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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 09:41

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 1)

 

Ibn Taïmiya : « Tout au long de ma vie, jusqu’à cette heure, je n’ai jamais convié personne à suivre dans les bases de la religion (usûl) ni le madhhab hanbalî ni aucun autre madhhab. » Majmû’ el fatâwa (3/229).

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

Quand le sage montre la lune le sot regarde le doigt...

 

Aujourd’hui, toujours fidèle à lui-même, sauf son respect, notre ami – qu’Allah le garde – fait montre d’un manque cruel de rigueur scientifique digne d’un novice. Ses approximations ont au moins l’avantage de nous familiariser davantage avec la tendance d’ibn Taïmiya sur le sujet ; ses allégations calomnieuses sont donc un mal pour un bien :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2016/04/reponses-aux-arguments-de-l-excuse-de-l-ignorance-dhat-anwat.html

 

Si le but est de nous convaincre, c’est maigre comme argumentation, c’est même « vachement » maigre ! Nous restons sur notre faim…

 

• Déjà, il tranche péremptoirement sur une question épineuse qui donne lieu à des différences de point de vue sur l’interprétation des arguments utilisés, quoi que, comme souvent, les divergences que ces débats engendrent portent plus sur la forme que sur le fond. Ce que notre ami attribue curieusement à certains contemporains avait déjà lieu au sein d’aimmat e-da’wâ qui n’avaient pas une position uniforme sur l’explication du hadîth de dhât el anwât. Il est certes possible de conjuguer entre les différents avis qui s’opposent, ce que je n’ai pas la prétention de faire ici, mais retenons dors et déjà que les fautifs en question sollicitaient une pratique qui relevait soit du shirk asghar soit du shirk akbar. En explication à kitâb e-tawhîd, Sheïkh Mohammed Hâmid el Faqîh opte pour la seconde hypothèse. ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî lui emboitera le pas lorsqu’il établira plus récemment que les qubûriyins sont des apostats après iqâma el hujja, et qu’avant cela, ils sont des ignorants comme les Compagnons qui avaient demandé au Prophète (r) de leur désigner un arbre sur lequel ils suspendraient leurs armes (ashâb el anwât).[1]

 

Indépendamment de savoir comment orienter ce qui semble se contredire dans son discours, Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb s’inspire de ce genre d’arguments pour souligner : « Le musulman qui fait un effort d’interprétation (mujtahid) peut prononcer des paroles de kufr sans le savoir. Si après qu’on l’ait averti de son erreur, il se repend sur le champ, il ne devient pas mécréant… »[2] Ce dernier fait la distinction entre ne pas connaitre le vrai sens d’une parole qu’on prononce et ne pas savoir qu’elle fait sortir de l’Islam. Si la première forme d’ignorance est excusable, ce n’est pas le cas pour la seconde.[3] Son petit-fils, ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan a des paroles qui vont dans ce sens.[4] C’est la raison pour laquelle, les savants établissent que le nouveau converti qui renie l’aspect obligatoire des actes d’adoration ne sort pas de la religion, sauf s’il persiste dans l’erreur, pour une raison ou pour une autre,  après avoir été averti.

 

De nombreux passages des ouvrages de l’Imâm établissent ce principe. Un jour, on lui posa une question sur un hadîth qui annonçait le Paradis au musulman. On voulait savoir s’il concernait uniquement le musulman n’ayant aucun acte d’association à son passif. Voici quelle fut sa réponse : « … Quant au croyant qui commet de l’association sans s’en rendre compte, malgré tous les efforts qu’il entreprend pour être conforme aux enseignements d’Allah et de Son Messager, il est à espérer qu’il soit toujours concerné par la promesse dont fait mention le hadîth en question.

 

Plusieurs Compagnons commirent à leur époque ce genre de choses. Ils juraient par leurs pères et par la Ka’ba ; ils avaient des expressions du genre : « si Allah et Mohammed le veulent ! » ou « désigne-nous un arbre où nous pourrons suspendre nos armes ! » Cependant, dès qu’ils se rendaient compte de leurs erreurs, ils revenaient dessus immédiatement. Ils ne cherchaient nullement à polémiquer ni à défendre aveuglément leurs coutumes et leurs ancêtres.

 

Quant à celui qui prétend adhérer à l’Islam, mais qui commet des actes d’associations abominables, et qui se détourne par orgueil des Versets qu’on lui récite, je dis qu’il n’est pas musulman… »[5]

 

Ainsi, l’erreur est humaine, si l’on sait que les Compagnons eux-mêmes n’y ont pas échappé.[6]

 

‘Abd Allah, le fils du premier homme de la da’wâ najdite entérine cette tendance : « Pour la réponse à la troisième question disant : celui qui commet un acte de mécréance sans intention, mais par ignorance, est-il excusable ou non, que ce soit au niveau des paroles, des actes, de la croyance ou en faisant du tawassul ?

Nous disons en réponse : si quelqu’un qui croit en Dieu et à Son Message commet du kufr, car ignorant des enseignements d’Allah et de Son Messager, que ce soit au niveau de la croyance, de la parole ou des actes, il n’est pas pour nous un mécréant ; et nous ne le taxons pas ainsi avant d’avoir appliqué contre lui la preuve céleste qui voue à la mécréance celui qui va à son encontre. Après l’iqâma el hujja, soit, après que les enseignements du Messager (r) lui soient parvenus, il devient mécréant en persistant dans son égarement… le Coran suffit en lui-même pour établir la hujja contre lui. Cependant, il  a besoin que les savants lui expliquent la chose, wa Allah (I)  a’lam ! »[7]

 

‘Abd e-Latîf explique qu’une erreur ne rend pas forcément mécréant (kâfir), pervers (fâsiq) ou désobéissant (‘âsî).[8] Et cela, conformément au Verset : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[9] Il souligne que Sheïkh el Islam n’a pas kaffar certains de ses contemporains, qui pourtant étaient des savants, car à ses yeux, la preuve céleste n’avait pas été établie contre eux. Ce qui démontre que l’Islam était devenu étranger pour beaucoup de gens à son époque.[10] Il explique également que les plupart des savants accordent à ibn Taïmiya en gros que le Législateur ne tient pas rigueur des erreurs commises avant la transmission du message. Il va sans dire qu’après l’iqâma el hujja, il n’y a plus de contestation possible. Il existe même un consensus sur la question.[11] En revanche, il s’est abstenu de kaffar les ignorants parmi les adorateurs des tombes qui n’avaient pas été prévenus.[12] S’ils refusent de se repentir après avoir eu les preuves en main, ils sont coupables d’apostasie qu’il incombe de réprimer par les armes.[13]

 

• Dans el Qawâ’id el arba’a, ibn ‘Abd el Wahhâb écrit :

 

Voici la preuve textuelle pour les pierres et les arbres : [Avez-vous vu e-Lât et el ‘Uzza ? • Et Manât la troisième du lot ?][14]

 

Il y a également le hadîth d’Abû Wâqid e-Laïthî (t), dans lequel ce dernier raconte : « Nous avons participé à la bataille de Hunaïn avec le Prophète (r), alors que nous venions d’embrasser l’Islam. Les païens avaient un cèdre au pied duquel ils se vouaient à l’adoration (ya’kifûn) et sur lequel ils accrochaient leurs armes. Il portait le nom de dhât anwât. Comme nous passâmes devant un cèdre, nous nous exclamèrent : « Messager d’Allah ! Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens, etc. »

 

En commentaire à ce passage Sheïkh el Fawzân explique :

 

Selon Abû Wâqid e-Laïthî (t), l’un de ceux qui se convertirent après la conquête de La Mecque, comme l’indique l’hypothèse la plus répandue sur le sujet, soit en l’an huit de l’Hégire.[15]

 

 « Il portait le nom de dhât anwât.» : anwât est le pluriel de nawt qui signifie : accrocher ou faire pendre. Il s’agit d’un arbre sur lequel on accroche quelque chose, soit ici, les armes des combattants en vue d’attirer la bénédiction. Certains Compagnons fraichement convertis, et qui ne pénétraient pas encore parfaitement le tawhîd eurent l’idée suivante :

 

« Fais-nous un dhât anwât comme celui des païens » : vouloir imiter aveuglément les autres est un vrai fléau, pour ne pas dire qu’il en est l’un des plus grands. Le Prophète (r) fut surpris de cette proposition, à laquelle il répliqua : « Allah akbar ! Allah akbar ! Allah akbar ! » Ce dernier réagissait de cette façon soit pour approuver soit pour désapprouver une chose qui attisait son étonnement. Il pouvait dire également : « Gloire à Allah ! » en le répétant plusieurs fois.

 

Le Prophète s’est exclamé ensuite : « C’est une vraie tradition ! » La tradition est la voie que les hommes empruntent et qu’ils se transmettent les uns les autres. La raison les ayant poussés à demander cela est de suivre les coutumes des premières générations et d’imiter les païens.

 

« Vous avez demandé – par Celui qui détient mon âme dans Sa Main – la même chose que les enfants d’Israël demandèrent à Mûsâ ! [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé].[16] »

 

Moïse (u) traversa la mer Rouge à la tête des tribus d’Israël, qui assistèrent à l’épisode où Allah engloutit leur ennemi sous les eaux. Une fois sur l’autre rive, ils passèrent devant des païens qui rendaient le culte à leurs idoles. Ce qui donna des idées aux adeptes du frère d’Aaron qui lancèrent : [Désigne-nous une divinité comme la leur. Il répondit : vous êtes vraiment un peuple insensé]. Il leur reprocha leur réaction, avant d’enchaîner : [Ces gens-là ne tiennent sur rien] : ils sont sur le faux ; [et leurs œuvres sont réduites à néant] : pour être du shikr ; [Dois-je vous choisir un autre dieu qu’Allah, alors qu’Il vous a préféré au reste de l’humanité].[17]

 

Mûsâ (r) se comporta avec ses contemporains de la même manière que notre Prophète Mohammed (r) le fera des siècles plus tard. Or, ni les uns ni les autres ne franchirent le pas. Les Juifs ne passèrent pas à l’action de la même façon que les Compagnons novices se contentèrent de solliciter un arbre sur lequel ils pourraient pendre leurs armes. Cependant, Allah leur épargna de tomber dans la faute. Ces derniers se résignèrent aussitôt aux paroles de leur Prophète qui le leur interdisait. Leur demande fut simplement motivée par l’ignorance, et n’était pas intentionnelle. Dès qu’ils surent qu’il s’agissait d’un acte de shirk, ils se rétractèrent immédiatement, sans mettre leur ambition à exécution. S’ils l’avaient fait, ils auraient effectivement sombré dans l’association.

 

Ce qui nous intéresse dans ce Verset, c’est qu’il existe des gens pour adorer les arbres, étant donné que les païens auxquels il fait allusion s’étaient attribués un cèdre dhât anwât. Cette pratique donna des idées à certains Compagnons qui ne s’étaient pas encore imprégnés du savoir, et qui voulaient les imiter, mais Allah les empêcha de faire l’irréparable grâce à Son Messager (r).

Ainsi, il y a bien une catégorie d’individu qui cherche la baraka dans les arbres et qui, à leur pied, se vouent (ya’kifûn) à l’adoration. ya’kifûn du nom ‘ukûf qui signifie rester une longue période auprès d’un lieu en signe d’adoration. Le ‘ukûf consiste donc à rester longtemps dans un endroit.

 

Ce hadîth renferme un certain nombre de questions qui sont très éloquentes :

 

Premièrement : ignorer l’unicité représente un grand danger, car, sans s’en rendre compte, on s’expose à l’association. À partir de là, on comprend la nécessité de les étudier tous les deux : l’unicité et son antonyme. Le but, c’est d’être bien renseigné sur le sujet et de ne pas se laisser prendre au dépourvu par son ignorance. Surtout, si en voyant les autres faire une chose, on s’imagine qu’ils ont raison. L’ignorance représente donc un danger, surtout dans le domaine de la croyance.

 

Deuxièmement : ce hadîth nous apprend qu’il est périlleux de vouloir imiter les païens, car on n’est pas à l’abri ainsi de trébucher dans le shirk. Le Prophète (r) affirme à ce sujet : « En imitant un peuple, on compte dans ses rangs. »[18]

 

Troisièmement : chercher la baraka sur des pierres, des arbres, ou des constructions (mausolées) est une forme d’association, quand bien même on appellerait cela autrement. Solliciter la bénédiction de quelqu’un d’autre qu’Allah, relève de l’association, même si on lui donne un autre nom.

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

[1] Voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[2] Kashf e-shubuhât (p. 24).

[3] Fatâwa wa masâil inclues dans majmû’ muallafât e-Sheïkh (2/3/39).

[4] Voir : majmû’e-rasâil wa el masâil (4/370).

[5] Voir : fatâwâ wa masâil comprise dans majmû’ muallafat e-Sheïkh (2/3/21-22).

[6] E-durar e-saniya (1/334-336).

[7] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/247-248).

[8] Manhaj e-ta-sîs wa e-Taqdîs (p. 75-75).

[9] La vache ; 286

[10] Voir : e-durar e-saniya (1/417-418).

[11] ‘Abd e-Latîf rapporte le consensus dans e-durar e-saniya (1/467-468).

[12] Voir : mish e-zhalâm (p. 324-325).

[13] Voir : e-durar e-saniya (1/427).

[14] Les étoiles ; 19-20

[15] Le hadîth en question est rapporté par e-Tirmidhî (n° 2180) ; kitâb el fitan : bâb mâ jâ la tarkabanna sunana man kâna qablakom ; à la suite de quoi il fit le commentaire suivant : « Ce hadîth est bon et authentique. » ; Il est rapporté également par Ahmed (5/218), ibn Abî ‘Âsim dans e-sunna (n° 76), ibn Hibbân dans son recueil e-sahîh (n° 6702 – el ihsân) ; ibn Hajar l’a authentifié dans el isâba (4/216).

[16] El a’râf ; 138

[17] El a’râf ; 140

[18] Rapporté par Abû Dâwûd (n° 4031) ; kitâb e-libâs : bâb fî labs e-shuhra ; il est rapporté également par Ahmed (2/50), selon ‘Abd Allah ibn ‘Omar – qu’Allah les agrée son père et lui –. Ibn Taïmiya fait le commentaire suivant suite à ce hadîth : « Sa chaîne narrative est potable. » Voir : iqtidâ e-sirât el mustaqîm (1/336-339). Dans takhrîj el ih, le Hâfizh el ‘Irâqî a dit quant à lui : « Sa chaîne narrative est authentique. » Dans fath el Bârî, le Hâfizh ibn Hajar donne le jugement suivant pour sa part : « Sa chaîne narrative est bonne. »

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Publié par mizab - dans Takfir
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