Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:14

Nectar taïmiyen IV

(Partie 2)

Nous sommes toujours avec notre analyste : « Le règne de Mu’âwiya (t) était emprunt de miséricorde. Sous Yazîd, son fils héritier, les guerres intestines débouchèrent sur l’assassinat d’el Husaïn en Iraq (t), les évènements d’el Harra à Médine, et le siège de la Mecque lors de la tentative d’intronisation d’ibn e-Zubaïr. Après la mort de Yazîd, le pouvoir se divisa avec ibn e-Zubaïr aux commandes du Hijâz, et les enfants d’el Hakam dans le Shâm (l’ancienne Syrie ndt.). Au cœur de ce désordre, plusieurs foyers de rébellion, poussés notamment par el Mukhtâr ibn Abî ‘Ubaïd, virent le jour en Iraq. Tous ces chamboulements eurent lieu à la fin de la génération des Compagnons qui comptaient encore dans leurs rangs ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs (m. 67,68 h.), ‘Abd Allah ibn ‘Omar (m. 73 h.), Jâbir ibn ‘Abd Allah (m. 77, 78 h.), Abû Sa’îd el Khudrî (m. 74 h.), etc.

À l’avènement des qadarites et des murjites, plusieurs d’entre eux, notamment ibn ‘Abbâs, ibn ‘Omar, Jâbir, Wâthila ibn el Asqa’ (y), les fustigèrent violemment, en plus des autres fronts qui avaient été ouverts contre les kharijites et les râfidhites. Le discours des qadarites déterministes tournait autour du libre arbitre, à la manière également des murjites. Ils discutèrent sur les notions d’obéissance/désobéissance, croyant/pervers, etc. soit sur les questions qui touchent aux différentes catégories d’individus, aux statuts qui en découlent (el asmâ wa el ahkâm), et à l’eschatologie (promesse/menace divine). Le domaine de la théologie et des Noms et Attributs divins n’avait pas encore été touché. Il fallut pour cela attendre la fin de la dynastie omeyyade, en pleine extinction de la génération des successeurs (tâbi’în) benjamins, soit à l’orée de la troisième génération, les successeurs des tâbi’în.

On parle de fin d’une génération de l’âge d’or quand la plupart de ses éléments « moyens » sont morts. La première, qui est celle des Compagnons, concordait avec la fin du Khalifat (il ne restait pratiquement plus aucun ancien combattant de la bataille de Badr). La seconde génération des fidèles tâbi’în compta ses derniers éléments avec le déclin des Compagnons benjamins, sous l’ère d’ibn e-Zubaïr et d’Abd el Malik. La majorité des successeurs des tâbi’în périrent avec l’avènement des Abbassides qui avaient usurpé le pouvoir aux Omeyyades en 132 h.

De nombreux non arabes entrèrent au service du pouvoir en place, au détriment des Arabes qui perdaient peu à peu leur ascendant. Les ouvrages persans, indiens et romains furent traduits dans la langue officielle. Cette époque-là donna raison à la prédiction prophétique : « Puis, le mensonge va se répandre, et il poussera à prendre quelqu’un en témoin, ou à jurer solennellement sans n’y avoir été sommé. »[1]

Dans ce climat, trois grandes tendances se dégagèrent :

  • le raï (opinions personnelles) dans le fiqh ;
  • le kalâm ;
  • et le soufisme.

Puis, la secte jahmite entra en scène pour imposer la négation des Noms et Attributs divins (ta’tîl), et inspira en réaction l’anthropomorphisme (tamthîl).

Les adeptes du raï composaient en majorité les habitants de Koufa qui connut également l’éclosion du shiisme et des narrations inventés. Sans remettre en question l’intégrité, l’érudition en matière de sunna et de fiqh de ses élites qui pullulent dans ses rangs ; mais nous ne faisons que pointer le doigt sur la recrudescence des hadîth mensongèrement imputés au Prophète (r), des opinions personnelles dans le domaine du fiqh, et du crédo shiite. Le kalâm et le soufisme proliféraient en grande partie à Bassora. Le mu’tazilisme et le kalâm primitif, avec à leur tête ‘Amr ibn ‘Ubaïd et Wâsil ibn ‘Atâ firent leur apparition peu de temps après la mort d’el Hasan el Basrî, et d’ibn Sirîn.

Cette période charnière assista également à l’avènement d’Ahmed ibn ‘Alî el Hujaïmî qui fréquenta ‘Abd el Wâhid ibn Zaïd (m. 150 h.) qui était lui-même, au même titre que les ascètes qui le suivirent, un élève d’el Hasan. El Hujaïmî fonda la première duraïra (monastère ndt.) dans l’Histoire des musulmans.[2] Cette duraïra rassemblait les soufis environnants qu’Abd e-Rahmân ibn Mahdî et d’autres baptisèrent de fuqaïriya (miséreux, austères). Les intellectuels (ahl el kalâm) innovèrent certaines doctrines, bien qu’ils restèrent fidèles dans l’ensemble aux enseignements de la religion. Les manuels (ahl e-tasawwuf) innovèrent certaines pratiques, bien qu’ils restèrent fidèles à l’ensemble des traditions officielles. L’écoute des chants et des récitations du Coran (samâ’) provoquèrent chez les derniers des évanouissements, voire une mort soudaine.[3] Les élucubrations cérébrales semèrent chez les premiers le doute et la perplexité. Les uns étaient mus par le discours auquel ils donnaient le nom de tawhid (ils se baptisèrent muwahhiddûn), et les autres, forts d’une grande volonté, étaient mus par la gymnastique physique qu’ils assimilaient au tawhid (ils se désignèrent le nom d’ahl e-tawhid wa e-tajrîd).[4]

J’ai par le passé composé un écrit sur les règles de base (qawâ’id) où je souligne les déviations des deux orientations opposées pour les points où ils ne cheminent pas à la lumière de la sunna. Dans un autre ouvrage (qâ’ida kabîra), je démontre que la foi en Allah et à Son Messager est à la base de la religion ayant pour outil le savoir qui mène sur le droit chemin, et qu’il incombe d’appliquer dans toutes ses paroles et ses actes.

Les habitants de Médine étaient bien plus conformes à l’orthodoxie que les deux tendances ci-dessus. Ils n’ont jamais atteint le degré d’égarement des koufites et des basrites au niveau des passions, des narrations, des opinions, du kalâm et du samâ’. Bien qu’ils ne soient pas non plus à l’abri de l’erreur, ils restaient malgré tout plus pondérés.

Les habitants du Shâm étaient, pour la plupart, enclins au djihad et aux états spirituels, mais ils restaient plus modérés que les soufis de Bassora qui leur étaient contemporains. C’est la raison pour laquelle les ouvrages de kalâm et de soufisme proviennent à l’origine de la ville natale d’el Hasan. Les chefs de file du kalâm mu’tazilite venaient de cette région du monde, à l’instar d’Abû el Hudhaïl el ‘Allâf, Abû ‘Alî el Jubbâî, et Abû Hishâm son fils, Abû ‘Abd Allah et Abû el Husaïn el Basrî. Nous pouvons dire la même chose pour les mentors du kalâm kullâbites et ash’arites, à l’image de leur fondateur éponyme ‘Abd Allah ibn Sa’îd ibn Kullâb, et Abû el Hasan el Ash’arî, mais aussi, l’élève de ce dernier, Abû el Hasan el Bâhilî, et les grandes références de la secte comme el Qâdhî Abû Bakr el Baqillânî, et bien d’autres encore.

Dans ce registre, nous avons les écrits des auteurs à tendance soufie ayant fait une mixture entre le soufisme et le hadîth (el Hârith ibn Asad el Mahâsibî, Abû el Hasan ibn Sâlim, Abû Sa’îd el A’râbî, Abû Tâlib e-Makkî). Or, cela n’empêcha pas que d’autres productions venaient de Bagdad, du Khurasân et du Shâm. L’essentiel est de savoir que la source était à Bassora.

En revanche, les sciences prophétiques (crédo, Coran, à la base du fiqh, hadîth, états spirituels) puisaient leur origine dans les cités dominées par une forte présence des Compagnons : les deux Villes saintes (Médine, et La Mecque), les deux métropoles d’Iraq (Koufa, Bassora), et le Shâm. Ces pôles scientifiques exercèrent une grande influence sur les autres provinces. Parmi les noms célèbres qui sortirent de ces régions, nous avons les sept légistes, les grandes références traditionnistes, avec un avantage au niveau de la qualité de la narration chez les médinois et les basrites : Zuhrî, Mâlik, Qatâda, Shu’ba, Yahyâ ibn Sa’îd, ‘Abd e-Rahmân ibn Mahdî. Koufa combine les narrations crédibles et mensongères, et le Shâm n’était pas connu pour fabriquer des narrations, même s’il n’en était pas à l’abri. En même temps, il n’a enfanté aucun grand lecteur ni traditionniste.

Dans ce registre, nous pouvons recenser les grands légistes, à l’instar de Mâlik, la référence de Médine, des Koufistes (e-Thawrî, Abû Hanîfa, etc.), des mecquois (ibn Juraïj), des basrites (Hammâd ibn Salam, Hammâd ibn Zaïd), et des shâmistes (el Awzâ’î et les références de sa hiérarchie). Pour écrire son fameux muwatta, Mâlik se serait inspiré de l’ouvrage de Hammâd ibn Salam. Les mêmes rumeurs planent sur le livre d’ibn Juraïj, qui s’inscrit dans le temps avant el muwatta. Nous avons également Shâfi’î, qui, bien que mecquois de naissance, s’imprégna de la méthodologie traditionniste qui restera intacte, même lors de sa période égyptienne.

Nous pouvons dire la même chose pour l’Imâm Ahmed, qui ne reçut aucune l’influence de l’école de Bassora, la terre de ses ancêtres, ni d’ailleurs d’aucune autre école de fiqh. Tout au long de son parcours, il resta fidèle à la méthodologie du hadîth. Dans cet ensemble, nous avons les spécialistes du Khurâsân (‘Abd Allah ibn el Mubârak, Ishâq ibn Ibrâhîm, Mohammed ibn Ismâ’îl el Bukhârî, etc.), et les grands ascètes originaires de cette contrée, nous dit Abû el Faraj ibn el Jawzî dans safwa e-safwa.

Ainsi, les sciences et les pratiques religieuses légitimes prennent leur source des Compagnons du Messager d’Allah (r) ; et tout élément nouveau qui se manifesta après eux n’a aucune autorité canonique, bien que, au même moment, ses instigateurs potentiels sont excusables, voire récompensés en raison de leur effort d’interprétation (ijtihâd) ou de leur suivisme légal (taqlîd).

Toute science du kalâm construite, que ce soit au niveau des fondements ou des branches, à partir des textes scripturaires, et des annales des anciens est conforme à la voie prophétique. Et toute adoration, acte religieux, ou écoute spirituel qui relève tout aussi bien des pratiques fondamentales que subsidiaires (états spirituels, adorations corporelles) fidèle au Coran, à la sunna, et à l’usage de la première époque est en phase avec la voie prophétique.

Cette approche est celle des grandes références de l’Islam. L’Imam Ahmed établit dans ce chapitre : « Les fondements de la Tradition consistent, chez nous, à s’attacher au chemin des Compagnons du Messager d’Allah (r), [de les suivre et de s’éloigner des innovations.]»[5] Les ouvrages qu’il composa en matière d’exégèse, de hadîth sont empreints de cette méthodologie qui se tourne uniquement sur la sunna et les annales des Compagnons et des tâbi’îns. Il était à cheval avec cette approche pour les disciplines fondamentales, mais aussi subsidiaires. Dans son courrier qu’il adressa à el Mutawakkil, le Khalife du moment, il fit savoir : Je n’aime pas qu’on insère le kalâm dans aucune de ces disciplines, sauf s’il est en accord avec un texte du Coran, du Messager d’Allah (r), d’un Compagnon, ou d’un tâbi’î. En dehors de cela, le kalâm n’est pas louable. »

Cette méthode ressort clairement dans son livre de zuhd qui prend pour modèles tous les envoyés depuis Adam jusqu’à Mohammed. Les Compagnons, et les tâbi’în étant ses seuls autres références en matière d’ascétisme. Dans les conseils qu’il prodigue à l’étudiant, il prône de retranscrire les hadîth, et les annales des deux premières générations. Une version précise que l’étudiant a le choix concernant les annales des tâbi’îns. »[6]

Selon Mâlik ibn Dînâr, le Tout-Puissant révéla dans un Livre ancien : « Moi, Dieu, Souverain suprême, Je détiens dans Ma Main le cœur des rois que Je distille aux différents peuples en fonction de leur fidélité à Mes Lois ; les bons peuples jouiront d’un pouvoir clément et les mauvais peuples tomberont sous le joug d’un tyran. Ne vous dispersez pas à maudire vos rois, mais préoccupez-vous plutôt à vous repentir, et Je mettrais un peu de douceur dans leur cœur. »[7]

On comprend mieux pourquoi ibn Taïmiya la cite dans son fameux minhâj e-sunna, avec l’adage on n’a les gouverneurs qu’on mérite, avant de conclure : « Chaque époque se caractérise par des évènements qui sont le reflet des hommes qui l’ont traversée. »[8]

Plus on s’éloignait de Médine et des Lieux saints plus l’innovation était ancrée…[9]

Ailleurs, il signe : « J’ai démontré à d’autres endroits que le changement du khalifat en système monarchique n’est pas seulement la faute de l’élite, mais les sujets en sont en partie responsables, car on a le gouverneur qu’on mérite, et : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres].[10] Nous avons établi ailleurs en nous inspirant de preuves textuelles exhaustives, que les sujets ont le devoir d’obéissance à l’émir, mais sans que cela n’entraine de désobéir à Allah, en plus de lui prodiguer le bon conseil, d’endurer ses abus, et ses décisions iniques, répondre à son appel au djihad, faire l’office sous sa direction, etc. soit toutes les bonnes actions qui réclament obligatoirement sa présence, et qui entrent sous le principe de s’entraider à faire le bien.

En parallèle, il ne faut pas cautionner ses mensonges, ses injustices, se soumettre à ses ordres qui vont à l’encontre de la religion, etc. soit toutes les mauvaises actions qui reviennent à s’entraider à faire le mal.

Il incombe également, comme avec n’importe qui d’autre, de lui prodiguer la morale (ordonner le bien et interdire le mal) dans les limites légitimes, notamment lui faire parvenir les enseignements de la religion, sans y faire défection sous l’impulsion d’un sentiment de lâcheté, d’un cupide égoïsme, de la peur des représailles ou de l’appât du gain poussant à vendre les Versets du Coran à un vil prix. Le bon conseil ne doit pas non plus être prodigué en vue d’avoir une ascendance sur lui ou sur le peuple, ni par jalousie, orgueil, ostentation. Il faut éviter toute action qui engendrerait un mal plus grand (révolte armée qui entraine des guerres intestines), conformément aux principes traditionalistes de notoriété publique qui s’inscrivent en adéquation avec les textes prophétiques, car on ne rend pas le mal incarné par leur injustice, par un mal plus grand. »[11]

Plus on s’éloignait de Médine et des Lieux saints plus l’innovation avait des chances d’être ancrée ; aucune hérésie ne prend ses racines dans la ville du Messager (r).[12]

  • Les râfidhites et les kharijites viennent d’Iraq (Koufa, Bassora),
  • L’irjâ et le shiisme de Koufa,
  • Les qadarites (ils étaient également dans le Shâm), les mu’tazilites, et le « soufisme » de Bassora,
  • Les nâsibites au Shâm,
  • Les jahmites, la plus hérétique, viennent du côté du Khurasân,[13]
  • Les anthropomorphistes également viennent du Khurasân.[14]

Voir : http://www.mizab.org/#!les-savants-et-les-mirs-/c2wy

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[2] Il s’agit du premier lieu de recueillement abritant des ascètes (zâwiya), alors que jusque-là, la mosquée représentait le seul lieu de culte des musulmans.

[3] Les anecdotes surprenantes qui nous viennent sur le sujet sont pour la plupart imputées à leurs pieux, comme Zirâra ibn Awfa (m. 93 h.), Abû Juhaïr el A’mâ (m. ? h.), ‘Utbat el Ghulâm (m. ? h.), ‘Atâ e-Sulaïmî (m. après 140 h.). Plusieurs d’entre eux sont tombés raides morts à la lecture du Coran. Majmû’ el fatâwâ (11/6-13).

[4] L’âme est animée par deux forces :

  • La sensation et la conscience du bien et du mal (savoir + croyance)
  • Un sentiment d’attirance envers le bien (qui va stimuler l’amour et l’espoir) et de répulsion envers le mal (qui va stimuler la haine et la peur).

La sensation du bien provoque la jouissance et la joie, tandis que la sensation du mal provoque la douleur et la détresse. Le cœur est naturellement enclin à la reconnaissance et à la soumission de Dieu, mais des éléments extérieurs viennent le corrompre et lui faire renier ce sentiment naturel. Il y a une relation de cause à effet entre la connaissance et l’amour du bien, de la même manière qu’il y a une relation de cause à effet entre la connaissance et la haine du mal. Or, deux facteurs font obstacle à ce mécanisme ; les passions intellectuelles qui pervertissent la connaissance de la vérité et les passions corporelles qui pervertissent la soumission à cette vérité. [Voir pour ce point : Majmû’ el fatâwa (7/307).]

Selon ibn Ma’sûd : « Chacun de leur côté, l’ange et Satan insufflent à l’homme ; l’ange incite à faire le bien et à donner foi à la vérité, tandis que Satan incite à faire le mal et à démentir la vérité. » [Rapporté par Tirmidhî (2991).]

Il pose ainsi les bases du fonctionnement humain ; il met en avant les deux forces dont nous avons parlé plus haut :

  • la sensation et la perception (donner foi à la vérité et démentir le faux)
  • la volonté et l’action (aimer le bien et détester le mal).

La première force est la source qui implique des fruits, et la seconde, les fruits, en est la réalisation ou le parachèvement. L’homme est instinctivement attiré vers le bien et repoussé par le mal. Le Prophète (r) a dit : « …les noms les plus véridiques sont Hârith (celui qui agit ndt.) et Hammâm (celui qui pense ndt.). » [Rapporté par Abû Dâwûd (4950), e-Nasâî (3565), selon Abû Wahb el Jushamî (t).]

L’homme vacille constamment entre la pensée et l’action qui tend vers la recherche d’intérêt et la lutte contre toute forme de désagrément. Ensuite, il est possible que ces espoirs soient mal fondés : soit il évalue mal son ambition qui n’est en définitive ni utile ni nuisible, soit les moyens qu’il utilise sont inefficaces en eux-mêmes. Ici, l’échec est dû à l’ignorance. Il peut mal agir en toute âme et conscience, mais mu par d’autres intérêts qu’il juge prépondérants. Ici, l’échec est dû à l’injustice, bien que sous un certain angle, il soit ignorant également, pour avoir mal géré son affaire.

Ainsi, la croyance (croire ou ne pas croire) et l’ambition (vouloir ou ne pas vouloir) sont propres à l’homme. Il est enclin naturellement vers le bien, mais il peut choisir le mal et compter ainsi parmi les perdants. Toute bonne croyance et toute bonne ambition viennent des insufflations de l’ange (en plus de son penchant naturel vers le bien) et toute mauvaise croyance et toute mauvaise ambition viennent des insufflations du diable. [Majmû’ el fatâwa (4/31-34).]

[5] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/156).

[6] Majmû’ el fatâwâ (10/359-361).

[7] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya avec la recension de Sheïkh el Albânî (p. 381). Une autre annale de ce même Mâlik ibn Dînâr la corrobore à merveille. En voici l’énoncé : « j’ai lu dans les Psaumes : Je tire vengeance contre l’hypocrite en infligeant contre lui un hypocrite comme lui ; en les montant l’un contre l’autre, Je me venge des deux à la fois. Un Verset du Coran exprime exactement ce principe : [C’est ainsi que Nous infligeons aux injustes le joug des uns sur les autres] [Le bétail ; 129]. » Rapporté avec une chaine narrative authentique par ibn Abî Hâtim dans son tafsîr en exégèse au Verset en question.

[8] Voir : minhâj e-sunna (4/546).

[9] Majmû’ el fatâwâ (10/356).

[10] Le bétail ; 129

[11] Majmû’ el fatâwâ (35/20). Ibn Taïmiya établit également à ce sujet : « C’est pourquoi, il est notoire que la tendance traditionaliste ne voit ni la rébellion ni l’épée contre les émirs en place, même s’ils répandent l’injustice. Et cela, conformément aux hadîth prophétiques authentiques et communément transmis sur le sujet. Le désordre qu’engendrent les guerres intestines et les troubles est plus grand que le mal et l’injustice venant des émirs en temps de paix. On ne confronte pas un plus grand mal en se contentant d’un mal moindre (sic).

À travers l’Histoire, les révoltes ont pratiquement toujours ramené un mal plus grand que celui qu’elles avaient enlevé. Or, Allah ne nous a pas ordonné de combattre tous les tyrans et les injustices quoiqu’il arrive. Il ne nous a pas demandé non plus de combattre d’entrée les rebelles, mais Il nous enjoint d’attendre : [Lorsque deux groupes parmi les croyants se querellent, réconciliez entre eux ; mais si l’un d’eux s’acharne contre l’autre, alors combattez celui qui s’acharne jusqu’à ce qu’il se plie à l’ordre d’Allah • une fois qu’il s’y plie, alors réconciliez entre eux avec équité, et soyez justes, car Allah aime les justes] [Les appartements ; 9]. S’il n’a pas demandé de combattre d’entrée des rebelles, alors comment l’aurait-Il demandé pour les émirs ? » Minhâj e-sunna (3/391).

Ailleurs, il va plus loin en disant : « Peu furent les révoltes qui, dans l’Histoire, n’engendrèrent pas un mal plus grand que le bien escompté. Nous avons comme exemple, ceux qui s’insurgèrent contre Yazîd à Médine, ibn el Ash’ath qui s’insurgea contre ‘Abd el Mâlik en Iraq, ibn el Muhallib qui s’insurgea contre son fils dans le Khurasân, Abû Muslim sâhib e-da’wa qui prit également contre eux les armes dans le Khurasân, et ceux qui se révoltèrent contre el Mansûr à Médine et à Bassora, etc.

Le mieux qu’il peut leur arriver, quand ils ne sont pas vaincus, c’est de triompher, mais, tôt au tard, ils perdent le pouvoir, et jamais ils ne laissent d’héritier. ‘Abd Allah ibn ‘Alî et Abû Muslim attentèrent à la vie d’un nombre incroyable de personnes, pourtant, tous les deux finirent entre les mains d’Abû Ja’far el Mansûr. Quant aux partisans d’el Harra, d’ibn el Ash’ath, d’ibn el Muhallib, etc. ils connurent la défaite ; ils ne parvinrent ni à maintenir la religion ni à épargner le profane. Alors que le Très-Haut n’ordonne rien qui ne rapporte aucun effet ni pour la religion ni pour la vie matérielle. S’il est vrai au même moment, que les acteurs d’une telle initiative soient des pieux, des élus d’Allah promis au Paradis. » Minhâj e-sunna (4/528).

[12] Majmû’ el fatâwâ (28/205).

[13] Majmû’ el fatâwâ (20/298) ; voir également (7/220, 7/310, 20/301).

[14] Majmû’ el fatâwâ (16/473).

Partager cet article

Repost 0
Publié par mizab
commenter cet article

commentaires