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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 12:42

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 1)

 

Personne n’aime autant qu’Allah offrir des excuses à ses créatures à qui il envoya le Livre sacré, et des messagers avertisseurs du châtiment et annonciateurs de la bonne nouvelle…[1]

 

Louange à Allah le Seigneur de l’Univers ! Que les Prières et le Salut d’Allah soient sur notre Prophète Mohammed, ainsi que sur ses proches et tous ses Compagnons !

 

[Seigneur ! Desserre ma poitrine Et facilite-moi la tâche][2] ;

 

« Seigneur ! – ou selon une version : Ô Allah ! – Aide-moi et ne me livre pas aux mains d’un ennemi ; donne-moi la victoire sur lui et ne lui donne pas la victoire sur moi ; ruse en ma faveur et ne ruse pas contre moi ; facilite-moi le bon chemin et fais-moi triompher de ceux qui me font du tort ! Seigneur, fais que je redouble de gratitude envers Toi, que je m’absorbe dans Ton évocation, tout au long de ma fuite vers Toi ! Entièrement soumis et rempli d’humilité, je me repends à Toi et reviens vers Toi ! Alors, accepte mon repentir, lave mes péchés, répond à mon invocation, raffermis mon argument, corrige ma langue, guide mon cœur, et épure-le des viles turpitudes ! »

 

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser à plusieurs billets :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/tag/ibn%20baz/

 

Prologue

 

Le takfîr est une disposition légale qui émane exclusivement d’Allah et de Son Messager (r)[3] ; seuls les textes du Coran et de la sunna juge que l’auteur de tel acte est un mécréant. Ce droit n’appartient qu’Allah seul et à personne d’autre.[4] Nous ne faisons le takfîr que pour des péchés qui font l’objet d’un consensus des musulmans ou d’une preuve infaillible.[5]

 

Sheïkh el Islâm ibn Taïmiya établit à sujet : « Cet usage était en vigueur chez les savants traditionalistes qui ne vouaient pas leurs opposants à la mécréance, quand bien même, ces mêmes opposants ne se gênaient pas pour les sortir de l’Islam. Le takfîr est, en effet, une disposition légale. »[6]

 

 

Ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – est l’auteur des vers suivants :

 

Le kufr est le droit d’Allah, et de Son Prophète

Il est fixé – non l’avis d’un tel – par la loi

Quand le Seigneur et Mohammed le décrète

C’est que tel acte fait sortir de la foi

 

C’est en sortant de la religion les musulmans à cause des péchés qu’on en arrive à autoriser moralement leur sang, et leurs biens ; les tenants de cette tendance décrète mécréants, les pays musulmans, et ils confinent les limites de la terre musulmane à l’endroit où ils vivent.[7]

 

E-Tahâwî affirme : « Nous ne sortons de la religion aucun adepte de la qibla à cause des péchés, à condition de ne pas les autoriser moralement. »[8]

 

Ibn ‘Abd el ‘Izz souligne : « Le domaine du takfîr ou du non takfîr, a suscité d’énormes divisions et malheurs. »[9]

 

El Ghazâlî – qu’Allah ait son âme – met en garde : « Il incombe de prendre le plus de précautions possibles dans le domaine du takfîr, car autoriser moralement le sang et les biens des fidèles affiliés à l’Islam, qui adhèrent ouvertement à l’attestation de foi est une grossière erreur, en sachant qu’il vaut mieux laisser en vie mille mécréants par erreur, que de verser le sang d’un seul musulman par erreur.. »[10]

 

Ailleurs, il renchérit, comme le rapporte ibn Taïmiya : « Le takfîr est une disposition légale qui débouche sur la mise à mort, la réquisition des biens, et l’enfer éternel. Au même titre que n’importe quel statut dans la religion, celle-ci oscille entre la certitude à la forte probabilité, quand elle ne suscite pas l’hésitation. Dans ce dernier cas, il est plus sain de s’abstenir, en sachant que le takfîr à la hâte est souvent le lot d’individus empreints d’ignorance. »[11]

 

Ibn Taïmiya explique qu’un émir à plus intérêt à pardonner par erreur que de punir par erreur.[12] Il ne convient pas de punir qui que ce soit ni d’affirmer que telle chose est vraie ou fausse en se basant sur de simples conjectures.[13]

 

Ainsi, comme l’établit ibn Taïmiya, Lorsque la foi est avérée chez un individu avec certitude, on ne peut la lui retirer sur une simple suspicion. La seule chose qui permet de le faire, c’est d’établir toutes les preuves contre lui et de dissiper de son esprit toute ambigüité (iqâmat el hujja wa izâlat e-shubha).[14] À ses yeux, je cite : « Le takfîr ne peut s’avérer pour des choses où plusieurs hypothèses sont possibles. »[15]

 

D’après el Baïhaqî, j’ai entendu dire Abû Hâzim el ‘Abdawî, j’ai entendu dire Zâhir ibn Ahmed e-Sarkhasî : peu avant de rendre l’âme, Abû el Hasan el Ash’arî que j’avais hébergé sous mon toit, m’a appelé à son chevet pour me témoigner : « Je témoigne que je ne kaffar aucun adepte de la qibla, car, bien qu’ils ont des mots différents pour le décrire, tous adhèrent au même Dieu. »

 

L’historiographe Dhahabî a cautionné ses propos qu’il a enregistrés dans son encyclopédie avant de conclure : « Je partage la même conviction. À la fin de sa vie, ibn Taïmiya, notre maitre disait : « Je ne kaffar aucun membre de la communauté, conformément aux propos prophétiques : « Seul le croyant préserve les ablutions. » Ainsi, en étant assidu à la prière qu’on fait précéder des ablutions, on est un musulman. » »[16]

 

Toutes ces précautions de la part d’ibn Taïmiya ne signifient nullement qu’il n’applique jamais le takfîr sur un cas particulier. Lui-même taxe d’apostats certaines adeptes du soufisme panthéiste et jahmiste comme el Hallâj, ibn Sab’în, ibn ‘Arabî, el Qunâwî, e-Tlemceni.[17] Il n’épargne pas non plus les philosophes musulmans, à l’instar d’el Fârâbî,[18] ibn Sîna, etc.

 

Nous avons vu dans les parties précédentes que le Sheïkh Taqî e-Dîn distingue entre les adeptes affiliés à l’Islam qui sont des croyants non apostats et les zindîq, hypocrites.

 

Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh entérine le principe cité plus haut à travers ses dires : « En principe, toute personne affiliée à l’Islam est musulmane jusqu’à preuve du contraire, et la mécréance est un état nouveau qui vient interférer l’état initial, l’Islam, et qui le remet en question, sous certaines conditions et considération. Ou bien, est-ce le contraire ? Soit qu’un acte d’apostasie évidente annule d’entrée le statut de musulman à un accusé potentiel jusqu’à ce que la preuve céleste vienne définitivement tranchée sur son cas.

 

Bien sûr, la première hypothèse est la bonne, soit qu’il reste musulman jusqu’à ce que la preuve céleste démontre de façon claire et limpide qu’il est un apostat. Nous devons avoir autant de certitude qu’il est sorti de l’Islam que nous en avons eu lorsqu’il y est entré : « Tu l’as tué après qu’il ait dit : lâ ilâh illâ Allah ! » nous apprend le hadîth. L’attestation de foi nous donnait la certitude de son affiliation à l’Islam, et pour l’en faire sortir, l’accusation doit faire le même poids. »[19]

 

• Alors certes, il faut distinguer entre les grands péchés et la grande mécréance, ce que ne faisaient pas les kharijites, mais nous devons, pour nous éloigner définitivement de ces hérétiques, mettre une frontière nette entre le statut absolu d’un acte et son application sur un cas particulier.

 

Selon ibn Taïmiya, il est plus grave d’appliquer les textes de la menace divine (comme la malédiction) à grande échelle que de kaffar les auteurs des grands péchés à la manière des kharijites et des mu’tazilites ;[20] en sachant que le takfîr entre dans le domaine de la menace divine.[21]

 

Il est donc fallacieux, pour échapper à la vindicte des traditionalistes, de se cacher derrière l’idée que les kharijites font sortir les musulmans désobéissants de la religion,[22] à la manière de Salmân el ‘Awda dans son fameux échange avec ibn Bâz sur la question du hukm bi ghaïr mâ anzala Allah ; en voici un extrait : « Ainsi, explique l’ancien Muftî, on s’épargne et on s’éloigne de la pensée Kharijite. Sinon, on sombre dans les mêmes travers que les Kharijites, et les mêmes confusions qui a régnées dans leur esprit, à vouloir ainsi généraliser.

  • Vous avez évoqué la question d’exclure le désobéissant de la religion et de l’auteur d’un grand péché, lança Salmân en vue de rebondir ; il n’y a pas de divergence sur ce point.
  • Quoi qu’il en soit, lui fustigea-t-il, telle est la méthode et l’erreur des Kharijites ; ils ont tendance à tout généraliser au dépend du sens particulier que revêt un sujet précis. En résultat, ils taxent tout le monde d’apostats, alors que le Prophète (r) a dit à leur sujet : « Ils sortent de l’Islam pour ne plus jamais y revenir. » »[23]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

[1] Hadîth rapporté par el Bukhârî (n° 7416) et Muslim (n° 2760).

[2] Tâ-Hâ ; 28

[3] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[4] Sheïkh D. Sâlih ibn Humaïd au cours d’un sermon du vendredi.

[5] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[6] E-radd ‘alâ el Bakrî (2/492). Ibn Taïmiya, en effet, dit ouvertement qu’il n’a pas kaffar el Bakrî qui, lui, ne s’est pas gêné pour le faire. Voir : e-radd ‘alâ el Bakrî (2/494).

[7] Majmû’ el fatâwâ d’ibn Taïmiya (19/73).

[8] El ‘aqîda e-tahâwîya (p. 19).

[9] Sharh el ‘aqîda e-tahâwîya (p. 316).

[10] El iqtisâd fî el i’tiqâd (p. 269) ; fath el Bârî (12/300).

[11] Ibn Taïmiya reprend à son compte cette dernière phrase dans e-sab’îniya p. 345. Pour la citation entière, voir : el jâmi’ li sîrat ibn Taïmiya de ‘Azîr e-Shams et ‘Alî el ‘Imrân (p. 544).

[12] Extrait du hadîth : « Dans le doute, renoncez aux peines ! Il vaut mieux pardonner par erreur que de punir par erreur. » La première partie est devenue une règle de fiqh, bien que les termes ne remontent pas au Prophète, mais ils viendraient plus probablement des Compagnons. En outre, sa chaine narrative est controversée ; voir : irwâ el ghalîl (n° 2355), et dha’îf el jâmi’ e-saghîr (n° 259) tous deux de Sheïkh el Albânî.

[13] Majmû’ el Fatâwâ (10/378-386).

[14] Majmû’ el fatâwâ (12/393).

[15] Voir : e-sârim el maslûl (3/963).

[16] Voir : siar a’lâm e-nubalâ (15/88).

[17] Voir : majmû’ el fatawa (2/175), et majmu’ e-rasâil wa el masâil (4/82, 85).

[18] Voir : dar-u e-ta’ârudh (1/10) et Majmû’ el fatâwâ (2/67, 86).

[20] Voir : majmû’ el fatâwa (20/263-264).

[21] Idem. (3/231).

[22] La définition classique d'un kharijite est approximative, comme le démontre cet article : http://mizab.over-blog.com/2016/07/la-definition-classique-d-un-kharijite-est-approximative.html

[23] Voir : Madârik e-nazhar fî e-siyâsa de Sheïkh ‘Abd el Mâlik Ramadhânî.

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Publié par mizab - dans Takfir
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