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5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 14:33

Murjites Vs kharijites

(Partie 4)

19- Il est caractéristique aux innovateurs de donner des sobriquets aux traditionalistes, comme le souligne ibn Abî Hâtim : « Le signe distinctif d’ahl el bida’ est de dire du mal d’ahl el athar, ahl e-sunna ; celui des zindîq est de les traiter de grands parleurs (hashawiya) ; celui des qadarites est de les taxer de mujbira (déterministes ndt.) ; celui des murjites est de les accuser de mukhâlafa ou de nuqsâniya ; et enfin celui des râfidhites est de les assimiler à des nâsiba. »[1]

Les kharijites ne dérogent pas à la règle ; ces derniers taxent les salafis de murjites. Ibn Abî Ya’lâ témoigne à ce sujet : « J’ai remarqué que les adeptes de l’innovation, des passions et de la division donnent aux traditionalistes des sobriquets horribles en vue de les dénigrer, de les rabaisser, et de les stigmatiser aux yeux des simples d’esprit et des incrédules ; les murjites les traitent de « sceptiques », mais ce terme colle plus à la peau de ces vulgaires menteurs… Pour les kharijites, ils sont des murjites, mais ce sont plutôt ces menteurs les murjites, car ils s’arrogent la foi et la vérité aux dépens des autres, et considèrent comme mécréant quiconque n’est pas d’accord avec eux. »[2]

20- Ibn Taïmiya souligne que les sectateurs corrompus, à l’image de Dhû el Khuwaïsira, le père spirituel de la secte, ne pèsent jamais entre le pour et le contre, car ils voient en cela une marque de faiblesse. Les kharijites de la première époque avaient reproché à ‘Alî de se fier à des conciliateurs en vue d’entamer des pourparlers avec Mu’âwiya, etc.[3] Ils se caractérisaient également par deux choses :

  • Ils se démarquent du groupe, et des enseignements de la sunna ;
  • Ils inversent les valeurs en critiquant les bonnes initiatives et en cautionnant les mauvaises.[4]

Sheïkh el Islam ibn Taïmiya souligne à cet effet : « C’est pourquoi, il faut prendre garde à ne pas taxer les musulmans d’apostasie à cause de leurs erreurs ou de leurs péchés, car c’est la première innovation apparue dans l’Islam. Ces adeptes ont exclu les musulmans de la religion et ils se sont légitimés leurs biens et leur sang. »[5]

Ailleurs, il explique que les kharijites se distinguent par deux caractéristiques :

  1. Ils s’insurgent contre les textes et la sunna en inversant les valeurs ; leur père spirituel Dhû el Khuwaïsira e-Tamîmî en est le meilleur exemple, lui qui interpella le meilleur des hommes en ces termes : « Sois juste ! Tu n’as pas été juste.
  • Malheur à toi, lui lança-t-il, qui peut se vanter d’être juste si je ne le suis pas ? »[6]

  1. Ils sortent dans un premier temps, les musulmans de l’Islam à cause de leurs erreurs ou de leurs péchés. Puis, ils légitiment leurs biens et leur sang, et considèrent qu’ils ne vivent pas en terre d’Islam.[7]

Les premiers kharijites étaient également connus pour leur piété, et leur scrupule religieux ; ils étaient plus fervents à ce niveau que les Compagnons, mais c’est justement ce qui causa leur perte, car ils n’étaient pas conformes à la voie prophétique ; d’où l’adage, qui est imputé à ibn Mas’ûd et à Abû ibn Ka’b : « Il vaut mieux être modéré dans l’observance de la Tradition que de redoubler d’efforts dans la voie de l’innovation. »[8]

Voir : http://www.mizab.org/#!ibn-tamiya-et-les-kharijites/c1dwp

21- Nombreux sont les hanabilites qui ont pris leur distance, à travers les époques, avec l’orthodoxie officielle. Dhahabî énumère une liste de déviationnistes, avec notamment les mu’tazilites ultras, les ash’arites ultras, les murjites ultras, les jahmites ultras, les karrâmites ultras, mais aussi les hanbalites ultras.[9]

Ibn Taïmiya fait remarquer que beaucoup d’hérétiques affiliés aux quatre écoles canoniques de fiqh s’inscrivent à contre-courant de leur père fondateur dans le domaine du crédo.[10] Il évoque notamment ce phénomène dans les milieux hanbalites, bien qu’il considère qu’ils sont comparativement plus fidèles à la voie orthodoxe ; il dénote, malgré tout, des déviations dans le domaine des Noms et Attributs divins que certains d’entre eux reconnaissent à outrance.[11] Il leur arrive également de bannir de la religion à outrance tous leurs opposants. L’une des raisons pour lesquelles, ils se démarquent du fondateur éponyme de l’école est qu’ils appréhendent mal son discours.

Ce dernier explique à ce sujet : « Par ailleurs, certains savants de notre école parmi les nouvelles générations ont divergé sur la question de savoir si la personne ayant commis un acte de kufr, est vouée à l’Enfer éternel. La plupart estime que oui, comme le stipule un certain nombre d’anciens spécialistes en hadîth, à l’exemple d’Abû Hâtim, Abû Zur’â et de bien d’autres. D’autres désapprouvent ce jugement.

La raison à l’origine de cette divergence, c’est que les textes se « contredisent » à leurs yeux. Ils sont confrontés à des textes qui réclament de kaffar les auteurs de certaines paroles, mais au même moment, ils voient que certains d’entre eux avaient une foi telle, qu’ils n’étaient pas concernés par ce statut. Ainsi, les textes s’opposaient.

En réalité, ils avaient raison de prononcer un jugement absolu, comme l’ont fait ces fameux Imams avec les textes scripturaires ; ils disaient en effet que l’auteur de telle parole était un kâfir. À les entendre, ils donnaient l’impression à ces savants que ce jugement englobait tous les cas possibles. Cependant, ils ne se sont pas mis à l’esprit que le takfîr est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure pour chaque cas particulier.

Ainsi, le takfîr el mutlaq (absolu) n’implique pas forcément le takfîr el mu’ayin (particulier), sauf dans la situation où toutes les conditions pour le faire soient remplies et où toute restriction obligeant à s’abstenir soit en même temps exclue. »[12]

Ailleurs, il est plus éloquent : « Certaines paroles attribuées à l’Imâm Ahmed laissent à penser qu’il a kaffar certains cas particuliers ; certains en concluent qu’il a deux opinions sur la question, ce qui est très contestable. Il est plus pertinent, en effet, d’entrer dans les détails ; soit, que tous les cas particuliers qu’il a sorti de la religion, c’est uniquement dans la mesure où toutes les conditions étaient réunies pour le faire, et où toutes les restrictions possibles étaient exclues. Quant aux cas sur lesquels il ne s’est pas prononcé, c’est uniquement dans la mesure où ces paramètres n’étaient pas réunis. Cependant, cela ne l’empêchait pas de considérer dans l’absolu que leur faute faisait sortir de la religion. »[13]

Cette mauvaise approche (consistant notamment à dire que le Législateur n’accorde aucune excuse dans les fondements de la religion), qu’ils empruntent aux innovateurs tels que les kharijites (il est possible que tout simplement ils rejoignent sur ce point), s’est répandue à toutes les écoles canoniques, comme le révèle ibn Taïmiya, l’auteur des paroles : « Celui qui fait une mauvaise interprétation des textes, mais dont les intentions sont de suivre scrupuleusement le Messager (r), il ne devient pas mécréant ni pervers, s’il se trompe à la suite d’un effort d’interprétation. Ce principe est notoire pour les questions pratiques (furû’ ndt.). Quant aux questions liées au dogme (usûl ndt.), bon nombre de gens ne donnent pas d’excuse à celui qui se trompe dans ce domaine. Or, cette tendance n’est connue par aucun Compagnon ni par leurs fidèles successeurs ni par les grandes références de l’Islam. Elle prend son origine chez les innovateurs qui innovent des principes et qui sortent de l’islam tous ceux qui ne veulent pas s’y soumettre, à l’image des kharijites, des mu’atazilites, et des jahmites. Bon nombre d’adeptes des quatre écoles l’ont adoptée, comme certains malikites, certains shafi’ites, certaines hanbalites, et d’autres. »[14]

Voir : http://www.mizab.org/#!ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans/cqhr

http://www.mizab.org/#!le-takfr-le-tafsq-et-le-tabd-/c1ip5

22- De nombreux modernes hanbalites, à l’image d’ibn el Jawzî, ibn ‘Aqîl, Abû Ya’lâ, etc. sont, aux yeux d’ibn Taïmiya, plus éloignés des enseignements du fondateur éponyme de l’école qu’Abû el Hasan el Ash’arî.[15]

Il loue ce dernier notamment pour sa conformité au traditionalisme dans le domaine de l’obéissance au sultan en parlant de, – je cite – : « … ses positions orthodoxes qui touchent aux Attributs, au destin, à l’imâma, aux vertus (probablement des Compagnons ndt.), à l’intercession, au bassin, au pont jeté au-dessus de la Géhenne, à la Balance jouent en sa faveur. Tout comme ses réfutations aux autres sectes (mu’tazilites, qadarites, râfidhites, jahmites) qui mettent en lumière leurs contradictions. Il est indubitable qu’il se distingue d’eux et que nous devons lui reconnaitre le rang et le respect qu’il mérite : [Allah a fait toute chose avec mesure].

Il doit sa notoriété et sa célébrité (recrudescence d’adeptes ndt.) à sa fidélité au traditionalisme. Néanmoins, cette fidélité, grâce à laquelle il prend le pas sur ses opposants en pulvérisant leurs arguments, l’élève au rang de mujâhid victorieux. »[16]

Voir : http://www.mizab.org/#!la-hirarchie-des-savants/ctua

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

[1] Sharh usûl i’tiqâd ahl e-sunna d’e-Lâlakâî (1/179).

[2] Tabaqât el hanâbila (1/34-36).

[3] Majmû’ el Fatâwâ (28/291).

[4] Majmû’ el Fatâwâ (4/189).

[5] Majmû’ el fatâwâ (13/31, 3/279, 7/481), voir également : sharh el asfahâniya (p. 225).

[6] Rapporté par el Bukhârî (5057) et Muslim (1066), selon ‘Alî ibn Abî Tâlib (t).

[7] Majmû’ el fatâwâ (19/72).

[8] El istiqâma (1/258).

[9] Siar a’lâm e-nubalâ (20/45-46).

[10] Voir : e-dalîl ‘alâ butlân e-tahlîl.

[11] Majmû’ el fatâwâ (20/186). Ibn Taïmiya établit qu’il est moins grave de reconnaitre à outrance les Attributs divins que de carrément les renier. C’est pourquoi les Écritures mettent plus l’accent sur la réfutation des négateurs et s’étendent avec amples détails sur les Attributs parfaits d’Allah. Résultat : bien qu’erronés, les arguments des anthropomorphistes sont bien plus solides que ceux des négateurs, car ayant une origine textuelle. Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (6/348).

Voir : http://www.mizab.org/#!lanthropomorphisme/c53r

[12] Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[13] majmû’ el fatâwâ (12/489).

[14] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[15] Voir : el ‘aqîda el asbahâniya (p. 518).

[16] Majmû’ el fatâwâ (4/11-14).

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Publié par mizab
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commentaires

Alain 20/07/2016 00:42

as salâmou 'alaykoum
Les kharijites de l'époque du prophète 'alayhi salâm étaient des gens ascètes dévoués qui adoraient Allâh d'une façon permanente. Je pense que les kharijites de notre époque sont pires que ceux qui sont apparus à l'époque du prophète. wAllâhou a'lam

Kabouche 03/07/2016 21:19

Mais vous dites que la bible est falcifiee

Mohamed 08/05/2016 15:26

salam 'alayka wa rahmatollahi wa barakatuh;

Wafaqaka Lahu li kulli kheyr

porte toi bien

mizab 08/05/2016 15:29

Wa 'aleikom salem wa rahmat Allah wa barakatuhu !

Amin, wa anta kadhalik, baraka Allah fik !