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8 décembre 2016 4 08 /12 /décembre /2016 17:55

 

 

Un poisson nommé…

virtuel

(Partie 2)

 

 

4- Nous avons vu dans un précédent article qu’en fonction de savoir s’il provient d’un non-musulman ou d’un musulman, le kufr se divise en deux catégories pour lesquelles la loi prévoit des statuts différents :

Kufr as : qui sont les non-musulmans (qui se divisent en gens du livre et en païens)

Kufr târî : c’est l’apostasie (ridda) qui se vérifie au niveau du cœur, des paroles et des actes, et pour laquelle des lois spécifiques sont prévues.[1]

 

5- Sheïkh ‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân explique : « … Les savants ont parlé au sujet du statut de ces gens-là (leur kufr leur shirk, et leur égarement). Il est connu de façon unanime chez les savants que l’auteur de tels actes qui prononcent les deux attestations de foi est taxé de kâfir et de murtadd après iqâma el hujja ; ils ne le considèrent nullement comme un mécréant d’origine. Je n’ai jamais vu quelqu’un le dire en dehors de Mohammed ibn Ismâ’îl dans sa risâla tajrîd e-tawhîd qui a pour titre tathîr el i’tiqâd. La raison qu’il avance, c’est que ces gens-là ne connaissent pas ce qu’exprime la parole de l’unicité, et par conséquent, ils ne sont pas entrés dans l’Islam pour ignorer le sens qu’elle exprime. Or, notre Sheïkh – en parlant d’ibn ‘Abd el Wahhâb –ne se range nullement avec lui sur ce sujet (ou lui concède nullement une telle opinion ndt.). »[2]

 

Cette opinion est donc shâdh (qui va à l’encontre de la grande majorité des savants ndt.) car en prononçant l’attestation de foi, l’individu devient musulman, du point de vue du statut terrestre (el hukm e-zhâhir dont je vous parle depuis toujours) ; il incombe donc de se comporter avec lui comme avec les musulmans, tant que nous ne sommes pas sûrs du contraire. Auquel cas, il devient un apostat (murtadd). En revanche, en disant que c’est un mécréant d’origine, cela implique qu’il n’est même pas entré dans l’Islam sous prétexte qu’il n’ait pas compris le sens de la shahâda. Cette opinion va à l’encontre de la tendance que les savants ont établie, car comprendre son sens n’est pas une condition déterminant qu’une personne est musulmane ou non. Cette condition est uniquement valable pour gagner le salut dans l’au-delà (el hukm el bâtin dont je parle depuis toujours).[3]

 

6- D’autres textes de e-San’ânî dans lesquels ils estiment qu’il ne faut pas combattre les qubûriyîns avant de leur faire iqama el hujja, font preuve de nuance,[4] En sachant que cette démarche ne doit pas avoir lieu avec des mécréants d’origine. Ainsi, s’ils deviennent apostats, c’est uniquement après iqama el hujja, et c’est ce que nous voulons.

 

Or, l’Imam e-Shawkânî rapporte des paroles de e-San’ânî pour le moins étranges. Ce dernier considérerait en effet, que l’invocation des morts relèverait du kufr ‘amalî ghaïrî mukhrij min el milla (qui ne fait pas sortir de la religion).[5] E-Shawkânî se charge lui-même de répondre à cette opinion qui nous aurait attiré les foudres si nous aurions osé nous y approché et qui ne nous effleure même pas l’esprit…

 

7- Il n’y a pas qu‘Abd e-Latîf ibn ‘Abd e-Rahmân, qui est, rappelons-le le descendant de Mohammed ibn ‘Abd el Wahhâb, qui condamne les paroles de san’anî précédemment citées, mais si nous faisons un tour de côté de l’Inde, nous pourrons nous familiariser avec l’un de ses grands savants, qui n’est autre que le Sheïkh e-Sahsawânî, le fameux auteur de siyânat el insân. Dans ce livre il affirme (p. 445), qu’à l’unanimité des savants (il ne tient donc pas compte du qawl shâdh de san’anî), qu’avant l’iqâma el hujja, le qubûrî n’est pas un mécréant d’origine. Bien des années plus tard, ‘Abd e-Razzâq el ‘afîfî posera son aval sur les paroles du savant indien.[6]

 

8- L’Imam ibn battîn lui-même rejoint ce discours, dans certains passages de son œuvre. Il démentait, certes, les paroles d’Ibrahim ibn ‘Ajlân qu’il attribuait à ibn Taïmiya et ibn el Qaïyim sur le ‘udhr bi el jahl, car à ses yeux, ce serait confiné le kurf dans le… ‘inâd.[7] Il a également d’autres paroles qui n’ont pas moins d’autorité que celles-ci. Qu’on en juge : « Ses paroles – qu’Allah lui fasse miséricorde –[8], disant qu’il n’est pas possible de les taxer d’apostats (kaffar), pas avant de leur avoir exposé les enseignements du Messager (r), ou en d’autres termes, qu’il n’est pas possible de les kaffar en personne, ou en particulier, en affirmant par exemple qu’un tel est un kâfir ou toute autre formule du genre. Cependant, nous disons que tel acte relève de la mécréance et que l’auteur de cet acte est mécréant. Il a donc jugé dans l’absolu que l’auteur de tel acte est un kâfir un nombre de fois incalculable dans ses ouvrages. Il a même relevé le consensus disant que l’auteur de ces pratiques païennes est un apostat… »[9]

 

Trois hypothèses sont possibles pour résoudre ce mystère : soit, l’Imam réfute ceux qui refusent dans l’absolu de kaffar l’ignorant dans le domaine du tawhîd, même celui qui vit en terre musulmane et qui a les possibilités de le connaitre, alors qu’ibn Taïmiya et son élève, précise que l’excuse est accordée au nouveau converti, ou au bédouin qui vit loin des villes, certes, mais pas à tout le monde. J’espère que vous concevez la nuance ; soit, un peu comme vous, toute proportion gardée, ibn battîn pénétrait mal la tendance des deux Imams sur ce point précis ; soit, il est tout simplement revenu sur sa première tendance. Quoi qu’il en soit, la tendance des deux Imams est claire sur ce point.[10]

 

9- Vous dites – il s’agit d’abû el Hasan – : « Le nom du donneur d’associé [Muchrik] est donc affirmé avant que le message [du prophète ne soit parvenu] car il donne des associés à son Seigneur et place d'autres dieux que Lui; et il Lui donne des égaux; tout ceci avant que ne soit envoyé le messager.Ces noms sont donc affirmés avant cela, ainsi que le nom de païens et de paganisme : on dit « paganisme » et « païen » déjà avant la venue du messager, mais par contre il n’y a pas de châtiment. » [Majmû3 El Fatâwâ 20/38]
Et cette dernière parole ne concerne pas uniquement le mécréant d’origine qui ne se réclame pas de l’Islam, contrairement ce que prétendent certains comme Karim Zentici. Cette parole concerne au contraire quiconque donne un associé à Allah sans que cela n’ait le moindre rapport avec le fait de se réclamer de telle ou telle religion, vu qu’Ibn Taymiya a justifié cette règle en disant : « car il donne des associés à son Seigneur et place d'autres dieux que Lui; et il Lui donne des égaux » et non pas « Parce qu’il se réclame de telle ou telle religion ».

 

Pourtant, je vous déjà expliqué que, je cite : vous utilisez le passage (20/38) de majmû’ el fatâwa pour dire qu’ibn Taïmiya ne considère pas musulman ceux qui font du shirk akbar. Il faut dans un premier temps distinguer entre le discours qui parle des mécréants et celui qui parle des musulmans, la différence saute aux yeux. D’autre part, ibn Taïmiya n’est pas en train de parler de ce sujet. Il est entré dans une polémique (mabhath ‘aqlî) avec les mu’tazilites. C’est la question de la notion du bien et du mal avant l’avènement de la Révélation (qabl e-risâla). Donc, cela concerne les non-musulmans. Il dit également qu’il y polémique sur la question. Par conséquent, cela n’implique pas de jeter l’anathème sur la partie adverse, comme essayent éperdument de faire certaine qui ne voient pas el ‘udhr bi el jahl, etc.

 

De plus, il aurait fallu que vous tourniez quelques pages avant pour constater qu’ibn Taïmiya parle du ‘udhr bi el jahl. Il dit en effet (20/33) : « Les erreurs sont pardonnées chez ceux qui font un effort d’interprétation dans les deux domaines el khabariya (que vous nommez furû’) et el ‘almiya (que vous nommez usûl) » wa hal min muddakil !

 

Or, je ne dis pas que vous tronquez les textes, car, à mes yeux, vous êtes excusables ! Sheikh el islam décrit les traditionalistes comme a’lam e-nâs bi el haqq wa arham e-nas bi el khalq ! Ibn Taïmiya rapporte même dans majmû’ el fatâwa (3/288) pour revenir au sujet, que dans la tendance hanbalite, il existe trois opinions concernant le statut de celui qui n’a pas reçu la révélation, et affirme que l’opinion la plus probable est celle disant qu’il est en effet pardonnable ! 5 pages plus tôt, il dit sans détours : « il est interdit de taxer un musulman de mécréant pour un péché ou une erreur qu’il a commis… » fa ma ba’d el haqq illa e-dhallâl ! »

 

10- J’ajoute ici que vous utilisez des textes en dehors de leur contexte. Par exemple, les textes qui parlent de la période de la fatra, vous les appliquez aux musulmans. Dois-je vous rappelez que de s’accrocher à des textes ambigus (que vous rapportez) au dépens des textes formels (que je rapporte) est l’une des plus grandes caractéristiques d’ahl el hawa !

 

À suivre…

 

Par : Karim ZENTICI

 

 

[1] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[2] Mish e-zhalâm (p. 22-23).

[3] Voir : nawâqid el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn ‘Alî el Wuhaïbî (1/284).

[4] Voir : tathîr el i’tiqâd (p. 132) compilé avec ‘aqîda el muwahhidîn.

[5] E-darr e-nadhîr (32-34) ;

[6] Voir : fatâwa wa rasâil samâhat Sheïkh ‘Abd e-Razzâq ‘Afifî (1/172).

[7] Voir : risâla fî bayân e-shirk wa ‘adam i’dhâr jâhilihi (p. 30).

[8] En parlant des paroles d’ibn Taïmiya dans son radd ‘ala el bakrî (p. 376) que je vous ai déjà proposées et auxquelles vous n’avez jamais répondu comme le souligne judicieusement un autre internaute (Gaze).

[9] Voir : el intisâr li hizb el muwahhidîn (p. 29) ; il est compilé dans majmû’a ‘aqîda el muwahhidîn.

[10] nawâqid el îmân el i’tiqâdiya du D. Mohammed ibn ‘Abd Allah ibn ‘Alî el Wuhaïbî (1/282-283).

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Publié par mizab - dans Takfir
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