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14 juillet 2016 4 14 /07 /juillet /2016 16:42

Le shirk ta’tîl

(Partie 2)

La négation ouvre grande la porte à l’association

À partir d’ici, voir : juhûd Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya fî taqrîr tawhîd e-rubûbiya wa radd el qawâdih fîhi du D. ‘Âdil el ‘Âmirî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

Ibn Taïmiya souligne que le Créateur se caractérise forcément par des Attributs sans lesquels Il n’existerait pas.[1] Les négateurs ne peuvent en tout état de cause concrétiser l’adoration du Seigneur qu’ils assimilent, qu’ils en aient conscience ou non, au néant. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’association s’est répandue dans les rangs des négateurs musulmans.[2] Si la plupart n’adhèrent pas aux implications de leur discours qui se contredit de fond en comble, ils n’échappent pas au shirk d’une façon ou d’une autre, si l’on sait que leur monothéisme est plus que bancal.[3] Leur conception de la Seigneurie divine est complètement altérée, et les ultras, à l’image d’ibn Sîna et d’ibn ‘Arabî, fondent leur hérésie sur la négation des Attributs,[4] sur les traces des contemporains d’Ibrâhîm – qui se partageaient entre païens et négateurs – et, plus tard, de Pharaon, le chef de file des négateurs. Ce dernier, qui cultivait le culte de sa personne, reniait l’élévation et la Parole d’Allah.[5] D’ailleurs, le crédo des jahmites aboutit à l’athéisme pharaonique (qui ouvre également la porte au monisme-panthéisme akbarien) au nom du monothéisme pur.[6] C’est la raison pour laquelle les anciens insistaient sur la reconnaissance des Attributs qui est à la base de la divinité.[7]

Il existe donc un lien de corrélation entre la négation des Attributs divins et l’athéisme pur. Cela n’est pas sans conséquence sur le comportement des hérétiques qui passent d’un extrême à l’autre : quand ils ne s’adonnent pas à la débauche et au libertinage, ils se livrent au culte des saints.[8] On ne peut adorer un Dieu qui n’existe pas ou dont l’existence est purement virtuelle dans le sens où l’esprit s’imagine des choses qui dans la réalité sont impossibles, comme l’existence d’une entité sans attributs ni caractéristiques.[9]

Paradoxalement, pour échapper à l’anthropomorphisme, les négateurs assimilent la divinité au néant ; il est pourtant plus grave de renier la divinité que de la faire ressembler à la création existante. En cela, le ta’tîl est pire que le tamthîl.[10] Il vaut mieux mal se représenter la divinité que de carrément la renier, ne serait-ce qu’au niveau des implications.[11] En droite ligne avec la Révélation, les réfutations des anciens se polarisaient plus sur les jahmites en tout genre que sur les assimilateurs et anthropomorphistes.[12] Les grandes références avaient bien compris le jeu des pères fondateurs du jahmisme qui enrobaient leur zandaqa avec un vocabulaire islamique pour échapper à la vindicte populaire et aux autorités en place.[13] Néanmoins, nombre de suiveurs, même parmi les plus grands érudits, ne se sont pas rendu pas compte du piège qui leur fut tendu, et, mus par un zèle religieux, ont défendu becs et ongles un crédo qui ouvre pourtant la porte à tous les débordements.[14]

Le lien de corrélation entre la négation et l’association

Ibn Taïmiya explique que la négation en tout ou partie des Noms et Attributs divins est une forme d’association, car, au même titre que l’anthropomorphisme, elle met sur le même pied d’égalité le Créateur parfait et les créatures déficientes ; des créatures qu’ils érigent éventuellement au rang de divinité.[15] Par ailleurs, d’une manière ou d’une autre, la négation implique l’association.[16] D’ailleurs, le paganisme est souvent répandu dans les milieux athées, à l’image de Pharaon qui se livrait à l’idolâtrie.[17] Ainsi, chaque négateur est forcément un associationniste, mais le contraire n’est pas vrai ; un associationniste n’est pas forcément négateur, à l’instar des païens arabes.[18]

Sheïkh el islâm établit qu’à l’origine, il existe deux formes de shirk auxquelles les messagers étaient confrontés : le ta’tîl, la moins répandue, et le shirk proprement dit. Le ta’tîl se range en deux grands sous-ensembles : le ta’tîl intégral qui consiste à renier la divinité absolue et le ta’tîl partiel qui, bien qu’il l’implique, se borne à renier Ses Attributs parfaits.[19]

Le parallèle entre le ta’tîl et le shirk

Ibn Taïmiya dresse un parallèle entre le ta’tîl et le shirk, et voici ce qui en ressort :

  1. Le shirk est le plus répandu à travers l’Histoire des hommes[20] ;
  2. Le ta’tîl qui est mu par l’orgueil et le plus grave des deux, si l’on sait qu’il est plus grave de renier le Seigneur que de partager Son adoration avec une créature[21] ;
  3. Le ta’tîl est une forme d’égarement particulière par rapport au shirk qui est le plus courant des fléaux[22] ;
  4. Le ta’tîl est plus répandu chez les jahmites intellectuels (les savants du kalam), tandis que le shirk est plus répandu chez les jahmites ascètes (les soufis) ; ibn ‘Arabî, qui compte dans la seconde catégorie, assimilait Dieu à la création, et, par voie de conséquence cautionnait l’idolâtrie ; à l’inverse, Râzî, qui entre dans la première, L’assimilait au néant, d’où l’adage : le comble du ta’tîl est de ne rien adorer comme chez les jahmites mutakallimîn, et le comble du shirk est d’adorer toute chose comme chez les jahmites soufis.[23]

N.B. La croyance qadarite qui se polarise sur le libre-arbitre est empreinte de shirk et de ta’tîl, les deux facteurs à l’origine de la mécréance ; elle doit son ta’tîl à sa prétention de sortir les actes des hommes de la création d’Allah, et son shirk vient de sa propension à ériger les hommes au rang de créateurs.[24] Les païens arabes n’ont jamais atteint ce degré de shirk qui touche au domaine de la Seigneurie divine ; ils se contentaient d’attribuer dans l’adoration des associés au Tout- dans l’adoration.[25] En outre, une mauvaise conception de l’unicité dans le domaine de la Seigneurie divine et de la gestion de la création va se répercuter sur la pratique du culte. Ibn Taïmiya explique que les adeptes du kalâm misent sur le tawhîd e-rubûbiya qu’ils maitrisent déjà mal, car ils dénaturent les Noms et Attributs divins ; cela aura des conséquences plus ou moins désastreuses au niveau de l’unicité dans la divinité.[26]

Conclusion

Si l’on sait que les formes d’unicité sont interdépendantes, il n’y a aucune raison rationnelle de distinguer entre elles dans le domaine du ‘udhr bi el jahl en prétendant que l’excuse de l’ignorance est valable pour les égarements au niveau des Noms et Attributs divin, non au niveau du tawhîd el ulûhiya. En regard des textes, rien ne prête à faire cette distinction. Ibn Taïmiya applique le principe du ‘udhr bi el jahl au premier domaine en disant : « Certaines opinions relèvent de l’apostasie (renier l’aspect obligatoire de la prière, de l’aumône légale, du jeûne, du pèlerinage, autoriser moralement l’alcool, les jeux de hasard, le mariage à des femmes légalement interdites). Néanmoins, leur auteur peut être excusable dans la situation où les preuves célestes ne lui sont pas parvenues. Le cas échéant, il ne devient pas apostat ; le nouveau converti ou le bédouin vivant loin des villes, et n’ayant pas accès aux lois détaillées de la religion ne sont pas considérés comme des apostats quand ils en renient une sans le savoir.

Dans ce registre, nous avons le crédo jahmite qui revient à renier la perfection du Créateur et la révélation confiée au Messager. Cette hérésie est gravissime pour trois raisons majeures :

  1. Les preuves validées par l’unanimité des savants orthodoxes, et allant à son encontre pullulent dans les textes scripturaires, sauf que ses adeptes les falsifient ;
  2. Il implique de renier le Créateur, bien que nombre d’entre eux n’en ont pas conscience ; renier l’existence du Très-Haut est à la base de la mécréance, de la même manière que la reconnaissance de Son existence est à la base de la croyance ;
  3. Elle va à l’encontre des principes en accord avec l’unanimité des religions et la nature saine.

Malgré cela, beaucoup de points de ce crédo peuvent échapper à un grand nombre de croyants s’imaginant être en accord avec la vérité, en raison des ambiguïtés qui animent leurs convictions. Ces derniers donnent foi à Allah et à Son Messager aussi bien en apparence qu’au fond d’eux. En cela, ils ne sont pas différents des autres catégories d’innovateurs qui furent induits en erreur. Ils ne sont certainement pas mécréants, mais ils se partagent entre hérétiques et désobéissants ; certains même sont pardonnables en raison de leur erreur d’interprétation. Proportionnellement à leur foi et à leur piété, ils sont susceptibles de s’élever au rang d’élus d’Allah. »[27]

Ailleurs, il donne une définition du murtadd dans laquelle il étend ce principe au tawhîd el ulûhiya, si tant est qu’il fallût le démontrer : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[28]

Par : Karim Zentici

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[1] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/375).

[2] Sharh el asbahâniya (p. 117).

[3] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (10/307).

[4] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (8/241-242, 5/312-313).

[5] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (7/175-176).

[6] Majmû’ el fatâwâ (13/185).

[7] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (5/175-182, 6/118-119).

[8] Sharh el asbahâniya (p. 114).

[9] Sharh el asbahâniya (p. 116).

[10] Majmû’ el fatâwâ (12/516).

[11] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (10/306).

[12] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (6/347).

[13] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (1/143-144).

[14] E-safdiya d’ibn Taïmiya (2/54-55).

[15] E-tuhfa el ‘irâqiya (p. 386).

[16] Bayân talbîs el jahmiya (3/145).

[17] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (5/393).

[18] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (7/73).

[19] Minhâj e-sunna d’ibn Taïmiya (3/292).

[20] Majmû’ el fatâwâ (6/83).

[21] Minhâj e-sunna (5/393).

[22] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (3/133).

[23] Bayân talbîs el jahmiya (3/783-784).

[24] Minhâj e-sunna (3/278-279).

[25] Minhâj e-sunna (3/277).

[26] Minhâj e-sunna (3/295).

[27] Majmû’ el fatâwâ (3/354-355).

[28] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

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Publié par mizab
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