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21 octobre 2016 5 21 /10 /octobre /2016 16:37

SheïkhSulaïmân e-Ruhaïlî constate que de nombreux tullâb el ‘ilm pénètrent mal le sujet,[1] comme je l’ai d’ailleurs démontré dans un article,[2] et notre ami ne le fait pas mentir, malheureusement. Il se hasarde, en effet, sans citer la moindre source en dehors de ce qu’il comprend des paroles d’ibn Taïmiya, à une conclusion pour le moins péremptoire :

Autrement dit, ceux à qui la preuve à été exposée dans ce bas-monde seront - au Jour du Jugement - du nombre des voués éternellement à l'Enfer, et ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) seront - au Jour du Jugement - du nombre de "ahl al-fatra" ; ils subiront donc une épreuve, s'ils réussissent, ils entreront au Paradis, et s'ils échouent, ils entreront en Enfer, conformément aux hadiths qui ont été rapportés à ce sujet.

Mais cela ne signifie pas que ceux à qui la preuve n'a pas été exposée dans ce bas-monde (=les ignorants) doivent être considérés musulmans et ne pas être qualifiés de mécréants/polythéistes. Bien au contraire, ils sont - et doivent être - considérés mécréants/polythéistes !

 

Déjà, outre le fait que cette tendance n’était pas connue à l’époque des anciens (nous aurons le temps d’y revenir in shâ Allah), même dans les rangs des anti‘udhr, il n’y a pas unanimité sur ce point. Certains d’entre eux, par scrupule, s’en tiennent au statu quo, et ils ne veulent pas se prononcer sur leur sort de façon catégorique, non qu’ils en fassent un point fondamental du crédo ! C’est à cette conclusion qu’est arrivé le D. Mohammed HishâmTâhirî, une vieille connaissance, à travers la thèse esdoctorattaqrîrâtaimmat e-da’wafîmukhâlafatmadhhab el khawârijwaibtâlihi, et ayant eu parmi les membres du jury le grand Mufti actuel d’Arabie Saoudite, ‘Abd el ‘AzîzÂl e-Sheïkh.

 

Voir : http://www.mizab.org/nouvelle-approche-du-udhr-bi-el-jahl

 

Pour appuyer son propos, il s’inspire notamment d’un passage d‘Abd Allah le fils de l’Imâm, qui souligne en commentaire à un texte d’ibn Taïmiya dont nous avons beaucoup parlé ailleurs.[3]En réalité, comme c’est souvent le cas, l’étude en question ne résout pas la problématique que pose ce passage, et se contente de noyer le poisson… D’autres passages de ce même ‘Abd Allah sont tout aussi ambigus.[4]SheïkhHamd ibn ‘Atîq a des paroles qui vont dans ce sens.[5] Ce dernier établit en substance qu’en règle générale la grande association ou la grande mécréance fait sortir de la religion. Puis, il explique que nous remettons à Allah le sort d’un cas particulier, sans lui appliquer le takfîr.

 

Selon cette opinion, avant l’iqâmael elhujja, tout fautif excusable qui commet du shirkakbar n’est pas un mécréant, mais sans n’être non plus un musulman. Elle distingue ainsi entre le nom (ism) et le statut de cet individu (hukm). En d’autres termes, il ne mérite pas le châtiment de l’Enfer sans n’avoir reçu lahujja, mais il perd ses droits de musulman. Il sera éprouvé le Jour de la résurrection avant de trouver sa place, soit au Paradis soit en Enfer, un peu comme les gens qui n’ont pas reçu le message prophétique (ahl el fatra).

Sheïkh ‘Abd el ‘Azîz e-Râjihî, un savant contemporain, élude ce genre de passages que l’on retrouve chez certains savants d’aimmat e-da’wa. Partisan de la tendance selon laquelle, en faisant du shirk on ne peut en aucun cas rester dans le cercle des musulmans, il suggère de remettre son sort à Allah. Le coupable aura, à ses yeux, le même statut que lors des périodes de « rupture » de la prophétie, pour reprendre les termes de l’adversaire. Néanmoins, sur terre, on lui réserve le même sort que les païens (on ne le lave pas, on ne prie pas sur lui et on ne l’enterre pas dans un cimetière musulman).[6]

 

De nombreux savants nadjites et même du Hijâz partagent, à l’heure actuelle, cette opinion. Dans cet ensemble, nous avons en plus de Sheïkh e-Râjihî, les Sheïkh ibn Bâz, el ‘Abbâd (comme en témoignent ses déclarations récentes), Ahmed Najmî, SâlihSuhaïmî,SâlihÂl e-Sheïkh, etc. Sheïkhel Fawzân a encore un autre discours bien qu’il y règne certaines zones d’ombre qu’il incombe de dissiper.

Quoi qu’il en soit, en plus du fait que cette opinion ne fasse pas l’unanimité des savants, comme nous l’avons expliqué à maintes reprises, nous pouvons remarquer qu’il taxe le coupable de mécréant sans faire de distinction entre le ism et lehukm. Les tenants de cette opinion le prennent pour un murtad (apostat), voire un mécréant d’origine, mais ils s’abstiennent simplement de le promettre à l’Enfer, conformément notamment à la croyance traditionaliste, wa Allah a’lam !

 

Nous avons réfuté cette tendance ailleurs, mais ce qui nous intéresse ici, c’est qu’au sein des anti ‘udhr, il n’y a pas unanimité pour dire que sur terre, le fautif est un murtadd, kâfir, car certains font la distinction entre le hukm et le ism, bien qu’au niveau de la finalité, cela revient au même, mais la rigueur scientifique réclame d’être précis, wa Allah a’lam ! Ibn Bâz, lui-même, fait état de cette divergence au sein des anti ‘udhr dans un passage qui, en réalité, reste ambigu.[7]

 

Or, il y a au moins une dizaine d’années, en compagnie de Sheïkh ‘Abd e-Razzâq el ‘Abbâd, SheïkhSâlihÂl e-Sheïkh fut l’un des membres du jury de la thèse ès Doctorat taqrîrâtaimmat e-da’wâfîmasâil el îmân du D. Yâsire-Salâma.

 

Au cours de la soutenance, le passage ambigu d‘Abd Allah évoqué plus haut fut mentionné.[8] Il s’agit d’une longue fatwâ coécrite avec son frère Husaïn, et SheïkhHamd ibn Nâsir ibn Mu’ammar. Tout comme le D. Mohammed Hishâm, l’élève ne résout pas la problématique qu’elle soulève ; elle était pourtant grosse comme une couleuvre ou comme le nez au milieu du visage, mais elle est passée comme une lettre à la poste !

 

Néanmoins, elle n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd, comme en témoigne l’échange qu’elle a suscité entre SheïkhSâlihet le chercheur. Nous reproduisons ici le passage qui nous intéresse : « Très bien, cet avis est celui de SheïkhHamd ibn Nâsir et consorts, mais n’est-il pas possible qu’il se soit tout simplement trompé. Les savants de aimmat e-da’wa, aussi respectables soient-ils, sont-ils sujets à l’erreur ? Ne pensez-vous pas que cette allégation soit discutable ? Qu’est-ce que cela veut dire : « si nous ne le jugeons pas mécréant, cela ne veut pas dire que nous le considérons comme musulman » ? Y aurait-il un état intermédiaire entre la mécréance et l’Islam ? »

 

Mais encore, je cite : « Très bien, que dit la règle ? En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considérations. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas. Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eue lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâilâhillâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. Certes, l’allégation du SheïkhHamd ibn Nâsir – qu’Allah ait son âme – affirme le contraire, mais elle est contestable. Elle s’inscrit à contrecourant du discours [officiel](ou : de l’autre discoursndt.) des savants de aimmat e-da’wa. Il est faux de dire qu’en se rendant coupable d’un acte de mécréance claire, on n’est ni musulman ni mécréant. Selon moi, c’est une erreur, car la chose mérite de plus amples précisions. »

 

Conclusion imparable : « Nous disons donc, comme le veut la formule consacrée : Ami de SheïkhHamd, mais encore plus de la vérité. Il n’existe pas de degré intermédiaire entre la foi et la mécréance, et en principe, on reste musulman jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance ne peut annuler cette affiliation en l’absence de la preuve céleste et sans tenir compte d’un certain nombre de conditions et de considérations, etc. »

 

Voir : http://www.mizab.org/shekh-slih-l-e-shekh--et-la-rgle-du

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

[2]http://www.mizab.org/eclaircissement En voici un passage : « Un jour, SheïkhSulaïmân e-Ruhaïlî m’expliquait qu’on n’avait pas prêté au sujet l’attention qu’il méritait. Il soulignait également qu’on en faisait une mauvaise approche, et qu’il y avait un problème de méthodologie. L’analyse objective, à ses yeux, veut de prendre pour base de réflexion, les textes scripturaires de l’Islam et l’opinion des savants des premières générations en commençant par les Compagnons et leurs successeurs, avant de se tourner vers les avis des savants des générations plus récentes qu’il incombe de replacer dans leur contexte, et de les expliquer conformément aux intentions de leurs auteurs, en mettant les passions de côté. Pour Sheïkh el ‘Uthaïmîn, tout le monde s’accorde sur le principe du ‘udhr bi el jahl, mais s’il y a divergence entre les savants, c’est dans la façon dont cela se traduit dans la pratique. »

 

 

[3] Voir : Majmû’ e-rasâilwa el masâil (1/79-80).

[4] Voir : e-durar e-saniya (10/136-137) ; Hamd ibn Nâsir a également des paroles de ce genre dans e-durar e-saniya (10/335-337).

[5]E-durar e-saniya (11/75-76) ; voir également : majmû’a e-rasâilwa el masâil (1/589).

[6] Voir : as-ilawaajwibafî el kufrwa el îmân (p. 29-30).

[8] Voir : e-durar e-saniya (10/136-138).

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Publié par mizab - dans Takfir
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