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20 décembre 2016 2 20 /12 /décembre /2016 18:30

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar V

(Partie 3)

 

• Il existe beaucoup d’autres arguments qui viennent conforter la thèse pro ‘udhr, notamment :

 

[Ce Coran me fut révélé afin que je vous avertisse, vous et tous ceux à qui il est parvenu][1] ; [[Des messagers avertisseurs et annonciateurs] afin que les hommes ne puissent opposer à Allah aucun argument après leur venue].[2]

 

« Il viendra une époque où personne ne connaitra ni prière ni jeûne ni pèlerinage ni ‘umra en dehors du vieil homme et de la vieille femme qui diront : « À l’époque de nos parents, les gens disaient : la ilâh illa Allah ! » On demanda à Hudhaïfa ibn e-Nu’mân (t) : « Cela pourra-t-il leur servir ?

  • Cela va les sauver de l’Enfer, répondit-il. »[3] »[4]

 

D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah (r) a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir : « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais Allah ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

  • C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »[5]

 

Dans certains de ses ouvrages,[6] Abû el ‘Abbâs rejoint l’opinion qui, aux yeux d’ibn Hajar el ‘Asqalânî est la plus vraisemblable,[7] et selon laquelle cet homme fut motivée par une peur extrême. Dans d’autres passages, il reprend une autre opinion, et c’est à la lumière de celle-ci qu’il incombe de comprendre sa position sur le ‘udhr bi el jahl. Ce dernier explique notamment : « Cet homme en question croyait qu’Allah (I) n’avait pas le pouvoir de le reconstituer s’il faisait éparpiller ses cendres, ou tout au moins, il en doutait. Il pensait qu’il ne serait pas ressuscité. Or, ces deux croyances sont du kufr, et font sortir de la religion celui contre qui la preuve céleste fut établie. Cependant, il ignorait ce point, et il n’avait pas le savoir suffisant ayant pu dissiper cette ignorance. Il donnait bien foi à Dieu, à Ses commandements (obligations/interdictions), et à Sa promesse (du Paradis ou de l’Enfer). Ce fut ce qui anima en lui la peur de Son châtiment. Une peur qui intercéda en sa faveur, car Allah lui pardonna.

 

Ainsi, toute erreur commise par les croyants au niveau de certaines questions dogmatiques n’est pas pire que celle commise par cet homme. Ils donnent en effet foi en Dieu et au jour du jugement dernier, et font de bonnes œuvres. Ils méritent tout autant le Pardon divin pour leur erreur, mais ils peuvent aussi être châtiés pour ceux d’entre eux qui faisaient preuve de négligence dans la recherche de la vérité. Et cela, proportionnellement à leur niveau de religiosité. Quant à kaffar un individu sur une simple erreur, c’est une chose de vraiment grave… »[8]

 

Sur la définition de l’apostat : « L’apostat est celui qui commet de l’association, qui déteste le Messager (r) ou ses enseignements à l’unanimité des savants, qui ne désapprouve pas le mal avec le cœur, qui s’imagine que dans les rangs des Compagnons ou de leurs successeurs directs quelqu’un a pris les armes du côté des mécréants, ou bien qui autorise tout simplement la chose, qui renie un point ayant fait l’objet d’une unanimité formelle, qui érige des intermédiaires entre Allah et lui en reposant sa confiance en eux, en leur consacrant des prières et des invocations, ou qui doute d’un Attribut divin qu’il n’est pas censé ignorer. Ceux qui sont censés l’ignorer ne deviennent pas apostats à l’image de l’homme que le Prophète (r) n’a pas taxé de mécréant, bien qu’il ait douté qu’Allah puisse le ressusciter ; en effet, on ne le devient qu’après avoir reçu la preuve céleste. »[9]

 

Toujours concernant l’homme qui avait recommandé d'éparpiller ses cendres après sa mort : « Cet homme pensait qu’Allah n’aurait aucun pouvoir sur lui, et qu’il ne pourrait pas rassembler ses cendres une fois éparpillées. Chacune de ces deux croyances (renier le Pouvoir d’Allah et la résurrection des corps) est une mécréance en elle-même, mais malgré sa foi en Dieu et à Ses Commandements et la crainte qu’il avait de Lui, il ignorait ce point, et s’était égaré et trompé dans sa conception. Mais, Allah le lui pardonna…

Dans le pire des cas, cet homme n’était pas au courant de tous les Attributs qui revenaient à Allah. Il ne connaissait pas le Pouvoir d’Allah dans ses détails. De nombreux croyants peuvent également les ignorer, mais sans devenir des mécréants pour autant. »[10]

 

Abd Allah, le fils d’ibn ‘Abd el Wahhâb nous fait un résumé de la position d’ibn Taïmiya sur les erreurs d’interprétation : « Certains textes scripturaires démontrent qu’Allah ne châtie pas pour une erreur commise par un adepte de notre communauté. D’après le recueil e-sahîh, selon Abû Huraïra (y), le Messager d’Allah a dit : « Un homme, qui n’avait fait aucune bonne action, recommanda à sa famille avant de mourir. « Après ma mort, brûlez ma dépouille. Puis, dispersez-en une partie dans la mer et l’autre partie sur la terre ferme. Par Allah ! S’Il venait à me reprendre, Il m’infligerait un châtiment comme Il ne l’a jamais infligé à personne dans l’Humanité entière. » Après sa mort, ses vœux furent exaucés, mais le Très-Haut ordonna à la terre ferme et à la mer de rassembler ses cendres. Puis, Il le questionna : « Qu’est-ce qui t’a poussé à faire cela ?

  • C’est la peur de subir ton courroux, Mon Seigneur ! » C’est alors qu’Il lui pardonna. »

 

Ce hadîth a été certifié par plusieurs voies que rapportent un certain nombre de Compagnons…

 

Cet homme en question doutait et ignorait qu’Allah (I) avait le pouvoir de le reconstituer ; il avait alors recommandé à sa famille d’éparpiller ses cendres. Pourtant, cet homme était dans l’ensemble, un croyant. Il croyait, dans l’ensemble, au dogme de la Résurrection ; soit qu’Allah allait rétribuer les hommes en bien ou en mal après leur mort. Cette croyance est une bonne œuvre en elle-même. Elle intercéda en sa faveur lorsque le Tout-Puissant décida de lui pardonner. Son erreur fut mise au compte de la peur extrême ; en sachant que de nombreux adeptes de notre communauté commettent des erreurs de ce genre.

 

Pourtant, les savants s’accordent à ne pas kaffar pour les erreurs commises par les musulmans. Par exemple, certains Compagnons contestaient que les morts puissent entendre. D’autres contestaient que le voyage nocturne ait eu lieu à l’état d’éveil.

 

Shuraïh el Qâdhî, quant à lui, il contestait la lecture [bel ‘ajibtû wa yaskharûn][11] ; en ayant Allah pour sujet du verbe ‘ajiba (s’étonner, se réjouir, plaire à ndt.), sous prétexte qu’Allah ne pouvait s’étonner de quelque chose. Quand Ibrahim e-Nakha’î eut écho de son opinion, il eut la réaction suivante : « Shuraïh est un poète imbu de son savoir, mais ‘Abd Allah, qui est plus érudit que lui, lisait : [bel ‘ajibtû wa yaskharûn] (au lieu de ‘ajibta ndt.). »

 

Ce fameux Shuraïh contestait une lecture pourtant reconnue, et qui plus est, un Attribut entériné par le Coran et la sunna. Or, à l’unanimité des musulmans, Shuraïh compte parmi les grandes références de la Nation. »[12]

 

Ibn Taïmiya ramène d’autres exemples confortant la thèse pro ‘udhr : « De la même façon, le takfîr est un droit qui revient à Allah ; il ne convient de sortir de la religion que celui qui a été désigné en tant que tel par Allah et Son Messager. En outre, pour vouer un cas particulier à la mécréance et à la condamnation à mort, il incombe d’établir contre lui la preuve céleste condamnant à la mécréance tous ceux qui s’y opposent. Il ne faut pas s’imaginer que tous ceux qui ignorent un élément de la religion sont automatiquement des mécréants. Il y avait un groupe parmi les Compagnons et leurs successeurs directs, à l’image de Qudâma ibn Mazh’ûn, qui autorisèrent moralement à boire du vin, en pensant que l’interdiction n’englobait pas les pieux, comme ils l’avaient compris du Verset de la sourate le repas céleste. Les savants des Compagnons, à l’instar d’Omar et d’Alî, s’accordèrent à l’unanimité à les sommer de se repentir, et à les vouer à la mécréance en cas de refus. S’ils reconnaissaient leur erreur, ils n’avaient droit qu’au fouet. Il n’était pas question de les sortir de la religion au premier abord, étant donné qu’ils s’étaient trompés dans leur jugement en raison d’une conception erronée. Il fallait attendre avant cela de leur démontrer la vérité… »[13]

 

Sheïkh Taqî e-Dîn renchérit : « Certains peuvent aller jusqu’à autoriser moralement certaines boissons enivrantes suite à une erreur d’interprétation, à l’exemple des habitants de Koufa. Cette autorisation morale qui ne sort pas du cercle de l’effort d’interprétation, mais qui conduisit à l’erreur des croyants ayant à leur actif des actions énormes est pardonnée par Allah ayant répondu à l’invocation : [Seigneur ! Ne nous tiens pas rigueur de nos erreurs et de nos oublis].[14] Certains ont autorisé moralement certaines formes d’usure, d’autres ont permis d’écouter la musique, et d’autres enfin, ont autorisé à verser le sang des musulmans. De tels errements venant de grands croyants, sont à mettre au compte soit des péchés effacés par les malheurs, ou tout simplement pardonnés, soit au compte des erreurs pardonnées. Malgré cela, il incombe de mettre en lumière les enseignements du Coran et de la sunna qui incarnent le droit chemin et la vraie religion ; puis, de l’ordonner aux gens et de l’interdire en fonction des moyens. »[15]

 

« On ne peut taxer d’apostat (kaffar) un cas particulier avant l’iqama et hujja, comme celui qui renie l’aspect obligatoire de la prière, la zakat, et qui autorise moralement le vin, l’adultère en faisant une erreur d’interprétation (ta-awwal)… comme l’ont fait les Compagnons avec ceux qui s’étaient autorisés le vin. »[16]

 

Sheïkh Taqî e-Dîn dit en parlant des chants soufis : « Les auteurs de ces initiatives sont relativement des élus d’Allah, des pieux et des dévots, qui les placent au-dessus de tous ceux qui n’atteignent pas leur niveau. En cela, ils ne sont pas pires (ou pas meilleurs ndt.) que l’élite des anciens qui participèrent aux guerres intestines, et ceux qui autorisèrent moralement certaines boissons enivrantes, l’intérêt (ribâ el fadhl), le mariage provisoire, et de prendre sa femme par-derrière. ‘Abd Allah ibn el Mubârak est l’auteur des paroles : « Un homme ayant un grand passé dans l’Islam et ayant laissé une bonne trace, peut très bien être l’auteur d’un écart et d’une faute dans lesquels il ne faut pas le suivre. » L’erreur provient soit en autorisant moralement un interdit suite à un effort d’interprétation, soit en délaissant une obligation pour la même raison, soit en changeant un acte interdit en rituel, à l’exemple des guerres intestines qui furent considérées par les deux côtés comme un acte obligatoire, voire recommandé…

 

Ainsi, l’erreur d’interprétation a lieu dans les cinq degrés de la loi : d’un côté, en changeant l’obligatoire en recommandé, permis, déconseillé, ou interdit ; et d’un autre côté en changeant l’interdit en déconseillé, permis, recommandé, ou obligatoire. »[17]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1] Le bétail ; 19

[2] Les femmes ; 165 voir les tafsîr d’el Baghawî et de Shanqîtî.

[3] Rapporté par ibn Mâja (n° 4049) ; Sheïkh el Albânî l’a authentifié dans silsilat el ahâdîth e-sahîha (n° 87), et sahîh el jâmi’ (6/339).

[4] Majmû’ el fatâwa (11/407-408).

[5] Cette histoire est rapportée par el Bukhârî (n° 7505) et Muslim (n° 2757).

[6] Voir notamment : majmû’ e-rasâil wa el masâil (3/346).

[7] Voir : fath el Bârî (13/290).

[8] El istiqâma (1/164-165) ; En annotation à ‘âridh el jahl (p. 433) de Râshid e-Râshid, Sheïkh el Fawzân souligne que l’homme en question ne connaissait pas certains détails du Pouvoir, bien qu’il le reconnaissait dans l’ensemble. Son erreur touchait donc à un point subtil du dogme.

[9]El mustadrak ‘alâ majmû’ el fatâwâ (5/129).

[10] Majmû’ el fatâwâ (11/409-411), (2/231), (12/491), et el istiqâma (1/163-165).

[11] Les rangées d’anges ; 12

[12] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246) ; voir notamment pour ibn Taïmiya : Majmû’ el fatâwâ (11/551).

[13] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 258).

[14] La vache ; 286

[15] El istiqâma (2/188-189).

[16] Majmû’ el fatâwâ (7/619).

[17] El istiqâma (2/219-220).

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Publié par mizab - dans Takfir
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