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28 novembre 2016 1 28 /11 /novembre /2016 16:26

 

 

Ibrahim Ruhaïlî et la définition de la foi

(Partie 2)

 

• Les anciens faisaient la distinction entre l’essence et les branches de la foi. Un article recense 51 citations de savants qui, à travers les époques mettent en avant cette distinction.

 

Voir : http://www.mizab.org/le-seuil-minimum-de-la-foi

 

En voici quelques-unes :

 

Ibn Manda : « Pour les kharijites, la foi est l’ensemble de toutes les dévotions imposées que ce soit venant du cœur, de la langue ou des autres membres. Les traditionalistes disent également que la foi représente toutes les dévotions, que ce soit venant du cœur, de la langue, ou des autres membres. Sauf que, pour eux, elle est composée d’une essence et de branches. Son essence, c’est la connaissance et la croyance en/pour Allah et à Ses enseignements avec le cœur et la langue, en étant mû par la soumission extrême, l’amour, la peur, et l’encensement, loin de tout orgueil et obstination. En fournissant cette essence, on entre dans la foi, on prend le nom de musulman, et on est soumis aux lois qui en découlent. Cependant, cette foi ne peut devenir parfaite sans fournir les branches qui incarnent les commandements divins : faire les obligations et renoncer aux interdictions. »[1]

 

Abû Nasr el Marwazî : « … La foi est composée d’une essence et des branches ; elle est antonyme à la mécréance dans tous les sens du terme. L’essence se compose de la reconnaissance et de la croyance, et les branches permettent de parfaire les actes du cœur et des membres. Mécroire en Allah, en Ses enseignements, et renoncer à croire en/pour Lui est antonyme de la reconnaissance et de la croyance qui composent l’essence de la foi.

 

L’antonyme de la foi qui touche aux actes non à la reconnaissance est une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion, mais qui consiste à négliger les actes ; de la même manière que les actes intègrent la foi, mais sans relever de la reconnaissance d’Allah. En délaissant la foi au niveau de la reconnaissance d’Allah, on devient un mécréant à qui on somme de se repentir. De la même manière, en délaissant la foi au niveau des actes (l’aumône légale, le pèlerinage, le jeûne, éviter de boire du vin et de faire l’adultère par scrupule religieux) on perd une partie de la foi, mais on n’est pas sommé de se repentir, selon notre opinion et celle de nos opposants sur la question qui nous concerne parmi les traditionalistes, mais aussi parmi les innovateurs adhérant au crédo selon lequel la foi est composée de la croyance et des actes. Seuls les kharijites se distinguent sur la question.

 

Quand nous disons qu’il est mécréant pour avoir négligé les actes, cela ne veut pas forcément dire qu’on lui somme de se repentir et qu’il n’est plus concerné par les lois de l’Islam… étant donné qu’il ne touche pas à l’essence de la mécréance qui consiste à renier Allah ou Ses enseignements…

 

C’est à partir de ce raisonnement que nous soutenons l’idée selon laquelle en délaissant la croyance, on est mécréant, et en délaissant les obligations tout en donnant foi à leur caractère obligatoire, on ne le devient pas, sauf qu’on a délaissé la vérité. On dit bien : tu as renié mon droit et mes bienfaits dans le sens où tu les as négligés en faisant preuve d’ingratitude.

 

Les tenants de cette tendance disent : nous nous appuyons en cela sur l’exemple des Compagnons et de leurs successeurs qui pouvaient désigner par le terme mécréant les branches de la mécréance, non son essence ; soit une mécréance qui ne fait pas sortir de la religion ; de la même manière qu’ils pouvaient désigner par le terme foi, les branches de la foi non son essence ; en les délaissant, on ne sort pas de la religion. »[2]

 

L’Imâm Tabarî : « Pour certains, la foi est composée de la connaissance du cœur, de la reconnaissance verbale, et des actes extérieurs. En fournissant deux de ces trois éléments, on ne peut, en tout état de cause, porter le nom de « croyant ». Néanmoins, en en ayant deux d’entre eux (la connaissance du cœur et la reconnaissance verbale), mais en étant négligeant dans les actes extérieurs, on porte le nom de « musulman ». »[3]

 

Plus loin, il confirme : « Avec la connaissance et la reconnaissance verbale, on est croyant (mu-mîn bi Allah wa rasûlihi), même en négligeant les actes, bien que nous ne disons pas qu’il est croyant dans l’absolu. »[4] L’auteur utilise l’expression mu-min bi itlâq que nous avons traduit pas croyant dans l’absolu pour parler en fait, du croyant absolu, parfait, véritable, comme l’explique Ibn Battâl dans la citation suivante. C’est de ce sens qu’il faut comprendre les autres citations que nous trouvons ici, wa Allah a’lam !

 

Ibn Battâl relate une citation de Tabarî disant notamment : « …De la même manière qu’en reconnaissant Allah et ses Messagers – que les prières et le salut d’Allah soient sur eux tous – sans faire les obligations religieuses, on ne prend pas le nom de croyant dans l’absolu… »[5] Il veut dire qu’on est un véritable croyant en faisant les actes, comme il le laisse sous-entendre dans un autre ouvrage.[6]

 

Ibn Batta : « La foi est composée de la parole et des actes, elle monte si tu agis bien, et descend quand tu agis mal. Dans ce cas, l’homme sort de l’imân pour entrer dans l’islâm, mais, rien en dehors de l’association, ne peut le faire sortir de l’islâm, ou bien en refusant une obligation venant d’Allah (U) avec l’esprit de la renier. Néanmoins, s’il la délaisse par fainéantise ou négligence, son sort est soumis à la Volonté d’Allah. »[7]

• Ibn Taïmiya entérine ce principe : « La foi est composée d’une essence nécessaire à sa présence, d’éléments obligatoires qui entrainent la punition en cas de diminution et d’absence, et d’éléments recommandés qui font parvenir aux hauts degrés. Par rapport à ces niveaux, trois catégories d’individus vont se dégager : les pervers injustes envers eux-mêmes, les modérés, et les vertueux devanciers. Celle-ci est comparable aux entités concrètes et abstraites (le pèlerinage, un corps, une mosquée, etc.). Certaines de ses parties manquantes font diminuées sa plénitude ou son excellence, d’autres diminuent sa perfection (négliger les obligations et enfreindre les interdictions), et d’autres enfin entament son pilier (la croyance et la parole). »[8]

    

« La religion imprégnée dans le cœur au niveau du savoir et des sentiments est l’essence de la foi, tandis que les actes extérieurs, qui relèvent de la foi parfaite, en constituent les branches. »[9]

 

« Les traditionalistes, parmi tous les Compagnons sans exception, leurs successeurs, les grandes références traditionalistes, les traditionnistes, l’ensemble des légistes et des soufis, à l’instar de Mâlik, e-Thawrî, el Awzâ’î, Hammâd ibn Zaïd, Shâfi’î, Ahmed, ibn Hanbal, etc. et les grands spécialistes parmi les partisans du kalâm, tous s’entendent à dire que la foi et la religion est composée des paroles et des actes…

 

Les commentateurs qui ont retranscrit leur tendance établissent qu’elle se partage en une essence et une partie subsidiaire ; celle-ci renferme des piliers, des éléments obligatoires moins importants que les piliers, et des éléments recommandés, au même titre que le pèlerinage et les rituels en général. »[10]

 

Son élève ibn ‘Abd el Hâdî rapporte ses paroles dans lesquelles il établit le principe traditionaliste selon lequel en délaissant les branches de la foi, on ne devient pas mécréant ; on le devient uniquement en délaissant son essence, soit la croyance (i’tiqâd).[11] Ainsi, les péchés (en dehors des annulations de l’Islam) qui sont les branches de la mécréance ne remettent pas en cause l’essence de la foi.[12] Si l’essence de la foi ne garantit pas l’entrée au Paradis d’emblée, elle épargne, aussi infime soit-elle, d’éterniser en Enfer.[13]

 

« Ainsi, on peut facilement distinguer entre ce cas et le désobéissant, qui est convaincu de devoir faire telle obligation, mais qui succombe à ses passions et à sa mauvaise volonté (nufra). C’est ce qui le pousse à ne pas s’y plier. Sa foi renferme le tasdîq, le khudhû’ et l’inqiyâd, qui relève du qawl et du ‘amal, mais sans parfaire le ‘amal. »[14]

 

• Ibn el Qaïyim emboite le pas à son maitre : « La foi véritable est composée des paroles et des actes. Les paroles sont de deux sortes : la parole du cœur qu’est la croyance et la parole verbale qui est la prononciation de l’attestation de foi (kalima el islâm).

Les actes également sont de deux sortes : les actes du cœur que sont l’intention, la sincérité exclusive, et les actes corporels. En faisant disparaitre les quatre réunis, on fait disparaitre la foi parfaite. En faisant disparaitre la croyance du cœur, les autres éléments ne sont plus d’aucune utilité, car elle est une condition pour leur donner foi et les rendre utile.

 

En faisant disparaitre les actes du cœur, tout en gardant la croyance du cœur, c’est le point de querelle entre les murjites et les traditionalistes. Ces derniers s’accordent à dire que, dans ce cas de figure, la foi disparait, et que la croyance, sans les actes du cœur (l’amour et la soumission à Allah), est inutile. C’est exactement le cas d’Iblis, de Pharaon et son peuple, des Juifs, des païens qui donnaient foi au Messager, mieux, qui reconnaissait la véracité de son message en privé et même en public. Ils avouaient qu’il ne pouvait mentir, mais nous refusons simplement de le suivre, justifiaient-ils, et de croire en lui.

 

Ainsi, si la foi disparait avec la disparition des actes du cœur, il n’y a aucun mal à ce qu’elle disparaisse avec la disparition de l’acte corporel le plus important. »[15]

 

• ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan reprendra à son compte ce discours d’ibn el Qaïyim : « Le deuxième principe : La foi a une essence (asl) qui se diversifie en diverses branches. Chaque branche (far’) entre sous l’appellation de la foi. Lâ ilâh illâ Allah est la plus haute d’entre elles, et la plus basse consiste à enlever une entrave du chemin. Si certaines d’entre elles ne sont pas fournies, celles-ci annulent la foi à l’unanimité des savants, comme c’est le cas pour la première. En revanche, d’autres ne l’annulent pas à l’unanimité des savants quand elles sont négligées, comme c’est le cas pour la dernière. Or, entre ses deux branches, il en existe de multiples variétés. Les unes rejoignent la première ; elles en sont donc plus proches. Les autres rejoignent la dernière, et en sont donc plus proches.

 

En voulant mettre toutes ces branches sur le même pied d’égalité lorsque celles-ci sont rassemblées, on s’oppose ainsi aux textes et à la voie des anciens et des grandes références de cette communauté.

 

D’autres parts, la mécréance (kufr) se compose également d’une essence et de branches. Ainsi, de la même manière que les branches de la foi entrent dans la foi, nous pouvons en dire autant pour la mécréance. Tous les péchés sont des branches du kufr, comme en parallèle, les bonnes œuvres sont des branches de la foi. Il n’est donc pas pertinent de les mettre sur le même pied d’égalité au niveau des statuts et des noms légitimes qui leur sont accolés.

 

Il y a donc une différence entre délaisser la prière, l’aumône, ou le jeûne, ou commettre l’association, ou encore dénigrer le Coran, et entre commettre un vol, l’adultère, boire de l’alcool, piller, et afficher une certaine muwâlât pour les non-musulmans à la façon de Hâtib.

 

Celui qui met sur le même pied d’égalité les différentes branches de la foi au niveau des noms et des lois qui leur correspondent, ou qui fait la même chose avec les branches du kufr, il s’oppose au Coran et à la sunna ; il s’écarte de la voie des anciens, et entre dans l’ensemble des adeptes de l’innovation et des passions.

 

 Le troisième principe : La foi est composée des paroles et des actes.

Il existe deux sortes de paroles : la parole du cœur qui se matérialise par la croyance, et la parole verbale qui se matérialise par l’attestation de foi.

Il existe deux sortes d’actes : les actes du cœur qui consiste à s’orienter vers Allah, Le choisir comme divinité, L’aimer, chercher Sa satisfaction, et à Lui donner foi.

Les actes extérieurs comme la prière, l’aumône, le pèlerinage, le djihad, etc.

S’il n’y a plus la croyance du cœur (tasdîq), accompagnée des actes intérieurs, la foi s’annule entièrement. Si ce sont simplement certains actes extérieurs qui sont délaissés, comme la prière, tout en gardant à la fois la croyance et la parole du cœur, il y a divergence entre les savants sur le statut qui lui correspond : est-ce que la foi s’annule entièrement ou non en délaissant l’un des cinq piliers de l’Islam ? Est-ce que le coupable devient mécréant ou non ? Faut-il distinguer la prière des autres piliers ou non ?

 

Les traditionalistes s’accordent à dire qu’il faut absolument fournir les actes du cœur (l’amour d’Allah, Sa soumission, et la recherche de Son Agrément).

 

Pour les murjites, le tasdîq est suffisant pour devenir croyant. La divergence entre les traditionalistes concerne donc les actes extérieurs : devient-on un mécréant en les délaissant ou non ? Selon la tendance notoire des anciens, on devient mécréant en délaissant l’un des quatre piliers venant après l’attestation de foi.

Selon une deuxième tendance : seul celui qui les renie est voué à la mécréance.

Une troisième tendance distingue entre la prière et les autres piliers. Toutes ces tendances sont notoires chez les savants. »[16]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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http://www.mizab.org/

 

[1] El îmân d’ibn Manda (1/331).

[2] Ta’zhîm qadr e-salât d’Abû Nasr el Marwazî (2/519). Un autre passage nous apprend (2/713) : « … Ils étaient en droit de donner ce statut au croyant ; ils témoignent qu’il a la foi quand il fournit la reconnaissance du cœur et verbale, et ils témoignent que sa foi monte quand il fait de bonnes œuvres, qui, aux dires du Prophète (r), sont des branches (shu’ab) de la foi. À chaque fois qu’il en néglige une, ils savent qu’il s’éloigne davantage de la foi parfaite par rapport à celui qui l’a fourni. Cependant, ils ne lui enlèvent pas le nom de croyant avant que l’essence de la foi ne disparaisse complètement. »

[3] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 188).

[4] E-tabsîr fî ma’âlim e-dîn (p. 188).

[5] sharh sahîh el Bukhârî (1/57).

[6] Musnad ‘Abd Allah ibn ‘Abbâs (2/643).

[7] E-sharh wa el ibâna (p. 196).

[8] Majmû’ el fatâwâ (7/637).

[9] Majmû’ el fatâwa (10/355).

[10] Majmû’ el fatâwa (12/471).

[11] El ‘uqûd e-durriya (p. 98) ; voir également : Majmû’ el fatâwa (11/137).

[12] Majmû’ el fatâwa (10/283).

[13] Majmû’ el fatâwa (35/202-203).

[14] E-sârim el maslûl (p. 521-522).

[15] E-salât (p. 24).

[16] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr.

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Publié par mizab - dans Takfir
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