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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 11:06

Le bouclier humain pour justifier les attentats de la terreur

(Partie 1)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Introduction

Notre époque a connu l’éclosion de groupes armés qui, pour diverses raisons, tuent au nom du djihâd. Les uns veulent rétablir le khalifat, les autres veulent sauver ce commandement de l’Islam, qui, à leurs yeux, est en voie d’extinction ; d’autres veulent faire front à l’envahisseur étranger, qui, sans aucune impunité, pille et colonise leurs terres ; d’autres se mobilisent pour la défense du pays ; d’autres enfin vengent leurs frères qui croupissent en prison, etc.

Les motivations sont donc multiples, mais les moyens de passer à l’action également ; la mission suicide ou opération-suicide est celui qui nous intéresse ici. Certains radicaux s’expriment à travers des attentats traitres et anarchiques en vue de terroriser l’ennemi. Le candidat se rapproche de la cible, enclenche le détonateur relié à un engin explosif qui entoure sa ceinture ; il se fait sauter et entraine avec lui dans la mort les cibles qu’il visait, mais aussi d’autres innocents. Dans la panoplie du terroriste, nous avons le détournement d’avion, la voiture piégée qu’on propulse à vive allure contre la vitrine d’un centre commercial ou autre lieu public. Parfois, la ceinture explosive est reliée à un téléphone portable qu’un complice, caché dans la foule, commande à distance.

La plupart des candidats aux attentats sanglants sont des individus à la fleur de l’âge, malléables, immatures, et incultes en religion. Si l’on ajoute à ce profil, un zèle débordant, et un environnement où règne l’injustice, la corruption, et une attitude décomplexée, voire agressive envers la religion et ses fidèles, nous obtenons tous les ingrédients du parfait terroriste. Alors quand on leur fait miroiter qu’en transformant un commissariat de police en bain de sang on s’ouvre grande ouverte les portes du Paradis dans lequel les houris attendent impatiemment l’heureux élu ; il ne leur en faut pas plus pour faire le grand saut et finir dans les décombres qui mènent à la tombe !

Sa démarche est binaire ; il voit d’un côté ces damnées forces de l’ordre vouées aux tourments de la Géhenne et de l’autre côté sa personne transformée en héros promis aux délices des jardins de l’Éden. Le comble, comme j’ai pu le lire, c’est de consacrer une noce la veille du crime en l’honneur du futur martyr, comme s’il allait prendre pour épouse une houri ; ils poussent loin les limites de l’égarement, qu’Allah nous en préserve !

Malheureusement, de nombreuses victimes, qui ne sont pas forcément visées, font les frais de ce processus sanglant. Ces passants qui ne pouvaient se soucier du danger ont eu le malheur de passer par là. Combien ont-ils perdu l’ouïe et la vue à la suite des attentats aveugles ! Il y a cet enfant qui se promène main dans la main avec ses parents et qui finit le corps déchiqueté dans un lit l’hôpital, mais le pire ne lui a pas été annoncé, car s’il est rescapé, ses parents n’ont pas eu cette « chance ». Ce pauvre orphelin est désormais livré à lui-même dans un monde hostile. Combien de jeunes gens en bonne santé se retrouvent-ils sur un fauteuil roulant, et combien de femmes enceintes ont-elles baigné dans leur sang avec les membres déchirés en lambeau…

Le plus étonnant est que les légistes qui tolèrent certaines missions-suicides parlent d’un cadre bien précis. Déjà, ils le permettent contre un ennemi mécréant, non contre ses frères, et de surcroit, en respectant un certain nombre de règles. Nos activistes inversent les rôles ; ils opèrent dans les pays musulmans et prennent le plus souvent pour cibles leurs propres coreligionnaires. L’Afghanistan fut le premier laboratoire de ce terrible fléau ! Si, au départ, la cause était noble, quand il fallut chasser le vilain tyran russe, la désillusion gagna bientôt les rangs et laissa place au chaos. Considéré comme le vivier des djihadistes internationaux, il fit des émules en Algérie où des groupes sanguinaires mirent le pays à feu et à sang. Le phénomène se propagea ensuite dans pratiquement tous les pays musulmans. Même celui qui abrite les Lieux saints ne fut pas épargné par ces jeunes arrivistes peu enclins au respect des symboles religieux. Nous ne devons pas l’oublier quand nous nous interrogeons sur la crédibilité des pros djihâd.

Le bouclier humain

Il existe une technique de combat, que les légistes baptisent « bouclier humain » et qui est utilisée par deux catégories d’individus aujourd’hui.

Primo : les « ultras » qui excluent de la religion l’ensemble des sociétés musulmanes. Ils sont convaincus que leurs cibles sont des mécréants, et n’épargnent ni femmes ni enfants, ni vieillards ; peu leur importe qu’ils soient de fervents fidèles ou non. Les peuples prennent le statut de leurs dirigeants qui auraient renoncé à l’Islam. Ils n’ont aucun scrupule à les tuer, à les dépouiller, et à violer leurs femmes. Leur cas ne m’intéresse pas ici, car il a déjà été développé en détail dans l’ouvrage talkhîs el ‘ibâd min wahshiya Abî Qatâd e-dâ’î ilâ qatl e-niswân wa faladhât el akbâd écrit par l’auteur de ses lignes.

Secundo : les autres, plus modérés, ne font pas du takfîr à grande échelle, bien que les lieux publics soient la cible privilégiée de leurs attentats, peu importe qu’il compte ou non des musulmans au milieu des victimes. Ils partent du principe que les gouverneurs sont des apostats, et certains d’entre eux n’appliquent probablement pas ce statut à leurs citoyens, mais à tous les fonctionnaires politiques (ministres, députés, etc.) et de l’armée. Plus modérés, ils restent tout de même une passerelle au takfîr généralisé des sociétés, et il était important d’apporter cette précision.

S’ils en sont arrivés à cette forme de lutte, c’est plus par défaut qu’autre chose. Tout le monde voulait porter l’étendard du djihâd, mais quand il s’agit de passer à l’action et d’affronter les armées en face, on ne voyait plus aucun candidat ! Ils se placent dans une optique de force majeure, et revendiquent que la seule façon d’atteindre leurs cibles est de faire des victimes chez les civils musulmans à qui ils offrent le statut de « bouclier humain ».

Leurs actions sont plus à mettre au compte de la fitna que du djihâd, en témoigne le hadîth d’Abû Huraïra, rapporté par Muslim, et dont voici les termes : « En prenant les armes contre ma communauté, sans faire de distinction entre les bons et les mauvais, ni épargner les croyants, ni respecter les pactes de non-agression, on ne fait pas partie des miens. »[1]

Par ailleurs, en regard des grands principes de la religion, il est condamnable de manière générale de semer le désordre sur terre, et plus particulièrement de faire payer à un innocent un crime qu’il n’a pas commis : [Chacun est responsable de ses fautes, et nul ne porte le fardeau d’un autre].[2]

D’après el Bukhârî et Muslim également, selon ibn ‘Omar, une femme fut retrouvée morte sur le champ de bataille, et le Messager d’Allah (r), présent ce jour-là, condamna fermement le meurtre des femmes et des enfants.[3] On comprend de sa réaction qu’elle n’était pas venue dans l’intention de participer aux hostilités, et que rien ne justifiait de lui arracher la vie.

D’après Abû Dâwûd, selon Rabâh ibn Rabî’, nous étions sortis en expédition sous les ordres du Messager d’Allah (r), qui s’interrogea sur le regroupement anormal de soldats. Il envoya un homme s’enquérir des nouvelles. Quand il revint, il lui annonça qu’une femme avait été retrouvée morte au milieu des cadavres. Il s’écria alors : « Elle n’allait pas faire partie des combattants ! » Il envoya ensuite, continua Rabâh, à Khâlid ibn el Walîd qui se trouvait en tête des troupes, un émissaire porteur du message : « Dis à Khâlid de ne tuer ni femme ni serviteur ! »[4]

Un Verset montre le chemin à suivre quand des innocents se trouvent au milieu de criminels que les armées régulières veulent prendre pour cible : [Ce sont ces impies qui vous ont interdit l’accès à la sainte mosquée et qui ont empêché les bêtes réservées à l’offrande de parvenir à destination ; si ce n’était la présence au milieu d’eux d’hommes et de femmes croyants qu’il vous est impossible de reconnaitre et que vous risquez de prendre malencontreusement pour cible, en vous rendant ainsi coupable à votre insu, d’un vilain crime, Nous les aurions offerts à vos épées ; mais Allah donne à qui Il veut l’occasion d’entrer sous Sa Miséricorde ; si donc les croyants avaient été séparés des impies, Nous aurions infligé à ces derniers par vos mains, un châtiment terrible].[5]

Les païens s’étaient interposés entre les partisans de la foi – qui comptaient le meilleur des hommes (r) – et la sainte mosquée, et les empêchaient de retourner chez eux. Malgré cela, le Très-Haut ne leur donna pas le feu vert pour des représailles, car trop dangereux pour les musulmans restés sur place, de quoi donner à réfléchir !

Il n’y a aucune comparaison à faire entre les attentats aveugles et la technique du bouclier humain, qui, de nos jours, est pratiquement impossible (sous la forme qu’on veut nous représenter). On s’imagine mal les occidentaux au cours d'un conflit armé asymétrique prendre des musulmans en otage pour se protéger des tirs extérieurs. L’usage des boucliers humains dont parlent les légistes consiste le plus souvent à se barricader derrière des places fortes et à conduire les prisonniers en des lieux jugés stratégiques pour former une muraille humaine face aux assiégeants. Ils placent les assaillants devant un dilemme de taille, car d’un côté, les otages seront les premières victimes de leurs tirs ; et d’un autre côté, s’ils renoncent à l’attaque, ils risquent de subir un assaut des assiégés et d’y rester jusqu’au dernier. Les prisonniers n’y gagnent rien, car une fois le travail finit, ce sera à leur tour d’y passer.

Il va sans dire qu’il vaut mieux attaquer et sacrifier les prisonniers, car c’est un moindre mal et un cas de force majeure. De toute façon, dans tous les cas, leur sort est quasi scellé. Nous sommes loin des lâches exécutants d’un massacre de civils qui restent tapis dans l’ombre après leur macabre forfait.

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Rapporté par Muslim (4816).

[2] Le bétail ; 164

[3] Rapporté par el Bukhârî (3014) et Muslim (4568).

[4] Rapporté par Abû Dâwûd (2669), et authentifié par el Albânî.

[5] La grande conquête ; 25

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Publié par mizab
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