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25 octobre 2016 2 25 /10 /octobre /2016 17:23

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II

(Partie 2)

 

La négation ouvre grande la porte à l’association[1]

 

Ibn Taïmiya souligne que le Créateur se caractérise forcément par des Attributs sans lesquels Il n’existerait pas.[2] Les négateurs ne peuvent en tout état de cause concrétiser l’adoration du Seigneur qu’ils assimilent, qu’ils en aient conscience ou non, au néant. C’est l’une des raisons pour lesquelles l’association s’est répandue dans les rangs des négateurs musulmans.[3] Si la plupart n’adhèrent pas aux implications de leur discours qui se contredit de fond en comble, ils n’échappent pas au shirkd’une façon ou d’une autre, si l’on sait que leur monothéisme est plus que bancal.[4] Leur conception de la Seigneurie divine est complètement altérée, et les ultras, à l’image d’ibn Sîna et d’ibn ‘Arabî, fondent leur hérésie sur la négation des Attributs,[5] sur les traces des contemporains d’Ibrâhîm – qui se partageaient entre païens et négateurs – et, plus tard, de Pharaon, le chef de file des négateurs. Ce dernier, qui cultivait le culte de sa personne, reniait l’élévation et la Parole d’Allah.[6] D’ailleurs, le crédo des jahmites aboutit à l’athéisme pharaonique (qui ouvre également la porte au monisme-panthéisme akbarien) au nom du monothéisme pur.[7] C’est la raison pour laquelle les anciens insistaient sur la reconnaissance des Attributs qui est à la base de la divinité.[8]

 

Il existe donc un lien de corrélation entre la négation des Attributs divins et l’athéisme pur. Cela n’est pas sans conséquence sur le comportement des hérétiques qui passent d’un extrême à l’autre : quand ils ne s’adonnent pas à la débauche et au libertinage, ils se livrent au culte des saints.[9] On ne peut adorer un Dieu qui n’existe pas ou dont l’existence est purement virtuelle dans le sens où l’esprit s’imagine des choses qui dans la réalité sont impossibles, comme l’existence d’une entité sans attributs ni caractéristiques.[10]

 

Paradoxalement, pour échapper à l’anthropomorphisme, les négateurs assimilent la divinité au néant ; il est pourtant plus grave de renier la divinité que de la faire ressembler à la création existante. En cela, le ta’tîlest pire que le tamthîl.[11] Il vaut mieux mal se représenter la divinité que de carrément la renier, ne serait-ce qu’au niveau des implications.[12] En droite ligne avec la Révélation, les réfutations des anciens se polarisaient plus sur les jahmites en tout genre que sur les assimilateurs et anthropomorphistes.[13] Les grandes références avaient bien compris le jeu des pères fondateurs du jahmisme qui enrobaient leur zandaqa avec un vocabulaire islamique pour échapper à la vindicte populaire et aux autorités en place.[14] Néanmoins, nombre de suiveurs, même parmi les plus grands érudits, ne se sont pas rendu pas compte du piège qui leur fut tendu, et, mus par un zèle religieux, ont défendu becs et ongles un crédo qui ouvre pourtant la porte à tous les débordements.[15]

 

Le lien de corrélation entre la négation et l’association

 

Ibn Taïmiya explique que la négation en tout ou partie des Noms et Attributs divins est une forme d’association, car, au même titre que l’anthropomorphisme, elle met sur le même pied d’égalité le Créateur parfait et les créatures déficientes ; des créatures qu’ils érigent éventuellement au rang de divinité.[16] Par ailleurs, d’une manière ou d’une autre, la négation implique l’association.[17] D’ailleurs, le paganisme est souvent répandu dans les milieux athées, à l’image de Pharaon qui se livrait à l’idolâtrie.[18] Ainsi, chaque négateur est forcément un associationniste, mais le contraire n’est pas vrai ; un associationniste n’est pas forcément négateur, à l’instar des païens arabes.[19]

 

Sheïkh el islâm établit qu’à l’origine, il existe deux formes de shirk auxquelles les messagers étaient confrontés : le ta’tîl, la moins répandue, et le shirk proprement dit. Le ta’tîl se range en deux grands sous-ensembles : le ta’tîlintégral qui consiste à renier la divinité absolue et le ta’tîl partiel qui, bien qu’il l’implique, se borne à renier Ses Attributs parfaits.[20]

 

[1]Voir : juhûdSheïkh el Islâm ibn Taïmiyafîtaqrîrtawhîd e-rubûbiyawaradd el qawâdihfîhidu D. ‘Âdil el ‘Âmirî, qui, à l’origine, est une thèse universitaire ès Doctorat.

[2]Dar-uta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (1/375).

[3]Sharh el asbahâniya (p. 117).

[4]Dar-uta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (10/307).

[5]Dar-uta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (8/241-242, 5/312-313).

[6]Dar-uta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (7/175-176).

[7]Majmû’ el fatâwâ(13/185).

[8]Dar-uta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (5/175-182, 6/118-119).

[9]Sharh el asbahâniya (p. 114).

[10]Sharh el asbahâniya (p. 116).

[11]Majmû’ el fatâwâ(12/516).

[12]Dar-u ta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (10/306).

[13]Dar-u ta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (6/347).

[14]Minhâj e-sunnad’ibnTaïmiya (1/143-144).

[15]E-safdiyad’ibnTaïmiya (2/54-55).

[16]E-tuhfa el ‘irâqiya (p. 386).

[17]Bayântalbîs el jahmiya (3/145).

[18]Minhâj e-sunnad’ibnTaïmiya (5/393).

[19]Dar-u ta’ârudh el ‘aqlwa e-naql (7/73).

[20]Minhâj e-sunnad’ibnTaïmiya (3/292).

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Publié par mizab - dans Takfir
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