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27 décembre 2016 2 27 /12 /décembre /2016 13:37

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 2)

 

• Certains élèves des grandes références de la première époque appréhendaient mal les questions du takfîr ; ces derniers confondaient entre le takfîr el mutlaq (absolu) et le takfîr el mu’ayin (particulier), et attribuait cette tendance à l’imâm Ahmed.[1] Cette conception biaisée fut adoptée dans les rangs hanbalites,[2] à travers les siècles avec son lot d’anathèmes à l’emporte-pièce sur leurs coreligionnaires coupables d’hérésie, et son lot de troubles qu’ils engendrèrent. Les autres écoles canoniques ne furent pas épargnées par ce rigorisme. Sous l’influence du mu’tazilisme, voire du kharijisme, nombreux sont les légistes modernes qui distinguent entre les éléments fondamentales et subsidiaires de la religion avant de se prononcer sur un cas particulier ; ceux-ci n’accorde aucune circonstance atténuante à tout fautif éventuel dont l’erreur relève du premier domaine, en faisant preuve d’une plus grande tolérance pour le second. Ibn Taïmiya corrige cette approximation historique qui impute à tort cette tendance aux anciens, comme nous l’avons vu à maintes reprises.[3]

 

• Ainsi, pour faire place au sujet, cette conception biaisée fut tellement ancrée dans les milieux hanbalites que des modernes, à l’image de certains érudits de la da’wâ nadjite, vacillent entre deux réactions vis-à-vis de la position d’ibn Taïmiya : les uns lui imputent de les rejoindre dans leur approche, et les autres, à l’instar d’Abâ Btîn, lui donne tort, ou, tout au moins, font preuve d’approximation dans l’avis qu’ils lui attribuent. D’ailleurs, ils commettent ce même genre d’approximation avec son élève, ibn el Qaïyim, un peu à la manière d’ibn Bâz – qu’Allah ait son âme – qui utilise le fameux passage de tarîq el hijrataïn où il parle des païens de la période d’intervalle entre deux prophéties, pour l’étendre aux musulmans coupables de shirk, et qu’il assimile aux païens d’origine. Il ne fait certes qu’une analogie, mais, aussi honorable soit-il, nous ne lui concédons nullement de comparer l’incomparable, comme l’établit Sheïkh Sa’dî !

 

Ibn Taïmiya distingue entre les païens d’origine et les musulmans coupables de shirk dans des propos dont voici la teneur : « … Ce genre de pratiques est beaucoup répandu chez les païens purs et durs et chez les adeptes de cette communauté coupable d’association. »[4]

 

Ailleurs, il signe : « C’est la raison pour laquelle, tout fautif auteur d’une mauvaise interprétation (ta-wîl) ou d’un acte pervers (fisq), bien que, contrairement au premier, il jouisse d’une croyance saine, soit, d’un côté, louable, et blâmable, d’un autre côté, mais dans les deux cas, il se distingue des mécréants (païens et gens du Livre). »[5]

 

El islâm jâa li e-tafrîq baïna el mukhtalifaïn wa e-taqrîb baïna el mutamâthilaïn !

 

Quand à nous, simples observateurs, nous devons mettre en lumière les points de convergence et de divergences (el qadr el muftaraq wa el aqadr el mushtarak) qui se trouvent entre les différentes questions de la religion. Il ne s’agit pas d’uniquement empiler des connaissances sous leur forme la plus brute, mais faire preuve de dirâya (esprit d’analyse), wa Allah el musta’ân !

 

L’imam Ahmed disait : « Il incombe à toute personne qui s’initie à parler de figh d’éviter ces deux principes : les notions vagues et l’analogie. » Il soulignait également : « La plupart des erreurs des gens proviennent de la mauvaise interprétation et de l’analogie. »[6]

 

• Si cela est clair, cette vision extrême du takfîr fut contestée au sein même des savants d’aimmat e-da’wâ ; nous avons vu précédemment que Sheïkh Sa’dî réfute ce qui semble être la position d’Abâ Btîn, même s’il ne le vise pas directement.

 

Son élève, Sheïkh Sâlih el ‘Uthaïmîn, lui reprendra le flambeau, en fustigeant qu’il n’y a pas de place pour les sentiments dans les questions qui touchent à la religion ; seuls les textes font autorité. Or, le Seigneur (U) nous dit bien : « Ma Miséricorde devance Ma Colère ! » Comment peut-on être coupable d’un péché quand on n’a même pas conscience que s’en est un ![7]

 

Il se demande comment ses élèves peuvent encore douter de la chose. Il s’étonne qu’elle soit encore confuse dans leur esprit.

 

Il va jusqu’à qualifier l’autre opinion, celle des anti ‘udhr, de faible ! Selon lui, elle va à l’encontre des grandes références qui ne font pas la différence entre les formes d’ignorance ; de la même façon qu’il est concevable que certains ne connaissent pas le statut de la prière, il en est de même pour celui qui ne sait pas qu’il est interdit de se prosterner devant une idole. Ces questions ne sont pas laissées à l’initiative des uns et des autres ; la raison n’y a pas sa place. Il revient uniquement aux textes de trancher sur la chose. Nous ne sommes pas plus avisés que le Législateur, et nous n’avons pas le droit de nous insérer dans Sa Miséricorde ni de la réduire à notre compréhension étroite.

 

Il remet complètement en cause l’allégation selon laquelle le mîthâq qu’Allah a pris sur la descendance d’Adam avant leur création est suffisant pour établir la preuve céleste contre elle. À quoi servirait l’envoi des messagers si tel était le cas, interpelle-t-il ? Ensuite, il impute la distinction entre les usûl et les furu’ dans les questions du takfîr aux théologiens du kalâm.[8] Il reprend exactement la démonstration d’ibn Taïmiya que nous avons étalée dans cette série d’articles. Il est même l’un des contemporains qui a le mieux exposé la question.[9] Même Sheïkh Sâlih Âl e-Sheïkh reconnait que les savants de aimmat e-da’wâ ne sont pas à l’abri de l’erreur.

 

Sous l’ère du roi saoudien ‘Abd el ‘Azîz, un débat, qui tourna en faveur des pro ‘udhr, eut lieu à La Mecque pour trancher sur la question. Mohammed Rashîd Ridâ nous en fait le résumé : « La preuve céleste n’est pas établie contre celui qui ne comprend pas la prédication… Cette question fut l’objet d’une divergence entre les grands savants contemporains du Najd lors d’une assemblée de l’Imam ‘Abd el ‘Azîz ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Faïsal Âl Sa’ûd à La Mecque. l’argument le plus fort fut en faveur du Sheïkh ‘Abd Allah ibn Bulaïhid disant qu’il était essentiel de comprendre la preuve céleste afin qu’elle soit établie ; sa présence en elle-même ne suffisait pas si elle n’était pas comprise. Pour appuyer ses dires, ce dernier s’inspira d’un passage d’ibn el Qaïyim – qu’Allah lui fasse miséricorde – qui était clair sur la question. Il parvint ainsi à convaincre les autres membres de l’assemblée. »[10]

 

Il fait certainement allusion au passage d’ibn el Qaïyim dans tarîq el hijrataïn et disant que l’iqâma el hujja varie en fonction des époques, des lieux et des personnes.[11]

 

Les différentes catégories d’individus

 

Pour mieux cerner la divergence, il incombe de mettre en lumière un certain nombre de points.

 

Premièrement : selon l’opinion la plus répandue des traditionalistes, celui qui n’a jamais entendu parler de la législation mohammadienne, et qui en d’autres termes n’a pas reçu la preuve céleste est excusable indépendamment de savoir dans quelle époque et à quel endroit il se trouve. Dès lors, la religion à laquelle il adhère sur terre (juive, chrétienne, païenne) aura une influence sur la relation que nous aurons avec lui.

 

Quant à son statut dans l’au-delà, il est le même qu’ahl el fatra (l’intervalle entre deux périodes prophétiques). Selon la tendance la plus vraisemblable, cette catégorie d’individus sera éprouvée le Jour de la résurrection ; celui qui passera cette épreuve gagnera le Paradis et celui qui échouera sera jeté en Enfer. Allah (I) révèle à ce sujet : [Nous n’allions châtier personne avant d’envoyer un messager].[12]

 

Deuxièmement : il existe plusieurs catégories de mécréants et païens ayant reçu le message prophétique et la preuve céleste, mais qui ensuite n’ont pas embrassé l’Islam :

 

  1. Ceux qui ont renié le message par orgueil.
  2. Ceux qui ne porte pas attention à cette religion et qui s’en détournent.
  3. Ceux qui suivent aveuglément (taqlid) leurs ancêtres, et qui, pour préserver leur rang et leur richesse, ont renoncé à la foi.

 

Il va sans dire que ces trois catégories d’individus ne sont pas musulmans (Juifs, chrétiens, idolâtres, etc.), mais des mécréants d’origine (kuffar asliyun). Ce constat est l’un des principes élémentaires de la religion musulmane.

 

Troisièmement : un adepte de l’Islam qui commet de la grande association délibérément et en tout âme et conscience. Ce cas est le même que les précédents.

 

Quatrièmement : ici se situe la divergence. Autrement dit, est-ce qu’un adepte de l’Islam qui commet une annulation de la religion par erreur (khata), interprétation (ta-wil) ou par ignorance est un mécréant ou devient un apostat ? Ou bien faut-il attendre avant de le condamner qu’il comprenne la preuve céleste ?[13]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

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[1]Mujmû’ el fatâwâ (12/487-488).

[3] Voir : minhâj e-sunna (5/240).

[4] Voir : minhâj e-sunna (2/396).

[5] Voir : jâmi’ e-rasâil (1/244-245).

[6] El qawâ’id e-nurâniya de Sheïkh el Islam ibn Taïmiya (2/437).

[7] Idem.

[8] Sharh sahîh el Bukhârî (cass. n° 21/b)

[10] majmû’ e-rasâil e-najdiya (5/514-519).

[11] Tarîq el hijrataïn (p. 414).

[12] Le voyage nocturne ; 15 voir les tafsîr d’e-Tabarî et d’ibn Kathîr.

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Publié par mizab - dans Takfir
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