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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 15:02

Le salafisme : apolitique ou pragmatique ?

(Partie 1)

« Soixante ans sous l’autorité d’un tyran valent mieux qu’une seule nuit sans sultan. »[1]

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Allah (I) révèle : [Dis : Ô Allah, Souverain suprême ! Tu donnes le pouvoir à qui tu veux et Tu le reprends à qui Tu veux, Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux ; le bien est dans Ta Main, à Toi pour qui rien n’est impossible][2] ; [Allah accorde une part de Son royaume à qui Il veut][3] ; [Allah fit la promesse aux croyants vertueux, parmi les vôtres, de les faire régner sur terre au même titre que les nations anciennes][4] ; [Allah n’allait pas sceller le sort d’un peuple sans que celui-ci ne sombre dans la déchéance ; et s’Il décide de le décimer, nul protecteur ne saurait s’interposer pour le sauver].[5]

D’après ibn Abî Shaïba, avec une chaine narrative authentique, ‘Alî ibn Abî Tâlib (t) déclare : « Les gens ont besoin d’un émir, peu importe qu’il soit bon ou pervers. »[6]

Shaqîq ibn Salama raconte : quelqu’un posa la question à ‘Alî : « Pourquoi ne désignes-tu pas ton successeur ?

  • Le Messager d’Allah (r) ne l’a pas fait. Cependant, si Allah veut du bien à cette nation, il mettra le meilleur à sa tête, de la même manière que les Compagnons se mirent d’accord, à l’époque, sur le meilleur d’entre eux. »[7]

Ka’b el Akhbâr : « Chaque génération connait, par la Volonté de Dieu, l’avènement d’un roi qui sera le miroir de la société ; la société qu’Allah voudra épanouir héritera d’un bon roi, et celle qu’Il voudra faire périr héritera d’un nanti dont fait mention le Verset : [Quand nous voulons anéantir une cité, Nous accordons de l’envergure aux plus nantis, qui, enclins à la rébellion, se vautrent dans la débauche, en s’attirant légitimement Notre sentence qui va les décimer jusqu’au dernier].[8] »[9] El Munâwî y va de son exégèse : « Autrement dit, si le Très-Haut veut décimer un peuple pervers, Il le met entre les mains des plus nantis, car plus enclins au vice. »[10] Pharaon reflétait l’esprit cruel qui habitait ses contemporains égyptiens. Le Coran nous relate ses manigances : [Pharaon manipula son peuple qui se soumit à ses caprices, car il était pervers].[11] Seul un pervers pouvait convenir à la tête d’un peuple enclin à la perversité. Ibn Taïmiya nous fait savoir qu’un simple d’esprit est facilement manipulable, car il est plus guidé par les passions que par la raison et le savoir.[12]

Selon Abû el Jald el Asadî, un successeur des Compagnons (tâbi’î) : « Les mauvais rois s’imposent dans les sociétés dominées par le péché. »[13]

Selon une annale israélite : « Un prophète hébreu considérant l’oppression que Nabuchodonosor fit subir à son peuple : à cause de nos péchés, Tu nous as infligé un être qui n’éprouve pour nous ni sympathie ni compassion ! »

Un jour, Nabuchodonosor interpella Daniel : « Pourquoi ton peuple est-il sous ma captivité ?

  • En raison de l’ampleur de ton crime, et de l’injustice dont mon peuple se rendit coupable envers lui-même. »[14]

Tartûshî : « J’ai toujours entendu que vos émirs sont l’incarnation de vos agissements, et qu’on a le gouverneur qu’on mérite, mais un jour je suis tombé sur le Verset qui corrobore ce principe, et que voici : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres].[15] Un vieil adage disait également : « Les choses que tu réprouves autour de toi sont l’expression des dommages causés par ta mauvaise conduite. » ‘Abd el Mâlik ibn Marwân criait à qui voulait l’entendre : « Mes chers sujets ! Vos revendications ne sont pas justes. Vous exigez de moi que je sois, dans mes relations avec vous, à l’image d’Abû Bakr et d’Omar, mais il faudrait déjà que vous-mêmes les imitiez dans la vie de tous les jours, et dans vos relations avec moi ! Qu’Allah vienne en aide à chacun dans ses relations avec l’autre ! »

Qatâda déclare : « Élohim, s’exclamèrent les enfants d’Israël ! Tu es au ciel, et nous, nous sommes sur terre, alors comment savoir si Tu es satisfait de nous ou non ? » La réponse se fit entendre par la bouche d’un prophète à qui le Très-Haut révéla : « Quand Je mets les meilleurs d’entre vous à votre tête, c’est que Je suis satisfait de vous, mais si J’y mets les pires, c’est que Je suis en colère contre vous ! »

‘Ubaïda e-Sulaïmânî s’adressant à ‘Alî ibn ‘Abî Tâlib (t) : « Prince des croyants ! Comment expliques-tu que les gens se soumettaient volontiers à Abû Bakr et à ’Omar qui baignèrent dans l’aisance après avoir surmonté l’adversité ? Ces derniers vous léguèrent, à ‘Uthmân et à toi, une situation confortable, sur un plateau d’argent, mais, très vite, vous retombèrent dans l’adversité en proie aux contestations des sujets qui étaient loin de vous être dociles !

  • C’est très simple, Abû Bakr et ’Omar régnaient sur des sujets comme ‘Uthmân et moi, tandis que moi, aujourd’hui, je suis éprouvé par des sujets comme toi ! »[16]

Mohammed ibn Yûsaf reçut le courrier d’un frère qui se plaignait de la tyrannie des émirs. En retour, il lui envoya une lettre dans laquelle il écrivit : « Ton courrier, qui m’est bien parvenu, décrit votre situation navrante, mais il ne convient pas à ceux qui se livrent à la débauche de contester la punition céleste. Je ne vois dans votre malheur que les traces funestes de vos péchés. Salâm ! » Fin de citation. »[17]

El ‘Ajlûnî, en parlant de l’adage on a le gouverneur qu’on mérite : « Il est rapporté par e-Tabarânî, nous assure-t-il, selon el Hasan el Basrî, qui remit à l’ordre un homme ayant, devant lui, fait des prières contre el Hajjâj ibn Yûsaf : « Ne fait pas cela, lança-t-il, car il est le reflet de vos actes. Je crains que la fin de son règne, causée par sa destitution ou par sa mort, soit l’occasion aux singes et aux porcs de vous dominer. Les annales diraient que vos émirs sont l’incarnation de vos agissements, mais encore qu’on a le gouverneur qu’on mérite. » Fin de citation. »[18]

Traduit par : Karim Zentici

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[1] E-siyâsa e-shar’iya d’ibn Taïmiya (p. 176).

[2] La famille d’Imrân ; 26 Dans son recueil d’exégèse, Mohammed Haqqî fait le commentaire : « C’est-à-dire qu’Il met à la tête des vertueux des émirs compatissants, et à la tête des pervers, des émirs tyrans. »

[3] La vache ; 247

[4] La lumière ; 55

[5] Le tonnerre ; 11

[6] Rapporté par ibn Abî Shaïba (7/557).

[7] Rapporté par Khaïthama dans son fameux hadîth (p. 131), ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 1158), el Hâkim (3/145), el Baïhaqî dans e-sunan el kubrâ (8/149), et dalâil e-nubuwwa (7/223), ibn ‘Asâkir dans târîkh Dimashq (42/561), et autre ; dans el bidâya wa e-nihâya (5/251), ibn Kathîr a jugé potable sa chaine narrative en faisant probablement allusion à celle du texte ci-dessus.

[8] Le voyage nocturne ; 16

[9] Rapporté par Abû Nu’aïm (6/30), el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7389), et Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 299).

[10] Faïd el Qadîr (1/265).

[11] Les ornements ; 54 Un autre Verset nous apprend : [Nous infligeâmes alors aux courtisans de Pharaon des années de sécheresse et de mauvaises récoltes à titre d’avertissement] [ Les remparts ; 130].

[12] Majmû’ el fatâwâ (16/338).

[13] Rapporté par Abû ‘Amr e-Dânî dans e-sunan el wârida fî el fitan (n° 300), et ibn ‘Asâkir dans târîkh Dimashq (39/477).

[14] Voir : e-dâ e-dawâ (p. 75) d’ibn el Qaïyim avec la recension d’Alî Hasan el Halabî. Le sermonneur Ibrâhîm ibn Hamsh disait : « Ô Allah, à cause de nos péchés, Tu nous as infligé un être qui n’éprouve pour nous ni sympathie ni compassion ! » Rapporté par el Baïhaqî dans shu’ab el îmân (n° 7390).

[15] Le bétail ; 129

[16] Un jour, on demanda à ‘Alî ibn ‘Abî Tâlib (t) : « Comment expliques-tu que les musulmans contestent ta légitimité, alors que ce n’était pas le cas pour Abû Bakr ni ’Omar ?

C’est très simple, Abû Bakr et ’Omar régnaient sur des sujets comme moi, tandis que moi, aujourd’hui, je suis éprouvé par des sujets comme toi ! » El muqaddima (1/374) d’ibn Khaldûm.

[17] Voir : sirâj el mulûk (2/467). On aurait demandé à el Hajjâj : « Pourquoi n’es-tu pas aussi juste qu’Omar dont tu as eu personnellement l’expérience de son règne ?

  • Soyez pieux et austères comme Abû Dharr, et je serais juste et équitable comme ‘Omar ! » Fin de citation. » Voir tafsîr Mohammed Haqqî du v. 59 de s. les femmes.

[18] Kashf el khafâ (1/147). D’après e-Dînawarî, el Hasan el Basrî se plaisait à dire sous le règne d’el Hajjâj ibn Yûsaf : « Craignez Dieu, car Allah a beaucoup de soldats comme el Hajjâj ! » Voir : el mujâlasa (n° 2433). Il est également l’auteur des paroles : « El Hajjâj incarne le courroux divin qui s’est abattu sur vous, alors ne l’affrontez pas avec l’épée. Pensez plutôt à implorer Dieu de vous accorder Son pardon et Sa pitié, et Il mettra fin à vos tourments. » Rapporté par ibn Abî e-Duniyâ dans el ‘uqûbât (n° 52), avec une chaine narrative authentique.

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Publié par mizab
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