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24 octobre 2016 1 24 /10 /octobre /2016 13:11

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II

(Partie 1)

 

Personnellement, je tiens à bannir de mon vocabulaire toute expression, qui au lieu de dépassionner le débat, pour reprendre un passage d'un livre interdit en France, il l'embrouille, l'envenime et le rend impossible, soit tout le contraire de l'ambition que je m'assigne. L'analyse doit être distinguée de toute polémique, mais aussi des arrières pensées que l'on croit détecter chez l'autre. Inutile de se prêter au jeu et d'ouvrir la chasse aux sous-entendus. Ce qui importe, si l'on veut être compris, c'est une authentique analyse du phénomène exempte de tout soupçon.

 

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Sans transition, nous enchainons sur ce billet :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/abou-hanifa-l-ignorance-n-est-pas-une-excuse-dans-l-unicite-d-allah.html

 

L'imam Abou Hanifa

Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – : « pas d'excuse, pour qui que ce soit parce qu'il ignore la connaissance de son Créateur, car il est obligatoire pour toutes les créatures de connaître Le Seigneur ainsi que Son unicité, à cause de la création des cieux et de la terre qu'il voit, ainsi que du reste de la création d'Allah. Quant aux obligations, celui qui ne les connaît pas, ou qu'elles ne lui parviennent pas, c'est à lui que la preuve décisive n'a pas été exposée. »

cf. « badâë' as-sanâë' » ( 9 / 4378 )

 

Là aussi, je vais répondre sous forme de points, et nous allons un peu plus nous familiariser avec la position d’ibn Taïmiya qui ne s’accorde pas forcément avec celle d’Abû Hanîfa :

 

• Notre ami prétend faire fi des avis des hommes, charité bien ordonnée commence par soi-même, a harâm ‘alaïnâ wa halâl laka ?

 

• Il reproche aux pro ‘udhr d’utiliser des citations d’anciens dans le domaine des Noms et Attributs divins, et c’est exactement ce qu’il fait ou quand l’hôpital se moque de la charité ! Nous devons comprendre les paroles d’un auteur selon son vocabulaire à lui, non le nôtre. Il incombe de contextualiser son discours au risque de le tronquer, qu’on en ait conscience ou non. En l’occurrence, quand il parle du tawhîd, il fait allusion aux trois formes existantes, et plus particulièrement celle au niveau des Noms et Attributs divins, car il fallait mettre un terme aux hérésies naissantes et les tuer dans l’œuf ; c’est probablement la raison pour laquelle, il ferma la porte à toute excuse possible, en sachant qu’il peut aussi bien faire allusion aux points essentiels de la connaissance du Seigneur, et qu’il est impossible d’ignorer en temps normal, soit à asl e-tawhîd, qui en réalité, est une notion élastique soumise à des variations spatio-temporelles, et qui est donc aléatoire, comme nous allons le démontrer (il peut certes y avoir une partie constante, le tout est de la définir convenablement). La preuve, c’est que dès la génération suivante, alors que le fléau jahmite prenait de l’ampleur, on entend des voix ici et là parler du ‘udhr bi el jahl dans le domaine des Noms et Attributs divins. En voici quelques exemples.

 

1- L’Imam e-Shâfi’î : « Allah le Très-Haut a des Noms et des Attributs que recense Son Livre et que Son Prophète a divulgués à sa communauté. Il ne convient à aucune créature d’Allah de les rejeter, une fois que les preuves sont établies contre elle (…) Après cela, il devient un mécréant, mais avant cela, il est excusable, étant donné que ce n’est pas un sujet que l’on peut percevoir par la raison, le rêve, le cœur ni par la pensée. Nous ne taxons aucun ignorant d’apostat avant que les enseignements ne lui soient parvenus. »[1]

 

2- Ibn Abî Hâtim a dit : « J’ai interrogé Abû Zur’a et mon père au sujet de la tendance des traditionalistes dans les bases fondamentales (usûl) de la religion, et celle des savants qu’ils ont connue à travers toutes les contrées (le Hijâz, l’Iraq, le Shâm, et le Yémen) ; ils m’ont répondu notamment : la foi est composée des paroles et des actes, elle peut monter et descendre… Celui qui prétend que le Coran est créé commet un acte de mécréance qui le fait sortir de la religion ; celui qui doute sur sa mécréance parmi ceux qui comprennent est un mécréant également ; celui qui doute sur la Parole d’Allah (U) et qui ne se prononce pas par doute en disant qu’il ne sait pas si celle-ci est créée ou non est un jahmî ; pour celui qui ne se prononce pas au sujet du Coran par ignorance (jâhilan), il incombe de l’instruire et de le taxer d’innovateur, sans qu’il ne sorte pour autant de l’Islam. »[2]

 

3- l’Imam el Bukhârî a dit : « Quiconque ne sait pas que la Parole d’Allah est incréée, il faut lui faire savoir et ramener son ignorance au Livre d’Allah et à la sunna. S’il refuse, après cela, de se soumettre à la vérité, il est considéré comme un mu’ânid (un entêté). »[3]

 

4- Ahmed ibn Munî’ el Baghawî affirme pour sa part : «Celui qui prétend que le Coran est créé est un jahmî, et celui qui ne se prononce pas sur le sujet parmi ceux qui ne comprennent rien (marchands, femmes, enfants), nous ne disons rien sur eux, et nous les instruisons sur la chose. »[4]

 

5- Dans son livre, e-tabsîr fî ma’âlim e-dîn, ibn Jarîr e-Tabarî annonce qu’il existe deux genres d’enseignements dans la religion : mâ yasa’ el jahl bihî wa mâ la yasa’ el jahl bihî ou : mâ yu’dhur bi el khata wa mâ la yu’dhur bi el khata. Autrement dit, les enseignements qu’il est concevable d’ignorer et ceux qu’il est inconcevable d’ignorer. Il explique notamment qu’il existe des questions dont la connaissance est élémentaire (ma’lûm min e-dîn bi e-Dharûra). Ibn Taïmiya souligne que même sur ce dernier point, les choses sont relatives.[5] Dans son tafsîr, ibn Jarîr parle également d’iqâmat el hujja.[6]

 

• À l’époque de l’Imâm Ahmed, le jahmisme gangréna les hautes sphères du Pouvoir, et, le mal étant déjà fait, il fit preuve d’un grand relativisme vis-à-vis de ses adeptes, en sachant que les savants n’ont pas tous le même degré d’érudition et de perspicacité.[7] Ses positions d’ailleurs perturbèrent nombre de ses élèves, comme l’explique ibn Taïmiya.

 

Ce dernier souligne qu’il faut prendre dans leur sens général les paroles des anciens taxant certaines sectes d’apostasie, comme les jahmites, les qadarites, ou encore les rafidhites. Cela ne veut pas dire qu’il faille les appliquer sur des cas particuliers et que chaque membre de ces sectes est concernée par ce statut.[8] L’imam Ahmed n’a pas kaffar (taxer d’apostat) chaque jahmite ni tous ceux qui se revendiquent jahmites ni tous ceux qui s’accordent avec certaines de leurs idées. Il a même prié derrière les khalifes jahmites, comme el Ma-mûn qui imposait à ces sujets de suivre sa tendance sous peine de leur faire subir les punitions les plus sévères. Ahmed ne remettait pas en question leur appartenance à l’islam et consacrait même des invocations en leur faveur.[9] La raison, c’est qu’ils ne démentaient pas le Prophète (r) et qu’ils ne reniaient pas ses enseignements. Ils furent simplement motivés par une mauvaise interprétation des textes qui leur avait été dictée par les savants jahmites en qui ils avaient une confiance aveugle.[10]

 

Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr

 

Il souligne, en effet, dans un autre passage : « Par ailleurs, certains savants de notre école des nouvelles générations ont divergé sur la question de savoir si la personne ayant commis un acte de kufr, est vouée à l’Enfer éternel. La plupart estime que oui, comme le stipule un certain nombre d’anciens spécialistes en hadîth, à l’exemple d’Abû Hâtim, Abû Zur’â et de bien d’autres. D’autres désapprouvent ce jugement.

 

La raison à l’origine de cette divergence, c’est que les textes se « contredisent » à leurs yeux. Ils sont confrontés à des textes qui réclament de kaffar les auteurs de certaines paroles, mais au même moment, ils voient que certains d’entre eux avaient une foi telle, qu’ils n’étaient pas concernés par ce statut. Ainsi, les textes s’opposaient.

En réalité, ils avaient raison de prononcer un jugement absolu, comme l’ont fait ces fameux Imams avec les textes scripturaires ; ils disaient en effet que celui qui dit telle chose est un kâfir. À les entendre, ils donnaient l’impression à ces savants que ce jugement englobait tous les cas possibles. Cependant, ils ne sont pas mis à l’esprit que le takfîr est soumis à des conditions à remplir et à des restrictions à exclure pour chaque cas particulier.

Ainsi, le takfîr el mutlaq (absolu) n’implique pas forcément le takfîr el mu’ayin (particulier), sauf dans la situation où toutes les conditions pour le faire soient remplies et où toute restriction obligeant à s’abstenir soit en même temps exclue. »[11]

 

• Ainsi, cette conception biaisée de la tendance d’Ahmed fut adoptée dans les rangs hanbalites,[12] à travers les siècles avec son lot d’anathèmes à l’emporte-pièce sur leurs coreligionnaires coupables d’hérésie, et son lot de troubles qu’ils engendrèrent. Plus récemment, elle prit pied dans les milieux najdites, nous y reviendrons plus loin.

 

Le shirk étant le miroir inversé du tawhîd, il a lieu à ses trois niveaux.[13] Il consiste à donner un rival, un semblable, un égal à Dieu dans les domaines qui lui sont propres, soit au niveau de la Seigneurie, des Noms et Attributs, et de la Divinité.[14]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 


[1] Voir : mu’tasar el ‘Ulû d’el Albânî (p. 177).

[2] E-lâlakâî (1/176).

[3] Voir : khalq af’âl el ‘ibâd (p. 61).

[4] E-lâlakâî (1/176).

[5] Ibn Jarîr lui-même relativise, comme en témoigne son tafsîr du V. 112 de la S. el mâida où il affirme que les apôtres doutaient de la qudra d’Allah, bien que d’autres savants ne le lui concèdent pas.

[6] Voir : son exégèse du v. 15 de la s. Le voyage nocturneDans nawâqid el îmân el qawliya wa el ‘amaliya, qui est une thèse ès doctorat le D. ‘Abd el ‘Azîz el ‘Abd âl ‘Abd e-Latîf utilise le passage suivant d’ibn Jarîr du livre en question, pour établir le principe du ‘udhr, en parlant de certains textes sur les Attributs divins : « … personne ne devient mécréant (ou il ne faut taxer personne de mécréant ndt.) à cause de son ignorance [sur le sujet], sauf une fois qu’il les a reçus… » Ibn el Qaïyim dans ijtimâ’ el juyûsh el islâmiya (p. 195) et e-Dhahabî également, mais cette fois dans siar a’lâm e-nubalâ (14/280) reprennent ce passage. Il est à constater qu’il ressemble terriblement à celui de Shâfi’î cité plus-haut.

[8] Voir : el istiqâma (1/164) et Majmû’ el fatâwa (7/619) tous deux d’ibn Taïmiya. À ses yeux, lorsque les savants anciens considèrent apostat (kaffar) l’auteur de la parole : « le Coran est incréé », cela ne veut pas dire que tous ceux qui la prononcent sont des kuffars (mécréants).

[9] Majmû’ el fatâwa (7/507-508).

[10] Majmû’ el fatâwa (23/348-350).

[11] Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[13] Voir : Shubuhât el mubtadi’a fî tawhîd el ‘ibâda (1/248-249) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Doctorat du D. ‘Abd Allah ibn ‘Abd e-Rahmân el Hadhaïl.

[14] Voir : e-shirk fî el qadîm wa el hadîth (1/113-141) qui à l’origine est une thèse universitaire ès Magistère d’Abû Bakr Mohammed Zakariya.

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Publié par mizab - dans Takfir
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