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18 novembre 2015 3 18 /11 /novembre /2015 18:35

Missions-suicides Vs attentats-suicides

(Partie 1)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Les légistes parlent de missions-suicides pour les actions opérationnelles visant à fondre seul sur l’ennemi en surnombre, avec très peu de chance d’en réchapper vivant ; le volontaire pèse les risques de son action et a conscience de son sacrifice. Plusieurs textes corroborent cette pratique.

Parmi les preuves textuelles du Coran, nous avons notamment :

• [Allah a acheté les âmes des croyants et leurs richesses en échange du Paradis, s’ils tuent et se font tuer sur Son sentier].[1]

En exégèse à ce Verset, Abû ‘Abd Allah el Qurtubî souligne : « Le sacrifice intervient quand l’intérêt de la nation est en jeu : faire triompher la religion d’Allah, avilir la mécréance. Allah vante les vertus des croyants engagés dans cette noble initiative à travers Ses dires : [Allah a acheté les âmes des croyants].[2] Bien des Versets font les éloges du sacrifice. C’est à la lumière de cette explication que nous devons appréhender la question sous l’angle de la morale religieuse (ordonner le bien et interdire le mal). Autrement dit, sacrifier sa vie dans l’intérêt de la religion offre les plus hauts degrés du martyre. »[3]

• [D’autres hommes offrent leur vie en quête de l’Agrément d’Allah, et Allah est Compatissant envers Ses serviteurs].[4]

• (Mobilisez pour les hostilités toutes les forces dont vous disposez, et tous les chevaux en réserve afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre).[5] L’argument est de dire que les opérations-martyres ont pour vocation d’instaurer la terreur dans le cœur de l’ennemi, tout comme le réclame ce Verset.

Parmi les preuves textuelles de la sunna, nous avons notamment :

• D’après Muslim, selon Suhaïb, le Messager d’Allah (r) a dit : « Un roi qui vivait dans les temps anciens avait dans sa cour un sorcier, qui, devenu vieux, lui fit la requête : « j’ai pris de l’âge, alors trouve-moi un apprenti afin que je lui transmette mon expérience ! »

Le roi lui fit envoyer un jeune apprenti à qui il transmit son savoir. Sur le chemin qui le menait à son maitre, ce dernier croisait un moine chez qui il restait un moment. À chaque fois, il arrivait en retard chez le sorcier qui le frappait pour le punir. Las, il s’en plaignit à l’ascète qui lui suggéra une astuce :

« Si tu crains le sorcier à l’aller, dis-lui que ta famille t’a retardée, et si tu crains ta famille au retour, dis-lui que le sorcier t’a retardé. »

Il adopta cette astuce jusqu’au jour où une bête immense se tint en travers du chemin et bloquait la route aux passants. Il pensa qu’enfin vint le jour où il découvrira qui du sorcier ou du moine était le meilleur. Il prit une pierre et pria : « Ô Allah, si Tu préfères le moine au sorcier, alors tue cette bête afin qu’elle laisse le passage aux gens ! » Il lança son projectile qui tua la bête, et les gens purent enfin reprendre leur chemin.

Il se rendit ensuite chez le moine pour lui raconter l’évènement.

« Mon fils, lui répondit-il, Tu m’as dépassé et mes yeux peuvent voir ce que tu es devenu, mais sache que tu seras éprouvé ! Et, quand ce jour viendra, tu ne devras pas leur dire un mot sur moi. »

L’enfant guérissait l’aveugle et le lépreux ; il remettait sur pied les maladies de toute sorte. Ses prouesses parvinrent aux oreilles d’un aveugle parmi l’entourage du roi et qui décida de se rendre chez lui. Il emporta avec lui de nombreux présents qu’il déposa devant lui avant de prendre la parole : « Tout ceci est à toi si tu réussis à me rendre la vue !

  • Moi, je ne guéris personne, mais c’est Allah qui guérit ! Si tu donnes foi en Lui, alors je L’invoquerais afin qu’Il te guérisse ! »

Il donna foi en Allah qui lui rendit la vue. De retour chez le roi, il reprit sa place habituelle, ce qui ne l’empêcha pas d’aviver sa curiosité : « Qui t’a rendu la vue ?

  • Mon Seigneur !
  • Tu as un autre seigneur que moi ?
  • Oui, c’est Mon Seigneur et le Tiens ! »

Fou de colère, il lui fit avouer sous la torture où se trouvait l’enfant. Il ordonna qu’on le fasse comparaitre, et une fois devant lui, il lui lança : « Mon fils, ton pouvoir est devenu si puissant que tu guéris l’aveugle et le lépreux, etc.

  • Moi, je ne guéris personne, mais c’est Allah qui guérit ! »

Fou de colère, il lui fit avouer sous la torture où se trouvait le moine. Il ordonna qu’on le fasse comparaitre, et une fois devant lui, il lui lança : « Renonce à ta religion ! » Comme il répondit par la négation, une scie fut apportée sur ordre du roi, et placée sur son crâne. Quand l’ordre fut donné, il fut découpé en deux.

Ensuite, ce fut le tour à l’ancien aveugle à qui on ordonna : « Renonce à ta religion ! » Il répondit également par un non, une scie fut apportée sur ordre du roi, et placée sur son crâne. Quand l’ordre fut donné, il fut découpé en deux.

Puis, vint le tour du garçon qui fut également sommé : « Renonce à ta religion !

  • Jamais, fustigea-t-il !

Le roi le remit aux mains de ses hommes et ordonna : « Amenez-le à telle montagne et faites-le monter au sommet. Une fois en haut, sommez-lui de renoncer à sa religion, et s’il refuse, alors jetez-le dans le vide ! »

Le groupe exécuta les ordres, et le fit grimper sur la cime d’où le garçon s’écria : « Ô Allah ! Sauve-moi de leurs mains à Ta façon ! »

La montagne se mit alors à trembler et fit tomber tous ses gardiens. Il marcha sur ses talons et se présenta à nouveau devant le roi qui s’étonna : « Où sont tes gardiens ?

  • Allah m’a sauvé de leurs mains ! »

Il fut mis entre les mains d’une nouvelle escorte : « Amenez-le à la mer, enjoignit le roi, et empruntez une barque pour vous rendre au large. Quand vous y serez, dites-lui de renoncer à sa religion, et s’il refuse, alors jetez-le à la mer. »

Les gardes firent à la lettre les instructions du roi. Au large, l’enfant s’écria : « Ô Allah ! Sauve-moi de leurs mains à Ta façon ! »

La barque se mit à chavirer et tous les gardiens se noyèrent. Il retourna chez le roi qui s’étonna : « Où sont tes gardiens ?

  • Allah m’a sauvé de leurs mains ! Puis, il enchaina : tu ne peux me tuer sauf si tu suis mes instructions.
  • Et quelles sont-elles ?
  • Fais réunir tes sujets sur une grande place, et crucifie-moi sur un tronc. Ensuite, prends une flèche de mon carquois et arme ton arc. Après cela, prononce : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. Puis, prend-moi pour cible, et tu pourras me tuer, si tu suis biens mes instructions. »

Le roi suivit les instructions à la lettre, et devant une foule rassemblée sur une grande place, il prit une flèche du carquois de l’enfant qu’il avait crucifié sur un tronc, et arma son arc, avant de prononcer : au Nom d’Allah, le Seigneur de l’enfant. La flèche partit et atteignit l’enfant en pleine tempe. Le condamné posa la main sur sa tempe, à l’endroit où il avait été touché, et rendit l’âme.

La foule fut subjuguée devant la scène et s’écria d’une seule voix : « Nous donnons foi au Seigneur de l’enfant ! Nous donnons foi au Seigneur de l’enfant ! Nous donnons foi au Seigneur de l’enfant ! »

L’un des sujets accourut vers le roi pour lui faire part du danger : « Il s’est passé exactement ce que tu craignais ! Comme tu peux le voir, tous ces hommes et ses femmes ont en même temps donné foi à Dieu ! »

Le souverain fit creuser, à l’entrée des routes, des fosses dans lesquelles s’élevaient d’immenses bûchers. « Jetez-y – ou brûlez-y – quiconque ne veut pas renoncer à sa religion, cria le roi ! » Tout le monde y passait, jusqu’au moment où vint le tour d’une femme qui portait une enfant dans ses bras, ce qui la fit hésiter à se sacrifier. Son enfant prit alors la parole pour lui dire : « Mère, redouble de patience, car tu es sur la vérité » »[6]

Ibn Taïmiya tire les conclusions de cette histoire : « Elle nous apprend notamment que l’enfant orchestra sa propre mort en vue de faire triompher la religion. Les Imâms des quatre écoles canoniques en déduisent que pour l’intérêt supérieur de la nation, il est permis en temps de guerre de fondre sur les troupes ennemies, avec la quasi-certitude de ne pas en réchapper vivant. Nous avons développé la question en détail ailleurs. Elle pivote autour du guerrier qui s’engage dans une action dont il prévoit une issue fatale, mais à l’avantage des forces musulmanes. Le suicide est certes pire que le meurtre en temps normal, mais nous sommes dans un cas de force majeure ; et à fortiori, toute action qui entraine la mort d’une tierce personne, dans l’intérêt supérieur des musulmans ; et dans la mesure où il n’y a pas d’autres moyens de repousser l’ennemi dont l’ambition est de mettre à mal la religion et les richesses. »[7]

Parmi les annales des anciens, nous avons notamment :

• D’après ibn Abî Shaïba et el Baïhaqî, avec une chaine narrative authentique, selon Midrak ibn ‘Awf el Ahmasî, un jour que je me trouvais chez ‘Omar, il reçut un émissaire de e-Nu’mân ibn Muqarrin, et prit des nouvelles de ses sujets. On lui donna les noms des victimes à la bataille de Nahâwand : « Un tel est mort, un tel est mort, etc., et le reste on ne connait pas leurs noms.

  • Allah connait leurs noms, répliqua ‘Omar !
  • Il y avait aussi cet homme qui a sacrifié sa vie, en parlant de ‘Awf ibn Abî Haïya Abû el Shabîl el Ahmasî.
  • Par Allah, Prince des croyants, c’est mon oncle, lança ‘Awf el Ahmasî ! Certains prétendent qu’il a provoqué sa perte de ses propres mains.
  • Ils mentent ! Il compte plutôt parmi ceux qui troquent la vie d’ici-bas contre celle de l’au-delà.
  • Lorsqu’il fut touché d’une flèche, raconta Ismâ’îl – qui n’est autre qu’ibn Abî Khâlid –il était en état de jeûne ; il refusa l’eau qu’on lui tendait et supporta la douleur jusqu’à la mort. »[8]

• Selon Aslam ibn ‘Imrân e-Tujîbî, lors du siège de Constantinople, une partie importante de la garnison romaine sortit des murs pour nous affronter. Nous envoyâmes un détachement aussi, voire plus nombreux qu’eux. ‘Uqba ibn ‘Âmir était à la tête des Égyptiens, et Fudhâla ibn ‘Ubaïd était à la tête des nôtres, les auxiliaires médinois. Un guerrier sortit des rangs et s’enfonça à toute allure dans l’armée d’en face. Surpris, nos combattants s’écrièrent : « Gloire à Allah, il provoque sa perte de ses propres mains ! »

  • Hé vous ! Écoutez-moi tous, héla Abû Ayyûb qui venait de se lever ! C’est l’interprétation que vous vous faites de ce Verset, et pourtant, il fut révélé à notre attention, nous les ansârs. C’était à l’époque où Allah fit triompher la religion et ses adeptes qui devenaient de plus en plus nombreux. Nous nous sommes alors dit entre nous et à l’insu du Messager d’Allah (r) : « Nos sommes ruinés, et Allah a fait triompher la religion et ses adeptes sont de plus en plus nombreux, alors récupérons les richesses que nous avons perdues. » Allah révéla alors à Son Prophète (r) en vue de nous réfuter : [Dépensez pour la cause d’Allah et ne provoquez pas votre perte de vos propres mains].[9] La « perte » en question était de prendre soin et de faire fructifier nos richesses aux dépens du djihâd !

Depuis ce jour, Abû Ayyûb ne lâcha plus le djihâd sur le sentier d’Allah ; il mourut sur le champ de bataille et fut enterré en terre romaine.[10]

San’ânî commente : « Pour certains savants, cette annale vient appuyer la tendance selon laquelle un seul homme peut se jeter sur les rangs ennemis, avec la quasi-certitude de ne pas en réchapper… »[11]

• Dans ce registre, nous avons l’histoire d’el Barâ ibn Mâlik (t) qui prit part à la bataille d’el Yamâma quand Musaïlama l’imposteur se retrancha avec ses hommes dans une forteresse solidement verrouillée. Elle paraissait imprenable jusqu’à ce qu’el Barâ eut l’ingénieuse idée de se faire propulser à l’intérieur afin d’ouvrir ses portes.

D’après el Baïhaqî, selon Mohammed ibn Sirîn, l’expédition fut confrontée à un mur derrière les portes duquel un groupe de païens s’était barricadé. El Barâ ibn Mâlik (t) monta sur un bouclier et demanda à ses frères d’armes de le hisser avec leur lance pour le jeter par-dessus le mur. Quand ils le rejoignirent, Il en avait déjà éliminé dix dans le camp adverse.[12]

D’après Khalîfa ibn Khiyyât, selon Anas ibn Mâlik, el Barâ se jeta sur eux et les repoussa jusqu’au ce qu’il parvint à ouvrir les portes, non sans périls. Il résista et fut atteint à quatre-vingts reprises à coup de flèches et d’épées. Il fut ramené au camp où il fut soigné. Khâlid veilla à son chevet un mois durant, le temps qu’il se rétablisse.[13]

Traduit par : Karim Zentici

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http://www.mizab.org/

[1] Le repentir ; 111

[2] Le repentir ; 111

[3] El jâmi’ li ahkâm el Qur-ân (2/363).

[4] La vache ; 207

[5] Le butin ; 60

[6] Rapporté par Muslim (3005).

[7] Majmû’ el fatâwâ (28/540).

[8] Rapporté par ibn Abî Shaïba (33789) et el Baïhaqî (9/46).

[9] La vache ; 195

[10] Rapporté par Abû Dâwûd (2512), Tirmidhî (2972), et authentifié par el Albânî dans silsila e-sahîha (nº 13).

[11] Subûl e-salâm (4/51).

[12] Rapporté par el Baïhaqî (9/44).

[13] Voir le târikh de Khalîfa ibn Khiyyât (p. 109) ; pour lire plus de textes sur le sujet, voir : mashâri’ el ashwâq ilâ masâri’ el ‘ushshâq (2/522) d’ibn Nahhâs.

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Publié par mizab
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