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16 janvier 2016 6 16 /01 /janvier /2016 18:54

Nectar taïmiyen II

(Partie 2)

Les uns et les autres peuvent sombrer dans l’extrême : leurs détracteurs vont jusqu’à vouer au takfîr ou au tafsîq des comportements qui relèvent pourtant de l’ijtihâd (efforts personnels ndt.) ; et leurs défenseurs vont jusqu’à les cautionner, même quand ils contreviennent de façon élémentaire aux enseignements du Prophète (r).[1] L’histoire de Mûsâ avec el Khidhr serait un argument de taille en leur faveur. Les premiers pullulent dans les rangs des musawites (adeptes de Mûsâ ndt.) d’où dérive la religion juive falsifiée,[2] et les seconds abondent dans les rangs des ‘îsawites (adeptes de ‘Îsâ ndt.)[3] d’où dérive la religion chrétienne falsifiée.

Les musawites sont souvent des savants enclins à la dureté et aux passions, et les ‘îsawites sont souvent enclins à la miséricorde, sauf qu’ils sont ignorants et égarés. Entre les deux, nous avons la voie du milieu[4] dont les adeptes sont armés à la fois du savoir et de la miséricorde, dans la droite lignée du Coran : [Seigneur, Tu embrasses toute chose de Ta Miséricorde et de Ta science][5] ; [Votre dieu n’est autre qu’Allah, Celui en dehors de qui, il n’y a d’autre dieu, Lui qui embrasse toute chose de Sa science].[6] En outre, un Verset trace le portrait de l’homme qui croisa le chemin de Mûsâ et de son disciple : [Ils rencontrèrent l’un de Nos serviteurs que Nous avons paré d’une miséricorde venant de Nous, et à qui Nous avons enseigné une science émanant de Notre part].[7]

Or, nous devons faire preuve d’équité dans la parole et les actes,[8] car, pour revenir à notre sujet, l’expression « on (ne) tient (pas) rigueur du comportement d’un tel » revêt une double signification. 1°) Elle peut vouloir dire qu’on ne tient pas rigueur de son comportement dans le sens où il n’est ni condamnable ni passible d’un péché. 2°) Elle peut le cautionner et sous-entendre qu’il est louable et récompensé par le Tout-Puissant.

Le premier exclue toute condamnation et punition de leurs agissements (ils n’encourent pas la Colère divine), tandis qu’aux yeux du second, ils sont méritoires et méritent même une récompense (ils gagnent l’Agrément d’Allah).

C’est la raison pour laquelle, les pourfendeurs mettent souvent en avant le châtiment et le péché, et les défenseurs se focalisent plutôt sur l’Agrément et la récompense. Les deux parties en opposition peuvent tout aussi bien avoir tort l’une que l’autre, et la vérité se trouve éventuellement du côté d’une troisième voie qui incarne le juste milieu. Autrement dit, l’intéressé n’est ni louable ni condamnable et il n’a droit à aucun châtiment ni aucune récompense.[9]

Pour expliquer ce point nous disons que toute parole ou action (une parole fausse ou un acte interdit) qui s’oppose aux textes (Coran, sunna) est excusable dans deux cas de figure :

  1. Quand on n’est pas au courant des textes.
  2. Quand on est dans l’incapacité de s’y conformer.

Exemple du premier cas : l’auteur de ces « états spirituels » perd l’esprit et n’est donc plus responsable, comme le prévoit la Loi en pareil cas. Ne pas en tenir rigueur signifie ici qu’il n’est pas condamnable non qu’il ait raison. À vouloir absolument lui donner raison est une erreur.

Il y a le cas où il est mu par un effort d’interprétation, comme pour n’importe quelle question qui est sujette à divergence entre les savants.[10] Ne pas en tenir rigueur signifie alors qu’il n’est pas condamnable en raison de son ijtihâd, mais cela ne veut pas dire qu’il ait juste. Pour affirmer le bien fondé d’une chose, il faut en apporter la preuve, car seul le Messager fait autorité en matière de législation. En l’occurrence, l’intéressé a commis une erreur d’interprétation non passible d’un péché.[11]

Ainsi, on lui accorde son ijtihâd malgré son erreur, et cela implique un certain nombre de chose : on ne casse pas son jugement, on ne conteste pas sa fatwa, ses suiveurs et ses adeptes ont le droit de le suivre (il est toléré de suivre les avis d’une personne compétente parmi les savants et les maitres quand on n’a pas les moyens de parvenir par soi-même à la vérité, et qu’on ne se rend pas compte de son erreur). Certains de ces points touchent plutôt au second cas de figure, soit quand on est dans l’incapacité de se conformer aux textes.

Il ne lui est donc pas tenu rigueur dans ce cas de figure à condition de s’assurer qu’il est excusable ou qu’il est sincère dans sa démarche, car il est éventuellement mu par un effort d’interprétation. Il englobe trois types d’individus qui ne sont pas au courant des textes, et pour qui la vérité est cachée d’une manière qui les rend excusables.

Traduit par : Karim Zentici

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[1] Ainsi, les sciences et les pratiques religieuses légitimes prennent leur source des Compagnons du Messager d’Allah (r) ; et tout élément nouveau qui se manifesta après eux n’a aucune autorité canonique, bien que, au même moment, ses instigateurs potentiels sont excusables, voire récompensés en raison de leur effort d’interprétation (ijtihâd) ou de leur suivisme légal (taqlîd).

Toute science du kalâm construite, que ce soit au niveau des fondements ou des branches, à partir des textes scripturaires, et des annales des anciens est conforme à la voie prophétique. Et toute adoration, acte religieux, ou écoute spirituel qui relève tout aussi bien des pratiques fondamentales que subsidiaires (états spirituels, adorations corporelles) fidèle au Coran, à la sunna, et à l’usage de la première époque est en phase avec la voie prophétique.

Cette approche est celle des grandes références de l’Islam. L’Imam Ahmed établit dans ce chapitre : « Les fondements de la Tradition consistent, chez nous, à s’attacher au chemin des Compagnons du Messager d’Allah (r), [de les suivre et de s’éloigner des innovations.]» Majmû’ el fatâwâ (10/359-361).

[2] Malgré leur grande intelligence et leur culture, les Juifs sont connus pour leur penchant vers la haine, la jalousie, l’animosité, la vengeance, et les passions. Le Coran met en lumière leur orgueil, leur cupidité, leur lâcheté, leur cœur dur, leur rigorisme en s’interdisant des choses licites, leur excès à s’éloigner des impuretés, et leur propension à cacher la vérité. Ils tuent leurs prophètes et attribuent des défauts à Yahvé. El jawâb e-sahîh d’ibn Taïmiya (3/103, 109, 168). Ailleurs, ibn Taïmiya explique que la cupidité engendre l’avarice, qui pousse à l’injustice et à couper les liens avec sa famille et les autres en général. L’homme cupide est forcément haineux, et jaloux de ceux qu’il n’épargne pas de son mal. Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (10/588-592).

[3] L’égarement est propre aux chrétiens, et l’animosité et l’injustice sont propres aux juifs, mais cela ne veut pas dire que les juifs ne sont pas égarés ni que les chrétiens ne fassent pas preuve d’injustice, mais nous parlons ici de leur ascendant. Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (22/307). Les chrétiens sont des ignares que ne rachètent nullement leurs bonnes intentions ni leur piété ni leur vertu éventuelles. El jawâb e-sahîh d’ibn Taïmiya (3/103, 109, 168). Ils sont donc plus manuels qu’intellectuels, contrairement aux Juifs, qui sont plus intellectuels que manuels, conformément à l’adage d’ibn ‘Uyaïna : « Ceux qui, parmi nos savants, s’égarent ressemblent aux Juifs et ceux qui, parmi nos adorateurs, s’égarent ressemblent aux chrétiens. » Voir : Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/41). Les mutakallimîns tendent vers la voie des Juifs, et les soufis vers celle des chrétiens. Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (2/43).

[4] Sheïkh Taqî e-Dîn établit : « Les savants font uniquement allusion aux prophètes – que les prières d’Allah soient sur eux – quand ils parlent de la catégorie d’individus qui sont immunisés de persister dans la faute. Cela ne concerne pas les véridiques, les martyrs, et les pieux qui ne jouissent pas de ce privilège. Ces derniers sont capables de faire des péchés qui sont incontestables, mais ils peuvent également être motivés par un effort d’interprétation qui ne leur garantit pas d’avoir raison tout le temps. Quand ils ont effectivement raison, ils reçoivent une double récompense, mais s’ils se trompent ils n’en reçoivent qu’une seule en compensation à leurs efforts. Cela veut dire que ce genre d’erreurs leur est pardonné.

À l’inverse des savants, nous avons les égarées pour qui, l’erreur et le péché sont indissociables. Ils peuvent alors avoir deux réactions vis-à-vis des fautifs éventuels : soit ils font preuve d’excès en considérant qu’ils sont parfaits soit ils font preuve de laxisme en pensant que leurs erreurs les rendent injustes. Quant aux savants [modérés], ils disent qu’ils ne sont ni parfaits ni condamnables. » Majmû’ el fatâwâ (35/29).

[5] L’Absoluteur ; 7

[6] Tâ-hâ ; 98

[7] La caverne ; 65

[8] « Le but n’est pas de blâmer ou de louer dans l’absolu un individu ou un groupe en particulier. La bonne démarche, qui est du côté des traditionalistes considère qu’un même individu ou un même groupe concède de bonnes actions qui sont louables et de mauvaises actions qui sont blâmables, mais il a aussi des actes qui relèvent du toléré, et qui ne sont ni louables ni blâmables. D’autres actes, qui sont motivés par l’erreur et l’oubli, lui sont tout simplement pardonnés. Ainsi, d’une part, il mérite la récompense pour ses bonnes actions, et le châtiment pour ses mauvaises actions. D’autre part, il n’est ni blâmable ni louable pour ses actes tolérés ou pardonnés.

Cette tendance est celle des traditionalistes vis-à-vis des pervers musulmans ou autre. À l’extrême, nous avons, entre autres, les kharijites et les mu’tazilites parmi les hérétiques wa’îdiya qui ne conçoivent pas qu’on soit à la fois louable et blâmable…

C’est pourquoi, nous pouvons constater dans la communauté, que de nombreux imams notamment, parmi les savants et les émirs accusent ces deux choses à la fois. Malheureusement, certaines gens font de l’excès, et, animés par les passions, ne retiennent que leur qualité et leurs bons côtés. À l’extrême opposé, nous avons ceux, qui, tout aussi animés par les passions, se contentent de parler de leurs défauts et de leurs mauvais côtés. Or, la religion d’Allah se situe entre les deux ; entre le rigorisme et le laxisme, et les meilleures choses sont toujours au milieu. » E-tis’iniya (3/1032-1033).

[9] Sinon, en règle générale, la vérité peut pencher du côté d’un individu ou d’un groupe sur un point en particulier. Il est même possible que les deux parties qui s’opposent soient aussi dans l’erreur l’une que l’autre. Elles sont également susceptibles d’avoir toutes les deux raison, mais uniquement sous un angle. Aucun groupe n’a le droit de s’arroger la vérité, peu importe qui se trouve à sa tête, car seul le meilleur des hommes (r) jouit de ce privilège. Autrement, cela supposerait que les partisans d’un groupe aient toujours raison, et que tous les autres croyants qui les contrediraient sur une question donnée seraient forcément des égarés. Leur meneur serait donc ma’sûm, ce qui, à l’évidence, va à l’encontre des connaissances élémentaires de la religion. S’ils étaient réellement ahl el haqq, alors tout consensus issu de leur groupe serait une preuve scripturaire infaillible…

Nombreux sont les sectateurs égarés qui s’autoproclament les détenteurs de la vérité, les élus et les partisans d’Allah. [Ils sont d’autant plus prétentieux qu’]ils ne daignent partager ces qualités avec personne. En réalité, il est possible qu’ils soient plus près des ennemis d’Allah que de Ses élus, et qu’ils soient largement plus près de l’égarement que du bon discernement. E-tis’îniya (3/902-906) d’ibn Taïmiya.

[10] Ils sont également la cause de la corruption, comme le dévoile un texte qui remonte au Prophète (r), et qui fut rapporté par plusieurs Compagnons : « Les dangers que je crains le plus pour vous sont au nombre de trois : la bévue d’un homme de science, la langue d’un hypocrite qui polémique à coups de Versets du Coran, et le pouvoir des émirs égarés. » Les émirs représentent l’autorité politique, et le savant et l’hypocrite l’autorité religieuse, sauf que le premier jouit d’une bonne croyance. Ce dernier est sujet à l’erreur comme n’importe quel légiste traditionaliste. Le second compte dans les rangs des penseurs musulmans et des adeptes du kalâm qui se servent du Coran, avec lequel ils n’ont aucun lien, pour faire passer leurs hérésies. Ils sont mus par la seule volonté de confondre leurs adversaires, non qu’ils prennent le Livre d’Allah pour modèle ou référence. Ils sont de vulgaires hypocrites qui polémiquent à coups de Versets du Coran, mais le corpus de la sunna associé au consensus réduit leurs pseudo arguments à néant. » Majmû’ el fatâwâ (10/354).

[11] « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. » Minhâj e-sunna (5/240).

Là où nous voulons en venir, c’est que l’innovation, et, en général, tout ce qui s’oppose au Coran et à la sunna peut provenir d’un individu qui est excusable, soit pour avoir fait un effort d’interprétation soit pour avoir suivi quelqu’un d’autre (taqlîd) dans les limites excusables. Il est possible également qu’il n’ait pas les moyens de parvenir à la vérité. Majmû’ el fatâwâ (10/371).

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Publié par mizab
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