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17 janvier 2016 7 17 /01 /janvier /2016 21:00

Nectar taïmiyen II

(Partie 3)

Exemple du second cas : soit quand l’intéressé est dans l’incapacité de se conformer aux textes. Ses « états » l’incitent à déchirer ses habits, à se griffer le visage, à pousser des cris atroces, et à remuer dans tous les sens. Il ne lui est pas tenu rigueur de ce genre de débordements à condition de s’assurer qu’ils ne proviennent pas d’une cause illicite, qu’il agit malgré lui, et que sa sincérité n’est pas remise en doute. Parfois, il y en a qui le font express, et dès que leur supercherie est dévoilée au grand jour, il incombe de les dénoncer. Sinon, dans le doute, il faut s’abstenir de tout jugement. Nous adoptons la même démarche qu’avec un témoignage ou une accusation de vol. On accepte les affirmations d’un témoin crédible et on refuse les faux témoignages ; on disculpe un suspect dont l’innocence est démontrée, sinon on lui inflige la peine prévue ; et dans le doute, on s’abstient, car, comme le dit si bien el Hasan el Basrî : « Le croyant est circonspect et vérifie avant d’agir. »

En outre, certains affichent aux autres qu’ils sont incapables d’observer les obligations religieuses, comme c’est le cas pour ceux qui perdent connaissance ou qui sont à l’état de sommeil. Ils perdent le contrôle d’eux-mêmes sous l’effet d’un état d’exaltation intense (peur, amour d’Allah, etc.), et ils n’ont plus le discernement suffisant pour s’acquitter de l’office rituel. Ils négligent les commandements divins pour les mêmes raisons qu’ils enfreignent les interdits.

Ne pas tenir rigueur de leurs écarts signifie ici qu’il ne leur est fait aucun reproche, et cela renvoie à deux choses : juger qu’ils sont excusables ou juger qu’ils ne sont pas condamnables.

Cette démarche est valable pour les paroles et les actes qui sont clairement illégitimes, comme les nombreuses anecdotes sur les élucubrations soufies (shatahât). Ibn Hûd disait : « Le Jour de la résurrection, je planterais ma tante au-dessus de la Géhenne. » e-Shiblî se rasait la barbe et mettait ses vêtements en lambeau. Il fut interné à deux reprises à l’hôpital Mâristân. Un maitre soufi fit la recommandation pré-posthume à son disciple : « Le jour où tu es dans le besoin, viens te recueillir sur ma tombe pour implorer mon secours. » Un sheïkh cessa de se présenter à la prière du vendredi sous prétexte que l’imâm qui était pourtant un pieux, consacra des invocations en faveur du sultan de l’époque dont il fit les éloges en jugeant qu’il était juste. Un autre renonça de prier derrière un imâm après avoir, selon ses dires, eu accès, grâce à une illumination, au fond de ses pensées.

On raconte au sujet de mystiques à moitié-fou qu’Allah leur concéda un esprit et des états spirituels : il leur enleva leur esprit et leur laissa leur « états ».

En résumé, nous devons envisager ce sujet sous le prisme du Coran et de la sunna d’où émanent les enseignements divins (informations, obligations, interdictions) qu’il incombe de suivre, et sans se soucier de qui peut y contrevenir, aussi honorable soit-il. Il est inadmissible de suivre qui que ce soit en dehors du Messager qui est la référence absolu à qui nous devons obéissance, comme le dénotent les textes et le consensus. Nous accordons le bénéfice du doute à tout fautif éventuel, dans les limites instaurées par le législateur : perte de l’esprit, de la lucidité, erreur d’interprétation (ijtihâd) révélée dans son discours ou ses actes, situation incontrôlable qui le pousse, malgré lui, à faire ou à ne pas faire quelque chose, à omettre son devoir ou à enfreindre un interdit. Dans tous ces cas de figure, il n’est pas condamnable, et au même moment, nous nous gardons de le suivre dans ses erreurs, car le Coran et la sunna sont les seules sources de la Législation, et la seule voie qui mène au Seigneur Tout-Puissant.

Les errements des uns et des autres qui proviennent de l’un des facteurs cités plus haut sont donc irréprochables. Les faits et gestes de chacun d’entre nous sont discutables, à l’exception du Messager d’Allah qui représente la référence absolue en matière de législation. La parole d’aucun grand Imam n’est à prendre pour argent comptant, même si, au même moment, nous ne remettons pas en cause son intégrité.

Or, il existe des paroles et des actes dont nous ne pouvons assurer de façon formelle qu’ils vont à l’encontre des enseignements prophétiques. Ceux-ci relèvent de l’ijtihâd qui fait l’objet de divergence dans le monde érudit. Pour certains, grâce à Dieu, la chose est beaucoup plus claire que chez d’autres, mais cela ne justifie nullement d’imposer leurs conclusions à ceux qui sont beaucoup moins catégoriques, voire sceptiques. Sous un angle, ils rejoignent le premier cas de figure ci-dessus, et, sous un autre angle, ils cadrent plus avec le second.

Il arrive que leurs conclusions soient de type ijtihâd, au même titre que n’importe quel érudit. Nous ne pouvons reprocher à leurs adeptes d’adopter leur conclusion, dans le sens où nous ne tenons pas rigueur de leur suivisme, de la même manière que nous ne tenions pas rigueur au premier cas de figure de son erreur (traduction approximative ndt.).

En revanche, nous tenons rigueurs des errements qui proviennent, par exemple, d’un individu connu pour jouer la comédie dans l’espoir d’échapper à la vindicte populaire ; à l’image de nombreux adeptes du Sheïkh Ahmed e-Rifâ’î, ou de la secte Yûnasiya qui s’adonnent à la débauche ou qui négligent leurs devoirs. Ces derniers feignent d’avoir atteint l’état d’extase ou d’ivresse pour gagner l’assentiment des autres, mais surtout, pour échapper à la critique.

Nous en voulons également à l’obstiné qui suit pertinemment ses passions au détriment de la vérité, ou qui s’autorise à sortir de la loi mohammadienne ou à prononcer des paroles inadmissibles sous prétexte que certains walis se passeraient aisément des prescriptions religieuses en justifiant ainsi leurs écarts. Certains charlatans poussent le fatalisme jusqu’à se laisser entrainer là où le destin les mène, quitte à se vautrer dans les immondices. L’un d’eux osa affirmer que les occupants du Suffa auraient pris les armes contre le sceau des prophètes (r) le jour où ses Compagnons subirent un revers, sous prétexte de se ranger du côté du vainqueur pour se plier au destin d’Allah. Il aurait également entendu la conversation que le Messager échangea avec Son Seigneur la nuit de l’Ascension…

Nous en voulons également à celui qui prétend qu’on a le droit de se passer de la Législation de Mohammed après sa mort, au même titre qu’el Khidhr qui n’était pas soumis, à son époque, à l’autorité de Mûsâ ; son message, en effet, ne le concernait pas, contrairement à celui du dernier des envoyés qui s’adresse à tous les hommes. Il incombe d’exposer la vérité à ce genre d’individus, et, en cas de refus, de le réprouver conformément aux prérogatives offertes par la religion, et qui se matérialise soit avec les mains, soit avec la langue, soit avec le cœur.

Nous blâmons également ceux qui suivent dans leurs erreurs les érudits cité plus haut, à qui nous offrons, certes, des excuses atténuantes, mais cela ne justifie nullement de les prendre aveuglément en modèle.[1] Si ces derniers méritent notre compréhension, nous ne pouvons pas en dire autant des suiveurs obstinés.[2]

Et quand nous ne savons pas à quel genre d’individus nous avons affaire, il est plus sain de s’abstenir de tout jugement, car un émir à plus intérêt à pardonner par erreur que de punir par erreur.[3] En revanche, nous sommes intransigeants avec toute infraction au Coran et à la sunna, conformément au hadîth : « Toute action non conforme à notre ordre sera refusée. »[4] Il ne convient pas de sortir des notions générales des textes en se basant sur des conjectures, de la même manière qu’il ne convient pas de punir qui que ce soit en se basant sur des conjectures, ni d’affirmer que telle chose est vraie ou fausse en se basant sur des conjectures ; qu’Allah nous guide sur le droit chemin, en compagnie de ceux qu’Il a comblé de Ses bienfaits, parmi les prophètes, les véridiques, les martyrs, et les pieux, loin de ceux qui ont encouru Sa colère et des égarés !

Il nous reste à évoquer un point qui, malheureusement, porte souvent à confusion. Il arrive en effet qu’un individu anonyme (majhûl el hâl) affiche une action qui va à l’encontre de la loi, et pour laquelle il est éventuellement excusable. Ex. : extase qui sort des limites de la religion, mais qui ne dépend pas forcément de la volonté de l’individu ; argent qui, en apparence, est subtilisé à son propriétaire, mais sans qu’on ne sache s’il existe une convention implicite entre les deux concernés (en prenant cet argent, l’un savait pertinemment que l’autre ne lui en tiendra pas rigueur).

Dilemme : soit on le condamne, en sachant qu’il peut tout autant avoir une excuse, soit on le laisse faire, et cela revient à cautionner les mauvais agissements venant d’anonymes. Il incombe, dans ce genre de situations, de discuter poliment avec le concerné, en lui faisant savoir qu’en apparence, son acte est répréhensible, quand bien même il aurait été mu par une bonne volonté, car c’est une chose que nous ne pouvons pas savoir et que seul Dieu peut juger de ses réelles intentions. Il a donc le devoir de les dévoiler ou, au minimum, d’agir discrètement pour ne pas susciter la suspicion, et s’attirer ainsi la vindicte populaire. Ainsi, ni il ne donne l’impression que la société tolère l’immoralité, ni il ne donne l’occasion de se faire condamner injustement.

Le critère à suivre dans ce domaine : les gens connus pour leur honnêteté et leur sincérité sont considérés comme tels jusqu’à preuve du contraire. En revanche, on n’offre aucune circonstance atténuante à des gens malhonnêtes qui sont les auteurs d’agissements suspects. Et quand ces mêmes agissements viennent de la part d’inconnus, nous restons dans l’expectative.[5]

Traduit par : Karim Zentici

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[1] L’ambition est de montrer que tel acte est à l’origine de la punition indépendamment de se soucier qu’il existe quelqu’un pour le faire. Dans l’hypothèse où tous les fautifs ne remplissent pas les conditions pour recevoir la punition ou que celle-ci soit annulée en raison d’une restriction quelconque, cela ne remet nullement en question que ce péché soit interdit par la religion.

L’essentiel est de savoir ou de se rendre compte qu’il est interdit en vue de s’en éloigner. Néanmoins, la miséricorde divine veut qu’un fautif éventuel soit excusable pour une raison ou pour une autre. Sur ce principe, nous avons les petits péchés, qui, bien qu’interdits, sont expiables à condition d’éviter les grands péchés. Ce principe est le même pour tous les péchés qui ne font pas l’unanimité ; notre rôle consiste à les dénoncer, mais, au même moment un fautif motivé par l’ijtihad ou le taqlîd peut être excusable. Cela ne nous empêche nullement d’être convaincus que ce péché reste un péché…

Il n’est pas évident de dire que l’ijtihâd et le taqlîd sont une excuse dans l’absolu. Il y a des cas où ils ne sont pas tolérés. Pour eux, la cause à l’origine de la menace divine est bel et bien effective, et l’ijtihâd et le taqlîd ne constituent plus une restriction dans leur cas. Ils sont donc passibles de la punition, celle-ci est même toute désignée, sauf, bien sûr, si aucune autre restriction ne vient intercéder en leur faveur (repentir, bonnes œuvres expiatrices, etc.).

De plus, l’ijtihâd et le taqlîd ne sont pas des notions constantes. Quelqu’un peut être motivé dans son acte par l’un de ses deux facteurs en pensant qu’il est en droit de le faire, mais le fait est qu’il peut soit avoir tort soit avoir raison. L’essentiel, c’est de garder la vérité entre les yeux, et de mettre les passions de côté ; auquel cas, Allah n’impose rien à l’homme qui soit au-dessus de ses forces. Majmû’ el fatâwâ (20/278-280).

[2] Il n’est pas permis de préférer une opinion sans preuve et de s’y accrocher aveuglément sous prétexte qu’elle vienne d’un tel. Quand on n’a pas les moyens de regarder dans les textes, on est obligé de se fier à son sheïkh (taqlîd), mais sans donner son avis ni donner tort ou raison à qui que ce soit. Quand on a les moyens de faire la part des choses, on peut se permettre de prendre la vérité qui est chez lui, de rejeter ses opinions fausses, ou faute d’arguments suffisants, de s’abstenir de se prononcer. Les hommes n’ont pas tous la même capacité intellectuelle de la même façon qu’ils n’ont pas tous la même capacité physique. Majmû’ el fatâwâ (35/233).

Il ne convient ni de blâmer ni d’exclure quelqu’un qui prend la parole d’un savant sur une question qui relève de l’effort d’interprétation, surtout quand il existe une divergence sur le sujet. Dans ce cas, il incombe d’opter pour l’opinion la plus vraisemblable, sinon, il est possible de se fier à l’avis d’un érudit de référence en faisant son taqlîd. Majmû’ el fatâwâ (20/207).

Néanmoins, si nous respectons les savants qui se trompent, cela ne nous empêche pas de suivre ce que nous croyons être la vérité. Majmû’ el fatâwâ (21/64) ; voir également : Iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/83).

[3] La première partie du hadîth est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[4] Rapporté par Muslim (n° 1718), selon ‘Âisha – qu’Allah l’agrée –.

[5] Majmû’ el Fatâwâ (10/378-386).

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Publié par mizab
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