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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 13:02

 

 

Dialogue sur le ‘udhr bi el jahl dans le shirk akbar VI

(Partie 4)

 

• Un indice de taille rend improbable l’idée qu’ibn Bâz kaffar les pro ‘udhr, et c’est la bonne opinion que nous nous faisons de lui. Il dérogerait au consensus qui prône exactement le contraire ; un consensus qui n’a pas pu lui échapper et que ramène ibn Sahmân (ses propos donnent étrangement l’impression de s’adresser à notre ami – qu’Allah le garde ! – ) :

 

« Supposons qu’un savant ne se prononce pas sur le takfîr de ces ignorants suiveurs au sein des jahmites ou des adorateurs des tombes, il est tout à fait possible de lui trouver des circonstances atténuantes en lui concédant son erreur qui lui confère une excuse. Le cas échéant, nous ne le taxons pas d’apostat, car nul n’est à l’abri de se tromper. Un consensus formel vient entériner ce principe. L’erreur est indubitable à chacun ; des sommités plus honorables que lui, dans les rangs notamment des Compagnons, n’y ont pas échappées, à l’image d’Omar ibn el Khattâb qui revit sa position sur la dote grâce à une femme qui attira son attention, etc.

Dans raf’ el malâm ‘an el aimmat el a’lâm, Sheïkh el Islâm recense dix causes ayant poussé les érudits à commettre une mauvais appréciation.

L’allégation selon laquelle notre Imâm condamne à la mécréance pour une erreur est un tissu de mensonges, ou, au minimum, une mauvaise implication de son discours. Aucun savant n’a jamais kaffar quelqu’un sous prétexte qu’il ne se prononçait pas sur le statut d’un apostat en étant mu par une erreur d’interprétation qui joue à sa faveur. Surtout dans la mesure où il n’a pas en main la preuve justifiant cette accusation.

Néanmoins, si, entêté, il s’enferme dans son orgueil une fois qu’on lui ait présenté les faits, là, il en sera tout autrement.

 

Certains anciens, à l’instar de Qudâma ibn Mazh’ûn et son groupe qui comptaient des Compagnons et plusieurs de leurs successeurs directs s’étaient moralement autorisé à consommer des boissons enivrantes ; selon l’interprétation qu’ils s’étaient faite du Verset de la sourate el mâida, ils pensaient que les bonnes œuvres octroyaient le droit d’en boire. Les savants dans les rangs des Compagnons, comme ‘Omar, ‘Alî, etc., étaient unanimes à les sommer de se repentir sous peine de sortir de la religion. La sentence serait allégée s’ils revenaient sur leur position, et n’auraient droit qu’au fouet.

Ils n’ont donc pas été assimilés à des apostats au premier abord, car leur mauvaise conception de la chose leur offrait des circonstances atténuantes. Une fois qu’ils ont les éléments en main, plus aucune excuse possible ne joue en leur faveur.

Malheureusement, l’ignorance s’est érigée comme un rideau entre toi et la perspicacité des grands érudits. Ton zèle n’a sorti des chemins battus et t’a poussé à pondre des inepties infondées et à imaginer de fausses implications, à la manière des hérétiques. »[1]

 

Abd Allah ibn ‘Abd el Wahhâb fait également état de ce consensus : « les savants s’accordent à ne pas kaffar pour les erreurs commises par les musulmans. »[2]

 

• Arrêtons-nous plus particulièrement sur deux billets :

 

http://lexcusedelignorance.over-blog.com/2015/11/ibn-baz-des-pretendus-salafis-disent-que-le-takfir-des-qoubouris-est-reserve-aux-savants.html

 

Encore une fois, ce genre de débat qui crée des amalgames a plus lieu sur la forme que sur le fond. Nous disons donc qu’en règle générale, les savants tendent à réduire le takfîr, non à l’interdire,[3] comme le souligne Sâlih Âl e-Sheïkh. Le but est d’éviter les débordements, mais au même moment, il y a des cas, dont l’appréciation est élastique et donc aléatoire et subjective, où la chose est tellement évidente qu’il n’y a pas besoin de personne compétente pour constater un fait qui est aussi clair que l’eau de roche.

 

C’est ce que nous comprenons notamment d’une fatwa de Sheïkh Sâlih el Fawzân qui fait la distinction entre constater qu’un acte fait sortir de la religion et l’appliquer à un cas particulier.

 

Question :

 

Est-ce que le takfîr du coupable de grande association ou de blasphème est propre aux savants ?

 

En réponse :

 

Non ! Si on vient à entendre une telle parole, il incombe de réprouver son auteur en l’informant de son caractère condamnable, et intolérable. En revanche, il revient aux savants de le juger.

 

En outre, ce même Sheïkh ferme la porte à l’anarchie quand il formule dans une autre fatwa que le takfîr relève de l’autorité des tribunaux. Il est cependant beaucoup moins intransigeant avec le tabdî’ dont les effets sont largement moins graves que ceux du takfîr.[4]

 

Les dangers du takfîr

 

Voir : http://mizab.over-blog.com/article-les-dangers-du-takfir-partie-1-66690200.html

 

L’Imam Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb utilise plusieurs hadîth qui condamnent le takfîr illégitime.[5] Selon Abû Dharr notamment, le Prophète (r) prévient : « Si l’accusation de pervers ou de mécréant est infondée, elle se retourne contre son auteur. »[6] Toujours selon Abû Dharr, un autre hadîth nous apprend : « Si on traite quelqu’un à tort de mécréant ou d’ennemi d’Allah, cela se retourne contre soi. »[7] Sheïkh Sulaïmân ibn ‘Abd Allah Âl e-Sheïkh met vivement en garde de traiter son frère musulman d’hypocrite pour un intérêt matériel ou par esprit de clan, etc.[8]

 

D’autres hadîth dénoncent de telles accusations infondées. Nous avons notamment :

  • « Taxer un croyant de mécréant revient à le tuer. »[9]
  • « L’accusation de mécréant contre son frère s’applique obligatoirement sur l’un des deux individus en présence. »[10]
  • « L’accusation de mécréant à l’encontre de son frère s’applique obligatoirement sur l’un des deux individus en présence ; si elle s’avère exacte, c’est tant mieux, sinon, elle se retourne contre son auteur. »[11]
  • « Si l’accusation de pervers ou de mécréant est infondée, elle se retourne contre son auteur. »[12]

 

L’Ami d’Allah (r) a donc mis sa communauté en garde de prendre le takfîr des musulmans à la légère, et de les condamner ainsi sans scrupule, à travers des paroles qui nous interpellent profondément.[13] Le takfîr téméraire des musulmans est extrêmement dangereux, et engendre des répercussions terribles.[14] L’une des plus grandes manifestations de l’excès, est de sortir impunément les musulmans de la religion en se basant sur de simples suspicions ou sur l’interprétation aléatoire des textes.[15]

 

Ibn ‘Abd el Barr – qu’Allah ait son âme – souligne : « Les textes du Coran et de la sunna démontrent formellement qu’il est interdit de taxer impunément un musulman de pervers ou de mécréant. »

 

• En règle générale, donc, Le takfîr relève de la compétence des savants :

 

Dans l’une de ses fameuses lettres, l’Imam ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan dit en s’adressant à l’un de ses contemporains en manque de zèle et qui se réclame de la pensée wahhabite pure et dure: « On m’a appris que vous aviez ce genre d’idées, et que vous vous êtes aventuré dans des domaines tels que :

  • Les notions d’alliance (muwâlât/mu’âdât),
  • Les traités et les courriers « internationaux »,
  • Les financements et les cadeaux, et bien d’autres domaines comme :
  • Les tendances des païens égarés,
  • La non-application des Lois d’Allah (el hukm bi ghaïr mâ anzala Allah) par les Bédouins, etc.

 

Des domaines que seuls les savants érudits sont à même de traiter. Ces derniers sont en effet dotés d’une telle sagesse, et d’une telle perspicacité, qu’ils pénètrent parfaitement les intentions du Législateur.

 

Pour parler de ces choses, il incombe d’avoir un bagage dans les matières que nous avons citées précédemment. Il incombe de bien maitriser les règles générales et globales qui les concernent. Il n’est pas permis de s’y initier lorsqu’on est ignorant et qu’on ne tient pas compte des détails de ses règles. Un discours vague qui ne descend pas dans le détail, et qui ne sait pas comment situer ni pénétrer les intentions du législateur en détail, conduit automatiquement à l’erreur et à la confusion. C’est le meilleur moyen pour corrompre la religion des hommes et pour disperser les esprits. On se met ainsi une barrière entre soi et la compréhension du Coran et de la sunna. »[16]

 

Abâ Battîn, qui représente un symbole aux yeux de certaines tendances contemporaines, recommande de :

  • ne pas s’initier dans les questions du takfîr sans avoir les outils en main pour le faire.
  • De ne pas sortir ou de faire entrer quelqu’un dans l’Islam selon ses propres appréciations, car c’est un domaine où seuls les textes font autorités.
  • D’éviter, et ce point est d’une extrême importance, de se prononcer sur des questions où la divergence règne entre les savants. c’est un domaine où il faut être prudent, sauf s’il existe un texte explicite sur la question.

 

Malheureusement, selon Abâ Battîn, Satan est parvenu à faire glisser bon nombre de gens dans ce domaine, qui est des plus délicats. Entre faire du takfîr à outrance et interdire le takfîr à outrance, il a l’embarras du choix. Le plus étonnant, pour reprendre les termes d’Abâ Battîn, c’est que si on interrogeait les uns et les autres sur une simple question qui touche aux ablutions, ils seraient incapables d’y répondre, et, paniqués, ils s’appuieraient aussitôt sur les savants. En revanche, quand il s’agit des questions aussi graves que le takfîr, ils font étrangement preuve d’assurance et d’autonomie.[17]

 

Ibn Sahmân, quant à lui, approuve les paroles de Sheïkh Abâ Battîn.[18] En outre, en réponse à une lettre, il constate notamment que la plupart des religieux qui s’initient dans ce domaine, sont de simples gens n’ayant pas le moindre semblant de science ni la moindre expérience pouvant les épargner du péril. Souvent, ils n’ont jamais feuilleté les analyses des grandes références sur la question qui n’omettent pas de rappeler dans leur discours que seuls les grands érudits sont à même de s’y engager.[19]

 

Ibn Sahmân est également l’auteur des paroles : « Je pense wa Allah a’lam, que seule la personne compétente est à même de faire l’iqâma el hujja, et que celui qui n’en est pas capable, comme l’ignorant, qui ne connait pas les règles de sa religion et qui ne connait pas les paroles des savants dites sur le sujet, ne peut l’établir. »[20]

 

Pour Mohammed ibn ‘Abd e-Latîf, à vouloir se passer des savants sous prétexte d’avoir majmû’ e-tawhîd sous la main, c’est foncer droit sur un mur. Sinon, le Prophète (r) n’aurait jamais dit que le savoir se dissipera avec la mort des savants, et qu’ensuite, les hommes auront pour références les plus grands égarés…[21]

 

À suivre…

 

 

Par : Karim Zentici

http://mizab.over-blog.com/

http://www.mizab.org/

 

 

[1] Kashf el awhâm wa el iltibâs ; un autre pamphlet d’ibn Sahmân peint le profil psychologique des mauvais prédicateurs qui n’ont d’autre ambition que de vouloir tourner les regards vers eux : « Il est vraiment étonnant qu’on puisse tendre l’oreille à des gens qui ne sont nullement des savants, et qui n’ont jamais étudié chez eux ! Comment peut-on se faire une bonne opinion de leurs paroles et de celles qu’ils rapportent tout en ayant une mauvaise opinion des savants ? Pourtant, ces derniers connaissent beaucoup mieux qu’eux le discours des porteurs du savoir. Leur seule ambition est de guider les gens et de leur montrer la vérité…

Quant à ces vulgaires ignorants qui s’autoproclament savants, nombre d’entre eux – surtout ceux qui n’ont pas étudié chez les savants – bien qu’ils appellent à la vérité, ils appellent en fait à eux-mêmes. Leur ambition est de tourner les regards vers eux dans le but de gagner le pouvoir et les honneurs. Ils veulent étendre leur autorité sur les autres. Quand on leur pose des questions, ils font des fatwas sans aucune connaissance. Égarés, ils égarent les autres. » Minhâj ahl el haqq wa el ittibâ’ (p. 24 et 80).

[2] Majmû’ e-rasâil wa el masâil (1/195-196) et e-durar e-saniya (10/245-246).

[4] فضيلة الشيخ وفقكم الله ؛ يقول السائل : ذكرتم حفظكم الله البارحة أنه يشترط في تكفير الشخص أن يحكم القاضي بذلك ؟ الشيخ : " أي نعم ؛ المعين يعني ، المعين لا يحكم عليه إلا بحكم القاضي أنه مرتد ، تطبق عليه أحكام الردة ، أما كل يكفر الثاني ويكفر الآخر ، لا ؛ هذه فوضى في التكفير ". يقول حفظ

[5] Voir : kitâb el kabâir inclus dans majmû’ mu-allafât e-Sheïkh (6/293).

[6] Rapporté par el Bukhârî (6045).

[7] Rapporté par Muslim (112).

[8] E-durar e-saniya (8/165-166).

[9] Rapporté par el Bukhârî (n° 6652).

[10] Rapporté par Muslim (n° 111).

[11] Rapporté par el Bukhârî et Muslim.

[12] Rapporté par el Bukhârî.

[13] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

[14] Sheïkh D. ‘Abd e-Rahmân e-Sudaïs au cours d’un sermon du vendredi.

[15] Sheïkh Husaïn Âl e-Sheïkh au cours d’un sermon du vendredi.

 

[16] Voir : usûl wa dhawâbit fî e-takfîr de l’érudit ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân ibn Hasan, qui fut édité avec les annotations de Sheïkh D. ‘Abd e-Salâm ibn Barjas – qu’Allah lui fasse miséricorde –.

[17] Ibn Sahmân cite ce passage dans manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 77), mais il se trouve également dans e-durar e-saniya (10/374-375).

[18] Voir : manhâj el haqq wa el ittibâ’ (p. 80).

[19] Voir : e-durar e-saniya (10/374-375).

[20] Manhâj el haqq wa el ittibâ’ d’ibn Sahmân (p. 68).

[21] Voir : E-durar e-saniya (7/294-298) pour la 2ème édition et (9/127-135) pour la 5ème édition.

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Publié par mizab - dans Takfir
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