Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
22 novembre 2015 7 22 /11 /novembre /2015 09:57

Le bouclier humain pour justifier les attentats de la terreur

(Partie 2)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

En règle générale, il est interdit de s’attaquer à un groupe de mécréants mélangés à des musulmans pour éviter toute bavure. En exégèse du Verset cité plus haut, ibn Kathîr souligne : « [si ce n’était la présence au milieu d’eux d’hommes et de femmes croyants] : Il s’agit des mecquois qui cachaient leur foi à leurs concitoyens par peur des représailles ; si ce n’était leur présence au milieu des païens, Allah vous aurait rendu maitre des lieux et aurait livré les païens à vos épées pour que vous les exterminiez jusqu’au dernier. Néanmoins, vous n’êtes pas en mesure de distinguer entre les bons et les mauvais et vos coups risquent de toucher des innocents : [qu’il vous est impossible de reconnaitre et que vous risquez de prendre malencontreusement pour cible, en vous rendant ainsi coupable à votre insu, d’un vilain crime] ; vous vous rendriez coupable d’un homicide et devriez supporter le prix du sang ; [Nous les aurions offerts à vos épées ; mais Allah donne à qui Il veut l’occasion d’entrer sous Sa Miséricorde] : Il va retarder la punition le temps que les musulmans soient en lieu sûr. Il offre ainsi l’occasion à beaucoup d’impies de se remettre en question et d’embrasser enfin l’Islam ; [si donc les croyants avaient été séparés des impies] : s’il avait été possible de distinguer les croyants qui vivent au milieu des païens ; [Nous aurions infligé à ces derniers par vos mains, un châtiment terrible] ; Il vous aurait livré les païens pour que vous les passiez au fil de l’épée. »

Dans son tafsîr, Qurtubî discute autour de ce Verset en s’appuyant notamment sur une parole de l’Imâm Mâlik interdisant de prendre pour cible des musulmans pris en otages par les païens. Puis, il relativise son discours en disant : « Il y a des cas où il est permis de viser indistinctement tous ceux qui se trouvent dans le camp ennemi, et je ne pense pas qu’il y ait de désaccord sur ce point, in shâ Allah ; à condition qu’il s’agisse d’un cas de nécessité supérieure sans qu’il n’y ait la moindre contestation possible sur la chose.

Nous parlons de « nécessité » quand il n’y a pas d’autre façon d’atteindre l’ennemi que de viser les otages.

Et nous parlons de « supérieure » quand c’est l’intérêt supérieur des musulmans qui est en jeu, dans le sens où leur sécurité est mise à mal et que c’est le seul moyen, aussi extrême soit-il, de repousser une invasion.

« sans qu’il n’y ait la moindre contestation possible sur la chose » : sur les objectifs à atteindre en cas d’attaque de la cible, que l’intérêt soit palpable, et que la moindre éventualité d’échec soit évacuée.

En tenant compte de tous ces paramètres, aux yeux des savants, il ne convient pas d’hésiter une seconde à lancer l’assaut. Morts pour morts, les otages ne seront pas sacrifiés pour rien, car de toute façon, leurs geôliers ne comptent pas leur laisser la vie sauve, et leur mort aura servi à épargner les musulmans d’une invasion massive.

Elle aura servi également à la débâcle de l’ennemi ; il y a donc un double intérêt à les viser. Il serait insensé, dans ces conditions, d’hésiter, car le danger ne plane pas seulement sur les otages, mais sur la religion et tous ses adeptes.

Il est vrai que cette initiative n’est pas sans inconvénient. C’est pourquoi, elle répugne au premier abord, mais en y réfléchissant bien, ses inconvénients ne sont rien ou presque en regard des avantages escomptés, wa Allah a’lam ! »

La question qui se pose d’elle-même : où il y a nécessité aujourd’hui ? Où est l’intérêt supérieur de la nation ? Un intérêt qui serait incontestable et à l’avantage de tous les musulmans. Nos amis ne sont même pas capables d’être utiles à eux-mêmes, alors comment pourraient-ils l’être à tous leurs frères, alors qu’ils sont terrés comme des renards frileux au fond d’un trou ? Pire, leur tapage rend un grand service à leur ennemi, dont les pouvoirs s’étendent jour après jour et qui assure de mieux en mieux ses arrières !

Ils prennent un clandestin pour chef, le chaos pour étendard, et leurs frères pour les premières cibles de leurs méfaits ! Il faut distinguer entre le noble djihâd et une témérité insensée…

Un autre argument vient encore plus réduire l’usage du bouclier humain. Il s’agit de l’histoire qui relate l’assassinat d’Abû Râfi’ ‘Abd Allah ibn el Huqaïyiq, le juif qui ennuyait le Messager (r) ; il le dénigrait sans arrêt et appelait à son meurtre. Dans son recueil e-sahîh, el Bukhârî immortalise l’évènement. On peut y lire ‘Abd Allah ibn ‘Atîq (t), le tueur volontaire, reconstituer les faits dans leurs moindres détails : « J’entrai dans la maison où il faisait très sombre. Je ne savais pas où il se trouvait, et il était entouré de sa famille. Je criais : « Hé, Abû Râfi’ !

  • qui est là, cria-t-il apeuré ? »

Je me dirigeais en direction de la voix et assenai, perplexe, un grand coup d’épée dans le noir, sans savoir qui je visais réellement. Il cria. Je sortis sur-le-champ, et me tenais non loin de la maison. J’attendis un instant et entrai à nouveau : « Quel est ce bruit Abû Râfi’, hurlais-je ?

  • Maudite soit ta mère, lança-t-il d’une voix fulminante ! Il y a un homme dans la maison qui vient à l’instant de me donner un coup d’épée. »

[Après avoir repéré la voix,] poursuit-il, je lui infligeai une nouvelle blessure, mais sans parvenir à l’achever. Je lui pointais alors mon épée sur le ventre et la fit ressortir de l’autre côté. Là, je sus qu’il était mort. »[1]

Une autre version du hadîth donne de plus amples précisions sur les circonstances de la mise à mort. Selon ‘Abd Allah ibn Ka’b ibn Mâlik, les protagonistes grimpèrent dans l’une des chambres où il se trouvait. Sa femme, qui les avait sentis, signala leur présence en poussant un cri. Ils avaient reçu pour consigne par le sceau des Prophètes (r) de ne tuer ni femme ni enfant. Un homme du groupe voulut la frapper de son glaive, mais retint son bras quand il se rappela les consignes. Ils se jetèrent comme un seul homme sur la cible qu’ils transpercèrent de leurs lames. ‘Abd Allah ibn Unaïs lui donna le coup de grâce en lui enfonçant de tout son poids son épée en plein ventre.[2]

Sheïkh el Islâm commente : « Je me suis appuyé sur cette histoire pour dissiper l’allégation erronée selon laquelle l’interdiction du meurtre de femmes viendrait abroger la loi qui aurait été en vigueur avant la conquête de La Mecque. Il va sans dire qu’aux yeux des savants, une telle pratique n’a jamais été autorisée. Si on regarde la chronologie et la teneur des textes sur la guerre, nous nous rendrons compte de la véracité de ce propos.

Aucun assaillant n’eut en tête de prendre pour esclave les membres du sexe opposé qui se trouvaient cette nuit-là derrière l’enceinte d’ibn el Huqaïyiq. Elles jouissaient encore de tous leurs droits sous la protection des habitants de Khaïbar bien avant la prise des lieux saints. Sans compter qu’au cours de l’opération, l’une des occupantes poussa un cri qui risquait de tout faire échouer. Pourtant, personne ne lui posa la main dessus, car trop tétanisée par la peur, elle était hors d’état de nuire. »[3]

Le point qui nous intéresse ici est que le Compagnon prit toutes les précautions du monde pour éviter toute bavure. Pourtant, la famille du défunt était tout autant que lui des Hébreux, et il faisait tellement sombre qu’il était impossible de le distinguer des autres membres de la pièce. Autant de précautions portaient préjudices, car elles faisaient perdre un temps précieux ; il dut s’y prendre en plusieurs fois, et rata sa cible à deux reprises ; il était en territoire hostile et du renfort aurait pu débarquer en surnombre d’un moment à l’autre ; la femme chercha à donner l’alerte, mais sa détermination d’épargner des innocents resta intacte. Nous sommes à des années lumières des attentats terroristes actuels.

Ibn Hajar énumère les leçons à tirer de cette anecdote, dont : « Mâlik et Awzâ’î stipulent qu’il n’est en aucun cas permis d’attaquer des femmes et des enfants, quand bien même l’ennemi s’en servirait comme bouclier humain, ou qu’ils se cacheraient au milieu d’eux dans une forteresse ou un navire. Cela ne justifie ni de les prendre pour cible ni de tout faire brûler. »[4]

Nos amis terroristes devraient prendre exemple sur cette page extraordinaire de l’Histoire, et se remémorer les injonctions prophétiques qui résonnèrent dans la tête de ce guerrier à un moment crucial de l’opération. Ce n’était pourtant pas le courage qui lui manquait, mais sa fidélité à toute épreuve devrait inspirer nos amis qui, eux, manquent cruellement de loyauté envers leur modèle (r).

Ainsi, nous nous rendons compte que le fameux bouclier humain s’inscrit dans un cadre extrêmement réduit, et qu’il ne peut justifier les attentats terroristes, outre le fait que son usage à notre époque relève plus de l’utopie et de l’illusion qu’autre chose, wa Allah el musta’ân !

Les pro-attentats utilisent enfin l’épisode où les habitants de Tâif essuyèrent une pluie de catapultes. Je réfute l’argument dans mon ouvrage talkhîs el ‘ibâd min wahshiya Abî Qatâd (p. 261 de la 6ème éd.). J’y démontre notamment, en m’appuyant sur l’avis des spécialistes, qu’il est inauthentique d’un point de vue historique.

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Rapporté par el Bukhârî (4039).

[2] Rapporté par el Wâqidî dans el maghâzî (1/292-294), ibn Hishâm dans e-sîra (2/275), el Baïhaqî dans dalâil e-nubuwwa (4/34), avec une chaine narrative jugée « bonne ».

[3] E-sârim el maslûl (2/258).

[4] Fath el Bârî (6/147).

Partager cet article

Repost 0
Publié par mizab
commenter cet article

commentaires

mizab 19/07/2016 15:39

Wa 'aleïkom salem wa rahmat Allah, je l'ai réfuté sur les forums et la parole d'el 'Uthaïmîn utilisée dans l'article suivant va à son encontre, c'est donc une parole ambigu d'un savant contre une autre parole formelle qui la contredit catégoriquement :

http://mizab.over-blog.com/2015/11/l-histoire-du-moine-et-de-l-enfant-au-service-des-attentats-suicides.html

Mohamed 19/07/2016 14:47

Assalamu aleykoum wa rahmatoullah wa barakatouh, je voulais te demander si tu aurais des réfutations ou clarifications concernant ceux qui utilisent cette parole ci-desssous du Sheikh El Outheymin raHimahuLLAAHﷻpour justifier les crimes commis contres les femme et enfants.

https://youtu.be/3MnjPXVI-eA

BarakAllahufik.