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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 17:47

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar II

(Partie 5)

 

On peut toujours avancer que ce principe ne concerne pas l’association. Détrompez-vous ? Si, aux yeux d’ibn Taïmiya, l’association ne rapporte aucune récompense, elle n’en demeure pas moins excusable. Voici le passage où il en parle :

 

« On peut faire un acte d’adoration interdit par la religion, mais sans qu’on le sache, à condition que cet acte en question ait une origine dans les textes ; par exemple, faire la prière pendant les horaires interdits ; on peut avoir connaissance des textes généraux enjoignant de prier, mais sans savoir que, dans certains horaires, cela est interdit… Cet acte entre dans le sens général des textes vantant les vertus de la prière, tout en ignorant que d’autres textes l’interdisent sous cette forme-là ; dans ce cas, on est récompensé. Certes, sous un certain angle, cette prière est interdite. Dans la mesure où l’on ne sait pas que, faite de cette façon, elle est une innovation qu’on élève au rang de rite à l’occasion duquel on se réunit annuellement. Cela revient à, par exemple, inventer une sixième prière journalière.

Néanmoins, les actes, qui n’ont aucune origine dans les textes comme l’association, ne rapportent aucune récompense. Certes, Allah ne châtie pas leur auteur avant qu’il ait reçu la preuve prophétique, conformément au Verset : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[1] Néanmoins, s’il est vrai qu’on ne sera pas châtié à cause de ces actes, on n’aura pas droit, pour autant, à une récompense, conformément au Verset : [Nous avons considéré les œuvres qu’ils ont avancées et les avons rendues comme de la poussière éparpillée].[2] Ibn el Mubârak en fait le commentaire suivant : « Il s’agit des œuvres qui ne sont pas faites pour Allah. » Pour Mujâhid, il s’agit des œuvres qui n’ont pas été acceptées. Allah (I) révèle également : [Voici la parabole de ceux qui ont mécru à Leur Seigneur ; leurs œuvres sont comme des cendres disséminées violemment par le vent].[3] Leurs actes sont complètement annulés et ils ne rapportent aucune récompense. »[4]

 

Attention, il n’est pas question ici de la distinction entre le hukm et le ism sous prétexte que, je cite : « Allah ne châtie pas leur auteur avant qu’il ait reçu la preuve prophétique ». La suite du passage d’ibn Taïmiya coupe court à cette interprétation abracadabrante : « Néanmoins, s’il est vrai qu’on ne sera pas châtié à cause de ces actes, on n’aura pas droit, pour autant, à une récompense ». Ailleurs, ibn Taïmiya théorise la question. Il explique, en substance, qu’il incombe d’interdire toute adoration qui n’est pas en vigueur ; si, en étant au courant de son interdiction, on la fait quand même, on mérite la punition, sinon, on ne la mérite pas. En outre, on peut croire qu’elle est légiférée, dans ce cas, on mérite une récompense, à condition qu’elle ait une origine dans les textes.

 

En revanche, tout acte qui relève de l’association n’a aucune origine textuelle. Néanmoins, la chose peut être confuse aux yeux de certains qui pensent que sous certaines formes, elle soit légiférée. On ne peut pas dire qu’ils soient des savants mujtahid qui eux ne sortent jamais des preuves légales dans leur réflexion, ce qui n’est pas le cas de l’association n’ayant aucune origine textuelle. Malgré tout, celle-ci peut être motivée par un effort d’interprétation qui revient à suivre aveuglément les Sheïkh et les savants qui s’adonnent à ce genre de pratique. Ces derniers sont motivés par différentes raisons ; ils peuvent penser par expérience qu’elles sont utiles ou ils peuvent être induits en erreur par un faux hadîth.

 

Dans la mesure où la preuve céleste n’est pas établie contre eux, ils ne méritent pas d’être châtiés. Quant à être récompensé, c’est encore un autre sujet. Ils sont en effet relativement plus louables que les autres, mais sans n’avoir la récompense prévue pour les actes de dévotion, étant donné que ce genre de pratiques n’a aucune origine textuelle.[5]

 

• Abû Hanîfa opère une distinction, dans la question du takfîr, entre la connaissance du tawhîd et les obligations religieuses.[6] Or, ce paramètre est aléatoire et élastique, comme l’auteur de ces lignes l’a démontré à maintes reprises : il varie, en effet, en fonction des époques, des endroits et des personnes. Il incombe donc de replacer les choses dans leur contexte, comme nous l’avons vu plus haut. En voici la démonstration à travers le discours d’ibn Taïmiya :

 

La preuve céleste varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

 

Ibn Taïmiya explique : « … De la même manière, les mécréants qui se trouvent en terre non musulmane et qui, ayant entendu parler de la prédication du Prophète (r), surent qu’il était le Messager d’Allah, puis crurent en lui et à ses enseignements, tout en craignant Allah dans la mesure du possible. Ce fut le cas, notamment, du Najâshî, qui n’était pas en mesure d’émigrer en terre musulmane ni d’adhérer à toutes les lois de l’Islam. Sa place lui empêchait, en effet, de sortir de son royaume et d’afficher sa religion. Et cela, d’autant plus qu’il n’avait personne sous la main pour lui apprendre toutes les lois de la religion. Il était pourtant un croyant, promis au Paradis. Dans ce cas, nous avons les croyants de la famille de Pharaon, dont sa propre femme, qui se comportaient de la même façon avec leur peuple.

 

Yûsaf  (u) le véridique lui-même ne pouvait pas faire autrement avec les habitants d’Égypte qui étaient des mécréants. Il n’était pas en mesure de leur imposer les enseignements de l’Islam qu’il connaissait ; ils les avaient bien conviés à embrasser la foi, et la religion monothéiste, mais sans succès. Allah (I) relate les paroles des croyants de la famille de Pharaon : [Yûsaf vous était venu auparavant avec des preuves éclatantes, mais vous n’aviez cessé de douter de ce qu’il vous avait ramené. Lorsqu’il mourut, vous prétendirent alors qu’Allah n’enverrait aucun messager après lui].[7]

 

Najâshî, pour sa part, était certes le roi des chrétiens, mais son peuple ne le suivit jamais dans sa conversion, à part un tout petit nombre. Ses partisans étaient tellement peu nombreux qu’on ne trouva personne, à sa mort, pour prier sus sa dépouille. Ce fut le Prophète (r) qui se chargea de le faire d’où il était à Médine. Les musulmans s’étaient rassemblés pour prier à l’air libre. Il organisa les rangs, et fit la prière mortuaire. Il annonça sa mort aux fidèles le jour même de l’évènement. Voici quelles furent ses paroles : « L’un de vos frères qui était un pieux vient de rendre l’âme aujourd’hui en terre abyssine. »[8]

 

Il est mort sans n’avoir pu vivre pleinement de nombreuses lois, pour ne pas dire la plupart des lois de la religion, car il en fut incapable. Il n’a jamais fait la hijra (l’émigration ndt.), ni le djihâd, ni le pèlerinage à la Maison sacrée. Certaines annales vont jusqu’à dire qu’il n’aurait pas observé les cinq prières ni le jeûne du ramadhân, ni verser l’aumône légale. Il avait trop peur que son peuple découvre sa conversion, et qu’il le lui reproche. Il aurait été incapable d’entrer en conflit avec eux. Une chose est sûre en tout cas, c’est qu’il ne pouvait pas régner sur eux par le Coran. »[9]

 

Pour les questions claires de la religion, le Coran suffit en lui-même pour établir la preuve céleste

 

Ibn Taïmiya explique : « Les bases fondamentales de la religion se présentent de la façon suivante : soit, il s’agit de questions auxquelles il incombe de donner foi, de prononcer verbalement, ou de mettre en pratique. Ex. : les questions qui touchent à l’Unicité, aux Attributs, au destin, à la prophétie, à l’eschatologie (la vie après la mort ndt.), ou toutes les questions qui les démontrent…

Toutes les questions que l’individu a besoin de connaitre et de croire d’une foi ferme ont été pleinement clarifiées par Allah et Son Messager, de sorte qu’elles ne lui offrent aucune excuse. Elles incarnent les plus grands enseignements que le Messager a clairement transmis, et expliqués aux hommes. Elles incarnent également les plus grands enseignements avec lesquels Allah a établi la preuve céleste contre Ses créatures, par l’intermédiaire des messagers qui menèrent leur mission à bien. D’une part, le Livre d’Allah qui fut fidèlement véhiculé tout d’abord par les Compagnons, puis par leurs successeurs directs, en ayant pris soin de garder intacts les termes et la compréhension que le Messager leur a transmis ; et d’autre part, la Sagesse qui incarne la Tradition prophétique qui nous fut également véhiculée par ces derniers ; tous deux répondent à ce besoin d’éclaircissement de la façon la plus parfaite… »[10]

 

Or, ce discours est relatif ; il varie en fonction des endroits, des époques et des personnes

 

Ibn Taïmiya explique : « Une fois que le Coran fut entièrement révélé et que la religion fut parachevée, il est possible qu’un individu n’en reçoive qu’une partie. Dans ce cas, il incombe de croire en gros, à tous les enseignements du Messager, et en détail, à ceux qu’il connait en particulier. Quant à ceux qu’il n’a pas reçus et qu’il n’est pas dans la possibilité de connaitre, il doit y donner foi en détail s’ils venaient à lui parvenir. Un homme peur croire au Messager d’une foi ferme et venir à mourir avant l’entrée de la prière ou l’obligation d’accomplir tel ou tel acte. Dans ce cas, il est mort en ayant une foi parfaite par rapport à ce qui lui était demandé. Quand vient l’heure de la prière, on est obligé de la faire. On est ainsi soumis à un nouveau commandement auquel on n’était pas tenu auparavant… Ainsi, la foi qui incombe à la personne responsable varie d’une part en fonction des nouvelles révélations venant du ciel, et, d’autre part, en fonction de ce qui lui en parvient. »[11]

 

Le savoir minimum que chacun doit connaitre

 

Ibn Taïmiya explique : « Il incombe à toute personne responsable de connaitre ce qu’Allah lui a ordonné. Elle doit connaitre ce qui touche à la foi qu’Il lui a ordonné d’avoir, et le savoir qu’Il lui a ordonné d’avoir ; par exemple, si elle est concernée par la zakât, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois ; si elle est concernée par le pèlerinage, il devient obligé dans son cas d’apprendre ses lois, etc. Il incombe à l’ensemble de la communauté d’apprendre tous les enseignements que le Messager (r) nous a transmis de façon à ne rien en perdre ; ils correspondent à tout ce qui touche au Coran et à la sunna. Néanmoins, tout ce qui vient en plus de ce que chacun doit apprendre relève de l’obligation collective. Autrement dit, si une partie de la communauté s’en charge, le reste en est déchargé. »[12]

 

« … C’est pourquoi, il incombe aux savants d’avoir un niveau de croyance qui n’incombe pas d’avoir aux gens simples, comme il ne sera pas demandé aux habitants d’un territoire où règne le savoir et la foi la même chose que ceux vivant dans un territoire où règne l’ignorance. »[13]

 

« Il n’est pas demandé à tout musulman de connaitre tout enseignement ou tout commandement qui se trouve dans le Coran et la sunna »[14]

 

Il n’est pas demandé à tout le monde de connaitre le dogme en détail comme le Prophète (r), mais chacun en fonction de ses possibilités

 

Sheïkh Taqî e-Dîn nous apprend : « Ainsi, tout individu qui donne foi à Dieu est croyant proportionnellement en fonction de l’intensité de son adhésion. En outre, si la preuve céleste n’est pas établie contre lui, il ne devient pas mécréant en reniant ces enseignements dont les textes font pourtant mention. Pour expliquer ce point, nous disons que la plupart des fidèles (qui font la prière) croient d’une foi ferme en Dieu et à Son Messager, bien qu’ils aient une conception différente de Leur divinité et de Ses Attributs. Nous ne parlons pas des hypocrites qui affichent la foi du bout de la langue, mais qui renient le Messager du fond du cœur ; ceux-là ne sont pas des croyants proprement dits.

Néanmoins, tout individu qui se revendique musulman, sans n’être un hypocrite au fond de lui, est un croyant. Sa foi sera en fonction des efforts qu’il aura fournis dans ce sens. Tôt ou tard, il sortira de l’Enfer, quand bien même il renfermerait la foi la plus infime (mot-à-mot : une foi pas plus lourde qu’un grain de moutarde ndt.). Nous pouvons compter dans cette catégorie, tous les hérétiques qui divergent dans les domaines des Attributs divins et du destin, toutes tendances confondues.

 

Si, pour entrer en Paradis, il fallait connaitre Allah aussi bien que Son Prophète (r), personne ou presque dans sa communauté n’y aurait droit. La plupart des musulmans en effet ne sont pas capables d’avoir une telle croyance détaillée. Pourtant, ils iront au Paradis, en sachant qu’ils auront des échelons différents en fonction de leur foi et de leur connaissance. Un homme peut renfermer une foi avec laquelle il connait Son Seigneur, mais l’un de ses semblables peut le dépasser dans ce domaine, alors que lui, il en est incapable. Il ne lui est pas imposé une chose qui est au-dessus de ses capacités… »[15]

  

L’ignorance n’est pas toujours un facteur excusable

 

Ibn Taïmiya explique : « En délaissant une obligation non par conviction ni par une forme d’ignorance qui est légitimement excusable, mais tout simplement par une ignorance qui est née d’une volonté de se détourner du savoir qu’il incombe d’apprendre, tout en y ayant accès. Il est possible également de ne pas adhérer à une obligation ou à une interdiction après l’avoir entendu, sans forcément renier la prophétie, mais tout simplement en s’en détournant. Ces deux cas sont souvent la raison pour laquelle on néglige son devoir d’apprendre le savoir obligatoire. C’est ce qui pousse à délaisser une obligation ou à enfreindre une interdiction sans savoir qu’on va à l’encontre de la Loi, ou bien, même en le sachant, on daigne y adhérer soit par esprit de chauvinisme envers sa tendance, soit pour avoir succombé à ses passions. Ce cas revient à délaisser une croyance obligatoire sans excuse valable. »[16]

 

Ainsi, ibn Taïmiya distingue entre l’ignorance involontaire ou indépendante de la volonté et impossible de remédier dans l’immédiat et l’ignorance volontaire ou qu’il est possible de remédier.[17] Or, même l’erreur mue par les passions ne fait pas automatiquement sortir de la religion, comme le démontre le passage d’ibn el Qaïyim plus haut. Nous avons développé la chose dans un article.[18]

 

Pour la distinction entre usûl et furû’, voir : http://www.mizab.org/ibn-tamiya--le-udhr-bi-el-jahl-dans

Et pour le ma’lûm min e-dîn bi e-dharûra : http://www.mizab.org/le-malm-min-e-dn-bi-e-dharra

 

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[2] Le furqân ; 23

[3] Ibrahim ; 18

[4] Majmû’ el fatâwâ (20/31-33).

[5] Majmû’ el fatâwâ (20/32-33) ; ailleurs, il explique que certains ignorants qui participent au mawlûd par amour envers le Prophète (r) sont récompensés pour leurs bonnes intentions. [Voir : iqtidhâ e-sirât el mustaqîm (2/617-618).]

[6] Sauf s’il entend par « connaissance du tawhîd », reconnaitre l’existence de Dieu, ce qui parait peu probable, étant qu’il l’oppose aux obligations ; l’athée ne serait donc pas concerné par ce discours, wa Allah a’lam.

[7] L’Absoluteur ; 34

[8] Rapporté par el Bukhârî (5/51), et Muslim (2/656-658), selon notamment Abû Huraïra.

[9] Manhâj e-sunna (5/111-113).

[10] Dar-u ta’ârudh el ‘aql wa e-naql (1/27-28).

[11] Majmû’ el fatâwa (7/519).

[12] Majmû’ el fatâwa (3/328-329).

[13] Majmû’ el fatâwa (3/328).

[14] El îmân (p. 390).

[15] Majmû’ el fatâwa (3/328).

[16] Majmû’ el fatâwa (5/254-255).

[17] Majmû’ el fatâwa (2/281).

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Publié par mizab - dans Takfir
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commentaires

baudrier gerard ibrahim 25/11/2016 16:05

salam pouvez vous quand vous mettez un mot arabe en phonétique le lettre en arabe une source elle doit être aussi dans son texte originale
exemple de phrases: Déformation " distortion, alteration " (Tahrîf تحريف ), sans Négation (Ta'tîl ), sans s'interroger sur le comment (Takyîf) (de ces noms et attributs) et sans comparer (Ses attributs aux attributs des hommes) (Tamthîl). groupes parmi cette communauté (Ahl Al-Qibla), qui se réclament de l’Islam, et ils se sont égarés de différentes manières :Certains ont exagéré dans la négation (nafy) et le dépouillement (tanziy), d’une exagération telle qu’elle fait sortir de l’Islam. merci de m'envoyer les mots en arabe

mizab 26/11/2016 18:12

Wa 'aleïkom salem wa rahmat Allah !


Désolé pour le retard, je ne sais pas si j'ai bien compris votre propos, mais pour mes articles, généralement, je n'utilise pas de mots en arabe plus par commodité qu'autre chose...

Ensuite, voici pour le texte que vous m'avez proposé :

sans Négation (Ta'tîl تعطيل), sans s'interroger sur le comment (Takyîf تكييف) (de ces noms et attributs) et sans comparer (Ses attributs aux attributs des hommes) (Tamthîl تمثيل). groupes parmi cette communauté (Ahl Al-Qibla أهل القبلة), qui se réclament de l’Islam, et ils se sont égarés de différentes manières :Certains ont exagéré dans la négation (nafy نفي) et le dépouillement (tanziy تنزيه)

Wa Allah a'lam !