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27 janvier 2016 3 27 /01 /janvier /2016 16:41

Le tâghût

(Partie 2)

La définition du tâghût

Voir : sharh ma’nâ e-tâghût de Sheïkh el Fawzân

Le tâghût a un sens général. Il correspond à tout ce qui, en dehors d’Allah, reçoit l’adoration avec son consentement, parmi les idoles, les meneurs, et les chefs qui donnent des ordres contraires à ceux d’Allah et de Son Messager.

Le tâghût est un nom générique qui provient de tughyân signifiant : dépasser les limites. Il existe plusieurs sortes de tawâghût, le plus grand d’entre eux consiste à vouer le culte à une idole en toute âme et conscience.

Ibn el Qaïyim explique à ce sujet : il y a de nombreux tâghût, mais leurs chefs de file sont au nombre de cinq :

  1. Iblîs – qu’Allah le maudisse –.
  2. Celui qui accepte de recevoir l’adoration.
  3. Celui qui appelle à se faire adorer.
  4. Celui qui prétend connaitre les mystères de l’inconnu.
  5. Celui qui applique une loi autre que celle d’Allah.

Voici donc les principaux tâghût.

  1. Satan, qui est le premier tâghût : [N’ai-Je pas pris votre engagement, ô fils d’Adam, de ne pas adorer Satan, qui vous est un ennemi déclaré].[1] Obéir à Satan, c’est lui vouer l’adoration. C’est de cette façon qu’on lui rend le culte, en sachant que cela se traduit à des degrés différents. Certaines obéissances atteignent en effet le degré de mécréance et d’association. D’autres sont moins graves. Tous les péchés en général sont des formes d’obéissance à Satan, le plus grave d’entre eux étant l’association. Les démons humains parmi les mauvais savants assistent le Diable dans sa mission : [des démons parmi les djinns et les hommes qui s’inspirent les uns les autres des paroles enjolivées destinées à tromper].[2]

2- Celui qui accepte de recevoir l’adoration : [Ne vois-tu pas ceux qui prétendent croire à la Loi qui te fut révélée et qui fut révélée avant toi, ils veulent soulever leurs litiges au tâghût, alors qu’il leur est demandé de le renier. Satan veut uniquement les faire sombrer dans un lointain égarement].[3] Il s’agirait ici de Satan, ou, selon une autre tendance, de Ka’b ibn el Ashraf el Yahûdî. Une troisième opinion parle des sorciers, car chaque tribu arabe avait sous la main un devin chez qui elle ramenait ses litiges.

Quant à celui qui reçoit l’adoration sans son consentement, il n’est pas concerné par cette appellation. Ex. : les anges, qui sont un objet de culte, n’ont jamais ordonné ni consenti qu’on les adore. C’est le cas également du Messager d’Allah ‘Îsâ ibn Mariam (r) qui devint un objet d’adoration. Pourtant, il l’interdisait au cours de sa vie et se désolidarisait de quiconque était tenté de le faire. Il n’est donc pas concerné par le statut de tâghût.

Le tâghût qui insuffla aux hommes d’adorer Jésus s’incarne plutôt en la personne de Satan. Nous pouvons dire la même chose des walis et des gens pieux qui ont fait de bonnes œuvres jusqu’à leur mort. Ces derniers sont devenus des idoles après leur décès. Ils ne sont donc pas désignés comme des tâghût.

Le tâghût est plutôt celui qui a donné aux hommes l’idée de le faire : [Qu’en serait-il alors si le malheur les frappait en récoltant les fruits de ce que leurs mains avaient avancé, et qu’ils te venaient ensuite en jurant par Allah qu’ils ne voulaient faire que le bien et concilier entre eux • Allah connait les cœurs de ces gens-là ; détourne-toi d’eux et prêche-leur la bonne parole, en utilisant un discours éloquent en vue de les sensibiliser • Si Nous avons envoyé des messagers avant toi, c’est uniquement pour qu’on leur obéisse par la Volonté d’Allah. Si, alors qu’ils furent injustes envers eux-mêmes, ils étaient venus te voir, avaient demandé le pardon d’Allah, et avaient obtenu celui du Messager, ils auraient trouvé un Dieu Absoluteur et Tout-Miséricordieux].[4]

3- Celui qui appelle à se faire adorer : [Si l’un d’entre eux veut s’arroger le titre de Dieu, Nous le vouerons à la Géhenne ; c’est de cette façon que Nous rétribuons les injustes].[5] Certains tâghût en effet revendiquent la divinité. Ils prétendent avoir le pouvoir de faire le bien et le mal, et d’assouvir les besoins de leurs disciples. C’est le même discours que les tâghût soufis mettent en avant aujourd’hui. Les Sheïkh soufis s’autoproclament le pouvoir d’assouvir le besoin de leurs adeptes, sous prétexte d’être directement en contact avec Allah. Ils auraient ainsi le privilège de s’inspirer directement de Lui. Certains d’entre eux vont jusqu’à faire la recommandation pré-posthume : « Un vulgaire tas de terre ne doit pas vous priver de m’invoquer et de me faire part de vos détresses après ma mort. Venez à ma tombe et demandez-moi ce que vous voulez, moi, je viendrais à votre secours, moi et moi… » Ce genre de revendication fait de son auteur un tâghût.

4- Celui qui prétend connaitre les mystères de l’inconnu. Autrement dit, le sorcier. Ce dernier est un tâghût. Comme le disaient les anciens, les sorciers reçoivent la révélation des djinns. Chaque territoire arabe avait son propre devin. Pourquoi ces derniers sont-ils des tâghût ? Parce qu’ils prétendent détenir les clefs du monde invisible, qui pourtant reviennent exclusivement à Allah (I) : [Connaisseur de l’inconnu qu’Il ne montre à personne • Sauf à celui qui a reçu Son consentement parmi les messagers, devant et derrière lesquels Il place des gardiens vigilants].[6] Donner crédit à leurs paroles, c’est sombrer dans la mécréance, comme le Prophète (r) le mentionne : « Celui qui visite un sorcier, et qui donne foi à ses paroles aura mécru à la Révélation descendue sur Mohammed. » Dans le cas où il ne donne pas crédit à ses paroles, ses prières ne lui seront pas acceptées pendant quarante jours. Le simple fait de se rendre chez eux est déjà un grand péché. Le fautif verra ses prières refuser pendant quarante jours. C’est la punition encourue juste pour s’être rendue chez eux.

Le Seigneur peut dévoiler certains mystères de l’inconnu à l’un de Ses messagers pour donner plus de crédit à sa prédication. Ce genre de miracle est la preuve de la véracité de son message. Il en va donc de l’intérêt des hommes. Sinon, en règle générale, personne en dehors d’Allah ne connait l’invisible : [Dis : personne dans les cieux et le terre ne connait l’inconnu en dehors d’Allah].[7]

Un Messager ne peut percer tout seul les mystères de l’inconnu ; c’est Allah qui les met à sa connaissance. Personne d’autre que Lui ne peut les connaitre. Quant aux sorciers et aux démons, ce sont des menteurs, bien qu’ils aient accès en partie à certains mystères en subtilisant certaines informations du ciel : [Il détient les clefs de l’inconnu que personne en dehors de Lui ne peut percer. Il connait tout ce qui se passe sur terre et sur mer. Il n’y a pas une feuille qui tombe d’un arbre sans qu’Il n’en ait connaissance ; il n’y a pas une graine qui se trouve dans les ténèbres de la terre ni une plante fraiche ou sèche sans que cela ne soit retranscrit clairement dans un livre][8] ; [Allah détient les secrets de l’avènement de l’Heure ; Il fait tomber la pluie et connait ce qui se trouve dans les matrices. Personne ne sait ce qu’il va acquérir demain et personne ne sait où il va mourir].[9]

5- Celui qui applique une loi autre que celle d’Allah. Dans ce registre, nous avons les gouverneurs qui innovent des législations et qui bannissent la sharî’a musulmane, pour les substituer à sa place. Ces derniers sont des tâghût. Celui qui gouverne par une autre loi que celle d’Allah est un tâghût, exactement comme le mentionne le Coran : [Ils veulent soulever leurs litiges au tâghût, alors qu’il leur est demandé de le renier].[10] Celui qui n’applique pas les lois d’Allah en toute âme et conscience est un tâghût, contrairement à celui qui fait une erreur à la suite d’un effort d’interprétation, mais qui recherche la vérité. Ce dernier, bien qu’il se soit trompé, n’est pas concerné par ce statut. Ex. : Les légistes, qui font des erreurs d’interprétation dans le domaine du figh, ne sont pas des tâghût, étant donné qu’ils ne le font pas sciemment. Leurs conclusions, bien qu’elles ne les aient pas menés à la vérité, sont le fruit de leurs recherches. En cela, ils sont excusables.

Le Prophète (r) affirme à ce sujet : « Si un hâkim (juge, gouverneur, savant, etc.) donne une bonne sentence à la suite d’un effort d’interprétation, il a deux récompenses, mais s’il se trompe, à la suite de cet effort, alors il n’en aura qu’une. »

L’essentiel, c’est qu’il ne cherche pas sciemment à s’opposer à la religion. Son erreur est simplement le fruit de son effort d’interprétation. Notre devoir est de ne pas le suivre dans son erreur, et de ne pas adopter un ijtihâd qui contredit les textes. Au même moment, cette erreur est excusable et ne rend pas tâghût pour autant.

La personne qui l’a commise en est même récompensée, à condition qu’elle compte parmi les savants. Quant à celui qui n’a pas les outils pour se prononcer sur tel sujet, dans tous les cas, il est en erreur. Il n’a pas le droit de s’initier dans un domaine qu’il ne maitrise pas. Le hadîth parle des savants mujtahid qui ont les compétences pour faire un ijtihâd. C’est le cas des imams des quatre écoles et des savants de leur hiérarchie qui ont le profil en question. Ceux-ci ne sont pas parfaits.

Ainsi, pour être un tâghût, il faut sciemment chercher à s’opposer à la loi d’Allah, en adoptant les législations humaines et des tribunaux civils à la place de celle-ci. Il n’y a nul doute à cela. Mieux, ce n’est pas être un simple tâghût, mais c’est compter parmi les cinq plus grandes têtes d’entre eux.[11]

Étant donné qu’Allah (Y) a imposé de renier le tâghût, il est inadmissible de rester ignorant dans ce domaine. Il incombe de savoir qu’est-ce qu’un tâghût et quelles sont ces formes, pour ainsi s’en prémunir. Il ne suffit pas de lire le Coran, de lire les Versets qui parlent des obligations/interdictions, unicité/association, sans distinguer entre eux. Un musulman digne de ce nom ne peut avoir une telle attitude. Il faut se pencher sur ce sujet et en avoir une bonne représentation afin de se préserver et d’être sur ses gardes. Il est important de connaitre la vérité dans le but de la mettre en pratique et ensuite, de la prêcher et de la montrer aux autres. La chose est donc d’une extrême importance.

Il incombe de renier toutes ces formes de tâghût ; ne pas les renier, ou ne serait-ce que certains d’entre eux, ou encore de donner crédit à certains d’entre eux, comme la sorcellerie et les lois non-musulmanes, sous prétexte que les temps auraient changées ; il ne serait pas concevable d’appliquer la sharî’a aujourd’hui, car il incombe de s’aligner avec les États modernes, avec le monde en marche. En pensant de cette façon, on ne renie pas le tâghût, quand bien même on dirait lâ ilâh illâ Allah, quand bien même on se plierait aux commandements de l’Islam (prière, aumône, pèlerinage). Dire que la Loi d’Allah n’est pas valable à notre époque, et qu’elle ne répond pas aux exigences de la civilisation moderne et de la politique internationale. Nous devons prendre le train en marche. La religion est bonne pour la mosquée, mais au niveau d’un État ou des tribunaux, il faut se mettre dans les rangs, et ne pas se marginaliser. L’auteur d’un tel discours a beau observer la prière, faire le pèlerinage et verser l’aumône, il a beau dire lâ ilâh illâ Allah autant de fois qu’il respire, il est un mécréant. Il ne renie pas le tâghût, alors qu’Allah a fait passer ce principe avant la foi en Allah, dans le sens où la foi n’est pas acceptée avant de s’y conformer.

Allah (I) révèle : [Ceux qui n’appliquent pas les Lois révélées par Allah, ce sont eux les mécréants].[12] Le Verset condamne à la mécréance l’auteur d’une telle initiative. Cela concerne celui qui n’applique pas sciemment les Lois d’Allah, et qui instaure des tribunaux civils pour régler les litiges entre les citoyens. Le but, étant de supprimer la sharî’a et de la confiné aux affaires d’État civil. Quant aux litiges qui opposent les citoyens, ils sont soulevés à des tribunaux civils. L’auteur d’une telle initiative est un kâfir.

Nous pouvons relever deux exceptions dans ce domaine :

Premièrement : celui qui n’applique pas les Lois d’Allah en raison d’une erreur d’interprétation, après avoir fourni un effort pour parvenir à la vérité. Dans la mesure où il est apte à fournir des efforts d’interprétation, il est récompensé pour son effort, et pardonné pour son erreur.

Deuxièmement : celui qui n’applique pas les Lois d’Allah, et qui a conscience de désobéir à Allah. Cependant, il est motivé soit par les passions soit par certaines ambitions financières soit par des gratifications illicites. Au même moment, il reste convaincu qu’il incombe de suivre les Lois d’Allah et qu’il est dans l’erreur. Le cas échéant, c’est un simple pécheur auteur d’un grand péché.

À suivre…

Traduit par : Karim Zentici

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[1] Yâ-Sîn ; 60

[2] Le bétail ; 112

[3] Les femmes ; 60

[4] Les femmes ; 62-64

[5] Les prophètes ; 29

[6] Les djinns ; 26-27

[7] Les fourmis ; 65

[8] Le bétail ; 59

[9] Luqmân ; 34

[10] Les femmes ; 60

[11] Ailleurs, Sheïkh el Fawzân explique : Entrer dans l’Islam en entier réclame d’appliquer sa législation, qui en fait partie intégrante. On ne peut se revendiquer musulman tout en mettant de côté la législation musulmane au profit des législations profanes (qawânîn). Le Très-Haut révèle en effet : [Ne vois-tu pas ceux qui prétendent] : prétendre (za’ama), constitue le pire des mensonges. Ainsi, leur prétention est complètement fausse.

[qui prétendent croire à la Loi qui te fut révélée et qui fut révélée avant toi, ils veulent soulever leurs litiges au tâghût, alors qu’il leur est demandé de le renier. Satan veut uniquement les faire sombrer dans un lointain égarement] [Les femmes ; 60]. Il incombe d’appliquer les Lois d’Allah. Quant à celui qui les écarte entièrement pour mettre en lieu et en place des qawânîn, il n’est pas musulman, même s’il prétend le contraire. C’est le Coran qui le dit : [Ne vois-tu pas ceux qui prétendent croire à la Loi qui te fut révélée et qui fut révélée avant toi, ils veulent soulever leurs litiges au tâghût] : « ils veulent » exprime uniquement l’intention que cache le cœur, que dire alors pour celui qui met ses intentions en exécution ? Il va sans dire que c’est pire ! Si le premier n’est pas croyant, alors que dire du deuxième ? » Voir : sharh fadhl el islâm.

[12] Le repas céleste ; 44 voir : http://www.mizab.org/#!ibn-tamiya-et-le-hukm-bi-ghar-m-anzal/c1n2r

http://www.mizab.org/#!ibn-le-qayim-et-le-hukm-bi-ghar-m-anz/cjux

http://www.mizab.org/#!aimmat-e-dawa-et-le-hukm-bi-ghar-m-an/c19sr

http://www.mizab.org/#!dibn-abbs--ibn-bz-/cz2m

http://www.mizab.org/#!le-tashr/cxjj

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Publié par mizab
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