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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 14:07

Murjites Vs kharijites

(Partie 2)

8- Ce qui conforte le point précédent, c’est que les murjites ne se distinguent pas des kharijites sur leur prise de position face aux gouverneurs en place, comme en témoignent un certain nombre d’annales.

• Selon ibn Shâhîn, Sufiân e-Thawrî a dit : « Craignez toutes ces « passions » égarées. » Quand on lui demanda des explications, ce dernier répondit : « Les murjites disent….Puis, il évoqua certaines de leurs opinions avant d’enchaîner : Ils voient l’épée contre les adeptes de la qibla. »[1]

• Selon ibn Shâhîn, on demanda à ibn el Mubârak : « Est-ce que tu adhères à la pensée murjite ?

  • Comment pourrais-je être un murjite, a-t-il répondu, alors que je ne vois pas l’épée ! »[2]

• Selon Ibrâhîm ibn Shammâs, un jour, devant ibn el Mubârak dans l’assemblée duquel nous nous trouvions, un homme accusa Abû Hanîfa de murjite, partisan de l’épée contre le gouverneur en place, sans que cela ne fasse réagir notre érudit,[3] ce qui a valeur de consentement.

• Ce même ibn el Mubârak dresse certains articles du crédo officiel : « Quand on voit la prière sous la direction d’un imam qu’il soit bon ou mauvais, le djihad sous l’autorité de n’importe quel khalife, et qu’on n’adhère pas à la révolte armée contre le sultan en place à qui on réserve des invocations afin qu’Allah le réforme, on s’émancipe de la pensée kharijite de fond en comble. »[4]

• D’après Abû Ishâq el Fuzârî, j’ai entendu dire Sufiân et el Awzâ’î : « Le discours des murjites aboutit à l’épée ! »[5]

• D’après e-Sâbûnî, avec une chaîne narrative authentique qui fait dire à Ahmed ibn Sa’îd e-Ribâtî, ‘Abd Allah ibn Tâhir m’a dit : « Ahmed ! Vous, vous ne savez pas pourquoi vous détestez ces gens-là – en parlant des murjitesalors que moi, je sais pourquoi je les déteste. Je les déteste parce que ; premièrement : ils ne voient pas l’obéissance au sultan… »[6]

Nous allons voir que l’avènement des murjites s’inscrit en réaction à la révolte d’ibn el Ash’ath. Nous comprenons mieux désormais pourquoi Ibrâhim e-Nakha’î disait qu’ils représentaient un plus grand mal pour la communauté que les khawârij azâriqa,[7] et que ces derniers étaient plus excusables,[8] étant donné qu’ils prenaient les armes contre les autorités qu’ils assimilaient à des apostats, alors que les murjites s’arrogeaient le droit de se révolter contre des gouverneurs désobéissants. Ce même Ibrahim disait que les murjites avaient rendu la religion plus légère que l’habit de Sâbirî.[9] Ibn Jubaïr les comparait aux sabéens,[10] et e-Zuhrî considérait que leur hérésie était la plus dangereuse pour les musulmans.[11]

9- Shihristânî classe les murjites en quatre catégories :

  1. Murijya el khawârij ;
  2. Murijya el qadariya ;
  3. Murijya el jabariya ;
  4. Les murijya proprement dits.[12]

10- Mieux, l’esprit de révolte n’est pas propre aux kharijites ni aux… murjites, mais à tous les innovateurs. Abû Qilâba est l’auteur des paroles extraordinaires : « Tout groupe qui innove une innovation voit obligatoirement l’épée. »[13] Il établit également qu’aussi diverses soient-elles, les innovations aboutissent forcément à l’épée ; l’épée est donc leur point commun à toute. Ayyûb e-Sikhtiyânî le rejoint sur ce point, en précisant que les hérétiques sont tous des kharijites, bien qu’ils portent des noms différents.[14]

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne : « À l’origine de leur égarement, nous pouvons constater que, dans un premier temps, ils sont convaincus que les grandes références de la religion et de la communauté musulmane ne sont plus crédibles en raison de leur injustice. Ils les voient comme des égarés. Cette vision est caractéristique à tous les opposants à la sunna, parmi notamment les râfidhites. La deuxième étape consiste à faire passer ce qu’ils voient être de l’injustice pour de la mécréance. Puis, par rapport à ce statut, ils mettent en pratique certains principes qu’ils ont innovés. Voici les trois étapes par lesquelles passent ceux qui sortent de la religion (mâriqîn) parmi les harûrites et les râfidhites. »[15]

Il a dit également : « Les hérétiques ont la particularité d’innover des tendances qu’ils considèrent comme les obligations de la religion, voir comme faisant partie intégrante de la foi ; ils taxent de mécréance et légitiment le sang de toute personne qui n’y adhère pas comme c’est le cas des kharijites, des jahmites, des râfidhîtes, des mu’tazilites, etc. À l’inverse, les traditionalistes n’innovent pas de nouvelles idées et ne condamnent pas à l’apostasie ceux qui commettent une erreur d’interprétation ou qui sont en désaccord avec eux, bien qu’eux-mêmes se permettent de les taxer d’apostats et de légitimer leur sang. Les Compagnons n’ont pas sorti les kharijites de la religion bien que ces derniers ont kaffar ‘Uthmân, ‘Ali et tous ceux qui ont reconnu leur autorité (ou qui s’en font les alliés ndt.), et bien qu’ils aient légitimé de verser le sang des musulmans. »[16]

Les kharijites se caractérisent pour dénigrer les émirs et les savants, pour interpréter le Coran à leur façon, faire le takfîr non fondé des musulmans, à la suite de quoi, se rebeller contre les autorités en place, de verser impunément le sang des musulmans, et de violer leur honneur et leurs biens. Ainsi, une menace terrible plane sur ceux qui les imitent.[17] Shâtibî va plus loin en reprochant qu’on accole les hadîth sur les kharijites à un groupe en particulier, alors que les savants les utilisent pour condamner tous les innovateurs sans exception.[18]

11- C’est ce qui explique l’adage de Sahl e-Tusturî : « Cette nation se divise en soixante-treize sectes ; soixante-douze d’entre elles sont vouées à la perdition, toutes haïssent le sultan ; la secte sauvée est la seule qui est avec le sultan. »[19]

Ce dernier dit également : « Les gens vivront bien tant qu’ils encenseront les sultans et les savants. En faisant cela, Allah leur améliorera leur vie religieuse et leur vie matérielle. Cependant, en les dénigrant, ils mettront à mal leur vie présente et leur vie future. »[20]

Le Prophète (r) dit : « Vos meilleurs émirs sont ceux qui vous aiment et que vous aimez ; ils prient sur vous et vous priez sur eux. Et vos pires émirs sont ceux qui vous détestent et que vous détestez ; ils vous maudissent et vous les maudissez.

  • Messager d’Allah ! Ne devons-nous prendre l’épée contre eux, lui demanda-t-on ?
  • Non, tant qu’ils font la prière. Si vous voyez en l’un d’entre eux quelque chose qui vous déplait, vous devez détester son acte, mais sans sortir de son autorité. »[21]

En commentaire à ce hadîth, Ishâq affirme : « Cet usage, qui est en vigueur dans les milieux orthodoxes, fustige les murjites ! »[22]

Ce principe s’est vite inscrit dans le crédo traditionaliste. El Barbahârî affirme pour l’établir : « Si tu vois un homme invoquer Dieu contre le sultan, alors sache qu’il est un innovateur, et si tu vois un homme invoquer Dieu pour le sultan, alors sache qu’il est un traditionaliste. »[23]

El fudhaïl ibn ‘Iyâdh, pour sa part, est l’auteur des paroles : « Si je savais que l’une de mes invocations était exaucée, je la réserverais en faveur du sultan. »[24] Quand on lui demanda de s’expliquer sur ce point, ce dernier répondit : « si je me corrige moi-même, je serais le seul à en profiter avec mon entourage. Tandis que si le gouverneur se corrige, c’est tout le monde qui va en profiter. Il nous est demandé d’invoquer en leur faveur, non d’invoquer contre eux, même s’ils répandent l’injustice et la tyrannie. Leurs injustices jouent contre eux-mêmes, tandis que leur réforme rapporte à tous les musulmans, pas seulement à eux. »[25] L’Imâm Ahmed – qu’Allah lui fasse miséricorde – a des paroles de ce genre.

Voir : http://www.mizab.org/#!la-condamnation-publique-du-gouverneur/c1h2o

http://www.mizab.org/#!les-savants-et-les-mirs-/c2wy

À suivre…

Par : Karim Zentici

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[1] Voir : el kitâb e-latîf (n° 15), e-sharî’a d’el Ajurrî (n° 2062), et sharh usûl el i’tiqâd d’e-Lalakâî (n° 1834).

[2] Voir : el kitâb e-latîf (n° 17).

[3] Rapporté par ‘Abd Allah ibn Ahmed dans e-sunna (1/181, 182) avec une chaîne narrative authentique.

[4] Maqâlât el islâmiyîn d’el Ash’arî (p. 87). Ibn el Mubârak est également l’auteur de la citation suivante : « Celui qui dit que la foi se compose des paroles et des actes, et qu’elle monte et qu’elle descend, sort de l’irjâ par toutes ses portes sans exception. » Rapporté par ibn Batta dans el ibâna el kubrâ (n° 278).

Mais encore : Ibn Shaïbân ibn Farrûkh demanda à ‘Abd Allah ibn el Mubârak à la fin de sa vie : « Que dis-tu de celui qui commet l’adultère et qui boit de l’alcool, etc. ? Est-il musulman ?

  • Je ne le sors pas de la foi.
  • Serais-tu devenu murjite à ton âge ?
  • Abû ‘Abd Allah ! Les murjites ne m’acceptent pas ; moi, je dis que la foi monte contrairement à eux. » Voir : musnad ishâq (3/670).

[5] Rapporté par ‘Abd Allah ibn Ahmed dans e-sunna (n° 363) avec une chaîne narrative authentique.

[6] Voir : ‘aqîda e-salaf wa ashâb el hadîth (p. 109).

[7] Rapporté par ‘Abd Allah ibn Ahmed dans e-sunna (n° 623)

[8] Rapporté par el Khallâl dans e-sunna (n° 963).

[9] Rapporté par Abû Sa’d dans e-tabaqât (n° 7985).

[10] Rapporté par ‘Abd Allah ibn Ahmed dans e-sunna (n° 482).

[11] Voir : e-sharî’a d’el Ajjurî (2/677).

[12] Voir : el milal wa e-nihal (1/162).

[13] Rapporté par ‘Abd e-Razzâq dans el musannif (10/151), et e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[14] Rapporté e-Lâlakâî dans Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna (1/143).

[15] Majmû’ el fatâwâ (28/497).

[16] Minhâj e-sunna (5/95), voir certains passages importants des paroles de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya allant dans ce sens, dans Majmû’ el fatâwâ (19/73-75), Minhâj e-sunna (5/158 et 239, 240), e-radd ‘alâ el Bakrî (2/487-490).

[17] El i’tisâm de Shâtibî (2/726).

[18] Idem.

[19] Voir : qût el qulûb (2/242) d’abû Tâlib el Makkî.

[20] Tafsîr el Qurtubî (5/260).

[21] Rapporté par Muslim (n°1855), selon ‘Awf ibn Mâlik (t).

[22] Mustakhraj Abî ‘Awâna (n° 5774).

[23] Sharh e-sunna (p. 113).

[24] Cette annale est rapportée par e-Lalakâî dans sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna wa el jamâ’a (1/172-173).

[25] Cette annale est également rapportée par el Khallâl dans e-sunna (n° 9), et Abû Nu’aïm dans el huliya (8/91) avec une chaine narrative authentique.

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Publié par mizab
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