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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 14:58

 

 

Un poisson nommé…

virtuel

(Partie 3)

 

11- Si l’on s’en tient à votre raisonnement, cela voudrait dire dans la pratique, que le premier homme de la da’wa najdite kaffar la grande majorité des musulmans, ce que lui-même défend, lui, l’auteur des paroles : « Si l’on sait que nous ne taxons pas d’apostasie ceux qui adorent la stèle érigée au-dessus de la tombe de ‘Abd el Qadîr, ainsi que celle sur le tombeau d’Ahmed el Badawî et d’autres dans le genre, en raison de leur ignorance, et du manque d’orientation, comment pouvons-nous dès lors le faire pour celui qui n’associe rien à Allah sous prétexte qu’il n’a pas émigré chez nous, dans la mesure où il n’a pas apostasié ni combattu la vérité. Gloire à Allah ! Quelle énorme calomnie ! »[1] Il n’y est pas question d’une manzila baïna manzilataïn.[2] Il s’adresse à des musulmans. Le contexte parle de musulmans, la stèle érigée au-dessus de la tombe de ‘Abd el Qadîr, ainsi que celle sur le tombeau d’Ahmed el Badawî sont adorées par des musulmans. Ensuite, il les compare à des musulmans qui eux ne commettent pas l’association, contrairement aux premiers. Dans un passage, il dit qu’il kaffar ceux qui s’érigent en ennemi de la religion après en avoir pris connaissance, bien que la plupart des membres de la umma, ne sont pas comme cela, qu’Allah soit loué.[3]

 

On fit remarquer à son fils ‘Abd Allah que de taxer d’apostasie ceux qui implorent la shafâ’a au Prophète, cela implique de kaffar la majorité des musulmans. En réponse, il explique, que cela ne l’implique pas forcément, et que lâzim el madhhab laïsa bi madhhab. Il précise qu’il ne parle pas des morts, mais qu’il kaffar uniquement ceux à qui leur prêche est parvenu. Quant aux morts, ils ont commis des erreurs et sont excusables.[4]

 

12- La distinction traditionnelle entre le kufr et le shirk est la suivante : pour certains savants, le kufr est synonyme du shirk, pour d’autres, le kufr a un sens plus général.[5] En fait, le shirk, est l’un des facteurs du kufr parmi tant d’autres. C'est pourquoi les savants disent que tout shirk est du kufr, mais que le contraire n’est pas vrai, bien que les textes puissent utiliser le shirk dans le sens du kufr, conformément à la règle (itlâq el juz ‘ala el kull). Le contraire est aussi valable, on parle alors d’itlâq e-shaï bi ba’dh shu’abihi.[6]

 

Cela nous oblige à entrer dans une analyse plus technique. Nous disons donc :

 

13- D’un point de vue terminologique, il faut savoir que le kufr correspond pour certains savants à tout ce qui s’oppose à la foi ou pour la plupart, à renier n’importe quel enseignement du Prophète (r) ; cela concerne aussi bien les masâil el ‘ilmiya (ou usûl pour certains) que les masâil el ‘amaliya (ou furû’ pour certains). Notons qu’il s’agit dans cette définition du kufr akbar (majeur). C’est d’ailleurs de cette façon qu’il est utilisé dans les textes, sauf si le contexte spécifie qu’il s’agit du kufr asghar (mineur).

 

Ainsi, les textes font plus souvent allusion aux kufr akbar, bien qu’il puisse s’agir du kufr asghar ou, comme le formulent les savants, du kufr dûn kufr. C’est le cas pour la question du hukm bi ghaïri mâ inzala Allah, dans la mesure où son auteur ne l’autorise pas moralement (c’est la question de l’istihlâl), comme le souligne ibn Taïmiya et Sheïkh ibn Bâz.[7] Il peut s’agir également du kufr e-ni’ma (l’ingratitude). Dans ces deux cas, on parle de kâfir de façon relative, non de façon absolue.

 

Le kufr est également nommé dans les textes, shirk (association), zhulm (injustice), et fisq (perversité). Il y a donc un shirk dûn shirk, du zhulm dûn zhulm et du fisq dûn fisq, comme il y a un shirk akbar, un zhulm akbar et un fisq akbar. En tenant compte de ces notions, on s’éloigne des deux tendances extrêmes : el hijrâ wa e-takfîr et des murjites.[8]

 

14- En résumé, on dit kaffara, yukaffira, takfiran pour celui que l’on taxe de kâfir,[9] qu’il s’agisse du shirk akbar, du fisq akbar, ou du zhulm akbar. Ainsi, pour kaffar la personne fautive du shirk, on ne dit pas sharrakahu ou ashrakahu, mais nous utilisons bel et bien kaffarahu. Il est donc absurde de dire qu’ibn Taïmiya et ibn ‘Abd el Wahhâb font une distinction entre le shirk et le kufr, autre que celle que nous avons énoncée, sauf, si leur réelle intention est de :

 

15- D’utiliser les termes ashraka et mushrik, pour parler de l’acte et de kafara et kâfir pour parler du statut. C’est la distinction que nous évoquons depuis toujours entre le huqm el mutlaq et le huqm el muqayïd, ou takfîr e-naw’ et takfîr el mu’ayin et enfin takfîr e-zhâhir et takfîr el bâtîn, wa Allah a’lam !

 

16- La preuve, c’est qu’à l’unanimité des savants, le nouveau converti et le Bédouin qui vit loin des villes ne deviennent pas mécréants avant iqâma el hujja, bien que son acte s’oppose à la foi à tous les niveaux.[10] Ce point est d’une extrême importance. Je crois même qu’il remet à lui tout seul en question l’analyse que brandit en avant Abû el Hasan, wa Allah a’lam !

 

17- Selon ‘Abd ‘Azîz e-Raïs, il y aurait un autre consensus proche du précédent, et qui réfute tout autant cette analyse. à l’unanimité des savants en effet, toute personne étrangère à la langue arabe ne devient pas mécréant avant iqâma el hujja.[11]

 

18- Ainsi, les tatares répondent exactement aux trois derniers signalements pour lesquels s’est noué un consensus. C’est pourquoi, il est intéressant de reprendre le texte d’ibn Taïmiya les concernant, et disant : « Celui qui invoque un autre qu’Allah ou qui fait le pèlerinage pour un autre qu’Allah est un mushrik (païen) et son acte est du kufr (mécréance). Néanmoins, il est possible qu’il ne sache pas qu’il relève du shirk interdit. Comme c’est le cas de beaucoup de ceux qui ont embrassé l’Islam à l’exemple notamment des tatares. Ces derniers avaient des idoles qu’ils encensaient et vers lesquels ils se tournaient, mais ils ne savaient pas que cela était interdit dans la religion musulmane. Ils vouaient également le culte au feu, mais ils ne savaient pas que cela tout autant était interdit. La connaissance de nombreuses formes de shirk peut échapper à des nouveaux convertis, qui ne savent pas que c’est du shirk… »[12]

 

19- En conclusion : « L’ignorance qui relève de la mécréance est en effet de deux sortes :

Premièrement : elle peut provenir d’un individu qui n’est pas affilié à l’Islam et qui n’a jamais eu à l’esprit qu’une autre religion pouvait aller à l’encontre de la sienne. Il faut dans ce cas appliquer contre lui la loi terrestre (el ahkâm e-zhâhir fi e-duniya). Quant à son sort dans l’au-delà, il est entre les Mains d’Allah. Selon l’opinion la plus vraisemblable sur la question, c’est qu’il est éprouvé dans l’au-delà[13] (…) Une chose est sûre, c’est qu’il ne peut entrer en Enfer sans n’avoir été coupable de quoi que ce soit (dans le sens où il entrera en Enfer s’il le mérite réellement, car Allah ne commet aucune injustice envers quiconque. Cela ne veut pas dire qu’il n’ira pas en Enfer ndt.). Lorsque nous disons qu’il faut appliquer contre lui la loi terrestre, c’est parce qu’il n’est pas musulman et qu’il n’est pas possible de lui donner ce statut. (…)

 

Deuxièmement : elle peut provenir de quelqu’un qui est affilié à l’Islam, mais qui tout au long de sa vie commet un acte de mécréance, sans forcément se rendre compte qu’il va à l’encontre de l’Islam. Personne ne lui en a jamais fait la remarque. Dans ce cas, il faut lui appliquer les lois musulmanes terrestres (el ahkâm el Islâm e-zhâhir). Quant à son sort dans l’au-delà, il est entre les Mains d’Allah, comme le démontre le Coran, la Sunna, et les paroles des savants sur la question. »[14]

 

20- C’est pourquoi enfin, comme le souligne ibn Taïmiya, que sur terre, l’hypocrite jouit de tous les droits dont jouissent les musulmans, mais, dans l’au-delà, ils se retrouvent dans le plus bas degré de l’Enfer.[15] Ce constat va à l’encontre d’un autre constat disant qu’il existe deux catégories d’individus : les mécréants et les croyants. Nous disons, oui, en ce qui concerne le hukm el bâtin ou le statut dans l’au-delà, mais nous disons non, pour ce qui concerne le hukm zhâhir ou le statut terrestre, wa Allah a’lam !

 

Gloire à Toi Ô Allah ! Et à Toi les louanges !
J’atteste qu’il n’y a d’autre dieu (digne d’être adoré) en dehors de Toi ! J’implore Ton pardon et me repens à Toi !

 

Par : Karim ZENTICI

 

[1] Extrait du livre : e-Durar e-Saniya (1/66).

[2] C’est l’expression que j’avais utilisée à l’époque, et sur laquelle je reviens aujourd’hui, étant donné que, comme nous l’avons vu, des savants illustres semblent pencher vers cette opinion.

[3] e-Durar e-saniya (1/72).

[4] e-Durar e-sunniya (1/234).

[5] Sheïkh el fawzân dit à ce sujet : « Il y a entre eux des points communs et des différences. Tout mushrik est un kâfir, mais le contraire n’est pas forcément vrai étant donné qu’il existe plusieurs catégories de kufr : juhûd, takdhîb, ta’tîl. Dans ces cas, on parle uniquement de kâfir non de mushrik, étant donné que leur auteur ne croit pas en Dieu. Quant au mushrik, ce dernier croit en Allah, bien qu’il adore un autre avec Lui. Telle est la différence entre le mushrik et le kâfir. » [Voir durûs min el Qur-ân el Karîm (p. 181)]

[6] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[7] Voir : minhaj e-sunna (5/131) et fatawa ibn Bâz (3/990-991).

[8] Voir : e-takfîr wa dhawâbituhu de Sheïkh Ibrahim e-Ruhaïlî.

[9] Voir : lisân el ‘arab (5/144-145), el mish el munîr (p. 647-648), et mufradât alfâzh el Cor-an d’el Asfahânî (p. 653-655).

[10] Voir : ‘ârizh el jahl qui défend pourtant avec force la thèse contraire à la nôtre.

[11] Voir : el ilmâm bi sharh nawâqid el islâm (p. 38).

[12] E-radd ‘alâ el Bakrî (p. 61-62) en ayant résumé légèrement ces paroles.

[13] Voir : tariq el hijrataïn d’ibn el Qaïyim.

[14] sharh kashf e-shubuhât de Sheïkh el ‘Uthaïmîn.

[15] Voir : majmû’ el fatâwa (7/209-210).

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Publié par mizab - dans Takfir
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