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22 novembre 2016 2 22 /11 /novembre /2016 13:48

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar III

(Partie 3)

 

Par ailleurs, dans sa réfutation à el Bakrî, ibn Taïmiya dédouane des ascètes tels que le poètehanbaliteYahyâe-Sarsarî, un soufi ultra (m. 656 h.) :

 

« Quant à ces ignorants, comparables aux païens et aux chrétiens, ils s’inspirent de hadîth faibles ou inventés, de citations de savants qui ne font pas autorité, ou qui leur sont mensongèrement imputées, ou tout simplement qui sont des erreurs de leur part…

 

Je ne connais personne ayant rapporté une annale d’un savant de référence autorisant d’invoquer une créature. Certes, certains dévots comme le poète SheïkhYahyâe-SarsarîetSheïkhMohammed ibn e-Nu’mân,[1] auteur de kitâb el mustaghîth bi e-Nabîfî el yaqazhawa el manâm, en vantent les vertus dans leurs ouvrages.

Certes, ces gens-là sont des pieux et des religieux, mais ils n’ont aucun lien avec les savants qui sont à même de pénétrer les intentions du Législateur. C’est de ces derniers que l’on prend les enseignements de la religion, car experts en Loi (le licite et l’illicite). Quant à ces dévots, ils ne se basent sur aucune preuve textuelle ni même une parole d’un savant de référence. Leurs pratiques sont plutôt à mettre au compte de l’usage. Beaucoup de gens en effet ont pris l’habitude de se tourner vers leurs Sheïkh dans les moments difficiles pour lui solliciter son aide.

Je connais personnellement certains Sheïkh connus pour leur ascétisme et leur piété, s’avancer solennellement vers la tombe d’Abd el Qâdir pour lui implorer le secours.

 

Cette pratique est courante chez beaucoup de gens. Lorsqu’on attira l’attention de certains émérites parmi eux, ils revinrent tout de suite à la raison et comprirent que leur pratique n’avait rien à voir avec l’Islam, mais qu’elle était plus comparable à l’adoration des idoles. Il est connu de façon élémentaire que le Prophète (r)n’a jamais légiféré à sa communauté d’invoquer qui que ce soit parmi les morts : Prophètes, gens pieux, etc. ni à travers la formule d’el istighâtha(appel au secours) ou autre ni à travers la formule d’el isti’âna(appel au soutien) ou autre. Il n’a pas légiféré non plus à sa communauté de se prosterner pour un mort ou en sa direction, etc. Nous savons plutôt qu’il (r)a formellement interdit ce genre de pratiques qu’ila jugées commerelevant de l’association interdite par Allah et Son Messager.

 

Néanmoins, en raison de l’ignorance prépondérante, du nombre restreint de personnes initiées aux traces de la Prophétie parmi les dernières générations, nous ne pouvons pas condamner facilement les gens d’apostats pour ces raisons ; pas avant de les avoir mis au courant des enseignements du Messager stipulant la non-pertinence de leurs pratiques. C’est pourquoi, je n’ai jamais démontré ce point à des personnes imprégnées de l’Islam sans qu’elles ne se remettent en question en disant : c’est le principe même de la religion. Certains grands doyens expérimentés parmi nos amis disaient : c’est la plus grande chose que tu aiespu nous expliquer, car ils avaient pleine conscience que cela concernait le principe élémentaire de la religion. »[2]

 

Le maitre d’el ‘Uthaïmîn utilise ce passage pour valider l’idée que l’ignorant musulman ayant commis du shirk ne sort pas systématiquement de l’Islam, et pour condamner la distinction opérée entre le shirk ‘amalî et le ta’tîl des Noms et Attributs divins dans le domaine du takfîr (il donne l’impression de répondre directement à AbâBtîn – qu’Allah ait son âme –). Ce dernier souligne en explication au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis][3] : « Dire que le Verset en question, et bien d’autres arguments textuels, font allusion aux erreurs commises dans les questions subsidiaires de la religion, non dans les questions élémentaires est une allégation dénouée de tout fondement. Ni le Coran ni le Prophète (r) ne font cette distinction.[4] Nous avons souligné plus haut que les anciens n’ont pas kaffar les premiers innovateurs dont les erreurs d’interprétation touchaient aux questions élémentaires de la religion, comme les Attributs parfaits d’Allah. Le tawhîdtourne autour de deux principes : la reconnaissance de ces fameux Attributs et l’unicité du culte.

 

Si nous donnons des circonstances atténuantes à un cas particulier qui fait des erreurs (ignorance, mauvaises interprétations des textes, et suivisme aveugle) dans le premier domaine, nous devons le faire pour celles qui touchent au second ; et cela, pour les mêmes raisons. La restriction qui est valable pour l’un est aussi valable pour l’autre. La mission du Messager (r) portait indistinctement sur ces deux domaines. Les hérétiques de sa communauté se sont égarés dans l’un ou l’autre domaine, voire dans les deux à la fois. Ils vont à l’encontre des enseignements connus de façon élémentaire par tous les musulmans. Le Prophète (r) avait pourtant mis en garde contre l’hérésie. C'est pourquoi s’obstiner à renier ses enseignements qui touchent à ces deux domaines, après en avoir eu connaissance, relève de la mécréance incontestable.

 

Un musulman qui adhère à l’Islam au niveau du cœur et des actes peut s’égarer dans certains points, car il n’a pas les éléments en mains pour le faire parvenir à la vérité. Dans ce cas, nous ne sommes pas formels sur son apostasie, étant donné qu’il existe une restriction faisant obstacle à cette condamnation. D’où l’importance d’établir contre lui la preuve céleste ; une preuve céleste qui s’applique contre tout obstiné (mu’ânid).[5]

 

C’est pour cette raison, et vous êtes d’accord avec nous, que nous nous sommes abstenus de kaffar certains cas comme e-Sarsarî, qui appellent à invoquer, à rechercher le secours du Prophète (r), et à lui demander de répondre aux besoins. Ces derniers sont directement concernés par les paroles de Sheïkh el Islam auxquelles nous avons fait allusion précédemment.

 

Par ailleurs, vous dites qu’il n’y a pas la moindre hésitation à kaffar celui qui renie la Résurrection, comme le révèlent les textes du Coran et de la sunna. Ils ne font pas la différence, selon vos dires, entre le fait d’être motivé ou non par l’obstination.

Ce à quoi nous répondons que cette question est du même registre. Les erreurs d’interprétation offrent des circonstances atténuantes. Ces erreurs sont courantes dans le domaine des Attributs divins et de l’Unicité chez beaucoup de ceux qui donnent foi à tous les enseignements du Prophète (r). Cependant, il est rare de trouver quelqu’un qui renie la Résurrection [tant elle coule de source]. Malgré cela, en supposant qu’un bédouin ou un nouveau converti n’en ait pas connaissance, nous devons le mettre au courant. C’est seulement après cette démarche que nous pourrons le sortir de l’Islam.

 

Quiconque croit en Allah et à Son Messager, et qui adhère totalement à leur obéissance, mais qui renie un enseignement de la religion par ignorance (il peut ignorer que le Messager l’ait apporté), nous devons nous abstenir de nous prononcer sur son cas. Nous reconnaissons que son acte fait sortir de la religion, mais il bénéficie d’une circonstance atténuante, qui est l’ignorance. Il n’y a pas de différence en cela entre les questions élémentaires et les questions subsidiaires de la religion. La mécréance consiste à renier tout au partie les enseignements du Prophète (r) et en toute âme et conscience. Ainsi, nous pouvons mieux distinguer entre un suiveur mécréant[6] et un croyant qui renie un enseignement de la religion, soit par égarement et ignorance, soit par obstination et en toute connaissance de cause. »[7]

 

E-radd ‘alâ el Bakrî nous éclaire sur ce qu‘ibn Taïmiyaentend par « ignorant » quand il parle des adeptes affiliés à l‘Islam

 

Dans E-radd ‘alâ el Bakrî, ibn Taïmiya classe les ignorants affiliés à l’Islam en trois catégories. Il introduit son discours en disant que les zindiq hypocrites que comptent notamment les rangs des karmatesbâtinites sont pires que les Juifs et les chrétiens.[8] Ensuite, il classe les adeptes de l’Islam qui font du shirken trois catégories, en fonction de leur degré de gravité :

  1. Ceux qui commettent clairement de l’association et qui s’opposent sciemment aux enseignements du sceau des Prophètes (r) à l’instar des karmatesbâtinites. À l’unanimité des savants, ces derniers sont passibles de la peine de mort après sommation de réintégrer le crédo orthodoxe.
  2. Ceux qui se trompent sur des points subtils de la religion.
  3. Ceux qui sont entre les deux premières catégories, et qui se divisent en pervers (fâsiq) et désobéissants (‘âsî).[9]

 

80 pages plus tôt, il ramène un point qui est certes problématique, bien que ce ne soit pas l’endroit pour en parler, mais il y concède tout de même aux ignorants musulmans qui commettent du shirkd’avoir la foi. Il parle bien sûr de la foi qui les maintient dans l’Islam, non de la foi dans l’absolu, qu’on en juge : « Personne n’est en mesure de ramener un seul texte des Compagnons et des anciens en général justifiant de solliciter l’aide, le secours, ou la victoire du Prophète (r) après sa mort. Personne de la première époque n’a jamais sollicité sa tombe pour faire venir la pluie ou pour lui venir en aide, comme on avait l’habitude de la faire du temps de son vivant. Aucun homme connu pour son savoir et sa piété ne s’est jamais hasardé à une telle pratique.

 

Celle-ci vient plutôt de certains ignorants qui se présentèrent devant sa tombe en vue de lui implorer de la nourriture ou de leur porter secours contre un tyran. Certes, le Seigneur les exauça, mais uniquement par hommage envers le meilleur des hommes, et pour préserver leur foi fragile. Ils auraient pu, en effet, en cas d’échec, être ébranlés dans leur foi, et sombrer dans le doute. Ils auraient pu, également avoir une mauvaise réaction envers Dieu, en sachant qu’ils lui manquaient déjà de respect en s’en remettant aux morts dans le besoin. Allah ne fit preuve que de mansuétude envers eux, car ils venaient de se convertir. Ils avaient besoin qu’on les couve pour leur éviter de renoncer à la foi et à la religion. »[10]

 

D’autres passages de ce même ouvrageétablissent le principe du ‘udhr bi el jahl

 

Dans d’autres passages de ce même ouvrage, ibn Taïmiya accorde clairement l’excuse de l’ignorance, et établit que le takfîrn’a lieu qu’après iqamat el hujja, en sachant désormais qu’il ne fait pas cette distinction qu’on lui prête entre le hukm et le ism, ou, en tout cas, pas de la façon dont on nous la présente. Voici les passages en questions :

 

« De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants parmi les Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[11]

 

Ainsi :« Quiconque attribue à un autre qu’Allah ce qui n’appartient qu’à Lui est également un mécréant si la preuve céleste considérant comme mécréant tous ceux qui la délaissent est établie contre lui. »[12]

 

Après cela, qui ose dire encore qu’ibn Taïmiya ne voit pas le ‘udhr bi el jahl dans le shirkakbar ?

 

Cette question dérangeante interpelle notamment l’auteur de cette œuvre téméraire :

 

https://app.box.com/s/rj9594ylaldsoah36yl2tc4hf8emg2v1

 

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

[1] Maitre soufi ultra malékite  (m. 656 h.).

[2]El istighâtha (2/731).

[3]La vache ; 286

[4] Voir pour une explication détaillée de ce principe : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (23/346-347).

[5] Voir : majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (12/180).

[6] Voir : tarîq el hijrataïn d’ibn el Qaïyim (411-412).

[7] Voir : e-tibyânfî ta-sîlmasâil el kufrwa el îmânde Fathî el Mawsilî (232-238).

[8] Nous avons vu dans un article précédent qu’aux yeux d’ibn Taïmiya, ressembler aux gens du Livre sur un point ne rend pas forcément mécréant. Voir : http://mizab.over-blog.com/2014/11/ibn-taimiya-et-le-hukm-bi-ghair-ma-anzala-allah-partie-1.html

Ailleurs, il établit en parlant de ceux qui imposent leurs idées hérétiques : « C'est pourquoi l’un des signes distinctifs des innovateurs est d’innover une parole ou un acte qu’ils imposent ensuite aux autres par la force, et sur lesquels ils fondent leur sentiment d’alliance (l’amour et la haine en Dieu). C’est exactement ce que les kharijites, les râfidhites, et les jahmites ont fait… Dans la mesure où ce qu’on impose ou interdit n’est pas corroboré par les textes scripturaires de l’Islam, on s’associe vulgairement aux kharijites, aux râfidhites, et aux jahmites ; eux-mêmes sont sur les traces des païens et des apostats de la première époque. » Voir : http://mizab.over-blog.com/article-ibn-taimiya-et-le-taqlid-partie-3-101734377.html

[9]E-radd ‘alâ el Bakrî (1/277-279).

[10]E-radd ‘alâ el Bakrî (1/201).

[11]E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).

[12]Majmû’ el fatâwa(1/112) et e-rad ‘alâ el bakrî(p. 214).

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Publié par mizab - dans Takfir
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