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11 décembre 2016 7 11 /12 /décembre /2016 10:09

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar IV

(Partie 1)

 

Le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. [Ibn Taïmiya, e-sab’îniya p. 345.]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Aujourd’hui, nous nous intéressons à deux billets qui, bien que courts, ne manquent pas d’intérêt :

 

Al Qarâfî [mâlekite] : consensus que nul n'est excusé par l'ignorance

 

Il a dit – qu'Allah lui fasse miséricorde – :

« C'est pour cela qu'Allah n'excuse pas par l'ignorance dans les fondements de la religion, ceci avec le consensus ! »

Cf. « sharh tanqîh al foçoul » ( p.439 )

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-consensus-que-nul-n-est-excuse-par-l-ignorance.html

 

Al Qarâfî [mâlekite] : malgré son ignorance, il n'est pas excusé

 

~Il a dit : « et celui qui s'avance avec ignorance, sera dans le péché, en particulier dans les sujets de dogme. Le détenteur de la shari'a a été très « strict » sur les dogmes des fondements de la religion, de sorte que si un homme donne tous ses efforts et dépense son énergie pour retirer son ignorance pour l'un des attributs d'Allah – ta'âla – ou dans une chose des fondements de la religion à laquelle il est obligatoire de croire, et que [malgré cela] son ignorance n'a pas été retirée, il est dans le péché et est mécréant parce qu'il aura délaissé cette croyance qui fait partie de la foi. Il sera dans l'Enfer pour l'éternité, selon ce qui est « mashour » (=notoire) des différents madhabs, alors que son effort à atteint son maximum, et que l'ignorance lui est « collée » ; il n'est pas possible qu'il la repousse de sa personne. Malgré tout ça, il n'est pas excusé. […] ils font partie des gens de l'Enfer à cause de leur mécréance, s'ils y sont tombés par ignorance. Quant aux furu' (branches), elles sont différentes des fondements : Le détenteur de la shari'a a pardonné à ces sujets. Celui qui dépense son effort dans les « branches », et s'est trompé, aura une seule récompense. Quant à celui qui a eu juste, il a deux récompenses, comme cela est rapporté dans le hadith. » Cf. « al furouq » ( 2 / 279 à 281 )

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/10/al-qarafi-malekite-malgre-son-ignorance-il-n-est-pas-excuse.html

 

• Passons sur la qualité de la traduction,[1] mais force est de constater, qu’en ces temps qui courent, la charité est plus que généreuse, si tant est qu’elle déborde sur la route, verse sur le trottoir. Moi, je n’aurais pas le droit de m’inspirer d’ibn Taïmiya, le plus grand spécialiste en la matière à l’aune de la méthodologie des anciens, alors que notre ami utilise sans ambages un mentor du kalâm !

 

Ramatnî bi dâihâ wa insallat !

 

Ha, charité quand tu nous tiens…

 

• Pire, d’obédience ash’arite, el Qarrâfî (m. 684 h.), au même titre que ses coreligionnaires modernes, tend vers le mu’tazilizme, avec tout cela que cela implique.[2] Or, selon cette dernière tendance, les notions du bien et du mal peuvent être perceptibles sans passer par la Révélation ; comprendre que l’iqâma el hujja n’est pas indispensable à leurs yeux. Ces adeptes s’accordent, avec certains ash’arites, à refuser la foi du muqallid sous prétexte que chacun est intellectuellement capable de parvenir à la vérité par la réflexion, comme nous l’avons vu précédemment.

 

• Pire, quand el Qarrâfî parle de usûl e-dîn, il fait allusion d’abord et avant tout, en bon néo-ash’arite qu’il est, à la théorie de l’accident (le dalîl el a’râdh wa hudûth el ajsâm). En cela, les traditionalistes, dans les rangs desquels compte notre ami, sont des hérétiques apostats, car assimilés à des anthropomorphistes ; ces derniers ne sont pas excusables, pas plus que les pauvres suiveurs qui ne pénètrent pas cet outil emprunté à la philosophie et qui remonte aux calendes grecques !

 

• D’ailleurs, la seconde citation qu’utilise notre ami s’inscrit en réfutation à el Jâhizh, qui tente de laver son linge sale en famille en s’attaquant au principe selon lequel le Législateur a le droit d’imposer à l’individu responsable un fardeau au-delà de ses capacités (taklîf bi mâ lâ yutâq).[3] Sur ce point qui est loin d’être binaire, la vérité est grossièrement du côté d’el Jâhizh, bien que ce dernier construise dessus l’allégation saugrenue accordant éventuellement aux juifs et aux chrétiens ignorants la possibilité de gagner le Paradis. Alors certes, cette allégation prend le contre-pied d’un consensus immuable, mais de là, à l’attribuer aux traditionalistes pros ‘udhr, comme s’aventure à le faire Jarbû’, est, au minimum, tendancieux !

 

• En outre, non seulement notre ami utilise un auteur qui, si l’on s’en tient à ses principes, ne le considère pas musulman, mais, l’inverse est aussi vrai. Autrement dit, pour être cohérent, notre ami devrait en toute logique kaffar les mutakallimîns qui comptent el Qarrâfî dans leurs rangs.

 

Le tawhîd chez les mutakallimîns murjites

 

En se basant sur leur définition de la foi, ils ne considèrent pas que l’Unicité de la divinité (tawhîd el ulûhiya) compte parmi les branches de l’Unicité. L’Unicité selon eux, consiste à dire qu’Allah est Unique dans Son Essence sans ne faire aucun partage, Unique dans Ses Actions sans n’avoir aucun associé, et Unique dans Ses Attributs sans avoir aucun égal.[4] Cette définition ne fait nullement mention de l’unicité de la Divinité. C’est pourquoi, il est possible de constater chez les sociétés où l’ash’arisme est répandue, qu’elles ne portent pas l’accent sur ce point primordial ; celles-ci sont contaminées par l’association et l’innovation étant donné qu’elles n’apprennent pas aux gens qu’Allah est Unique dans Son Adoration sans n’avoir aucun associé.[5] À leurs yeux, la divinité et la seigneurie sont synonymes. Le Dieu suprême se particularise par son pouvoir de création.[6]

 

Par rapport à leur définition du tawhîd, ils ne voient pas d’inconvénients à invoquer les morts tant qu’on a conscience qu’Allah est le véritable « faiseur ». Ils ramènent donc la chose à la croyance.[7] Selon Taqî e-Dîn Subkî, solliciter le secours des walis (istighâtha bi e-sâlihîn) n’est pas du shirk akbar, dans la mesure où ces walis n’ont pas un pouvoir autonome, mais soumis à la Volonté divine. Il disculpe ainsi les adorateurs des tombes en prétextant que, de ce côté-là, leur croyance est saine, et que leurs pratiques ne remettent nullement en question leur monothéisme.[8] Dahlân, un farouche détracteur de la da’wâ najdite, s’imagine mal qu’un musulman peut conférer à une créature quelconque de s’ingérer de son propre chef dans les affaires du Seigneur.[9] On peut faire tout ce qu’on veut ou presque dans le domaine de la divinité (invoquer un wali qu’il soit mort ou vivant, se prosterner devant lui ou sa tombe, lui consacrer des tawâfs, des immolations, des vœux, etc.), l’essentiel est de garder une croyance saine dans celui dans la Seigneurie.[10] Et quand ils se sentent acculer devant l’évidence, ils sortent leur « joker », la métaphore. Quand le musulman lambda impute les bonnes choses qui lui arrivent au wali untel, avancent-ils, c’est par une pure métaphore, car il est convaincu au fond de lui que tout vient de Dieu.[11]

 

En outre, ils ramènent l’istighâtha bi e-sâlihîn au tawassul qui lui serait synonyme.[12]  C’est pourquoi, sous influence soufie, de grandes références néo-ash’arites cautionnent l’istighâtha bi e-nabî ou autre. En voici une liste non exhaustive :

  • Ibn el Hâjj dans el madkhal (1/252) ;
  • Taqî e-Dîn Subkî, dans shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 293, 305-313, 315) ;
  • El Qastalânî dans el mawâib e-ladunniya (p2/392) ;
  • Ibn Hajar el Haïtamî dans el jawhar el munazhzham fî ziyâra el qabr e-sharîf e-nabawî el mu’azhzham (p. 175-176) ;
  • El Bakrî qu’ibn Taïmiya n’a pas kaffar, à ma connaissance ;[13]
  • El Qudhâ’î qui était plus soufi, dans el barâhîn e-sâti’a (p. 298-299) ;
  • El Kawtharî, un adepte du mâturîdisme,[14] etc.

 

Voir : http://www.mizab.org/le-shirk

 

Si les mauvaises implications d’un discours ne font pas autorité, elles n’en démontrent pas moins l’incohérence !

 

In kâna lazîm el madhhab laïsa bi madhhab

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

[1] Voici les deux textes en arabe :

1°)

 ولذلك لم يعذره الله بالجهل في أصول الدين إجماعاً

(شرح تنقيح الفصول) (439/1)

2°)

"فإن صاحب الشرع قد شدد في عقائد أصول الدين تشديداً عظيماً، بحيث إن الإنسان لو بذل جهده، واستفرغ وسعه في رفع الجهل عنه في صفة من صفات الله تعالى، أو في شيء يجب اعتقاده من أصول الديانات، ولم يرتفع ذلك الجهل- فإنه آثم كافر بترك ذلك الاعتقاد الذي هو من جملة الإيمان، ويخلد في النيران، على المشهور من المذاهب"

[4] Voir : nihâya el aqdâm (p. 90), et el milal wa e-nihal tout deux de Shihristânî (1/42).

[5] Voir : introduction de la recension de Kitâb el ‘arsh (1/57-62) de l’Imâm e-Dhahabî (m. 746 h.) par le docteur Mohammed ibn Khalîfa e-Tamîmî.

[6] Voir : usûl e-dîn d’el Baghdâdî (p. 123).

[7] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 35).

[8] Shifâ e-saqâm fî ziyâra khaïr al anâm (p. 175).

[9] Voir : e-durar e-saniya fî e-radd ‘alâ el wahhâbiya de Dahlân (p. 34).

[10] Shawâhid el haqq d’e-Nubhânî (p. 116).

[11] Mish e-zhalâm de Mohammed Tâhir (p. 5).

[12] E-sawâ’iq el ilâhiya de Sulaïmân ibn ‘Abd el Wahhâb (p. 6).

[13] Voir : el istighâtha fî e-radd ‘alâ el Bakrî (1/362, 388).

[14] Voir : maqâlât el kawtharî (p. 383).

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Publié par mizab - dans Takfir
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