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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 12:19

Le kufr i’râdh

Nouvelle version

(Partie 2)

Nous sommes toujours avec Sheïkh Sâlih Sindî

Il y a donc deux éléments néfastes qui font obstacle à cette fameuse soumission :

  1. Commettre l’association qui s’oppose littéralement à la parole de l’unicité ;
  2. S’abstenir de se soumettre au moindre commandement, et à la moindre action que ce soit au niveau du cœur ou au niveau des membres. Délaisser la religion revient à s’en détourner complètement (c’est le fameux tawallî, synonyme de non-soumission).

Cela saute aux yeux, car sans fournir aucun acte, comment prétendre au tawhîd si l’on sait qu’il n’y a pas d’adoration sans acte ?

Allah (I) révèle : [Ils disent bien qu’ils croient et qu’ils font obéissance à Allah et au Messager, mais, malgré cela, une partie d’entre eux se détournent littéralement ; ces gens-là ne sont pas croyants].[1]

Ibn Taïmiya établit : « Le tawallî consiste à se détourner de l’obéissance… Le Coran établit l’absence de foi chez ceux qui se détournent des actes, quand bien même, ils fourniraient la parole. »[2]

Ailleurs, il signe : « La véritable religion se confine dans l’obéissance et la soumission ; et cela n’est pas possible sans fournir les actes, en se contentant de la parole. Sans aucun acte d’adoration, on n’a pas de religion, et sans religion, on est un vulgaire impie. »[3]

Allah (I) révèle, en effet : [Si nous avons envoyé un Messager, c’est uniquement pour qu’on lui obéisse par la Volonté d’Allah].[4] La religion repose forcément sur l’obéissance, les actes, et la soumission.

Ainsi, se soumettre à la religion par les actes dans l’absolu est une condition de l’attestation de foi, bien qu’il soit possible, dans les faits, de négliger plus ou moins les actes, mais nous parlons ici du cas où on ne ferait aucun acte.

Sheïkh el Islâm souligne : « Il devient clair que la religion repose forcément sur la parole et les actes ; il est impossible de donner foi en Allah et à Son Messager avec le cœur, ou avec le cœur et la langue sans ne fournir la moindre obligation apparente (prière, aumône, jeûne, etc.)… On ne peut donc prétendre à la foi sans fournir la moindre obligation issue de la Législation mohammadienne. »[5]

Pour plus de détails sur la position d’ibn Taïmiya :

http://www.mizab.org/#!linteraction-entre-le-cur-et-les-actes/cpq4

Si cela est clair, nous pouvons désormais pénétrer la nuance entre deux conditions : l’acceptation et la soumission. L’acceptation se situe en amont, et la soumission en est le fruit. Le premier élément s’intéresse à l’adhésion intérieure au monothéisme en s’engageant à accueillir toutes ses lois à cœur ouvert (le néophyte a pleine conscience que ces lois s’adressent à lui), sans n’émettre la moindre réticence ou objection.

Le second élément se situe à une autre étape. Il s’agit désormais, dans l’absolu, d’extérioriser en acte cette adhésion, wa Allah a’lam ![6]

Comment conjuguer entre ce principe et le hadîth de la shafâ’a ?

Voici un essai de réponse : http://www.mizab.org/#!le-consensus-vs-le-hadth-de-la-shafa/c15na

L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

Sheïkh el ‘Uthaïmîn souligne que l’ignorance qui est à l’origine d’un laisser-aller (tafrît) dans l’étude de la religion n’est pas excusable. Ex. : on sait qu’on va à l’encontre de la vérité dans une question, mais on ne fait pas l’effort de la rechercher.[7]

Ce dernier explique à ce sujet : « Je ne pense pas que le Sheïkh (Sheïkh ibn ‘Abd el Wahhâb ndt.) ne tienne pas compte du ‘udhr bi el jahl ; sauf s’il fait allusion à celui qui reste ignorant par négligence de sa part, et qui, par exemple, se détourne de la vérité. Ce dernier en effet est inexcusable.[8] Si je dis cela, c’est parce que le Sheïkh est l’auteur d’autres paroles qui expriment le contraire…

Ainsi, l’ignorant est excusable pour les actes provenant de ce dernier qui relèvent de la mécréance (en sachant que la mécréance est plus vaste que le shirk ndt.) »[9]

En règle générale, aux yeux du doyen de Qasîm, il n’est pas tenu rigueur de l’erreur motivée par l’ignorance que ce soit dans n’importe quel domaine de la religion. Néanmoins, il faut savoir que certains ignorants font preuve d’une sorte d’obstination (‘inâd). Ils entendent la vérité, mais ils n’y prêtent pas attention et ils ne la recherchent pas spécialement. Ils se contentent plutôt de la parole de leur sheïkh et de ceux qu’ils encensent. Ils préfèrent les suivre aux dépens de la vérité. À vrai dire, ce cas d’ignorance n’est pas excusable ; ils devraient au moins prendre la peine de vérifier la vérité qu’on leur ramène, car, au pire des cas, c’est un argument ambigu qu’il incombe de dissiper. Ces suiveurs ignorants sont comparables à ceux que le Coran décrit ainsi : [Nous avons trouvé nos pères sur une voie, et nous nous contentons de suivre leurs traces]. Un autre Verset nous apprend : [et nous nous contentons d’imiter leurs traces].

Les ignorants non négligents sont excusables

Quoi qu’il en soit, l’ignorance est un paramètre excusable dans la situation où on n’a aucune connaissance de la vérité, et qu’on n’en a jamais entendu parler. C’est dans ce cas qu’elle n’est pas tenue rigueur. On juge l’individu en fonction de ses actes. S’il se prétend musulman et qu’il atteste qu’il n’y a d’autre dieu digne d’être adoré en dehors d’Allah et que Mohammed est Son Messager, on doit le considérer comme tel. S’il n’adhère pas à l’Islam, on le rallie à la religion à laquelle il adhère sur terre. Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’en périodes de « rupture ». Allah décidera de son sort le jour de la résurrection. Selon l’opinion la plus vraisemblable, il subira une épreuve qui décidera de son sort ; s’il la passe correctement, il ira au Paradis, et s’il échoue il ira en Enfer.

Or, il faut savoir qu’à notre époque, le message du Prophète (r) s’est répandu pratiquement sur toute la surface de la Terre grâce aux moyens de communication modernes et aux mélanges des cultures. La plupart du temps, la mécréance est motivée par l’obstination.[10]

Selon l’élève du grand exégète Sa’dî, la question du ‘udhr bi el jahl touche indifféremment les péchés et la mécréance. Si l’erreur commise dans l’un de ses deux domaines nous dit-il, n’est pas le fruit d’une négligence, et que le fautif n’a absolument pas conscience qu’il enfreint un interdit, alors dans ce cas, il n’y aura rien contre lui, à condition qu’il soit musulman.[11]

La question du ‘udhr bi el jahl prend ses racines dans le sens général des textes scripturaires de l’Islam. Personne n’est à même de ramener une preuve la remettant en question.[12] (Il n’est donc pas pertinent de taxer de murjites les partisans de cette tendance ndt.). Il est vrai que la négligence en soi est condamnable. Il est intolérable de ne pas accorder attention à l‘étude de la religion. Quand on entend qu’une chose est interdite, on n’a pas le droit de rester indifférent. De ce point de vue, certes, on manque à ses devoirs et on est donc coupable d’un péché. Mais de là à dire qu’un individu vivant au milieu d’une société dans laquelle tel péché est répandu, et que personne n’est au courant que s’en est un ; de là à dire qu’il lui en est tenu rigueur sans n’avoir reçu la preuve céleste, c’est un peu tiré par les cheveux !

Il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorité. Or, le Seigneur (U) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![13]

Ainsi, il est possible d’être condamnable en suivant les autres sans se poser la question de savoir si ce que l’on fait est autorisé ou non. Dans ce cas, la négligence est tenue rigueur, et le fautif peut être inexcusable. Cependant, il est possible également qu’il ne lui vienne même pas à l’esprit qu’il enfreint un interdit, surtout dans la mesure où il n’a pas un savant sous la main pour lui attirer l’attention sur son erreur. Dans ce cas, il est excusable.[14] En un mot, l’ignorance est un facteur excusable, mais la négligence dans l’étude de la religion n’entre pas dans ce registre.[15]

Sheïkh el ‘Uthaïmîn applique ce principe au shirk

L’immolation pour un wali ou pour une tombe relève de la grande association et son auteur est un mushrik apostat. Il a beau dire lâ ilâh illâ Allah et faire la prière, il n’est plus musulman. Il est possible toutefois que, vivant loin des pays musulmans, il ne sache pas que cette pratique soit interdite, et il n’y voit aucun mal. Dans ce cas, il est excusable, mais il incombe de l’informer sur la gravité de son erreur. Après cela, s’il s’entête, alors la preuve céleste est établie contre lui, et il devient un mécréant apostat et un païen. Il n’y a pas de mal à le qualifier ainsi. On le somme de se repentir sous peine de condamnation à mort.[16]

Avant l’iqâma el hudja, on est coupable de shirk, mais sans avoir le statut de mushrik. Il incombe de ramener le coupable à la raison, en lui disant que son acte relève de l’association ; et s’il ne veut pas entendre, à ce moment-là et seulement à ce moment-là, il sort de la religion.[17]

À suivre…

Traduit par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] La lumière ; 47

[2] Majmû’ el fatâwâ (7/142).

[3] Sharh el ‘umda (2/86).

[4] Les femmes ; 64

[5] El îmân el awsat (p. 577).

[6] Nous ne contestons nullement qu’en réalité ses deux notions soient très proches, d’où l’amalgame qu’elles ont pu faire naitre chez quelques-uns. En outre, certains savants utilisent l’un des deux termes pour désigner l’autre, voire les deux en même temps, ce qui augmente la difficulté. Nous espérons que l’explication précédente la dissipera.

[7] Voir : Durûs wa fatâwâ el haram el makkî de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (année 1411 h. cassette n° 9/a). Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. Il est même possible que, parfois, elle porte plus sur la forme qu’autre chose. Voir : Fatâwâ arkân el islâm.

Ailleurs, il tranche sur la question en rejoignant le parti des pro ‘udhr dans le shirk akbar dans la mesure où le fautif n’a pas conscience d’aller à l’encontre de la vérité en commettant du shirk. Sharh el mumti’ (6/193).

Il ramène la divergence des savants au laisser-aller et à la négligence des uns et des autres dans la recherche de la vérité (tafrît), et qui n’offre aucune circonstance atténuante. Voir : sî’at Rahmat Rabbi el ‘Âlamîn lil Juhhâl el Mukhâlifîn li e-Sharî’a min el Muslimîn de Saïd ibn Sa’d e-Dîn el Ghabashi (p. 83).

[8] C’est le fameux kufr i’râdh et le kufr ‘inâd d’ibn el Qaïyim. Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh tient un discours de ce genre dans son sharh kashf e-shubuhât.

[9] Sharh kashf e-shubuhât (p. 46-62).

[10] Voir : Majmû’ fatâwâ e-Sheïkh el ‘Uthaïmîn (2/question nº 222).

[11] Voir : Ta’lîq ‘alâ kitâb e-tawhîd (1/173). Sheïkh el ‘Uthaïmîn va jusqu’à nuancer un passage de l’auteur.

[12] Voir : Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (33/question nº 12).

[13] Idem. C’est le constat que fait l’auteur de l’excellente recherche, que l’adversaire se targue de mettre en avant ‘âridh el jahl, et qui n’est autre que Râshid e-Râshid. Celle-ci, rappelons-le, fut préfacée par Sheïkh el Fâwzân, connu pour ses positions fermes sur le sujet. Il explique en effet : « … Quant à celui qui commet du shirk, dans la mesure où il n’a pas accès à la science, comme ceux qui vivent dans les pays non-musulmans et dans les sociétés où il n’y a pas de prédicateurs qui appellent au tawhîd, de sorte qu’il ne peut remédier à son ignorance, dans ce cas, il est excusable, selon l’opinion la plus vraisemblable des savants. » ‘âridh el jahl (p. 224).

[14] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (39/question nº 3).

[15] Idem.

[16] Liqâ-ât el bâb el maftûh de Sheïkh el ‘Uthaïmîn (48/question nº 15).

[17] Idem.

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Publié par mizab
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commentaires

elfadil mohamed 19/06/2016 03:32

vue....