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29 octobre 2016 6 29 /10 /octobre /2016 16:42

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar III

(Partie 2)

 

• Je disais dans la première partie au sujet d’un passage où ibn Taïmiya donne la définition de l’apostat : « Récemment, j’ai traduit un passage d’ibn Taïmiya encore plus révélateur, par quelle fourberie sournoise, notre ami va-t-il la botter en touche ? »

 

Et cela n’a pas loupé :

 

Alors que le frère Karim Zentici m'avait envoyé cette parole par e-mail me demandant ce que j'en pensais, je lui avais répondu qu'il fallait tout simplement savoir lire pour voir qu'elle ne défend pas la théorie de l'excuse de l'ignorance dans le shirk akbar.

Je vais donc faire émerger cela...

En prenant le temps de lire ce passage, tout le monde remarque ( de façon très évidente ) qu'Ibn Taymiyya dit : "ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats"

Ibn Taymiyya parle donc d'excuse de l'ignorance pour les noms et attributs, non pas dans le fait d'adorer autre qu'Allah par ignorance !

Faut savoir distinguer entre l'unicité de l'adoration et celle des noms et attributs, ce sera un bon début.

 

Pour sa défense, il commet la même approximation qu’Abâ Btîn, qui, aussi honorable soit-il, se représentait mal la tendance d’ibn Taïmiya dans le domaine du takfîr, comme en témoigne ses paroles déjà citées dans la partie précédente, et que je reproduis ici : « Quant à l’homme qui demanda à sa famille de brûler son corps après sa mort, Allah lui pardonna certes, bien qu’il doutait d’un Attribut divin. La raison, c’est que la preuve céleste ne lui était pas parvenue sur le sujet, comme le prétend plus d’un savant. Sheïkh Taq-ï e-Dîn [ibn Taïmiya] – qu’Allah lui fasse miséricorde – explique qu’en doutant d’un des Attributs du Seigneur on devient mécréant ; dans le cas d’un individu qui n’est pas censé ignorer ce point. Ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé le savoir. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar l’homme ayant douté pourtant du Pouvoir d’Allah, étant donné que la preuve céleste ne lui était pas parvenue.

 

Cette tendance est celle d’ibn ‘Aqîl qui interprète ce hadîth en disant que la da’wa ne lui était pas parvenue. Taq-ï e-Dîn opte pour cette opinion pour les questions qui touchent aux Attributs divins, mais pas pour celles qui touchent au shirk ou autre, comme nous allons le voir à travers certains de ses passages in shâ Allah. Nous avons déjà cité auparavant les passages où il kaffar les monistes et d’autres innovateurs. Il alla jusqu’à kaffar tous ceux qui douteraient de leur mécréance.

 

L’auteur qui recense les opinions propres (ikhtiyârât) de Taq-ï e-Dîn explique : « L’apostat est celui qui commet l’association, qui déteste le Messager ou ses enseignements, qui ne condamne pas le mal ne serait-ce qu’avec son cœur… ou qui place des intermédiaires entre Son Seigneur et lui, en qui il remet sa confiance, à qui il réserve ses demandes et ses invocations. Il devient mécréant à l’unanimité des savants. Quiconque doute d’un Attribut divin (les paroles sont d’ibn Taïmiya) devient apostat si dans son cas il n’est pas censé les ignorer, mais ce statut n’englobe pas celui qui n’est pas censé les connaitre. C’est la raison pour laquelle le Prophète (r) n’a pas kaffar celui qui doutait du Pouvoir d’Allah (I). »

 

Il a donc désigné un certain nombre de fautes qui ne font pas sortir de la religion (sic), et fit exception, dans le domaine des Attributs divins, à l’ignorant à qui il accorde une excuse. »[1]

 

Déjà, en revenant au passage en question, il est clair qu’ibn Taïmiya n’est pas en train de  faire une distinction entre le shirk et les Attributs divins, ni même entre les questions subtiles et les questions claires,[2] mais ne fait que s’arrêter sur un exemple précis d’un fourvoiement au niveau des Attributs après avoir dressé une liste d’éléments faisant sortir de l’Islam, dont le shirk. Il ne faut y voir aucun mafhûm el mukhâlafa (sous-entendu et implicite). Qu’on en juge : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas considéré comme mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[3]

 

Cette distinction entre le shirk et la négation des Attributs est d’autant plus aléatoire que nous avons donné plus haut deux passages, dont celui des tatares, dans lesquels ibn Taïmiya accorde explicitement l’excuse de l’ignorance à l’égaré musulman ayant commis du shirk. La suite de l’article offrira d’autres exemples non moins éloquents, wa Allah el musta’ân !

 

Ensuite, nous avons rapporté dans la partie I des passages où ibn Taïmiya accorde explicitement l’excuse de l’ignorance à des ignorants qui furent abusés par des monistes. Il faisait donc allusion au statut absolu, non à tous les cas possibles ; cela démontre encore une fois que de grandes sommités à l’image d’Abâ Btîn faisaient la même confusion avec le discours d’ibn Taïmiya que les élèves de l’Imâm Ahmed avec celui de leur maitre, wa Allah el musta’ân !

 

• Ensuite, notre ami renchérit :

Aussi, à cette occasion, je vais parler d'une autre parole d'Ibn Taymiyya souvent utilisée par les adeptes de cette théorie insensée de l'excuse de l'ignorance dans le shirk akbar:

Il s'agit de la parole dans laquelle Ibn Taymiyya dit : " si je prononce votre parole je mécrois, mais pour moi, vous n'êtes pas mécréants..." (sens approximatif)

Dans cette parole là aussi, Ibn Taymiyya fait allusion aux noms et attributs d'Allah. En effet, de par cette parole, il s'adresse à ceux qui nient l'istiwâ d'Allah sur le 'arch. Mais - en général - les adeptes de la théorie de l'excuse de l'ignorance dans le shrik akbar ne retranscrivent pas cette partie de la parole d'Ibn Taymiyya...

 

• cette allégation téméraire est pour le moins saugrenue.

من تكلم في غير فنه أتى بالعجائب

 

Déjà, voici le passage en question :

« C'est pourquoi je disais aux jahmites panthéistes et négateurs qui reniaient qu’Allah (U) fût sur Son Trône à l’époque où leur fitna commença ; que si j’avais été l’auteur de vos paroles, j’aurais été un kâfir. Moi, en effet, je sais pertinemment que vos paroles relèvent de la mécréance, mais, à mes yeux, vous n’êtes pas des kuffar étant donné que vous êtes des ignorants. Je m’adressais ainsi à leurs juges, leurs savants, leurs Sheïkh et leurs émirs. À l’origine, leur ignorance provient des arguments de la pensée, de la part de leurs leaders, qui étaient ambigus, car leur bagage dans le domaine des textes authentiques, qui sont conformes à la raison saine, était léger. »[4]

 

Ce passage est extrait d’el istighâtha qui fut consacré en réfutation à el Bakrî qu’ibn Taïmiya n’a pas kaffar, à ma connaissance, bien que ce dernier cautionnait maintes pratiques païennes.[5] Au cours des lignes où il le réfute, Sheïkh el Islam fait le constat suivant : « La voie empruntée par cet homme et par tous ceux qui lui ressemblent, est celle des innovateurs qui sont imprégnés à la fois de l’ignorance et de l’injustice. Dans un premier temps, ils innovent une chose allant à l’encontre des Textes du Coran, de la sunna, et du consensus. Ensuite, ils traitent d’apostats tous ceux qui s’opposent à leur innovation. Quant aux traditionalistes, imprégnés par la foi et la connaissance, ils sont motivés par la science, la justice, et la compassion à l’égard des autres. Ils connaissent la vérité qui leur permet de se conformer au Coran et à la sunna et de les préserver de la bid’a, mais ils sont justes à l’encontre de leurs opposants et ils ne font nullement preuve d’injustice à leur égard. »[6] Plus loin, il conclut qu’il ne lui rend pas la pareille, alors qu’el Bakrî l’a kaffar.[7]

Sheïkh ‘Abd e-Rahmân e-Sa’dî nous parle notamment de cet ouvrage (il parle également de e-radd ‘alâ el Akhnâî d’où est extraite la citation sur les tatares) : « La communauté mohammadienne est soulagée des fautes commises par erreur, oubli, ou sous la contrainte. Ainsi, en règle générale, nous taxons de mécréant celui qui commet une faute relavant de la mécréance dans les paroles et la croyance. Cependant, nous pouvons nous abstenir de nous prononcer dans certains cas si une restriction comme l’ignorance vient changer la donne. Il échappe à certains fautifs que leurs actes relèvent de la mécréance ou de l’association. C’est ce qui nous pousse à nous abstenir de les kaffar en personne, bien qu’au même moment nous soyons convaincus qu’ils ont commis du kufr.

 

C’est de cette façon que les Compagnons et leurs successeurs directs (tâbi’în) se comportèrent envers l’innovation (la bid’a). Dès leur époque, plusieurs mouvements hérétiques (kharijisme, mu’atazilisme, qadarisme, etc.) virent le jour. Tous s’accordaient à aller à l’encontre des textes scripturaires de l’Islam. Ils les démentaient et les falsifiaient pour les faire aller dans leur sens, ce qui en soi est un acte de mécréance. Cependant, les anciens s’abstinrent de les sortir un à un de la religion. Ils étaient en effet motivés par une mauvaise interprétation des textes. Les kharijites démentaient les textes sur l’intercession et ceux démontrant que les auteurs des grands péchés étaient affiliés à la foi. C’est ce qui les poussa à autoriser moralement (istihlâl) le sang des Compagnons et des musulmans en général. Les mu’tazilites également démentaient les textes de l’intercession en faveur des auteurs des grands péchés, ils démentaient la prédestinée, les Attributs divins, etc.

 

Il n’y a aucune différence entre ces formes d’apostasie et celle préconisant d’invoquer et de demander secours aux morts. Le ta-wîl est leur dénominateur commun. Dans de nombreux ouvrages (e-radd ‘alâ el bakrî, e-radd ‘alâ el Akhnâî, etc.) Sheïkh el Islâm affirme explicitement que certains de ses contemporains, qui étaient des savants, adhéraient à certaines de ces pratiques païennes. Il explique qu’il est impossible de les kaffar, compte tenu de la propagation de l’ignorance à son époque et de l’atténuation du savoir prophétique. Il faut donc attendre, avant de se prononcer, de leur démontrer la preuve céleste qui s’applique contre tous ceux qui la renient après l’avoir eu entre les mains. Son discours sur le sujet est connu par tout le monde.

Il devient clair que l’ignorance, le suivisme aveugle, et la mauvaise interprétation des textes – non basée sur l’obstination – sont des facteurs atténuants. Ils nous empêchent de condamner ces cas particuliers à l’apostasie. »[8]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

[1] El intisâr li hisb Allah el muwahhidîn (p. 16-18).

[2] Nous avons d’ailleurs montré ailleurs qu’Abâ Btîn impute cette distinction aléatoire à ibn Taïmiya. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/12/aba-btin-partie-1.html

[3] El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

Voice le passage en arabe :

وقال ابن تيمية - أيضاً - : "والمرتد : من أشرك بالله تعالى، أو كان مبغضًا للرسول-r - ولما جاء به اتفاقًا ، أو ترك إنكار منكر بقلبه ، أو توهم أن أحدًا من الصحابة أو التابعين أو تابعيهم قاتل مع الكفار، أو أجاز ذلك، أو أنكر مجموعًا عليه إجماعًا قطعيًّا، أو جعل بينه وبين الله وسائط يتوكل عليهم ، ويدعوهم ، ويسألهم ، ومن شك في صفة من صفات الله تعالى ، ومثله لا يجهلها ؛ فمرتد ، وإن كان مثله يجهلها ؛ فليس بمرتد ، ولهذا لم يكفر النبي - r - الرجل الشاك في قدرة الله على إعادته ؛ لأنه لا يكون إلا بعد الرسالة". " المستدرك على مجموع الفتاوى " (5/129)

[4] E-rad ‘alâ el bakrî (2/494).

[5] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).

[6] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/487-490).

[7] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).

[8] Voir : e-tibyân fî ta-sîl masâil el kufr wa el îmân de Fathî el Mawsilî (232-238) ; l’auteur imagine un débat sur le takfîr d’un cas particulier ayant commis un « acte » de mécréance. Ce débat est retranscrit dans les fatâwâ e-sa’diya (578-584).

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Publié par mizab - dans Takfir
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