont pas lieu sur le champ de bataille, contre une faction armée, mais contre des civils pris à l’improviste. Ces derniers sont la cible d’un candidat qui se fait sauter au milieu d’eux. En revanche, tous les textes sur le sujet parlent d’un affrontement entre deux armées et au cours desquels un homme fonce seul sur les rangs des infidèles.[10]

Secundo : le volontaire qui fond sur l’armée ennemie ne se donne pas la mort, et il a même des chances, aussi minces soient-elles, de s’en tirer vivant. À l’inverse, le candidat à un attentat suicide, se donne volontairement la mort par explosion.

Tercio : un hadîth certifié notamment par el Bukhârî dans son recueil e-sahîh, retrace l’histoire de ‘Âmir ibn el Aqwa’ (t) aux prises avec un juif à la bataille de Khaïbar. Lors du duel, il retourna malencontreusement son épée contre sa jambe, qu’il toucha grièvement. Peu après, il succomba à ses blessures. Certains Compagnons pensaient qu’il avait rendu vains ses efforts sur le chemin de la guerre en compagnie de l’Élu (r). Ce dernier rejoignit son frère Salama ibn el Aqwa’ qu’il trouva abattu par la tristesse. Salama voulut, malgré tout, confirmer la rumeur, et s’enquit : « Messager d’Allah, certains disent que ‘Âmir a annulé son djihâd !

  • C’est un mensonge ! C’était un grand moudjahid, et peu d’Arabes peuvent se vanter d’avoir sa bravoure ! »[11]

Cette affaire perturba certains Compagnons qui voyaient en cet accident, pourtant involontaire, une forme de suicide. Ils en conclurent que son djihâd n’avait plus aucune valeur. Les attentats-suicide sont à fortiori plus contestables. Je ne sais pas si je me suis bien fait comprendre.

L’accident qui déboucha sur la mort de ‘Âmir lors d’un duel avec un juif fut interprété par certains Compagnons comme un suicide. La conclusion qu’ils en tirèrent était sans appel : son djihâd n’avait plus, à leurs yeux, aucune valeur. Le Prophète (r) certes rectifia cette vision des faits, mais il n’en demeurait pas moins que la chose posa problème dans les rangs des premiers musulmans. Pourtant, l’homme qui suscita ces interrogations fut victime d’un accident sur le champ de bataille, et il ne se fit pas exploser la taille. Qu’auraient-ils pensé alors s’il avait, comme ceux d’aujourd’hui, perpétré un attentat-suicide ?

•••

On lui posa également la question – qu’Allah le garde – : les opérations-martyres perpétrées en Palestine ou ailleurs soulèvent de nombreuses controverses ces derniers temps. Sont-elles légitimes, qu’Allah vous récompense ?

En réponse : au sujet de ces actions, j’ai entendu de la bouche de son Éminence Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz ibn Bâz – qu’Allah lui fasse miséricorde – une fatwâ les considérant comme une forme de suicide. Il disait, en substance qu’il était interdit de s’entourer d’une ceinture d’explosifs pour se faire sauter au milieu d’une cible. Cela représente, en effet, un meurtre et un suicide. Plusieurs ouvrages cherchent à leur donner du crédit en les comparant à des situations de guerre de la première époque, quand certains Compagnons par exemple se jetaient seuls sur les troupes ennemies. Une annale dépeint le geste héroïque de l’un d’entre eux, qui ouvrit une forteresse de l’intérieur en bravant tous les dangers.

Or, cette analogie n’est pas évidente ; on ne doit pas comparer l’incomparable. Les récits héroïques de l’âge d’or se déroulaient dans un contexte de guerre où les musulmans faisaient face à une armée hostile. En revanche, d’une part, les opérations-martyres se passent loin du théâtre d’opérations militaires. D’autre part, nous devons distinguer entre s’exposer aux périls sans provoquer son autodestruction, et se donner volontairement la mort avec du matériel conçu à cet effet, et qu’on déclenche de son propre chef…

Il est donc inadmissible de se tuer avec des explosifs, car c’est clairement un suicide. J’ai eu sous les yeux quelques écrits sur le sujet, et il m’est apparu qu’ils utilisent des textes au mauvais endroit pour justifier ces actions, en comparant l’incomparable.[12]

•••

Le lecteur peut comparer entre ces fatwâs scientifiques et celles d’un homme qui, tout au long de sa vie, est passé maitre dans l’art de la démagogie. Sheïkh Mashhûr Âl Salmân dévoile : « l’Ustâdh el Qardâwî émit une fatwâ enflammée, qui usait avec ardeur d’un langage juvénile pour justifier ces opérations, et décrier l’opinion contraire.[13] Cependant, plus récemment, il condamna fermement les attentats qui ont ravagé les États-Unis, en regard des inconvénients qu’ils engendrent, selon ses propres dires. Alors, réfléchissons, et ne soyons pas naïfs ! »[14]

Oui, ces fatwas empruntées de zèle et jouant sur la corde émotionnelle sont vides de tout argument scientifique et elles ne respectent aucune logique : elles s’opposent tant à la foi basée sur des textes authentiques qu’à la raison saine. Elles sont le responsable numéro un qui entraine une certaine jeunesse en manque de maturité vers des horizons aussi ténébreux qu’irréversibles.

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Les femmes ; 29-30

[2] Rapporté par el Bukhârî (2742).

[3] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 173).

[4] Les récits ; 41

[5] La vache ; 221

[6] Rapporté par Muslim (6901).

[7] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 53).

[8] El djihâd : anwâ’uhu wa ahkâmuhu (p. 24).

[9] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 57).

[10] Le Sheïkh dit : « tous les textes sur le sujet parlent d’un affrontement entre deux armées… » Ce détail est d’une extrême importance, comme le souligne ibn Qudâma l’auteur des paroles : « Les mécréants peuvent se servir d’un musulman comme bouclier dans une situation où il n’y a aucun intérêt à le prendre pour cible, si, par exemple, nous ne sommes pas en temps de guerre, ou qu’il soit possible d’en découdre avec eux sans le toucher, ou encore qu’ils ne représentent pas un véritable danger ; dans ces cas de figure, il est interdit de risquer la vie de l’otage… Selon el Qâdhî et Shâfi’î, il est permis de les prendre pour cible en temps de guerre, car y renoncer reviendrait à déserter le djihâd. » [El mughnî (9/231)].

Pour sa part, e-Nawawî explique : « Les savants sont tous d’accord pour dire qu’il n’est pas permis dans ce cas de les prendre pour cible en dehors des temps de guerre. » [El majmû’ (9/231)].

La question qui se pose d’elle-même : ses actions sont-elles aujourd’hui perpétrées dans un contexte de guerre ou bien par surprise et par traitrise ? Wa Allah el musta’ân !

[11] Rapporté par el Bukhârî (2742).

[12] Voir : el fatâwâ e-shar’iya de Mohammed el Husaïn (p. 174).

[13] Voir : la revue koweïtienne el mujtama’ (nº 1201 du 19/03/1996 Apr. J.-C. p. 50-51), la revue Filistîn el muslima (nº 9 de septembre 1996 Apr. J.-C.).

[14] Voir : e-salafiyûn wa qadhiya Filistîn de Mashhûr Âl Salmân (p. 67 en bas de note).

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Publié par mizab
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