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1 mai 2016 7 01 /05 /mai /2016 19:22

Murjites Vs kharijites

(Partie 1)

On évoqua à ibn ‘Abbâs la piété des kharijites qui redoublaient d’efforts dans la lecture du Coran, et voici quelle fut sa réponse : « Ils ne redoublent pas plus d’effort que les juifs et les chrétiens, et cela ne les as pas empêché de s’égarer du droit chemin. »[1]

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

Je fus agréablement surpris ces dernières années par l’émergence ici et là de sites consacrés à la réfutation de la secte ash’arite, bien que certains points restent perfectibles, ce qui somme toute, est tout à fait normal. Il m’arrive de lire leur publication sur leur page Facebook, mais ô combien fut ma surprise lorsque, récemment, l’une d’entre elles, qui se veut pourtant sérieuse – et que je tais volontairement le nom en espérant notamment, que ses administrateurs se remettent en question et qu’ils reviennent à la raison – posta ce message pour le moins saugrenu :

Il ne faut pas confondre la voie des traditionalistes (ahl al-athar/al-hanâbila/ahl as-sounna wa al-jamâ'a) avec celle des mourjites. De nos jours, il existe effectivement une secte qui plait aux rois et aux gouverneurs et qui se réclame faussement du tradionalisme. Cette secte en question prône l'immobilisme intellectuel et pratique une théologie politique et pratique par conséquent le takfîr (le fait d'excommunier) et le tabdî' (le fait de taxer une personne d'innovatrice) en fonction des choix, des désirs et des passions des souverains. Cette secte en question est sûrement pire que le kharijisme. Il faut savoir en effet que les kharijites pratiquaient le takfîr par conviction religieuse et non pas par choix politique et mondain. D'ailleurs, les Anciens (salaf) ont déclaré que le mal des mourjites est pire que celui des azaqrites (une des fractions du kharijisme la plus extrémiste et la plus sanguinaire).

Je les ai contactés pour leur demander des explications au cas où j’aurais mal compris son contenu, ou, pour, tout au moins, dissiper l’amalgame qu’il véhicule au prime abord. Étant resté sans réponse, l’idée m’est venue de faire un article sur le sujet dans l’espoir de leur en faire profiter, ainsi qu’à la communauté francophone, en implorant Allah de nous montrer la vérité à tous, et de nous corriger nos erreurs !

La réponse se présente sous forme de points en vue de rester le plus concis possible, wa Allah el musta’ân !

Celle-ci a pour support le passage d’un vieil article qui porte justement sur le kharijisme : http://www.mizab.org/#!le-kharijisme/c5lg

Introduction

Il est vrai que, selon l’expression d’un ancien, les murjites sont les juifs de la qibla. Il s’agit de Sa’îd ibn Jubaïr, comme le rapportent certains recueils de sunna (mais cela ne veut pas dire qu’il faille l’imputer à tous les anciens). Il est vrai également que les détracteurs des pseudos-salafis murjito-jahmite, font tourner cette annale dans les forums, mais sans connaitre réellement de quoi il en retourne, wa bidûn tahqîq !

Ensuite, il est possible de deviner ses intentions, ou pour le moins d’essayer d’en dessiner les contours, en cherchant du côté de la caractéristique des murjites, ou des implications de leurs croyances ; cette tendance ouvre en effet la porte au libertinage et à la zandaqa, peut-être un peu à la manière de Paul le juif qui introduisit l’irja dans la religion chrétienne et qui la corrompit de fond en comble en amenuisant les commandements célestes et en axant son discours sur le pardon divin aux dépens des actes ; ou bien, plus vraisemblablement, fait-il référence au v. 80 de la s. la vache disant : [Le feu ne nous touchera que quelques jours, et ensuite, tout sera fini],[2] voire à ses deux passages : [Ils disent : personne en dehors des Juifs et des chrétiens n’entrera au Paradis, exprimant ainsi leur propre désir. Répond-leur : apportez-en la preuve si vous êtes vraiment sincère • C’est plutôt celui qui soumet son visage à Allah, tout en faisant le bien qui aura sa récompense et qui n’éprouvera ni crainte ni affliction • Les Juifs disent : les chrétiens ne tiennent sur rien, et les chrétiens disent : les Juifs ne tiennent sur rien, et pourtant tous lisent le Livre. Ainsi, les ignorants ont prétendu la même chose. Le Jour de la Résurrection, Allah tranchera entre leurs divergences][3] ; (Les Juifs et les chrétiens disent : nous sommes les fils de Dieu et ses favoris. Dis-leur alors pourquoi vous châtie-t-Il en raison de vos péchés ? Vous n’êtes que de simples mortels qui comptent parmi ses créatures ; Il pardonne à qui Il veut comme Il châtie qui Il veut ; c’est à Lui qu’appartient le royaume des cieux et de la terre et tout ce qui se trouve entre eux ; et c’est vers Lui que se fera votre retour).[4]

Mais apparemment, cette caractéristique est plus à mettre sur le compte de jahm, que des murjiya proprement dits, comme nous allons l’expliquer…

D’ores et déjà, il faut savoir qu’il existe d’autres expressions des anciens sur les murjites, qui, elles, sont plus répandues. Certaines d’entre elles vont jusqu’à dire qu’ils représentaient un plus grand mal pour la communauté que les khawarij azâriqa (l’une des sectes kharijites les plus extrémistes).

Cette parole est imputée à Ibrahim e-Nakha’î, mais il y en a d’autres comme celles de Zuhrî, Yahya ibn Abî Kathîr, Qatâda, Shuraïk el Qâdhî, et Sufiân e-Thawrî.

Cependant, ibn Taïmiya relativise ce discours ; comprendre qu’il faut replacer les choses dans leurs contextes, et que la plupart des savants qui condamnaient l’irja venaient de Kufa, là où la secte prit son envol. Il était donc impératif de lui porter un grand coup afin de la tuer dans l’œuf.[5] Voici sous forme de points des indices permettant de relativiser le discours de Sa’îd ibn Jubaïr, et, par là même, de réfuter l’allégation ci-dessus. Si certains d’entre eux méritent de plus amples explications, voire qui sont contestables, ils n’en demeurent pas moins cohérents en les replaçant dans un ensemble plus vaste.

1- Au début, les savants utilisaient le terme irja pour parler des murjiya el fuqaha, qui est un irja khafîf, non, contre toute attente, des jahmites. Les anciens n’ont pas kaffar cette tendance.[6] Ibn Taïmiya explique que celui qui croit le contraire, c’est gravement trompé.[7] Il va plus loin en disant que les divergences avec eux portent plus sur la forme que sur le fond. Nous sommes donc loin de l’allégation selon laquelle les pseudos salafis sont des murjites ultras (ghulât), car, au pire des cas, ils seraient comparables au fuqaha-murjites.

2- Notons que e-Shihristânî dresse une liste de savants qui furent accusés d’irjâ, dont : Talq ibn Habîb, ‘Omar ibn Murra, Muhârib ibn Ziyâd, Moqâtil ibn Sulaïmân, Dharr el Hamadânî, ‘Amr ibn Dharr, Hammâd ibn Sulaïmân, Abû Hanîfa, Abû Yûsaf, Mohammed ibn el Hasan, Qadîd ibn Ja’far, et… Sa’îd ibn Jubaïr.[8]

3- L’expression « Juifs de la qibla » n’est pas pire que : « chiens de l’Enfer », bien au contraire ! C’est donc la parole d’un savant contre celle du meilleur des hommes.[9]

4- Ibn Taïmiya explique que de grandes sommités connues pour leur piété, comme le leur concèdent les traditionalistes, furent entachées d’irjâ. Les anciens n’ont pas kaffar cette tendance.[10] Ils considéraient que leur innovation était plus sur la forme que sur le fond, et qu’elle ne touchait pas au dogme ! Il leur était reproché, en fait, de manquer de fidélité au vocabulaire coranique, et qu’ils ouvraient grande la porte aux mutakallimîns et aux murjites proprement dits.[11] Sans compter qu’ils donnaient des idées aux libertins qui pouvaient désormais, sous leur couvert, s’adonner à tous les plaisirs. Les anciens l’avaient bien compris, alors ils voulurent fermer la porte avec autorité à tous les débordements dans le but de préserver la religion.[12]

5- En revanche, Ahmed a kaffar les jahmites qui confinaient la foi dans la connaissance.[13] Selon certains chercheurs, les anciens faisaient une distinction entre les murjites et les jahmites dont la croyance était beaucoup plus grave. C’est avec la venue des hérésiographes qu’on commença à compter les jahmites dans le cercle des murjites, en sachant qu’ils n’ont jamais été influencés dans la mise en place de leur crédo par les murjiya el fugaha (ce qui est constatable). Ces derniers étaient même connus pour être des grands pourfendeurs des jahmites.[14]

6- À l’inverse des murjiya el fugaha, ibn Taïmiya affirme que les anciens étaient divisés sur le takfîr des kharijites. Si, selon l’opinion la plus probable et à laquelle adhère ibn Taïmiya, ils restent des musulmans, il n’en demeure pas moins que les anciens sont unanimes à dire qu’il faut les combattre coûte que coûte.[15]

7- Ibn Taïmiya va plus loin en disant qu’il incombe de les combattre, même s’ils ne prennent pas les armes. Selon lui, il suffit pour leur crime qu’ils fassent de l’excès les faisant sortir de la religion, ce qui est passible de la peine de mort. Voici le passage en question : « Il n’est pas pertinent de dire qu’il fut légiféré de les combattre, juste parce qu’ils tuent les gens, comme on repousse des agresseurs (bandits de grand chemin, etc.), ou de simples insurgés (bughât). Le but, en effet en combattant les seconds, c’est d’éradiquer leur mal, de disloquer leur groupe, et de les ramener à l’ordre. Il n’est donc pas légiféré de les tuer où qu’ils se trouvent, ni de les exterminer jusqu'au dernier comme le peuple de Hâd ; ils ne sont pas non plus les pires des hommes qui se trouvent sous la voûte céleste, et il ne fut pas légiférer de les combattre sans condition, mais en dernière instance. Il y a donc une autre raison qui se cache derrière l’obligation de combattre les kharjites. Ils sont en effet les plus prompts à sortir de la religion à cause de l’excès qu’ils font, comme nous l’informe le hadîth d’Alî : « Mais, ils sortiront plus vite de la religion que la flèche transperce sa proie. Où que vous les trouviez, tuez-les. »[16] Ainsi, si on les tue, c’est parce qu’ils sortent de la religion…

(…) Ainsi, nous les tuons en raison de leur caractéristique qui est de sortir de la religion (et qui est présente aussi bien chez un seul que chez un grand nombre d’entre eux) non parce qu’ils s’insurgent et prennent les armes contre les musulmans.

Il est vrai qu’Alî (t) ne les a pas combattu dès leur émergence, mais c’est uniquement dans la mesure où il ne savait pas à qui il avait à faire. Il a fallu qu’ils mettent un terme à la vie d’ibn Khubbâb, et qu’ils sèment le pillage pour qu’il comprenne qu’il s’agissait de ceux dont faisait allusion le hadîth : « Ils tuent les adeptes de l’Islam et épargnent les païens. »[17] Il a sur dès lors qu’ils étaient les fameux kharijites.

L’autre raison qui l’a empêché de les combattre, avant qu’ils ne fassent couler le sang, c’est que leurs tribus auraient pu, par chauvinisme, quitter les rangs d’Alî (t)… »[18]

À suivre…

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Voir : e-sharî’a d’el Ajurrî (p. 27, 28).

[2] Voir : Firaq mu’âsira de Ghâlib ‘Awâjî (2/276).

[3] La vache ; 111-113 Ailleurs, ibn Taïmiya signale que les gens du Livre ont pour usage de renier les bonnes opinions de leurs coreligionnaires. Voir : Iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/91).

[4] Le repas céleste ; 18

[5] Majmû’ el Fatâwâ (7/311).

[6] Voir : el imân (p. 377) et majmû’ el fatâwa (7/394) tout deux d’ibn Taïmiya.

[7] Majmû’ el fatâwa d’ibn Taïmiya (7/507, 3/351-352, et 23/348)

[8] El milal wa e-nihal (1/139-146).

[9] Certaines annales remontant au Prophète utilisent l’expression : « « Juifs de la communauté », mais celles-ci sont toute aussi faibles les unes que les autres.

[10] Voir : el imân (p. 377) et majmû’ el fatâwa (7/394) tout deux d’ibn Taïmiya.

[11] Voir : http://www.mizab.org/#!les-variations-de-la-foi/c143

http://www.mizab.org/#!le-murjisme/c1gyu

[12] Majmû’ el fatâwa (7/394-395).

[13] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).

[14] Voir : maqâlât el jahm ibn Safwân (1/201-213), qui à l’origine est une thèse ès magistère de Yâsir Qâdhî.

[15] Majmû’ el fatâwa (28/512-513, et 13/356).

[16] Rapporté par el Bukhârî (n° 5057) et Muslim (n° 1066), selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).

[17] Rapporté par el Bukhârî (n° 3344) et Muslim (n° 1064), selon Abû Sa’îd el Khudrî (t)

[18] E-sârim el maslûl (2/347).

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Publié par mizab
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