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19 novembre 2015 4 19 /11 /novembre /2015 21:06

Missions-suicides Vs attentats-suicides

(Partie 2)

Voir : Attentat-suicide ; Crime ou martyre du Sheïkh Abd el Mâlik Ramadhânî

Le regard des savants sur ces arguments

[1- Les textes coraniques]

Les textes coraniques cités précédemment font référence à un cadre bien précis, et qui consiste à terroriser l’ennemi, et à lui causer des pertes. C’est ce que nous dit en substance le v. 60 de la s. le butin : (afin d’effrayer l’ennemi d’Allah et le vôtre).[1]

Ainsi, si une telle initiative (fondre sur le camp adverse) ne produit pas les effets escomptés, et qu’au contraire, elle donne le bâton à l’ennemi pour se faire battre davantage, et affaiblir nos défenses, elle n’a plus lieu d’être. Les légistes l’autorisent sous certaines conditions, non dans l’absolu. Ibn Nahhâs, qui est l’un de ceux s’étant le plus étendu sur la chose y consacre un chapitre dont le titre est révélateur : Les vertus de fondre sur l’ennemi pour un homme seul ou un petit groupe face à une armée en surnombre, en vue de gagner le martyre et de causer le maximum de pertes.

Mohammed ibn el Hasan e-Shaïbânî, le disciple d’Abû Hanîfa – qu’Allah leur fasse miséricorde – conforte cette tendance : « Quand on fond sur l’ennemi, on contribue au triomphe de la religion dans l’esprit de s’offrir le martyre et les délices d’une vie éternelle. Il est aberrant de penser qu’on provoque sa perte de ses propres mains… » Plus loin, il enchaine : « Néanmoins, quand une telle initiative ne cause, à coup sûr, aucune perte, elle perd toute sa pertinence, car en rien, elle ne contribue au triomphe de la religion. Cela revient à se donner inutilement la mort, ce que condamne littéralement le Coran : [Ne vous tuez pas].[2] »[3]

Nous avons vu également plus haut, en exégèse au v. 111 de la s. le repentir, un passage d’el Qurtubî dans lequel il défend le caractère pertinent d’un tel sacrifice quand le but est de, je cite : « faire triompher la religion d’Allah, avilir la mécréance… »[4]

Pour appuyer ses dires, Qurtubî relate la tendance d’ibn Khuwaïz Mindâd, un auteur malékite, dont voici le passage en question : « Il existe deux cas de figure opposant un homme seul à un grand nombre (cent soldats, une armée, une bande de voleurs, des rebelles, ou des kharijtes) ; s’il pense s’en sortir vivant en causant des pertes adverses, c’est une bonne chose, et s’il pense ne pas en réchapper, mais en laissant derrière lui des dégâts graves et le maximum de pertes à l’avantage des musulmans, c’est également permis. »

E-Dusûqî y va de son opinion : « En clair, un seul homme a le droit d’affronter un grand nombre sous deux conditions :

  1. Il doit avoir pour seule motivation d’élever haute la Parole d’Allah.
  2. Il doit laisser un impact dévastateur du côté de l’ennemi. »[5]

Ibn Hajar : « Un homme seul a-t-il le droit d’affronter un grand nombre ? La majorité des spécialistes répondent par oui, à condition qu’il soit poussé par une noble intention : si son courage est indomptable, s’il pense terrifier l’ennemi ou donner l’exemple aux troupes. En revanche, si la témérité est le seul objet de son action, il est condamnable, surtout dans la mesure où sa mort risque de démoraliser les siens. »[6]

Ibn Muflih : « En fonçant sur l’ennemi avec la conviction de ne pas en réchapper n’est pas un suicide. » Quand on lui demanda s’il est permis d’affronter cent hommes à la fois, il répondit : « Oui, à condition d’avoir des cavaliers à ses côtés. Notre maitre mentionne qu’il est recommandé de fondre sur l’ennemi si l’intérêt supérieur des musulmans le réclame, sinon c’est défendu, car cela revient à provoquer sa propre mort. »[7]

Dans el insâf, nous trouvons : « Sheïkh Taqî e-Dîn mentionne qu’il est légitimé de fondre sur l’ennemi si l’intérêt supérieur des musulmans le réclame, sinon c’est défendu, car cela revient à provoquer sa propre mort. »[8]

Nous avons vu également que San’ânî – qu’Allah lui fasse miséricorde – impute cette tendance à certains savants, mais juste après, il émet une restriction de taille. Qu’on en juge : « L’auteur a dit [San’ânî] : avoir la quasi-certitude de ne pas en réchapper n’est soutenu par aucune preuve, d’autant plus qu’il est impossible de connaitre les intentions du volontaire en question, sauf si l’on entend par là que la plupart du temps un duel aussi déséquilibré le mène droit à la mort. L’auteur a dit [Ibn Hajar] concernant la question : Un homme seul a-t-il le droit d’affronter un grand nombre ? La majorité des spécialistes répondent par oui, à condition qu’il soit poussé par une noble intention : si son courage est indomptable, s’il pense terrifier l’ennemi ou donner l’exemple aux troupes. En revanche, si la témérité est le seul objet de son action, il est condamnable, surtout dans la mesure où sa mort risque de démoraliser les siens. »[9]

[2- Les textes prophétiques]

En commentaire au hadîth du moine et de l’enfant, Abû el ‘Abbâs el Qurtubî [ne pas confondre avec l’exégète] explique : « Il savait que son destin était scellé, mais il est possible aussi qu’Allah lui inspirât d’étaler Sa Bonté, Son Pouvoir, et la justesse de la religion qu’ils avaient tout deux épousée ; l’idée était de faire adhérer à l’Islam tous les témoins de la scène, et tout se passa comme prévu. Dans cet ordre d’idée, le khalife ‘Uthmân (t) se résigna au sort que le Prophète (r) lui avait prédit et se livra aux mains de ses assassins. »[10] Ibn Taïmiya a des paroles qui vont dans ce sens.[11]

Sheïkh Mohammed ibn Sâlih el ‘Uthaïmîn – qu’Allah lui fasse miséricorde – réfutant l’utilisation erronée que l’on fait de ce hadîth : « Quand on est candidat à un attentat-suicide visant un groupe de mécréants, on se donne volontairement la mort, qu’Allah nous en préserve ! La sentence du suicide est pourtant très sévère si l’on sait que le fautif est passible d’un séjour éternel dans l’enfer de la Géhenne, comme nous l’enseigne un hadîth prophétique. C’est un suicide, car l’Islam n’y gagne rien ! Il n’y a aucun intérêt pour les musulmans à se donner la mort et à emporter dans son geste des dizaines ou des centaines de personnes. Contrairement à l’histoire de l’enfant et du sorcier, personne ne se convertit à la suite de ces attentats ; ils ne font que stimuler la haine de l’ennemi qui va resserrer la répression contre les musulmans, exactement comme en Palestine. Pour chaque victime d’attentat, les Juifs se vengent sur au moins dix Palestiniens. Ainsi, personne ne profite de ces attentats ; ni les musulmans ni les victimes.

C’est pourquoi, selon moi, ces attentats illégitimes sont une forme de suicide passible de l’Enfer, qu’Allah nous en préserve ! Ils n’ont rien à voir avec le martyre, bien qu’on puisse offrir des circonstances atténuantes à leurs auteurs. Ces derniers croient, en effet, à la légitimité de leurs actions, et échappent ainsi aux péchés. C’est en tout cas, tout le mal que nous leur souhaitons, mais en aucun cas, ils ne gagnent le martyre ; malgré leur erreur, ils ont droit à une récompense pour leur effort d’interprétation. »[12]

[3- Les annales des anciens]

À la lumière des explications précédentes, il devient facile d’orienter les annales des anciens sur le sujet. Elles vont, en effet, dans le sens des textes qui tiennent compte de l’intérêt supérieur des musulmans. Nos nobles ancêtres n’étaient pas suffisamment téméraires pour offrir gratuitement leur sang à leurs ennemis.

El Barâ (t), pour ne citer que lui, ouvrit la forteresse de l’intérieur et offrit la victoire aux siens sur un plateau. Nous sommes loin des attentats visant un train ou un centre de police, et qui donnent lieu à une répression violente et arbitraire « anti-islamistes », sans n’offrir aucune contrepartie favorable. Elles donnent le prétexte inespéré aux Occidentaux d’envahir nos pays et d’y imposer leurs lois, sous nos yeux impuissants.

Traduit par : Karim Zentici

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http://www.mizab.org/

[1] Le butin ; 60

[2] Les femmes ; 29

[3] E-siar el kabîr (1/163).

[4] El jâmi’ li ahkâm el Qur-ân (2/363).

[5] El hâshiya ‘alâ e-sharh el kabîr (2/208).

[6] Fath el Bârî (8/180).

[7] El furû’ (10/243).

[8] Dans el insâf d’el Mardâwî (10/53).

[9] Subûl e-salâm (4/51).

[10] El mufhim limâ ashkala min talkhîs sahîh Muslim (7/426).

[11] Qâ’ida fî el inghimâs fî el ‘aduww (p. 77).

[12] Sharh riyâdh e-sâlihîn (1/165).

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Publié par mizab
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