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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 15:43

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar

(Partie 4)

 

Conclusion de ce paragraphe

 

Quand le doyen damascène parle des innovateurs non mécréants, il dissocie entre « pervers » et « désobéissants »,  et, à chaque fois, en opposition aux « mécréants » (il exclue donc les zindîq et les hypocrites).[1]Si on en doute encore, voici d’autres exemples :

 

« Quant à la question du takfîr, selon la bonne opinion, tout individu de la communauté mohammadienne faisant une erreur suite à un effort d’interprétation ne devient pas mécréant, à condition que son intention soit de parvenir à la vérité. Dans ce cas, son erreur lui est pardonnée. Cependant, dans la situation où, bien qu’on appréhende clairement les enseignements du Messager, on s’en écarte en toute connaissance de cause, pour suivre un autre chemin que celui des croyants, on devient mécréant.

Or, dans la situation où on se soumet à ses passions, tout en faisant preuve de négligence dans la recherche de la vérité, ce qui pousse à parler sans science, on devient un désobéissant condamnable, voire un pervers, sauf si ses bonnes actions prennent le dessus sur ses mauvaises. »[2]

 

« Quant à moi, - ceux qui s’assoient avec moi le savent très bien –, je compte parmi les gens qui défendent avec le plus d’acharnement de condamner une personne en particulier d’apostat, de pervers, ou de désobéissant sauf s’il devient certain que la preuveprophétique a été fournie contre elle (qâmat el hujja e-risâliya) de sorte que toute personne qui les contredit soit condamnable d’être soit apostat, soit pervers ou soit désobéissant. J’ai par ailleurs établi qu’Allah pardonne les erreurs commises par les membres de cette communauté : Cela concerne aussi bien les erreurs qui relèvent des masâil el khabariya el qawliya(el usûlpour certains ndt.) que les masâil el ‘ilmiya(el furû’ pour certains ndt.). Les anciens se divisent encore sur ces questions. Personne n’a condamné l’un d’entre eux au kufr, au fisq ou à la ma’siya(…) j’expliquais que les paroles des anciens et des grandes références qui parlent du takfir el mutlaq en disant : celui qui fait telle et telle chose est un kafir ; j’expliquais qu’elles étaient justes, mais qu’il incombait également de faire la différence entre le mutlaq(le cas général) et le mu’ayin (le cas particulier). »[3]

 

« Quiconque s’oppose aux enseignements établis par le Coran et la sunna devient soit un mécréant, soit un pervers, soit, un désobéissant, sauf si c’est un croyant s’étant trompé suite à un effort d’interprétation. Il a droit à une récompense pour son effort, et son erreur lui est pardonnée. Il a droit à la même excuse s’il n’a pas reçu le savoir nécessaire ayant fonction d’établir la preuve céleste contre lui. Allah révèle en effet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[4]Cependant, si la preuve céleste émanant des textes du Coran et de la sunna est établie contre lui, et qu’il s’y oppose ensuite, il devra recevoir la punition correspondante à son cas, et pouvant aller jusqu’à la mise à mort. »[5]

 

Si cela est clair, et j’avoue que je ne sais pas s’il faut prendre cela pour une règle, quand SheïkhTaqî e-Dîn désigne les adeptes affiliés à l’Islam d’ignorants égarés, c’est que nous avons affaire à des croyants non apostats (il exclue donc les zindîq et les hypocrites). Plusieurs passages de ses ouvrages le confirment, notamment : « En étant convaincu qu’il s’agit d’actes religieux et dévoués à Dieu, on est un vulgaire menteur égaré. Il incombe d’expliquer au fautif que ces actes ne sont ni religieux ni dévoués à Dieu ; s’il persiste dans son erreur, on lui somme alors de se repentir sous peine de mise à mort. »[6]

 

« Plus on est au courant de la face cachée de cette tendance tout en y adhérant, plus on sombre dans la mécréance et l’athéisme. Or, certains ignorants se font une bonne opinion de leurs paroles, mais sans les comprendre réellement. Ils pensent qu’ils ont affaire au même genre qu’aux maitres initiés, dont le discours, bien qu’il soit juste, est indéchiffrable pour beaucoup. Ces suiveurs ont souvent la foi et sont relativement fidèles au Coran et la sunna, conformément à la croyance traditionnelle. S’ils approuvent le discours des premiers, c’est uniquement dans la mesure où ils se font une bonne opinion d’eux, tout en se soumettant à eux les yeux fermés proportionnellement à leur ignorance et à leur égarement. Ils ne se mettent pas à l’esprit que seuls un mécréant athée ou un ignorant égaré peuvent donner crédit à leurs discours…

 

Leurs discours, qu’il soit pris au pied de la lettre ou non, relèvent entièrement de la mécréance à l’unanimité des musulmans. En venant à douter de leur mécréance, après avoir eu connaissance de leurs réelles intentions et de leur véritable religion, on prend le même statut qu’eux, car c’est comme si on doutait de la mécréance des Juifs, des chrétiens, et des païens. »[7]

 

« Or, ceux qui ne pénètrent pas les subtilités de leur discours s’en sont laissé abuser, exactement comme ceux qui se laissent abuser par le discours ésotérique des qarmates. Ces derniers se sont, en effet, fait passer pour des fatimides (descendants de Fâtimandt.) affiliés au shiisme. Leurs suiveurs ont penché vers eux sans vraiment connaitre le fond de leur discours qui est rempli de mécréance. Ainsi, deux catégories d’individus peuvent avoir une attirance pour eux : soit un zindîq hypocrite soit un ignorant égaré. Nous pouvons dire la même chose pour les partisans du monisme. Leurs chefs de file sont de vulgaires mécréants qu’il incombe de mettre à mort, sans accepter le repentir d'aucuns d’entre eux, à condition de les attraper avant qu’ils ne se repentissent.

 

Ils sont en effet les pires des zindîq qui cachent derrière leur appartenance trompeuse à l’Islam, la pire des mécréance. Ceux-là pénètrent très bien leur discours et ils ont pleine conscience qu’il s’oppose littéralement à la religion des musulmans.  

 

Il incombe de punir toute personne qui s’affilie à eux, les défend, leur fait les éloges, encense leurs ouvrages, qui est connue pour les aider et les soutenir, qui déteste entendre du mal d’eux, qui leur cherche des excuses en disant qu’un tel ne connaît pas le sens de telles paroles, qu’il n’en connaît pas l’auteur, ou qu’il a composé tel ouvrage…

 

Ce genre d’excuses ne peut que provenir d’un ignorant ou d’un hypocrite. Il incombe plutôt de punir toute personne qui, au courant de leur situation, ne contribue pas à mettre fin à leurs manigances. S’opposer à eux représente l’un des plus grands devoirs du musulman, car ils ont corrompu l’esprit et la religion de bon nombre d’individus parmi les Sheïkh, les savants, les rois, et les princes. Ils sèment le désordre sur terre et détournent les gens du chemin d’Allah.

 

Les dégâts qu’ils font à la religion sont pires que les dégâts matériels causés aux musulmans notamment par les bandits de grand chemin. Ces derniers ne s’attaquent pas en effet à la religion des gens. Dans cet ordre, nous avons les tatars qui ne convoitent que leurs richesses, mais sans s’en prendre à leurs convictions. Ceux qui ne savent pas à qui ils ont affaire ne doivent pas prendre la chose à la légère. Leur égarement et leur mauvaise influence sont plus grands que l’on puisse se l’imaginer. Ils sont la tendance la plus proche des qarmatesbâtinites. C'est pourquoi ils cautionnent la venue des tatars à la tête des pays musulmans, et leur offrent leur soutien contre leurs propres concitoyens – à part les gens simples qui gonflent leurs rangs, et qui n’ont aucune idée de leur vrai visage.

 

Ceux-là mêmes qui approuvent la situation des Juifs et des chrétiens et qui considèrent qu’ils sont sur le droit chemin. Ils n’en pensent pas moins pour les adorateurs des idoles. Chacune de leur revendication représente à elle seule la pire des mécréance qui soit.

 

Ainsi, il incombe d’informer sur leur situation tous ceux qui se font une bonne opinion d’eux, et qui prétendent n’être pas au courant de leurs vraies intentions. Après cela, s’ils ne se séparent pas d’eux et s’ils n’affichent aucun mécontentement envers eux, ils auront droit au même statut qu’eux, et seront considérés comme eux et comme faisant partie d’eux. »[8]

 

• Ensuite, notre ami revient à la charge :

 

Observe(z) bien, quelques lignes après, Ibn Taymiyya dit très clairement (passage encore une fois non retranscrit par Karim Zentici) : "et ce qui est voulu ici est que ces polythéistes, ceux qui prennent les occupants des tombes comme intermédiaires..."

 

En effet, c’est exactement ce qu’il dit la page suivante.[9] Or, quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage ! À ce jeu-là, aucun auteur n’est honnête, si on devait lui imposer de retranscrire deux pages avant et deux pages après (j’extrapole bien sûr) la citation qui sert à conforter son idée et qui ne déforme pas l’opinion de la référence qu’il utilise. Aucun chercheur sérieux ne soutiendra une telle aberration !

 

Pour avoir pied, notre ami s’accroche à n’importe quelle toile d’araignée, quitte à friser avec le ridicule ! Déjà, c’est exactement ce que dit la première phrase du passage traduit en question, sauf que le terme est au singulier, mais y a-t-il une différence ?

 

« Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik(païen) et son acte est du kufr(mécréance). »

 

J’ai même pris soin de laisser mushirk et kufr en arabe. Peut-on donner une plus grande garantie d’honnêteté ? En outre, le passage que j’ai traduit s’inscrit dans une digression dont Sheïkh el Islâmavait le secret, et qui dit justement que l’auteur du shirk est excusable en raison de son ignorance ; si le ridicule tuait, certains de nos amis auraient épuisé leurs sept vies en une seule fois ! Ibn Taïmiya ne fait ensuite que reprendre le fil de son discoursqui démontre que le pèlerinage pour les tombes des walis, pratique déjà en vogue à l’ère païenne, relève du shirk. Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que ce n’était pas du shirkakbar, sinon, il n’y aurait eu aucun débat sur le ‘udhr bi el jahl, réfléchis ! Aucun traditionaliste digne de ce nom n’a jamais dit que l’auteur de cet acte n’était pas un vulgaire apostat passible de l’Enfer éternel ! La question était plutôt de savoir s’il bénéficiait éventuellement, et pas systématiquement, de circonstances atténuantes en sa faveur, et ce qui fut justement l’objet de cette digression qui se termine avec la formule consacrée : « Nous avons développé la question ailleurs. » Et c’est ce que nous démontrons depuis plus de dix ans ! Il faut être vraiment téméraire pour attaquer quelqu’un sur son terrain de prédilection ! Il ne faut pas confondre courage et témérité !

 

[1] Le D. ‘Abd el Majîd el Mish’abî est l’auteur d’une thèse ayant pour titre ; manhaj ibn Taïmiya fî mas-alat e-takfîr (1/251-261) où il démontre, avec de nombreux textes d’ibn Taïmiya à la clef, qu’ibn Taïmiya distingue entre le musulman coupable d’une erreur et le zindîq.

[2]Majmû’ el fatâwâ (12/180).

[3]Majmû’ el fatâwâ (3/229).

[4]Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

[5]Majmû’ el fatâwa (1/113).

[6]Majmû’ el fatâwa (1/372).

[7]Majmû’ el fatâwa (2/367-368).

[8]Majmû’ el fatâwâ (2/131-132).

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Publié par mizab - dans Takfir
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